LBS IMPRIMEURS AU PUBLIC
'* Comme tout genre de science ne sert pas seulement à instruire, et à amuser le lecteur particulier, mais doit aussi conduire au bien du Public, il y a lieu d'espérer, qu'une Gazette soigneusement compilée, écrite avec choix des matières, sans partialité, et avec une liberté convenable, ne manquera pas d'être. encouragée, comme tout le monde sent combien un imprimé de cette nature est nécessaire dans cette colonie.
" Chaqu'un s'attend, et ce avec raison, que celuy qui sollicite lVttention du Public, exposera les raisons sur lesquelles il fonde ses prétentions à son suffrage.
u Notre dessein est donc, de publier en An»
ffloU, et en François, sous le titre de La Gazette de Québec, un recueil d'affaires étrangères, et de transactions politiques, à fin qu'on puisse se former un idée des différents intérêts, et des connexions réciproques, des puissances de V Europe. Nous aurons aussy un
•oin particulier, de cueillir les transactions, et les occurences de la mère patrie, faisans attention à chaqu' événement 'remarquable, à chaque débat intéressant, et à tont ouvrage extraordinaire, ainsy qu'aux tours que prendront les affaires, autant qu'on les jugera dignes de l'attention du lecteur comme matière d'amusement, ou qu'elles puissent être utiles au Public en qualité d'kabitans d'une colonie ÂngUnee.
" A l'égard des occurences matérielles des provinces, et des isles de V Amérique, nous osons affirmer, que par le moyen d'une correspondance établie en chaqu'un de ces lieux, le Public sera instruit de plusieurs vérités in» téressantes, avec impartialité, et avec une franchise convenable.
" Comme la rigeur des Hivers suspend Parrivée des navires en ce port, pendant cette saison, et interrompt en quelque façon, le com- , merce ordinaire avec les provinces voisines, au Sud de nous, 3 sera nécessaire, dans «m Papier destiné à la lecture et à l'utilité du public, de trouver de quoy l'entretenir, sans le secours des nouvelles des pais étrangers, à cette fin, quand de telles occasions l'exigeront, nous présenterons au lecteurs, des pièces ori-
P malles en vers et en prose, qui plairont à imagination, au même tems qu'elles instruiront le jugement -, qu'il nous soit icy permis d'observer' que nous n'aurons rien tant à oœur, que le soutien de la vérité, derfia morale, et de
h cause noble de la liberté ; on considérer* iea amusements raffinées de la litérature, et les saillies de l'esprit, comme nécessaires à cette» collection, eniresemmées d'autres, pièces choisies, et d'essays curieux, tirés des plus célèbre» auteurs ; en mêlant ainsy la Philosophie, et la Politique, avee l'Histoire, &c. la jeunesse des. deux sexes profitera, tandis que les personnes: 4e tous raogs pourront s'amuser agréablement, et utilement : En fin, noua travaillerons & observer toute l'exactitude que la grande variété de» sujets news permettra, au même terne que nous tacherons de regaller nos lec* teurs de toute la variété qui poura consister avee une exactitude raisonnable ; et comme Q#tte partie de notre projet ne peut être mise en exécution sans la correspondent des personnes ingénieuses, nous aaisdrons toutes le» Occasions de témoigner notre reconnaissance* des obligations que nous devrons, à ceux qui voudront se donner la peine de nous fournir matière d'agrément ou d'instruction. •
" Comme les personnes qui demeurent an fein dans la campagne, pouroient être frustrée* de leur attente, par le défaut d'attention âe ceux qui se chargeront de ta distribution de nos Gazettes, nous prions ces Messieurs qui souscriront cy après à notre liste, aussi bien que ceux qui ont déjà souscrit, de nous faii* parvenir (par écrit) leurs adresses, et les vo* les par lesquelles ils souhaiteront qu'on leux fisse tenir leurs. Gazettes*
— tt -
14 Les avertissements dont chaqu'un cou-»
noit si bien l'utilité, par l'expérience de l'effet qu'ils font à la vente des biens fonds, et des marchandises, seront insérés avec nn soin particulier, à nn prix raisonnable, et comme nos Gazettes se disperseront son seulement dans les capitalles et autres villes, tant des provinces, que des isles de V Amérique appartenantes à Y Angleterre^ mai» aussy dans les villes maritimes de la (fronde Bretagne, et $ Irlande, au moyen de quoy eeux qui feront insérer des avertissements dans cette Gazette, ne pourront manquer de bien étendre leur correspondance.
" Cecy est un abrégé du plan que nous nous proposons de suivre dans la publication* de cette Gazette, et comme cette entreprise nous causera de gros fraix au commencement, nous espérons qu'on nous encouragera à proportion que l'exécution de ce projet pourra mériter.
** Nous saisissons cette première occasion de témoigner notre reconnoissance, des faveurs que nous avons reçu des Messieurs de cette ville, qui ont généreusement souscrit à aotre liste, et dont nous espérons que l'example servira à nous procurer un nombre de souscriptions suffisant pour nous mettre en état de poursuivre notre entreprise avec apparence de succès.
* Notre résolution de contenter le Publie en généra), sans offenser Aucun particulier,
se manifestera mieux par l'épreuve de notre conduite, qu'en écrivant des volumes à ce sujet Nous prions seulement qu'on soit assuré, que ni le préjugé, de la partialité, ni le scandai particulier, ne trouveront place dans notre Gazette. "
An bas de la quatrième page se trouvent les noms des deux imprimeurs, Brown et Gilmore, ainsi que l'indication du lieu de l'imprimerie, qui était alors " dans la rue de St- Louis, deux portes au-dessus du Secrétariat " Le bureau de la Gazette fut successivement transféré u rue du Parloir, " " derrière la Cathédrale," et plus tard, "rue Lamontagne, " où il est resté le plus longtemps.
Du 21 juin 1764 au 31 octobre 1765, Brown et Gilmore publièrent soixante-douze numéros de la Gazette. Ces soixante-douze numéros ne contiennent pas l'ombre d'une appréciation politique et bienheureux sommesnous quand noua y trouvons un ou deux faitsdivers. Les lecteurs de la Gazette étaient ré* gulièrement mis au courant des faits et gestes des peuplades sauvages du Rhode Island et du Delaware qui repoussaient le joug britannique, mais on leur laissait ignorer les événements qui s'accomplissaient dans la capitale du Canada ou dans ses environs, et dont le récit ies aurait particulièrement intéressés.
Pendant cette période de dix-huit mois, dont nous venons de parler, le parlement an* glais avait lui-même semé les premiers germes du mécontentement qui, dix ans plus tard, devait enlever à la Grande Bretagne ses anciennes colonies d'Amérique. L'acte du timbre était devenu loi, en dépit de toutes les protestations, de toutes les menaces ; protestations qui furent écoutées lorsqu'il n'était plus temps, menaces qui n'étaient pas vaines, comme la suite le prouva.
Comme notre but n'est pas d'étudier la révolution américaine, mais seulement d'esquisser en traits rapides l'histoire d'un journal, nous nous bornerons à déplorer l'effet produit sur la Gazette de Québec par ce malencontrenx acte du timbre. Voici en quels termes courageux la Gazette annonçait elle-même le trépas ou plutôt l'éclipsé passagère qu'il lui fallait subir :
" Ceci est pour avertir le public que les im-
Srimeurs de cette gazette se trouvent obligés e cesser de la publier dès ce jour, vu le petit nombre de souscripteurs qu'ils ont actuellement, causé par Pacte du timbrage 1 ! Ces messieurs qui ont souscrit pour des gazettes, et qui ont payé d'avance pour un plus long temps qu'ils ne les auront reçues sont priés de s'adresser à l'imprimrie, où on leur rendra
— go —
ee qui leur restera dû. On continuera d'y faire des ouvrages d'imprimerie (pendant l'hiver) avec soin et expédition. "
Cette suspension temporaire de la Gazette nous donne l'occasion de connaître comment les gouverneurs s'y prenaient pour faire parvenir au public les ordonnances, proclamations et autres documents officiels.— Oe renseignement nous est fourni par la minute du Conseil du 13 novembre 1765 dont voici le texte :
" Minutes du Conseil du 13 novembre 1765.
