LA PIE DE LA PRISON
Du grain qu'ils ont semé, laissez la fleur éclore. Allez ! Margot ; la loi leur a permis des fleurs. Eh ! quoi, méchant oiseau, vous revenez encore De ce triste jardin becqueter les primeurs !
N'en privez pas au moins leurs jours que rien n'abrège; Les ans laissent ici de bien longues saisons, Margot, et de l'hiver ils n'ont eu que la neige : N'allez pas du printemps leur ôter les bourgeons ;
Et qu'au moins du soleil un bouquet les console. Demain, le savez-vous ! ils attendraient en vain Ce printemps qu'aujourd'hui votre audace leur vole. Margot, les prisonniers vous donnent de leur pain !
Comme cet oiseau noir il est une pensée Qu'ici le malheureux apporte avec ses jours, Qu'il nourrit en son âme et qui, toujours chassée, Dès qu'il voudrait sourire, hélas ! revient toujours.
C'est le deuil qui le suit, c'est la voix qui le raille, C'est le regret qui veut de son moindre bonheur ; Tourment qui de son lit a remué la paille Et dont le bec aigu lui cherche au fond du cœur.
C'est la faim d'être libre. Un oiseau mord la cage ; Vous voulez à la vôtre attacher un roseau, Souvenir des jardins dont vous aimiez l'ombrage, Amis, et vous coupez les ailes d'un oiseau !
Gavarni.
Avril 183j«.