‹ La gazette de CythèreChapitre 23 sur 49 · I.K MATKI.OT KT LA LIEGEOISE CATHERINE. m · texte numérisé non relu

I.K MATKI.OT KT LA LIEGEOISE CATHERINE. m

de l'aire; cependant comme il crut reconnoître en elle tous les tulens dont il ctoit en cherche, il lui versa quelques verres de vin, et lui demanda le lieu de sa demeure. La Liégeoise qui voyoit de belles boucles d'argent, une superbe montre d'or, que ce Matelot tiroit à tout instant, et enfin toutes les apparences à pouvoir faire un coup capable de la mettre en état de retirer du Lombard une partie de ses hardes, accepta de grand cœur le rendezvous que le benêt lui donna; et aïant fait signe à sa camarade de la suivre, ils s'acheminèrent tous trois vers le Niewe-Marck, oià la Catherine avoit sa chambre. En arrivant dans ce chétif réduit, on lui proposa de boire le Caffé; mais il préféra du genièvre, dont certainement il n'avoit pas besoin ; car en aïant à peine avalé un verre, il se trouva hors d'état de profiter des bons traitemens qu'on se disposoit à lui faire; et malgré tous ses efforts pour faire bonne contenance, ces deux charitables filles furent obligées de le porter sur le lit. L'occasion ne pouvoit être plus favorable pour Catherine; aussi ne la laissa-t-elle pas échaper : elle dépouilla sans miséricorde son chalant, et lui prit boucles, montre, et bourse; ce misérable, portant avec lui tout ce qu'il avoit gagné pendant deux années, en risquant mille fois sa vie, et par une économie des plus exactes, grâces à l'habileté de la rusée Liégeoise, se trouva, à son réveil, aussi pauvre que le premier Jour qu'il s'étoit engagé pour matelot.

On demandera peut-être si, à son réveil, il ne fit pas du tapage contre ces femelles, se voyant ainsi volé ? La Liégeoise et sa camarade étoient trop habiles pour l'avoir laissé éveiller chez elles; elles avoient pris la sage précaution de le porter assez loin de leur porte, au bout d'une petite rue de traverse, et très-peu fréquentée, même en plein jour; c'est là que notre Petit-maître avoit achevé de cuver sa boisson; et c'est là aussi, qu'éveillé par le

froid horrible qu'il a fait dans ces derniers mois, il reconnut, mais trop tard, son imprudence et sa sottise. Dès qu'il fut jour, les deux commères délogèrent et sortirent de la ville, pour assurer leur butin. Elles ont été, dit-on, s'établir à Roterdam sur un pied avantageux, par les services importans qu'elles rendent à l'humanité ; et le pauvre matelot, après avoir été reporter chez le Juif les habits qu'il avoit achetés la veille, à force de prières s'est trouvé trop heureux que cet honête fripier ait voulu les reprendre et lui rendre ses haillons, sans exiger un retour qu'il n'eût pas été en état de lui faire. Peu accoutumé aux richesses, sa sensibilité sur la perte qu'il venoit de faire n'a pas été de longue durée; et prenant son parti en brave, il s'est rengagé tout-de-suite en sa première qualité, bien résolu de profiter de tous ces avantages à proportion qu'ils se présenteront, pour ne pas s'exposer de nouveau à travailler et à jeûner pour les Liégeoises. Il en a été quite pour essuyer les railleries de ses camarades, qui, pendant les premiers jours, n'ont cessé de le turlupiner comme il le méritoit bien, puisqu'après avoir été assez imbécile de s'exposer sans expérience à perdre tout ce qu'il avoit, il avoit été aussi assez imprudent pour s'en vanter, et raconter sa triste avanture.

Si toutes les dupes de ces sortes de pucelles étoient aussi indiscrètes que le matelot, on composeroit de grands in-folio, sur la partie historique delà Lubricité publique. Ces anecdotes seroient d'autant plus curieuses par leur variété, que les personnes intéressées seroient plus connues dans le monde.

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