Présents : James Murray et six autres conseillers.
M Attendu que la Gazette est à présent ar« rèté—
u Résolu.— Qu'à l'avenir, la publication dea ordonnances, etc., au son du tambour, dans les villes de Québec, Montréal etTrois-Bi»
vière, la lecture faite par les curés dans les différentes paroisses de la province et leur affiche dans les lieux les plus fréquentés des dites villes et aux portes des églises des paroisses, sera censée en être une publication suffisante.
* Mctrrày. *
Mais cette suspension de la Gazette ne du* ra que sept mois. En révoquant son " acte du Timbrage, " le Parlement anglais leva la pierre qui fermait le tombeau de la Gazette ,
et le 29 mai 1766, die ressuscita pour la première fois. Son silence sur les actes admi* nistratife n'est pas moins solennel que dans, ses premiers numéros. Néanmoins il faut noter que le système des correspondances anonymes commençait alors à devenir en usage ; de çà de là, l'on en trouve quelques unes.
De tout temps, l'on a beaucoup parlé contres les correspondances anonymes ; mais il va sans dire que ces anathèmes ne sauraient atteindre les correspondants de la Gazette, qui même sous ce voile de l'anonyme, ne commirent jamais que nous sachions aucune bar»
diesse repréhensible.
Malgré son calme habituel en face des évè> nements politiques, on voit cependant que la Gazette n'était pas insensible à tout ce qui se passait autour d'elle, et que parfois elle était d'humeur susceptible, surtout si son intérêt particulier devenait en jeu. Dans le numéro même où elle, annonçait sa réappa^ rition, la Gazette ayant à définir de nouveau ' la position qu'elle entendait occuper, se plaignait de certaines rumeurs offensantes qu'on faisait circuler et par lesquelles on prétendait qu'elle était soumise à l'inspection du gouvernement Elle s'en défend avec fierté, ' presque avec indignation. Les articles édi-
toriaux sont .tellement rares à cette époque, qu'on ne lira peut-être pas sans intérêt le ffessage suivant extrait de celui même dont nous parlons.
" Un bruit ayant été répandu et industrieusement circule que notre Gazette était sous V inspection du secrétaire, afin donc de prévevenir le tort que ce préjugé pourrait nous causer, nous pensons qu'il est nécessaire de déclarer que depuis l'établissement du gouvernement civil notre Gazette a toujours été, et elle continuera toujours d'être aussi exempte d'inspection et de restriction de la part de qui que ce soit qu'elle est actuellement d'impôts de timbres et que le dit bruit était prématuré et peu généreux au suprême degré. Nous avons annoncé en débutant notre résolution fixée, de ne pas faire de notre publication un moyen de répandre le scandale particulier, ni un instrument, ni un aiguillon pour servir à la faction politique, nous espérons d'observer cette résolution par principe seul, quand même que l'attention que noua devons à notre sûreté ne nous y obligerait pas. Un bonheur particulier dont les sujets de l'empire britannique jouissent seuls, est celui de penser comme ils jugent à propos à toutes occasions et de dire ce qu'ils pensent, et de publier leurs pensées pourvu qu'elles ne fassent tort à aucun particulier, ou qu'elles ne touchent pas la tranquillité publique : ce
n'est donc que d'une presse britannique qu'il peut sortir quelques publications sous un imprimatur. Cette liberté est d'un prix infini d'elle-même, et nos plus pages politiques ainsi que les plus grands de nos écrivains ont soutenu que celle-ci est le soutien de toutes les autres espèces de liberté dont nos jouissons en outre"— Gazette du 29 mai 1766.
Depuis lors jusqu'au commencement de la guerre américaine, la Gazette est remplie par les proclamations des gouverneurs, des annonces et des nouvelles étrangères à l'exclusion presque absolue d'autres matières d'un intérêt local. Quelques lettres d'un Canadien- Français de Québec à un sien ami résidant à Montréal, où les faits politiques accomplis dans la capitale depuis la conquête sont légèrement et timidement effleurés, voilà à peu près tout ce que l'on rencontre en fait d'appréciations des actes du gouvernement. Le petit nombre de faits divers qu'on y trouve sont en général des scènes de tribunaux, puis des bulletins des soirées et bals du château St-Louis.
Voici ce que dit la Gazette de la cour criminelle tenue à Québec en juillet et août 1766. Ce récit est une peinture assez caractéristique des mœurs de l'époque, en même temps il nous donne occasion de connaître la
manière dont la Gazette rédigeait ces comptes* rendus :
44 A une conr d'assise pour ouïr et terminer, et pour délivrer généralement les prisons de cette province, tenue ici le 15 du passé, et continuée jusques à jeudi, le 6 de ce mois, les procès des personnes qui suivent ont été examinés, savoir :
" Joseph Butterfield, soldat dans le 52é régiment, accusé d'avoir tué Raoul Jury* sur le chemin de Ste-Foix, fut trouvé coupable d'homicide et brûlé à la main suivant sa sentence ; — Jean May, accusé d'avoir volé une paire de culotes et une paire de bas de soye, fut trouvé coupable du fait et condamné à être fessé à la queue d'une charette depuis le palais des séances jusques à la porte de St- Jean ; — Aimé Parent, de la baie de St~-Paul f pour avoir tué son beau-frère d'un coup de fusil, fut innocenté, vu que le fait avait arrivé par accident ;— Jean Roux, autrement dit Provençal, de Sorel, accusé de perjure, rat acquitté ; — Louis Bruseau, accusé d'avoir volé une hache, une chaudière à bré, une doloire et une tilté, à bord d'une goélette, avoua le fait et fut condamné à être fessé à la queue d'une charette, depuis la porte du palais des séances jusqu'à St-Rocq, et de là en revenant à la porte du palais.
44 Vendredi dernier, vers dix heures du matin, Jean May fut fessé conformément à la sentence par Louis Bruseau ; samedi, vers la
même heure, Bruseau fat fessé à son tour par May. "—(Gazette du 1 1 août 1 766.)
Cette singulière correction qui consistait à faire u fesser " les coupables était fort usitéeà la fin du dix-huitième siècle, comme les pages de la Gazette en font foi. Pour la moindre peccadille on u fessait " les gens. Nous venoris de citer l'exemple de deux hommes condamnés à ce supplice. Il ne faut pas croire néanmoins que les hommes en avaient le monopole. Plusieurs femmes y furent également condamnées et le subirent publiquement, avec cette différence pourtant qu'au lieu d'être w fessées " Tune par l'autre, elles étaient fessées par la main du bourreau. Nous donnons entre beaucoup d'autres l'exemple suivant :
*' Samedi dernier, Catherine Berthrand et Javotte Blaize furent fessées à la place dûmarché à la Haute-Ville et à celle de la Basse- Ville, par la main du bourreau, pouf avoir emprunté une caillé re d'argent d'un monsieur de cette ville sans permission et sans intention de la rendre."— (Gazette du U juin 1766.)
