‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 97 sur 115 · LUCIEN BONAPARTE, PRINCE DE CANINO · texte numérisé non relu

LUCIEN BONAPARTE, PRINCE DE CANINO

Dfssin de- Coirtois.

Abrantès . — 32.

haute de trois doigts ; puis une robe de dessous en satin blanc, faite par Leroy, qui alors habillait la duchesse d'A s, ainsi que Victorine... Cette robe était

faite comme les robes de Leroy ! Celle de dessus était en tulle blanc brodé de soie blanche, plate et brillante. La broderie représentait une guirlande de myrte avec ses petites feuilles lancéolées et ses petites boules, mais tout cela blanc ; la guirlande allait en diminuant en arrivant vers le haut pour amincir la taille. Les manches n'étaient ni trop plates ni trop bouffantes. Quant à la taille, elle n'était pas trop courte à cette époque : le bas de la robe était terminé par une grosse guirlande de jacinthes bleues et blanches, retenues par de grosses soies cachées par la guirlande brodée, et, soutenant ainsi le poids des fleurs, empêchait qu'elle fit tomber la robe. Un gros bouquet de jacinthes bleues et blanches était mis sur le côté et complétait la toilette et l'accord qui existait dans toutes ses parties. Lorsqu'elle fut terminée, Mme Albert ouvrit un magnifique meuble fait par Jacob, et qui était placé près de la cheminée ; ce meuble ne s'ouvrait que par un secret connu seulement de la duchesse et de Mme Albert. C'était là que se trouvait, parfaitement en sûreté, l'écrin de la duchesse, estimé plus de cinq cent mille francs.

Mm" Albert sortit un collier composé de sept gros saphirs d'un bleu oriental, entourés de brillants d'une eau limpide comme du cristal de roche, ou, pour parler plus juste, comme du diamant que c'était. Les pierres d'entourage étaient, pour les plus petites, au moins de deux grains. Ce collier était le plus beau bijou qu'il y eût alors à Paris dans un écrin particulier. Les girandoles étaient formées d'une poire en saphir surmontée d'un bouton entouré de diamants comme le reste de la parure. Trois agrafes pareilles au reste arrêtaient les plis du tulle sur les deux épaules et devant. Une autre agrafe en diamants et en saphirs arrêtait les nœuds d'un ruban de satin blanc dont les bouts tombaient assez bas, et qui formait ceinture. Mme Albert conduisit ensuite sa maîtresse devant une psyché, fit tenir près d'elle les deux sous-femmes de chambre avec deux bougies, pour examiner s'il manquait une épingle à la toilette de sa maîtresse.

— Je suis faite à cela, dit la duchesse en souriant, et Blanche ne me laisserait pas sortir sans m'avoir forcée de passer Vinspeclion.

— Plus loin, mesdemoiselles ! cria Blanche d'une voix tonnante, plus loin ! Voulez-vous jeter de la bougie sur la robe de Mme la duchesse ?... Là !... A la bonne heure.

L'inspeclion passée, Mme Albert alla prendre, dans un sultan très parfumé, un mouchoir de batiste tellement brodé qu'à peine y restait-il de la batiste : autour était une valenciennes excessivement fine et de la hauteur de deux doigts. Mme Albert mit sur ce mouchoir de l'essence de Portugal de chez Riban, puis, donnant à sa maîtresse un magnifique éventail d'écaillé blonde dont les clous étaient formés par un diamant assez gros, elle regarda encore une fois sa maîtresse, puis elle lui dit du ton le plus respectueux :

— Madame la duchesse peut partir maintenant... Elle lui tendait en même temps de petites bottes de

satin blanc garnies de cygne, dans lesquelles la duchesse entra ses pieds, car, dans le fait, avec ses bas à jour et ses souliers de papier, pour ainsi dire, elle était presque jambes nues ; elle lui donna après cela, pour passer dans ses bras, deux mitaines également larges, en satin, et bordées de cygne, avec la palatine : tout cela léger, parfumé et élégant. Tout accoutumée que

j'étais à voir la duchesse d'A s élégante et bien mise,

cette fois elle me parut être mieux que jamais. Pour donner une idée de la toilette de l'époque, je parlerai également d'une toilette de cour de la duchesse, qui était encore aussi élégante la première année de la Restauration que sous l'Empire, — et puis d'un négligé.

La toilette de cour consistait dans une couronne de plumes de marabout formant autour de la tête une couronne mexicaine, et surmontant une guirlande d'épis de diamants qui soutenait les plumes ; celles-ci étaient roses. La jupe de dessous était en satin rose extrêmement fort, ainsi que le manteau également pareil. La jupe avait au bas un falbalas de blonde blanche à double rang, surmonté d'une natte en satin rose. Le tour entier du manteau, était bordé d'une blonde blanche de la hauteur de deux mains, et une natte de satin rose pour crête.

Le tour de la gorge, des épaules et le corsage avaient de la blonde partout où il en pouvait tenir. Ce soir-là, la duchesse n'avait aucune pierre de couleur ; son collier était formé de deux rivières de diamants dont le plus longue, qui était celle qui tombait sur la poitrine, n'était formée que de vingt-sept diamants. Les girandoles étaient également en diamants blancs, les agrafes de même.

Le lendemain de ce jour de l'an où la duchesse

d'A s avait cette parure que je viens de décrire, et

qu'elle avait exprès soignée pour aller faire sa cour, j'allai déjeuner avec elle. Je la trouvai seule dans son petit salon d'étude à côté de la salle à déjeuner particulière de son appartement et dans un négligé ravissant.

Elle avait un peignoir de mousseline de l'Inde parfaitement fine, sur une robe faite en lévite, en marceline blanche, bien ample. Ce peignoir, dont les manches avaient deviné la mode d'aujourd'hui, était brodé tout autour et garni d'une angleterre très belle. Les manches, assez amples pour tourner autour du bras, que la duchesse avait remarquablement beau, étaient terminées par une jolie manchette de point d'Angleterre, tandis que de petites pèlerines au collet, garnies de point d'Angleterre, tombaient sur ses épaules et sur sa gorge. Le haut du col était garni d'une fraise en point d'Angleterre, et fermée par deux rubans de satin rose pâle : le long du peignoir étaient des nœuds de satin rose également. Sur sa tête, la duchesse avait jeté en se levant, une sorte de baigneuse, comme nos mères l'auraient appelée, en point d'Angleterre, garnie de ruOans de satin rose pâle. Tout cet ensemble était si frais que le marquis de B. (1), qui déjeunait avec nous et dont le bon goût est infaillible, se récria et dit à la duchesse de se faire peindre ainsi, ce qu'elle exécuta la semaine suivante. Elle se fit peindre par Ouaglia, dans le costume que je viens de décrire (2). »

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