PROVINCE DU MAINE
Draperies, serges et autres grosses étoffes de laine 280.000
Élamines 880.000
Toiles de lia 5,000.000
Toiles de chanvre 1.315.000
Toiles cirées '. 10,000
Bougrans et vieux draps 300.000
Cire et bougies 350.000
Tanneries, mégisseries et corroirius .- 150.000
Gaineries 20.000
Autres objets non détaillés 100.000
Total 8.415.000
Total général 20.873.000'
1 Biblioth. mun. de Tours, Tableau de la généralité de Tours, pp. 461- 462, ms. 1212.
158 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl'' SIÈCLE
A peu près trois dixièmes ou six millions de matières premières étaient achetés à l'Etranger ou dans les provinces voisines ^ Le Gouvernement veilla toujours avec la plus grande attention à ce que les fabricants eussent la facilité de se procurer sur place la matière première, afin de les mettre en état de soutenir la concurrence avec l'Étranger et aussi afin d'encourager agriculture. La manufacture royale de Saumur obtint des privilèges, à la condition qu'elle ne se servirait pas de lin, mais qu'elle consommerait uniquement le chanvre du pays 2. Des encouragements furent donnés à ceux qui élèveraient des moutons ;en 1750,1e roi alla jusqu'à •en interdire la saisie pendant trois ans, même pour dettes envers le Trésor royal ^ ; en 1747, un arrêt, renouvelé de 1744, interdit de tuer les agneaux jusqu'à la Pentecôte, à cause de la perte faite dans la généralité par la mortaUté des moutons ^. Malgré cela, la laine devenait rare ; les prix ne cessaient de s'élever, parce que, dit un Mémoire adressé à l'intendant en 1750, tout le monde veut porter des habits de laine. Les plus pauvres se croiraient déshonorés si, les jours de fête, ils ne paraissaient à l'église avec un habit moitié laine, moitié fil '". h paraissait impossible de lutter contre l'Étranger. Il y avait 25 0/0 plus de laine en Angleterre et en Allemagne, elle y était 25 0/0 meilleur marché ^; les frais de transport y étaient moins onéreux, les manufactures ne payaient aucun droit de sortie. Les fabricants de la
■' Biblioih. mun. de Tours, Tableau de la généralité de Tours, 462. 8 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, l'28.
3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 113.
* Arcli. dép. d'Indre-et-Loire, C, 11."j.
* .\rch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 11.5.
f* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 115. Mémoire sur les élaintnes du Mans.
Fabriques de draps, toiles, etc. 159
généralité se décidèrent donc à faire venir des laines du Levant et de Barbarie, et le mélange de ces laines avec celles du pays produisit le meilleur résultat pour les étamines du Mans et de Château-Gontier. Cette importation de laines étrangères, dont le prix était beaucoup moins élevé que celui des laines du pays, ne pouvait que favoriser la production, mais elle fut combattue par un économiste qu'on considère pourtant comme l'adversaire du système prohibitif, auquel on attribue la maxime du laisser faire, laisser passer, par Vincent de Gournay, intendant du commerce. Dans une lettre adressée à l'intendant, le 2 novembre 1751, il dit qu'il conviendrait de défendre l'usage des laines de Barbarie dans les fabriques d'étamines fines et de faire savoir aux fabricants qu'on n'en tolérera l'usage dans celles de basse qualité que pendant un temps fixe, comme un ou deux tout au plus ; cette disposition étant connue, on encouragerait peut-être les laboureurs d'Anjou et du Maine à élever des moutons, dans l'espérance que le débit de leurs laines ne serait plus traversé par l'importation de laines étrangères ; et, si à cette espérance on pouvait joindre l'assurance pour les propriétaires des troupeaux qu'ils ne seraient point augmentés à la taille, pour raison de l'augmentation de leurs troupeaux, ils se porteraient avec empressement à les multiplier, il en résulterait bientôt une plus grande abondance de laines, qui causerait elle-même une diminution sur le prix i.
Cette lettre, si contraire à la doctrine du libre-échange, ne dut avoir aucune suite ; les fabricanis continuèrent leurs achats à l'Etranger, et ces achats étaient d'autant
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, llo.
160 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVHl* SIÈCLE
plus nécessaires que la production ne cessa de s'accroître de 1766 à 1783 K
II y avait dans la généralité de nombreux centres de fabrication de draps, d'étamines, de toiles, etc. La Touraine était sous ce rapport beaucoup moins riche que l'Anjou et le Maine. Tandis que sa production en 1766 n'est évaluée qu'à 2,460,000 livres, celle de l'Anjou est de 3,873,000 livres, et celle du Maine de 7,775,000 livres '-.