Mais ce mode de publication, ce persistant éloignement des discussion» politiques, n'empêchaient pas les imprimeurs de faire avec te gouvernement des affaires passablement avan-
tageuses : an contraire il les aida probablement. A cette époque surtout, l'éditeur d'un journal devait préférer les bonnes grâces du gouvernement à celles du public. Dans une minute du Conseil en date du 20 novembre 1766/aous voyons le gouverneur Murray et ses conseillers délibérer sur un compte de £151 18s. 6d. à eux présenté par Brown et Gilmore, imprimeurs. Par nne minute du Conseil du 10 juillet 1769, nous voyons Carleton leur ac corder une augmentation de salaire de vingt louis sterling.
En nn mot, on ne risque guère de se tromper en affirmant que la Gazette ne se maintenait qu'au moyen de ces douceurs.
Gilmore mourut en 1772 ; mais cette mort ne brisa pas immédiatement la société Brown et Gilmore. Son fils Thomas Gilmore lui succéda en qualité de co-proprié taire de la Gazette. Ce Thomas Gilmore devait être trèsjeune à cette époque K puisque sa mère Mary Galway voulait s'ingérer dans toutes les affaires qui -concernaient la direction de la Gazette. Elle en vient jusqu'à se plaindre dans les colonnes mêmes de La Gazette de ce que Brown ne se donnait pas la peine de la consulter sur les articles à y insérer. C'était bien là nne provocation toute féminine ! Cependant
Brown s'y laissa prendre. Dès le numéro suivant, sur un ton qui ne respire aucune galanterie pour la veuve quelque peu revècbe de son aucien associé, il répond qu'en effet il ne prendra jamais la peine d'aller chez elle, le mercredi soir, lui confier les épreuves {le traducteur mettait alors les prouve*) de la Gazette qui doit paraître le jeudi matin.
Une pareille querelle une fois engagée, ne pouvait se terminer autrement que par une dissolution de société. Cest aussi ce qui arriva, comme nous le voyons par un avertissement en date du 27 janvier 1774 annonçant que la société jusque là existante entre Brown et Gilmore est dissoute de consentement mutuel et que désormais Brown est l'unique propriétaire et éditeur de la Gazette de Québec. Cette rupture entre Brown et Gilmore n'influa guère sur la conduite générale de la Gazette. Elle n'en fut ni moins ni plus intéressante. Comme par le passé, on trouve de loin en loin quelques timides coirespondances, et comme par le passé on trouve des numéros exclusivement couverts de nouvelles étrangères et d'annonces. " L'acte de Québec' 9 passe presqu'inaperçu parmi les nouvelles d'Angleterre. D'ailleurs il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer que de tout temps,,
même du virant de Giimore, Brown paraît avoir eu la haute main dans la direction de la Gazette. Et après la mort de l'un et de l'autre, lorsque les Neilson ont occasion de par- )er des premières années de la Gazette, ils attribuent à Brown tout ce qui s'est fait, et ne citent Gilmore que bien rarement. C'est pourquoi nous avons cru devoir en agir à peu près de la même manière.
Révolution américaine.-— Loyauté do la Gazette.-* Bécit qu'elle donne des opérations militaires.—» Invasion du Canada. — Seconde suspension de la C?0zrfte~~8iége de Québec— Conduit© de Browâ pendant ce siège. — Deux numéros étranges-— Deuxième résurrection. — Singulière adresse.— Lord Dorchester et ses panégyristes de la 6fa* *e«e.— Mort de Brown. — Samuel Neilsfln>— La Gazette sous ce dernier.
Bientôt la Gazette eut à s'occuper d*un sujet qui intéressait plus directement ses lecteurs. Déjà, comme nous l'avons dit» les premiers ferments de la guerre civile avaient éclaté dans les colonies qui formèrent ensuite la république des Etats-Unis. Au bruit du canon d'alarme, les Canadiens, on ne saurait les en blâmer, ne ressentirent pas cet enthousiasme guerrier qui s'emparait d'eux autrefois quand il s'agissait de défendre le drapeau de la vieille France. Ils n'avaient pas encore qu Focca8ion de se battre i l'ombre du léopard britannique, et ce drapeau n'était pas pour eux un drapeau, c'était un lambeau de soie sans souvenirs, ou pour parler franc, s'il renfermait des souvenirs, ils étaient si pénibles
qu'un loyal Canadien devait les refouler au fond de son cœur. D'ailleurs, Anglais, Bostonnais ou Yankees n'était-ce pas tout un pour les Canadiens français qui avaient eu à les combattre tous sans distinction à une époque trop rapprochée pour être oubliée.
Quand les hostilités furent décidément ouvertes entre l'Angleterre et ses anciennes colonies, la plus grande partie de la Gazette, comme de raison, était remplie des détails de-ces hostilités. En général, cependant, Ton remarque qu'il s'écoule un assez long intervalle entre le jour où s'est accompli tel ou tel fait d'armes et le jour où la Gazette le livre à la publicité. Ce retard vient selon toute probabilité de ce qu'elle ne publiait ces faits qu'après en avoir eu le récit dans les grands journaux des autres colonies. Mais pour ce qui est de la loyauté de la GazeUe, elle ne parait pas avoir chancelé un seul instant Presqu'à chaque numéro, se trouvent de chaleureuses protestations de dévouement à c6té d'appels enthousiastes à tous les sentiments de fidélité, d'honneur, de religion des Canadiens français, afin de les exciter à combattre dans la mesure de leurs forces les ennemis de la Grande-Bretagne.
Aussi longtemps que le théâtre de la guerre
fut dans le voisinage de la frontière américaine, Brown put sans inconvénient continuer son œuvre de prédilection. Mais à la fin de 1775, les ennemis cernèrent Québec et mirent la capitale en danger. En de telles circonstances, le devoir de tout brave citoyen étant de veiller avant tout au salut de la patrie, Brown, pour remplir ce sacré devoir, rut obligé de discontinuer la publication de sa Gazette. Le 80 novembre 1775, juste dix ans plus un mois après sa première suspen* sion, la Gazette contenait cette petite note explicative :
" L'imprimeur trouvant impossible de continuer la publication de cette gazette prend la liberté de faire ses remercimens très-sincères au public de l'avoir jusqu'ici encourager, de lui souhaiter un tems plus favorable, et rie l'assurer: qu'il sera encore prêt à le servir aussitôt qu'il lui sera possible." — {Ga • zette du 30 novembre 1775.)
Ce numéro du 30 novembre 1775 contenait aussi la proclamation du gouverneur Carleton, ordonnant de quitter la ville à tous ceux qui ne voudraient pas prendre les armes. Bon nombre de marchands parmi lesquels on remarqué Adam Lynubumer, obéissant à ces injonctions, se retirèrent dans les campagnes
qui avoisinent Québec et y restèrent simples spectateurs d'une lutte dont l'issue leur paraissait tellement douteuse qu'ils ne croyaient pas prudent de s'y compromettre.
Quelques jours après Québec était souarô à un siège régulier. Les fortifications qu'avait alors ta ville ne la protégeant que très impar* alitement, la situation' paraissait alarmante— Arrivé sur les plaines d'Abraham le 13 novembre, le jour même où Carletou rentrait avec peine dans la capitale, Arnold avait été bientôt rejoint par l'armée de Montgommerry.
