‹ La généralité de Tours au XVIIIe siècleChapitre 34 sur 69 · RÈGLEMENTS DES MANUFACTURES · texte numérisé non relu

RÈGLEMENTS DES MANUFACTURES

marché commençait ; toute la marchandise se vendait dans l'espace de deux heures. Il y avait 16 tables d'aulneurs, chaque table avait un registre sur lequel on inscrivait la quantité d'aulnes que contenait la pièce, le nom et le domicile du vendeur et le prix de vente *.

Dans d'autres villes du Maine, la fabrication des toiles était la principale, sinon la seule industrie. Mamers, Fresnay, la Ferté, Château-du-Loir, Beaufort, rivalisaient pour la qualité de leurs produits avec les grands centres. A Beaufort, en 1772, on fabriqua 4,750 pièces de toile; à la Ferlé-Bernard, 5,330; à Ghâleau-du-Loir, 6,640, dans le second semestre de la même année ^

Les manufactures de la généralité de Tours étaient, comme toutes celles du royaume, soumises à des règlements généraux, maison leur avait encore imposé certaines dispositions particulières qui ne pouvaient que les entraver. Un règlement de 1749^, publié par l'intendant de Magnanville, avait défendu de mêler le chanvre et te lin ; de se servir pour blanchir les (ils de lait, savon, indigo ou autres ingrédients qui en augmentaient le poids; de mêler dans un même écheveau des lils de diverses qualités.

Des lettres patentes du 28 juin 1780 avaient ordonné qu'il serait dressé, pour chaque généralité du royaume, des tableaux qui indiqueraient les différentes espèces de toiles et toileries qui s'y fabriquaient, les matières et le nombre de fils dont elles devaient être composées, ainsi que les largeurs ([u'elles devaient avoir. Le tableau de la généralité de Tours fut publié au mois de sep-

' Arch. dép. d'Iadre-et-Loire. Lettre du subdélégué à riutendant, 8 juin 1781. G., 133.

2 Arch. dép. d'Iadre-et-Loire, G., 135.

* Arch. dép. d'Indre-et-Loire, G., 128.

tembre*. Chaque lieu de fabrication reçoit, pour ainsi dire, un monopole parce que les toiles que le tableau lui permet de fabriquer se distinguent de celles des autres localités, soit par la nature, la qualité et le nombre des fils, soit par les largeurs au sortir du métier. Le règlement annexé au tableau contenait certaines prescriptions dont quelques-unes étaient, comme le tableau luimême, une concession à l'esprit de routine; d'autres, au contraire, s'inspiraient du principe de la liberté du travail. Les mouchoirs devaient être fabriqués par douzaine, la longueur devait être égale à la largeur. Défense était faite aux blanchisseurs d'étendre ou de laisser les toiles sur le pré depuis le 1"" décembre jusqu'au 1" mars. Tout fabricant de la généralité était libre de fabriquer toute espèce de toiles, toileries de fil de lin, chanvre et coton ou mélangées desdites matières qui se fabriquaient dans les autres généralités. Les marques étaient d'une forme carrée pour les toiles fabriquées selon les règlements, et d'une forme octogonale pour celles fabriquées d'après des combinaisons arbitraires. Presque nulle part les fabricants n'usèrent de la liberté qu'on leur laissait", et il ne faut pas trop s'étonner de leur répugnance ; c'est qu'en effet le règlement, quelque gênant qu'il fût, leur conférait un monopole, rendait la concurrence impossible. Aussi continuèrent-ils jusqu'en 1789 à fabriquer en s*e conformant au tableau publié en 1780

' Arch. dép. d'Iadre-el-Loire, C, 129. Ce tableau e8t trop étendu pour que nous le donnioDsici ; il est intitulé : Tableau indicatif des règles qui doivent être suivies pour la fabrication des toiles et toileries de la généralité de Tours; il est divisé en un certain nombre de colonnes, contenant les noms des lieux de fabrication et des toiles fabriquées, les matières employées, leurs qualités, le nombre des fils en chaîne, la largeur des étoffes au sortir du métier.

2 Arch. dép. d'Iudre-et Loire, C, 134. Voir, pour le détail, p. 193.

TANNERIES iW

Tajineries

La tannerie avait été longtemps une industrie prospère dans la généralité. Le Mémoire de l'intendant Hue de Miromesnil nous fait connaître qu'il y avait eu plus de quatre cents maîtres tanneurs dans la seule province de Touraine, et qu'en 1698 ce nombre se trouvait réduit à cinquante-quatre. Le chiffre de quatre cents est probablement très exagéré. L'expression même dont se sert l'intendant prouve bien que le renseignement qu'il donne n'a rien de certain. « On tient qu'il y a eu autrefois quatre cents tanneries en Touraine. » La seule raison de la diminution vient du peu de consommation de bœufs, de taureaux et de vaches, surtout dans la ville de Tours, « tant à cause de la diminution des peuples qu'à cause de leur nécessité, de sorte qu'on n'y consomme pas maintenant vingt-six bœufs au plus par semaine au lieu de quatre-vingt-dix qu'on avait coutume d'y consommer ».

La décadence continue au xvuf siècle, elle va en s'accentuant à partir de 1759. En 1759, il y avait à Angers vingt maîtres tanneurs occupant quarante-deux ouvriers ; en 1788, il n'y en avait plus que sept, occupant un nombre égal d'ouvriers. A Amboise il y avait dix maîtres et vingt-huit ouvriers en 1759; en 1789, il n'y a plus que quatre maîtres et dix ouvriers ; à Chateaurenault il y avait six maîtres et vingt-huit ouvriers en 1752; en 1789, il y a un maître et un ouvrier '.

L'intendant se préoccupa de cette diminution et consulta les maîtres tanneurs sur les causes qui avaient

* Arch, dép. d'Indre-et-Loire, C, 141.

ICG LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl'' SIÈCLE

pu amener la décadence de celte industrie. Tous l'attribuent aux droits établis sur les cuirs par l'édit de 1759 et augmentés encore en 1781.

L'édit de 1759 établit les droits suivants:

2 sols par livre sur les cuirs de bœufs, vaches, veaux, moutons, agneaux, chevreaux, porcs et sangliers ;

1 sol par livre sur les peaux de chevaux, mulets et ânes;

4 sols par livre sur les peaux de boucs et de chèvres;

6 sols par livre sur les peaux de chamois, daims et chevreuils ^

Ces droits se percevaient à la fabrication et rapportaient annuellement 100,000 livres pour toute la généralité. Au début, on permit aux fabricants de payer ces droits par abonnement, mais bientôt les commis de la ferme reçurent l'ordre de se transporter chez les fabricants pour constater par eux-mêmes le nombre et la nature des peaux qui avaient été tannées. La cessation des abonnements est invoquée par les tanneurs de Châteaurenault comme une des causes de la décroissance de leur industrie, par suite de la gène que leur faisait éprouver l'exercice des commis.

En 1781, un nouvel édit décida qu'il serait levé au profit du roi 10 sols par livre sur les cuirs, en sus du droit unique sur les peaux tannées et apprêtées.

Ces droits, quelque élevés qu'ils fussent, auraient peut-être permis aux tanneurs de continuer leur industrie, s'ils avaient pu se procurer facilement la matière première ; mais sous le ministère de l'abbé Terray les droits de douane furent considérablement augmentés sur les peaux qui provenaient de l'Étranger ^ et la consora-

1 Arch. dép. d'Iudre-et-Loir«, C, 141.

2 Arch. dép. d'Indre-et-Loire, C, 27.

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