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Jules Janin à la duchesse d'Abrantès1.
Madame,
Vous êtes en vérité un bien aimable esprit et même vos blessures valent mieux que bien des hommages. Il est vrai que j'ai été bien étonné de me voir placé par vous, même dans l'antichambre des Salons de Paris, ,,moi qui de ma vie n'ai jamais mis les pieds dans un salon. Mais après le premier moment de chagrin, je suis bien vite revenu avec le même dévouement à la plume qui a écrit mieux que personne et mieux qu'on ne l'écrira jamais, les premières années de la vie de Napoléon. A Dieu ne plaise que jamais je sois un sujet d'inquiétude pour une femme qui pense, qui écrit et qui se passionne comme vous ! Vous êtes de ces nobles coeurs qui ont toujours en eux-mêmes toutes sortes de ressources, et je serais bien mal avisé de ne pas garder ma place obscure parmi vos amis inconnus. Ainsi donc jugez si j'accepte avec reconnaissance cette petite main blanche que vous me tendez avec tant de bonne grâce et de bon goût.
Agréez, Madame, l'assurance de mon admiration bien sincère et de mon respectueux dévouement,
J. Janin.
7 septembre 1837 *.
1. Cette lettre est une courtoise réponse à une note qui ne l'était pas trop. Mm° d'Abrantès, en effet, dans son Salon de Mma Necker {Histoire des Salons de Paris, t. I, p. 96-98, Édition Garnier frères, Paris, 1895), critique une étude de Jules Janin, publiée dans le Dictionnaire de la Conversation, sur Mm' de Genlis : cette étude contient quelques inexactitudes, mais Mm" d'Abrantès les relève avec une ardeur blessante pour l'auteur et trop admirative pour cet insipide basbleu qu'était Mm" de Genlis, — dont elle n'aimait pas d'ailleurs le caractère.