C'est alors que le bureau de la Gazette parait avoir été définitivement fermé. Brown, aussi bien que les deux hommes qui l'aidaient à imprimer son journal, laissa de côté la casse et le composteur pour saisir le mousquet et fake preuve de la fidélité et de la bravoure qu'il avait si fort recommandées dans sa Gazette. On rapporte que pendant toute la durée du siège, ils furent vus sous les armes presque jour et nuit, et même en supposant qu'ils en auraient eu la meilleure volonté du inonde, il leur fut impossible d'imprimer la Gazette. De plus, les communications postales devaient, être suspendues, ce qui aurait pu embarrasser la Gazette dont le rédacteur avait pour habitude de se servir des ciseaux encore
plus que de la plume» comme noue Tarais déjà remarqué»
Un mois après la suspension de la Gazette, c'est-à-dire dans la nuit do 80 au $1 décembre 1775, Québec subissait ce terrible assaut eu Montgomery perdis la vie et où Arnold fut blessé, assaut qui se termina tout à l'avaiir tage de la cause métropolitaine et la sauva dans cette province. Mais l'état de siège, bien qu'il perdit de sa gravité première, n'en con» tjnua pas moins d'exister.
Une circonstance qui ne saurait être etr pliquée à la satisfaction des curieux, c'est qu'une demi feuille de la Gazette ftà (i publiée par autorité " le 14 et le 21 mars 1776, alors que les troupes américaines bloquaient eneore la capitale. L'un de ces numéros cou* tient une sommation sous forme de lettre adressée par Montgomery à Carleton, quelques jours avant l'assaut du 80 décembre.
Cette lettre avait été jetée par dessus le»
rempart» au moyen d'une flèche à laquelle oa l'avait attachée. Dans l'autre numéro, un fragment de lettre du général américain Wooster parle en termes grossiers du clergé catholique du Canada, et lui reproche d'employer son influence à entraver le progrès des idée» révolutionnaires et républicaine*.
Mais nous en sommes toujours à nous demander pourquoi ces deux singulières demifeuilles ont été publiées par autorité dans de telles circonstances. Le gouverneur pensat-il que la publication de ces lettres pleines d'arrogance et de vantardises était de nature à réveiller la traditionnelle fierté militaire des Canadiens f Bspéra-t-il par ce moyen les exciter davantage à faire vaillamment leur devoir f Voulut-il leur faire voir comment les américains traitaient dans leur langage grossier la plus respectable classe de notre population.
Après ces deux numéros publiés en mars, la Gazette rentre dans un silence sépulcral pour n'élever de nouveau la voix que plusieurs mois plus tard. Les ennemis s'étant éloignés de Québec à la fin de mai 1*776, Brown aurait désiré reprendre immédiatement la publication de son journal, mais Carleton n'y voulut point consentir, comme il en avait parfaitement le droit, le pays étant encore sous la loi martiale.
Ce n'est que le 8 août 1776 qu'il fut permis à la Goutte de reparaître devant son petit public qui avait été privé d'elle pendant un peu plus de huit' mois. Voici en quels termes solennels Brown s'adressait à ses lecteurs en revenant vers eux :
' C'est avec le plu» sensible plaisir que l'imprimeur trouve que les tems sont assez heureusement changés, selon ses souhaits, pour lui permettre de le féliciter de cet heu* reux changement et lai offrir de nouveau ses services par le moyen d'une gazette. — Comme l'on pourrait alléguer quelque chose touchant sa nouvelle publication et qu'il serait ennuyeux au public de lui donner le détail du plan sur lequel on l'a formée jusques ici, savoir, jusqu'au nombre 571, on doit cependant remarquer qu'elle a jusqu'ici mérité le titre de La plus innocente Gazette de la domination britannique; et qu'il y a très-peu d'apparence qu'elle perde un titre si estimable, l'imprimeur se flatte de trouver tassez de succès pour continuer de la publier, ce à quoi il est déterminé s'il peut se procurer seulement 200 souscrivans au prix ordinaire de 3 piastres d'Espagne par an, d'ici à la mi-septembre prochaine. Quand on considère que quantité de feuilles périodiques les plus insipides sont soutenues par un nombre dix fois plus grand, il peut s'attendre que la plus innocenta sera favorisée et protégée par un nombre si médiocre, ce qui fera voir que non seulement l'innocence et la modération ont encore des protecteurs dans un coin du monde, en dépit de la corruption du siècle mais ajoutera encore une nouvelle obligation à " Son très-humble et
a très-dévoué serviteur,
"LlMPRIMBra."
Un écrivant qui se Tante avec autant d'emphase d'être l'éditeur de ta plus innocente Gazette de l'Amérique nous semble loin d'être on adepte des doctrines radicales. Ceux qui l'accusent d'avoir appartenu à cette école voudraient-as nous montrer l'analogie qu'à y a entre des paragraphes tous aussi paisibles, aussi innocents dans leur rareté que celui que nous venons de voir et les saillies turbulentes et incendiaires des Wilkites dont Brown prétendent-ils, fut le disciple. A coup sfkr un pareil disciple, si disciple il y a, ne court aucun risque d'être confondu avec «on maître.
Nous avons dit tout à l'heure que Carîeton avait objecté 4 ta trop prompte réapparition de la Gazette. II ne faudrait pas conclure 4e là qu'il n'avait aucune sympathie pour cet établissement» car il y aurait tout à la fois erreur et injustice. D'après ce qae noua con» naissons ce gouverneur parait avoir favorisé Brown autant qu'il fut en son pouvoir de le faire, et lorsque plus tard il revint gouverner le Canada sous le nom de Lord Dorchester, on rapporte qu'il témoignait une amitié tonte spéciale à M. John Keilson à cette époque très-jeune encore. Mais si Carleton montrait antant de bienveillance, les éloges incessants que lui prodiguait la Gazette était bien de
nature à perpétuer, sou zèle et sa ferveur C'est peut-être à propos de ce puissant bienfaiteur que la Gazette poussa la flatterie à ses plus extrêmes limites. Eli* alla jusqu'à publier des vers comme ceux-ci 5
" O vous qu'a tant Tante la Grèce Grand Socrate, Auguste Platon* Que deviendra votre sagesse Devant celle de Garteton !'*
Hélas ! nous aassi Qui nous délivrera des Grecs -et ides Romains?
Ce ne sera certainement pas M* le grand!
vicaire Montgolfier qui s'efforce au coq traire 4e nous y ramener»
* Dans la collection de la Gazette que possédait feu Sir L. H. LaFontaine, collection maintenant acquise pour la bibliothèque du Parlement, on trouve, copiée à la main, une adresse de ce M. Montgolfier à Carfeton, qui porte en pompeux épigraphe ï t^ nidi, vki.
Et non content de ce début ctègue de Pépopée, te panégyriste ajoute que ces mots qu'une exagération coupable et une flatterie tonte païenne pouraient seules faire appliquer "au plus grand capitaine de l'antiquité, à Alexwlre-le-Grand" (tw), convenaient parfaitement à Son fooritace le gouverneur Cadran.
Cctatne <m le toit/ M. le gTaûd-?icâir3 n'f «liait pas de main toorter.
A en juger uniquement, paY ce qu'on lit dam la Gdtette, jaïûais monarqtfe absolu nef fat plus adulé de ses tfujets que Lord Dor* ehester du peuple canadien qu'il était appelé à gouverner dans des circonstances pourtant fécondes en difficultés de tout genres
Il est digue de remarque que Brown, notre plus ancien journaliste, le fut pendant utf quart de siècle, et s'occupa pour ainsi dire jusqu'à sa dernière heure/ d'en remplir les devoirs. Il mourut de mort subite le dimancher soir 22 mars 1709, comme l'atteste la Gazette elle-même. Singulier rapprochement ! M. John Neilson qui, quatre ans plus tard, hérita de la Gazette et continua d'exercer sur elle utf contrôle plus ou moins direct, pendant cinqtfante^cin'q ats, y publia de» écrits la reille même de sa mort.