En Touraine, Amboise tenait le premier rang, il y avait 110 métiers pour la fabrication des diverses étoffes de laine ; 5,000personnes y étaient occupées tant à la fabrication de ces étoffes qu'à carder, peigner, filer, teindre les laines et leur donner les préparations nécessaires. On y fabriquait des serges, des draps de couleurs et des draps blancs pour l'habillement des troupes. D'après le nombre des étoffes portées au bureau de marque, on peut conclure que la fabrique d'Amboise ne cessa de prospérer de 1766 à 1783. En 1766, on y marqua 2,000 pièces de drap et 2,106 en 1783 3.
Il est assez difficile de donner une idée exacte de la quantité d'étoffes qui se fabriquaient dans les autres localités de la province, parce qu'elles ne possédaient pas de bureau pour la marque des étoffes, et, cependant, les lettres patentes du 26 mars 1765 permettaient à tous les habitants des campagnes et à ceux des lieux où il n'y avait point de communautés de fabriquer des étoffes suivant les dispositions des règlements ^. Les
• Bibliotb. muD. de Tours, Tableau de la généralUé. ms., p. 462. - Biblioth. muu. de Tours, Tableau de la généralité, ms., p. 462. 3 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 136.
* Arch. dép, d'Indre-et-Loire, C, 129.
FABRIQUES DE DRAPS, TOILES, ETC. I6l
fabricants les transportaient à Tours dans le bureau des
marchands pour y faire apposer le plomb de contrôle.
On ne peut donc donner qu'un chiffre d'ensemble. En
1781, on marqua à Tours 11,506 pièces de drap ; en
1782, 10,542; en 1783, 12,826, qui représentaient 838,664 aunes et valaient 2,270,646 livres '.
Dans l'Anjou, les deux articles les plus importants étaient les toiles peintes et les mouchoirs de Cholet. A Angers on fabriquait, année moyenne, 14,000 pièces de toile; à Cholet 20,000 pièces et 100,000 douzaines de mouchoirs -.
Dans le Maine, il y avait de grands centres de fabrication, tels que le Mans, Laval, Mayenne, Ghâteau-Gontier. Ils se faisaient remarquer à la fois par la quantité et la qualité de leurs produits.
Les étamines du Mans avaient une réputation universelle; 1,138 métiers et 7,733 ouvriers étaient occupés à cette fabrication en 1781 3, ils fabriquaient 14,677 pièces. Ces manufactures n'avaient cessé de décliner au XVIII* siècle, par suite de la concurrence de l'Angleterre et de l'Allemagne; en 1749, on fabriquait encore 25,000 pièces d'étamines, mais les règlements gênaient les fabricants du Maine ^ ; ils ne pouvaient toujours donner satisfaction au goût du pubUc, tandis que la largeur modique et arbitraire que les manufactures d'Angleterre donnaient à leurs étoffes contribua beaucoup à leur bas prix et, par conséquent, à la grande faveur qu'elles acquirent chaque jour.
Les toiles de lin et de chanvre étaient pour la pro -
1 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 136.
2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 134.
3 Arcli. dép. d'Indre-et-Loire, 114.
* Arcli. dép. d'Indre-et-Loir^ C, 22.j.
vince du Maine une source de revenus considérables ; on en fabriquait, année moyenne, plus de 40,000 pièces. Au seul bureau de Laval on en marquait plus de 25,000. Celles de Ghâteau-Gonlier furent de tout temps réputées être les plus belles, les plus fines; elles se distinguaient par la qualité, la couleur et une fabrication plus perfectionnée ; aussi étaient-elles d'un prix bien supérieur à toutes celles qui se fabriquaient à Laval et à Mayenne ^ La production variait souvent d'une année à l'autre pour des raisons diverses. En 1768, elle diminua à cause de la mauvaise rédolte des chanvres et, par suite, de l'exportation d'une certaine quantité de fils à Troyes. En 1770, des bruits de guerre avec l'Angleterre empêchèrent les négociants d'exposer sur mer une partie de leur fortune et arrêtèrent pendant quelque temps la fabrication. En 1772, il y eut une augmentation sensible attribuée à la misère qui obUgeait les ouvriers à travailler nuit et jour ^.
Le bureau de marque de Laval, par suite de la grande production de cette ville et de ses environs, était l'un des plus animés du royaume. La marque des toiles commençait à huit heures et finissait à dix heures. Dans ce court espace.de temps on présentait couramment 600 pièces de toile à la marque, ce qui faisait cinq pièces par minute. Il fallait dans cet intervalle que chaque pièce passât des mains du propriétaire dans celles de deux garçons de bureau préposés à cet effet et qui la présentaient à la marque. Mise sur la table, les jurés y apposaient la mesure en présence de l'inspecteur des manufactures, et la toile recevait l'empreinte que méritait la laise. A dix heures une cloche sonnait, et le
' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 1?4.
2 Arch. dép. d'Iudre-el-Loire, G., 134.