Brown n'eût jamais d'enfenta, où dtf moka n'en laissa point quand il mourut Ses héritiers furent ses neveux, les enfants de Wm« Neilson et d'Isabella Brown. A Samuel, frère allié de celui qu'on appela dans la suite llion* John Neilson, fut dévolu le soin de continuer la publication de la Gazette. L'ardeur avec laquelle il t'y livra parait avoir exercé une io*
fluôncô fatale sur sa fin prématurée. Il expira le 12 janvier 1798, mains de quatre ans après son onole Brown, et à peine dans la vingt* deuxième année de son âge.
Sons Samuel Neilson, le terrain de la politique semble interdit encore plus strictement s'il est possible que sous son prédécesseur* Les Canadiens pétitionnent pour obtenir un système de gouvernement représentatif, lebill qui contenait en germe l'acte de 91 est discuté en Angleterre, tout s'agite bruyamment autour de la Gazette, et chose étonnante ! elle reste impassible an milieu de ce fracas général. Elle ne parle de l'acte constitutionnel de 1791 qu'après qu'il est devenu loi et encore elle en parle avec une sobriété désespérante*
Au temps des élections, elle publiait les u adresses aux électeurs" de tous les candidats indistinctement En 1792, M. J. A. Panet, après son élection, remercie dans la Gazette Ceux qui l'ont élu,- et leur annonce qu'il a fait distribuer £100 aux pauvres. A l'élection de 1796, il promet la même somme à la première fille pauvre qui se mariera. Durant les sessions qui suivirent ces élections, non seule* ment la Gazette n'appréciait point les débats qui avaient lien dans les chambres, mais elle n'avait même pas toujours le courage ou la liberté d'en reproduire le sens intégralement*
Hais a. la Gazette est plus que jamais fer* toôe à la politique, en revanche on a le plaisir de voir, que grâce aux circonstances, les faits divers deviennent pins fréquents et acquièrent de l'importance. Ainsi, on y trouve le compterendu des séances du Club ContHtutionnely fondé en 1791 et dont Grant fat le premier Président avec Chs. de La Naudière pouf vice*président. On y trouve également n$ bulletin des théâtres, les représentations scèniques étant devenues, parait-il, fort en vogue vers ce temps-là. On voit par un de ces bulletins que le Prince Edouard, accompagné des gott»
verneurs Clark et Simoœ, assista le 18 février 1)02 à la représentation de u La Comtesse d'Escarbagnat" et du " Médecin malgré lui/
Pendant toute la durée de la révolution française, la Gazette, en général reproduit les nouvelles de France des journaux révolution* naires et montre une sympathie non équivoque pour les principes qui changèrent la face de l'Europe, et marquèrent dbns le sang le point de départ d'une ère nouvelle»
John Neilson, âgé de 14 ans, hérite de la GazrUt.—- Le Dr. Sparks supplée le jeune héritier jusqu'en 1796.— John Neilson, éditeur réel et responsable» —Il soit la vieille routine. — Nouveaux journaux.*- La Gazette agrandit son format.— Peu à peu elle pénètre dans la politique. — Timide défenseur de la cause populaire.— John Neilson membre du Parlement.— Anomalie de sa double position»—' H cède la Gazette a son fils Samuel.— La Gazette feuille officielle.— Projet d'Union de 1822. -Dis* cussion qu'il soulève.— Samuel Neilson perd son titre ^imprimeur du roi avec les bonnes grâces de Dalhousie.- Bon effet de cette disgrâce.— La Cfa» zette défend ardemment les libertés du peuple.— Sympathies qu'elle rencontre â raison de cette conduite.— Importance qu'elle acquiert graduel» lement.
A ta mort de Samuel Neilson, la Gazette allait de plein droit à son frère. Mais John à cette époque n'avait pas encore atteint sa quatorzième année, la date de sa naissance, ne re* montant qu'an 17 juillet 1779. A raison de cette extrême jeunesse, la direction de la Oa* tette fut confiée au Dr. Sparks, ministre de l'église d'Ecosse, qui se piquait d'être quelque peu littérateur en même temps que théologien, comme le prouvent quelques sermons
de lui conservés à la bibliothèque du Parle* tnent L'année suivante John Neilson alla passer sept mois dans les différents Etats de l'Union Américaine! sans doute pour y étudier et se préparer aux fonctions qu'on n'at» tendait que l'Age et le développement de l'intelligence pour lui confier. Ce n'est qu'en 1796 qu'il prit réellement le titre d'éditeur de la Gazette et qu'il en assuma la responsabilité. Jusqu'en 1808, la Gazette continua de suivre impertubablement la vieille routine établie par ses trop pacifiques fondateurs. En 1805, était paru le Mercury f en 1806 le (7anadien. Mais ni l'un ni l'autre ne put l'attirer à cette époque dans le champ clos de la politique ou tous deux s'escrimaient au milieu des bruyantes clameurs et des applaudissements de leurs correspondants anonymes.
Bien différent de la Gazette, le Canadien ne publiait presque pas d'annonces, aimant mieux remplir ses colonnes de renseignements poli* tiques dont le besoin se faisait vivement sentir parmi la population canadienne-française pour laquelle le gouvernement représentatif était encore une fiction paa bien comprise. Pour ce qui est du Mercury, plus avancé que les deux autres, il savait déjà joindre l'utilité des annonces à l'amusement non moins utile peut-être
de £68 écrite en faveur d'une politique tyran* nique et francophobe. Tout naturellement la Gazette vit des rivaux dans ses confrères. Tenant beaucoup à n'être pas dépassée par ces nouveaux-venus, elle agrandit son format et centupla les promesses faites jusqu'à ce jour. A ce propos, on lit dans son numéro du 7 janvier 1808 :
" Le soussigné, successeur de son défunt oncle William Brown et de feu son frère Samuel Neilson, saisit la présente occasion du changement du format de la Gazette de Québec pour remercier le public de l'encouragement que ce papier a reçu durant 43 années qu'il a existé dans sa forme précédente ; un laps de temps proportionné a l'introduction de l'imprimerie en Canada.
Durant tout ce temps on croit que le désir constant des propriétaires de la Gazette a été de la rendre un véhicule correct des nouvelles, sana embrasser des disputes de partis, ou admettre aucune chose qui ait une tendance à créer de la mauvaise humeur parmi les sujets éminemment heureux de Sa Majesté dans cette province.
" Le soussigné garantit que la Gazette continuera à être conduite avec les mêmes vues ; et autant que ses talents et ses moyens le permettront, son utilité sera augmenté* Cest pourquoi il sollicite la communication de tous
articles de nouvelle qui peuvent venir par voies particulières, de même que des détails corrects des événements provinciaux, et de tout autre article qui pourra paraître propre à favoriser l'objet proposé.
" Comme la Gazette n'est publiée qu'une fois la semaine, il sera donné un supplément, en tous tems, entre les jours de la publication, du moment qu'il arrivera quelque nouvelle d'importance • . • • . . .
" La souscription annuelle pour la Gazette restera au même prix que ci-devant (20 chelins.) Les souscriptions continueront d'être reçues à Montréal par James Brown, par les maîtres de poste établis dans les autres parties de la province et par les courriers dans leurs différentes routes.
" John Nsilson
« Québec, « janvier 1808. "
La Gazette traversa silencieusement, sinon avec indifférence, le despotisme de Graig, et ni les mauvais traitements faits aux rédacteurs supposés du Canadien, ni la prison qu'on leur fit subir sans formalité légale, ne paraissent l'avoir émue bien fortement Elle n'en souffle mot. H est pénible d'ajouter que plus tard, quand un autre rédacteur du Canadien, digne successeur des victimes de Graig? eut l'honneur
cPètre lui aussi jeté en prison pour avoir osé, cous un règne 4e tyrannie, parier en franc ami de la liberté, 4e misérables considérations empêchèrent la Omette de s'exprimer là-dessus ' d'une manière convenable. Une pareille conduite ne saurait être justifiée, elle est une tache dans l'histoire de notre Presse.
Les événements relatif* h la guerre de 1613, tels que rapports dans la Onzette^ sont quel* quefois inexacts et plus souvent incomplets,
Mais après la guerre de 1812, la (hutte commença petit h petit à empiéter sur le terrain mouvant de la politique» Obligée d'opter entre les deux partis qui se combattaient, elle prit place, quoique bien timidement, parmi les défenseurs des libertés po* pulaires, et fit aux gouvernements absolus l'honneur de leur décocher quelques traits anodins. Cette opposition, quelque platonique qu'elle fat, avait, venant d'un journal jusque-là soutenu par les faveurs gouvernementales, une apparence de généreuse conviction qui méritait d'être récompensée. Cette récom* pense ne se fit pas longtemps attende J)èe 1813, tf. J. Neilsqn obtenait du comté ds Québec l'honneur de le représenter en Parlement» et pendant plusse qwvse ans les lien» qui Y\a$wm% w penpte aefe^nt que* resserrer de plus en plus.
Il nef fattt point s'imaginer que H. NeilsOtf prenait dans son journal ce ton ferme et dé* Cidô qu'il se permettait quelquefois en Chambre où il pouvait le faire sans inconvénient Ce serait se tromper beaucoup sur le tempérament paisible qu'avait su conserver la Goutté au milieu de l'excitation générale* Dans un temps où les plus vives questions d'intérêt public sont chaudement discutées dans les Chambres, on trouve qu'elle est bien pale avec ses excellents articles sur l'agriculture, la colonisation, le système des fabriques, l'éducation, etc., etc. ; sujets trop calmes pour tenif lieu de controverse politique.
Malgré les infinis ménagements qu'il avait toujours soin de prendre, M. John Neilson ne tarda pas à s'apercevoir que sa position de journaliste officiellement favorisé des impret* lions du gouvernement, était incompatible avec celle qu'il occupait dans la chambre d'as* semblée. Aussi le 1er mai 1822 la Goutte avec l'établissement d'imprimerie devenait-elle la propriété de Samuel Nelson» fils de John, et de William Cowan. Ce changement de propriétaire était opéré évidemment afin de ne pas détourner le cours des faveurs de l'administration. Dès le mois de juillet de cette an fifte 1822» Samuel Neilson recevait un brevet
d'imprimeur <farov et la Gatettem ins&î* tant à son frontispice i "publiée par auto* rite," acceptait un collier qui devait lui peler le col et laisser l'eînpreinte de la servitude Une foi» brevetée et stipendiée, la Gazette fut plus respectueuse que jamais à l'égard dn pou-' voir, cft porta l'abnégation jusqu'à se retrancher dans une neutralité presque muette.
Un peu comme le rat de la fable dans son fromage de Hollande, la Gazette continuait à Vivre dans une paix fructueuse, faisant presque l'effet d'un ertnite qui * fui les distractions politique, lorsqu'une malheureuse question vint troubler sa félicité. Le nouvelle du projet d'Union de 1822 était arrivée en* Canada, la Gazette n'en éprouva d'abord aucun malaise et balbutia quelque paroles ambiguës qui étaient pltul de nature à la brotfillef aveoses abonnés qu'avec le pouvoir* Mais la situation n'était pas encore sauvée. Là position de M. J, Neilson n'était point aussi facile que celle de son fil& Dans un telle occasion il * pou* vait sans inconvenance rester muet. Il parla et parla fortement contre le projet, si forte* ment qu'on le délégua avec M. Papineau auprès du gouvernement impérial pour y porter les pétitions et les remontrances des canadiens opposés à cette union.
Si Daîhouaie, alors gouverneur du Canada n'exprimait pas ouvertement ses sympathies pour ce bUl d'Union, on sait du moins qu'elles n'étaient point ignorées du public ; M» John Neilson en les contrariant aussi directement ne prévoyait probablement pas qu'on punirait dans le 81s les opinions politiques du père. CPest pourtant oe qui arriva bientôt. Une pro» çlamation de bord Palhousieea date du 22 octobre 1829, annulant les lettres patentes ac* cordées l'année précédente à Samuel Neilsou en conférait de nouvelles à John Cbarlton Fisher qui se mit immédiatement à publier la " Omette de Québec par autorité," (1)
{1) Ce John Charlton Fisher était rédacteur de l'Albion, de New-York, quand il fut invité à venir «n Canada par Dalhousie, ou son secrétaire Co* chran. La Goex&ede Québec par aattoritt qu'il publia conjointement avec William Kemble, du Mercury^ contenait, outre les publications officielles, quelque», écrits littéraires et politiques qui n'étaient pas sans mérite. Cette manière de publier, la gazette offici* elle lut continuée jusqu'au 5 mai 1831. Passé cette dateon»n*y trouve que les annonces du gouvernement et autres pièces officielles > c'est-à-dire i peu près comme elle est publiée maintenant.
Fî&ker était un homme de lettre et presque un savant, p foi pendant de longues années un des men> bres les plus laborieux et Tes plus distingués de la Société yutiJreire et Bktorique de Québec qui l'bonora de sa présidence, H est de plus ) f au(eur de? l'épitàphe gravée sur le monument Montcaîm- TOol& dans le jardin du JFto*, et ce titre seul AsfSnitjNtur
<3es procédés pleins de partialité couronnés par une dépossession arbitraire, aigrirent quelque peu " la vieille Gazette de Québec, " comme on appela désormais la gazette des Neilson. Quand elle vit que cette source de revenus lui était inexorablement fermée, elle revint aux discussions politiques. Son silence n'étant plus rétribué, elle se mit à parler, presqu'à vociférer, contre le gouvernement qui Pavait dépouillée. De ce jour, la Gazette occupa dans la presse une position correspondante à celle de John Neilson dans le parlement, position éminente et honorable pour Pun comme pour Pautre. On pense généralement que de tout temps, M. J, Neilson se mêla beaucoup de la rédaction de la Gazette ^ il se peut qu'il en fut ainsi. Mais c% qui est certain, c'est que son fils Samuel, alors propriétaire du journal, avait reçu une haute éducation complétée à Puniversité de
lai mériter de n'être pas oublié. Cette ëpitaphe si expressive dans son énergique concision
Mortem virtus communem
Famam historia
Monumentum posteritas dédit
semble, disent les connaisseurs, frappée au coin de la meilleure antiquité.
M. Jftsher mourut en août 1849, en revenant d'Angleterre.
Glasgow, rô nous voyons que son père fe conduisit en 18*101 Au reste il n'y aurait tien d'étonnant que pèreet fis j auraient pri* ft «ne part active, car à partir dé 1827 (1) toute» les questions amenées devant le publie y sont disentées et examinées à tons les pointsde vue.
L T opiniâtreté de rassemblée législative â> revendiquer les droit* du peuple y est justifiéeen termes pour le moins-aussi fort» que eeu»
employés (feus la suite pou»* tl&mer eettemême assemMée législative qdi revendiquait les «sèmes droits. Entrer dans le détail de»
questions alors agitée» et noter les opinion» de la &a&m sur tant de sujsts compliqués», exigerait un temps eonsidéaable. Les berne»
do eette étude ne permettent pas de s'y av& rèter. Contentons-nous de dire que jusqu'il»
1831, la Gazette aussi bie» que M* John»
tfeilseg, poursuivit, de eoncert avec la majorité de la enawbre d r assen*blée, la eretsada
M)* Sa cette année 18B7, la Gczctte ppvss» aon ardeur fi loin qu'aux seules assises criminelles, do mois dé mars, il lui fillnt répondre à. cinq, poursuites pour libelle ?; quatre de ces poursuites étaient dirigées contre Samuel Ifeilson, éditeur r etlacht-
Îuiëme contre Charles Mondelet (maintenant Juge londelet) pour une correspondance écrite de Trots»» Rivières, okil pratiquait comme avocat-
entreprise depuis trente ans contre les abus et contre ceux qui cherchaient à les perpétuer. En agissant ainsi, la Gazette avait gagné de profondes sympathies parmi là population canadienne-française qui se fit un devoir d'encoucager généreusement une publication aussi libérale.
Ce Canadien ressuscité 1 ;— 3ecrète jalousie de là CTa*xêUe ; elle tourne le dos à ses amis et passe au service de l'oligarchie.— Mort de Samuel Neilson. — J. Neilson, seul rédacteur ; son étonnante vigueur dans les époques les plus critiques ; sa conduite en 3Z-3&; son opposition à l'Union des Canadas ; son retour dans les rangs libéraux à propos de cette question r joie causée par ce* retour.— Le Nestor de laFressc— La Gazette de Québec distincte du Québec Qazettc*—¥'m de I» partie française.— Conclusion.
Vers 1830, une nouvelle génération de jaunes patriotes pleins d'ardeur cotmaençaient à se mêler de- politique, et quelques-uns d'eux arrivaient en chambre où ils menaçaient d'éclipser les vieux défenseurs àê nos libertés,, lesvétérans de nos- guerres parlementantes. Ces jeunes et vives- intelligences, enchantées deleurs premiers sucées, trouvèrent bientôt quela» respectable Gfaette dt Québec ne mettait point assez de vivacité dans ses alftifes, efc prirent le parti de fonder un nouveau journal qui fut plus intimement lié à la défense de leurs opinions politiques, religieuses et nationales. Ce projpt ne tarda pas- à ètre-exé-
cuté. Dès le mois d'avril 1831 M. Etienne Parent ressuscitait le Canadien qui fut, pendant les douze ans qu'il le rédigea, l'organe ou plutôt le guide de cette nouvelle génération dont nous venons de parler. Mais cette nouvelle publication, on. ne saurait se le dis* simuler, dut faire une redoutable concurrence à la Gazette, surtout auprès de ses abonnés qui la recevaient pour la partie française.
Cette compétition fit faire de nouveaux efforts aux propriétaires de la Gazette. Depuis 1818, elle paraissait régulièrement deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, avec l'anglais et le français sur la même feuille. Au commencement de 1832 Samuel Neilson se mit à publier la partie française sur une feuille distincte. Voici ce que l'on trouve dans la Gazette du 11 avril 1832, à propos des améliorations importantes qu'on fit alors.
M Avis aux abonnés de la " Gazette de Québec."
u À partir du mercredi 2 mai prochain, ce journal paraîtra en deux feuilles séparées, l'une en français, trois fois par semaine, l'autre en anglais, aussi trois fois par semaine.
4 * Le prix pour chaque journal séparément sera de 20s. ; pour les deux ensemble de 30s. par an, non compris les frais de port.
44 11 sera pris de* arrangements pour as-
tarer «ne rédaction soignée de la feuille française. Elle se» d'un format à-peu-près semblable à celui de$ journaux de Paris, et im»
primée en un caractère plus gros que n'est imprimée la Gazette maintenant.
" Nous espérons que nos lecteurs nous eau»
ront gré de ces changements que nous voulions opérer il y s déjà plusieurs années»
Notre feuille contiendra des matières phi* variées, donnera des nouvelles, tant de l'é* {ranger que de l'intérieur, plut en détail, et sera plus ouverte aux correspondances, etc.
Enfin, ce sera un journal purement français*
u La feuille anglaise sera de même format que la Qenette actuelle.
" Ceux de nos abonnés qui ont été dans l'habitude de parcourir nos colonnes anglaises* trouveront dans la feuille française les détails, omis jusqu'à présent dans cette partie, sur le % commerce, les marchés, les arrivages, etc.
S'ils veulent s'abonner aux deux feuilles, il* auront pour six piastres par an un journal quotidien.
" Ce journal, le premier qui ait paru dans les colonies actuelles de 1 Angleterre sur ce continent, compte soixante-et-neuf annnées ^existence. Durant les dix dernières années il a été rédigé par le propriétaire actuel. On a le moyen de juger si ce journal pourra* à l'avenir, être utile au publie ets'il mérited'étr* encouragé.
« Bureau de la Gazette, 31 mars 1832."
Malheureusetnent ces améliorations opérée* dans la partie matérielle de la QatetU de* Talent être bientôt employées à combattre la cause populaire. Presqu'immédiatement a* près la fondation du Conocte*— c'est à regret que nous constatons cette coïncidence qui pourrait fait* croire que le dépit de voir sourdre à ses côtés un mal heureux remporta sur la sincérité de convictions mûries par le temps— uno espèce de mystérieuse et incompréhensible transformation s'opère in* sensiblement dans les opinions de la QazéUe.
Les partis en chambre restaient ce qu'ils avaient été depuis quittas ans, et si la majorité de l'Assemblée faisait toujours valoir lea inénfes griefc, c'est que l'Exécutif n'avait fait disparaître aucun de ces griefe que M. Neilaon avait ki-mèrae tout récemment exposé»
sous les yeux du gouvernement impérial auprès duquel il avait été délégué une seconde fois en 1828, avec MM. Viger et Cuvillier.
tncore après la session de 1829, il écrivait que l'administration n'avait remédié à rien \ que les causes et les éléments de discordé sais* taietU comme par le passé. Et ne pouvait* en pas dire la même choee aveo autant de raison, après la session dé 1833 on de 18341 Dans son article souvent . cité du 16 janvier
1827, M. Neilson disait: "L'Assemblée de eette colonie a fait souvent des sacrifices pour obtenir la paix et l'harmonie ; ces sacrifices ont été stériles et on a même essayé de les tourner contre ceux qui les avaient faits," Malgré ces déclarations aussi formelles qu'énergiques, la Gazette vira de bord et se mit à voguer à pleines voiles dans les eaux de l'oligarchie. Non contante de faire elle-même des " sacrifices à la paix et à l'harmonie," elle en vint plus tard jusqu'à exiger que ses anciens amis j fussent sacrifiés.
L'adoption par la chambre d'assemblée des 92 résolutions, ardemment combattues par M. John Neilson, marqua le moment où la Gazette brisa définitivement tous les liens* qui l'avaient attachée au parti libéral» Après' eette session à jamais célèbre de 1834, des élections générales eurent lieu. M. Neilson, séparé des libéraux perdit le siège qu'il avait , obtenu en récompense de son libéralisme* Ces revers contribuèrent à l'éloigner de plus en plus de ses anciens amis. L'année suivante il allait en Angleterre, non plus cette Ibis pour j représenter l'immense majorité du peuple Bas-Canadien, mais pour y faire va* loir les prétentions de quelques rares parti* ; de l'oligarchie.
De ce jour jusqu'à 1840, les colonnes de 1* Gazette sont remplies de violentes invectives, non-seulement contre les hommes extrêmes du parti populaire, mais encore et surtout oontre les hommes jnoriérés qui formaient oe qu'on appela le parti libéral de Québec, pour les distinguer des démocrates avancés qui se recrutaient principalement dans le district de Montréal. Ces polémiques incessantes, ces luttes à bout portant exigeaient un travail énorme et une activité plus qu'ordinaire.
Samuel Neilson y ruina sa santé. Son esprit vioHknment surmené dans ces chaudes discussions eut besoin de repos. Il partit pour l'Europe dans l'automne de 1836, espérant qu'un voyage dans la Méditerrannée lui rendrait ses forces épuisées. Mais il ne lui fut pas donné de revoir son imprimerie ni de continuer ces luttes qu'il avait au début alimentées de ses colères. Il mourut à Neif-York au mois de juin 1887, en débarquant à son retour . du midi de l'Europe.
La Gazette, dont Samuel Neilson était l'unique propriétaire depuis le 1er mai 1886, époque à laquelle la société Neilson et Gowan avait été rompue, la Gatette passa à William Neilson et à ses frères et sœurs, héritiers de Samuel M. John Neilson fat établi procureur
de la fismiïle et surtout rédacteur de la Qmxettoé Ken qu'âgé de soixante ans, IL Nctlson n'en continua pas moine à écrire presque tons le» articles qui paraissaient alorn dans la Gesttte, et il sembla n'avoir rien perd» de sa première verve. À travers les mal* beureux temps de 1887- r 38, à travers le» en*» barras suscités par 1» Conseil Spécial, dont il fit partie, en on met à travers tant d'émotion* diverses, M. Neilaon conserve une étonnante vigueur de pensée etde style* Tout en te* gfettant que la Omette en vienne jusqu'à égaler les diatribes brutale» du ffertM e*d* Mercury contre le» malheureuse» victime» de me démêlé» politiques, il serait injuste dé méconnaître le talent remarquable qui prés*~ défrisa rédaction.
La mémoire encore pleine des? souvenir* de 1822, M* Neihon se posa de prima abord on adversaire déclaré de l'Union de» Canadas». En 1840, il admettait volontiers que le régime mis en force par le Conseil était un tféghh* d* servitude, méh il le croyait encore préférable à l'Union* La perspective d'une réunion des»
deux provinces ne plaisait guère, il est vrai* aux libéraux du Ba»<Cà*ada ; mais différant avec M/NeiUon, ik ne crojaient paequecft régime put être pire que celui du Conseil
8péci*J dont ils voulaient se débarrasser i tout prix* C'est pourquoi ils te laissèrent inv poser l'acte d'Union, saut iiop regimber, dan» Feepofc qu'ils pourraient le radie tolérable on y faisant quelques amendements. Et après beaucoup d'hésitations, M. Neifaon fut obligé d'apprécier semblabtement la shnatioa et de revenir prendre dans les rangs libéraux la plaee émineate qu'il avait quittée quelques années auparavant. La période qui suivit cet heureux retour est génémlenent regardée comme le temps où la Gazette fat à l'apogée de sa renommée.
Les opinions de M; Neiison qu'il n'énonçait -plus que sous la forme grave et solennelle de sentences sybillines étaient tenues pour in* faillibles par une classe nombreuse de la population. Un lût de quelque importance était* il accompli, de suite cette portion considérable du public tournait vers lui ses regards, et at» tendait aveo impatience, ce que dans sa sa* gesse affermie par l'expérience, il lui plairait décréter touchant ce fait Eu un mot, le Nés* tor de la presse conquit alors une réputation qui est restée proverbiale en devenant histo> lîqae.
1+ parti libéral accueillit avec joie le rs»
tour de M. Neiison, et cette joie s'explique
aisément Outre le râleur intrinsèque de l'homme qui était grande, on n'ignorait pas la puissante influence qu'exerçait la Gazette auprès des gouverneurs et jusqu'auprès du bu* reau colonial. Durant l'insurrection de 87*38, plusieurs de nos principaux hommes politiques en avaient fait eux-mêmes la rude expérience.
En revenant à ses amis d'autrefois,*!!. Neilson regagna la confiance du comté de Québec qui le choisit de nouveau en 1841 pour être son représentant
Tout en exprimant le peu de confiance qu'elle reposait dans le système de gouvernement responsable, tel que défini par les résolutions Harrison du 8 septembre 1841, la Gazette n'en soutint pas moins le parti libéral qui renversa dès les premiers jours de la ses* sion de 1842 * le simulacre d'administration que la rare habileté de Lord Sydenham avait eu peine à maintenir pendant la session de
En cette année 1842, la Gastrite de Québec cessa d'être une traduction du Québec Gazette, et devint une publication tout à fait distincte. Hais elle ne fut publiée de cette sorte que pendant un semestre, depuis le 3 mai jusqu'au 20 octobre et M. Ronald Macdonald en fut le
rédacteur. Ce M. Ronald Macdonald qui dam la suite rédigea le Canadien à deux époques différentes, était entré à la Gazette en 1819 en qualité de traducteur et il en avait jusquelà remplie assidûment les fonctions, si Ton en excepte deux ou trois ans pendant lesquels, Lord Aylmer l'avait placé à là tête d'une institution des sourds-muets. Il fut remplacé pendant ces quelques années d'enseignement, par M. Etienne Parent, alors étudiant en droit. Ce sont là les deux seuls traducteurs de la Gazette dont les noms nom soient cormes.
Depuis cette date du 29 octobre 1842, la Gazette cessa complètement d'être publiée en français, après l'avoir été pendant une période de soixante-dîx-auit ans. Couraie l'objet de cette étude se borne à donner une idée superficielle de ce que tut la partie française de notre plus ancienne publication canadienne, nous laisserons à d'autres mieux in* formés le soin d'apprécier la partie 1 purement anglaise.
Cependant pour compléter les renseignements donnés jusqu'ici sur l'histoire de cette publication, nous ajouterons que M. Neil*on la rédigea jusqu'à sa mort qui arriva le 1er février 1848. A M. John Neilson succéda M. Ronald Macdonald qui fut lui-même rem-
|feeéc»mai # m» par If. Middletoa» ei-d* vant rédacteur du ChrenùtU qui .détint alors propriétaire et rédacteur de la Gazette. Sou* îft ministère Hincka 1* ÔW*# fat Porgajnc accrédité dit gouvernement, et elle obtînt encore quelque renom, grltce à la collaboration distinguée de feu M. Derbiaiire, imprimeur do la Reine, Haie la chiite de ce ministère nwqua le commencement d'une ère de décar denoe pour la Gazette. En juin 185?, elle cessa d'être «m publication quotidienne pour devenir ce qu'elle cet. restée jusqu'à ce jour, •*eitifcdive un journal publiée trois foie la semaine et occupant en politique surtout use portion tout. 4 fiait secondaire*
Ou ute saurait à lu vérité s'empêcher de joeonnattre que l'ège avancé où U &99etk est pajwenua est quelque chose d'étonnant et presque merveilleux* Sur un soi mouvant eomme celui d'Amérique, n f a*t*on paa raison •Yètre étonna quand on se trouve en face d'un établissement, d'une institution quel* conque dont l'existence remonte à plu* d'un siècle t Pour ne parler que du Canada, combien de constitutions se sont écroulées en ee pays depuis la fondation de la ftwto. à combien de formée do gouvernement n'a-t-elle paa été soumise l Que de régimes différents
elle a dû subir, et que de ruines diverses elle a pu contempler dans le cours de son existence séculaire ! Etablie aux premiers temps de la domination anglaise, elle a, pour parvenir jusqu'ici, traversé les embarras et les milles Vtelssitùdesd£ notre politique coloniale, et pendant la moitié au moins de cette existence sôculàire elle a* exercé sur nos destinées une influence incontestable et souvent visible.
Propriétaires et Rédacteurs de la Gazette de Québec dorant les cent premières années de son existence :