‹ La génération humaine (volume 2)Chapitre 34 sur 50 · IlyJro-rachii · texte numérisé non relu

IlyJro-rachii

Fig. 156. — Ilydiocéphale.

F.e meme œuf peut encore contenir deux germes qui se fusionneii suivaul; présentait cette anomalie inspira à Leibnitz le qualrait

La natnrp peu *aRe. et sans (Imite ca débauche.

1 taça |p foift fta ifjiucbe,

Kl de même, rirr vrrsa.

Le cuiur à la druile pla^a.

LA GÉNIÎRATION HUAIAINE.

OU s’accolent par un point quslconque du corps : de là, ces monstres à une tête sur deux troncs (fig. 159) ; à deux têtes sur un seul tronc

(fig. 160) ; ces fœtus réunis, soit par le front, soit par le thorax, comme l’étaient les frères siamois Ghang et Eng; soit par les reins, à

Fig. 159. — Monslrc à une lêle snr'dcni Fig. ICO. — Monstre à deux têtes sur un troues. seul troue.

l’exemple de Millie et Christine (fig. 163); soit encore par les fesses, à la façon des sœurs hongroises Hélène et Judith.

A côté de ces monstruosités, se placent naturellement les cas oü l’un des juraeaux,incomplétement développé, s’insère sur le ventre de l’autre

DE LA GROSSESSE

rrig. 161, 162), ou reste inclus dans une partie de son corps. C’est ainsi Mie s’explique l’anomalie suivante observée à Ycrneuil, dans le départe-

ment de l’Eure. En 180i, un enfant nommé Bissieu portait dans le liane gauche, dès les premiers temps de so i e.vistence, une petite

Fij. 163. - Millie-Chrisline dont la mlro est double et l’auus unique

InX,'.'!;-’ suWlement de volume

déle,mmanl des acc, dents fébriles Irès-inlenses. Eu même temps!

l’enfant rendit par les selles des matières putrides, de longs cheveux et il tomba dans un état de consomption qui le fit succomber un an après. A l’autopsie, on trouva dans son ventre une poche renfermant le J débris d’un autre enfant, tels que des portions d’os, des cheveux, des ongles et des dents.

Les embryologistes donnent à ces productions singulières les noms de kystes fœtaux ou pileux. 11 en est dans les [uels on a trouvé plus de

Fig. 161. — Kyste pilenî do l’ovaire.

1. P II .i mclsde. — 2. Trois dents. — 3. Une toulTe do cheveux émanant d'un tnbercnle. — Les dents et le tubercule chevelu sont implantes sur la paroi du kyste.

trois cents dents. Ces kystes se rencontrent encore dans la queue du sourcil, dans 1? scrotum ; chez la femme, ils se développent principalement au voisinage de l’ovaire (lig. 164). La naissance de Minerve, qui sortit tout armée de la cuisse de Jupiter, semble faire allusion à ces cas de duplicité monstrueuse par inclusion.

mî I.A supEitncxATioiv. — On entend par superfétation la fécondation d’un second germe dans le cours d’une grossesse ; mais ce phénomène n’est généralement pas admis et les exemples que l’on cite, en sa faveur, sont l’objet de vives contestations. Planque dit avoir accouché une femme successivement de cinq enfants dans l’espace de quinze jours. Sédillot rapporte le cas de Benoîte Franquet qui accoucha le 20 janvier 1780 d’une fille de sept mois,et mit au monde, cinq mois après, une seconde fille à terme.

D'après Robin, la plupart des cas de superconception peuvent se rapjjorter à l’un de ces quatre ordres de faits : l' grossesses doubles,

DE LA GROSSESSE

dans lesquelles l’un des fœtus, mort longtemps avant terme, s’est co;iservé dans les membranes, jusqu’à la naissance de celui qui avait continué de vivre ;2“ grossesses de jumeaux inégalement développés et nés à des termes dilférents ; 3“ grossesses extra-utérines qui n’ont pas empêché la gestation naturelle ; 4® cas d’utérus bicorne, c’est-à-dire partagé en deux cavités, comme on l’observe chez certaines espèces animales.

La double conception n’est possible que si les deux fécondations différentes s’effectuent le même jour, ou à an court intervalle. C’est ce qui constitue la super fécondation. Ainsi s’explique le cas, rapporté par Buffon, d’une femme de Gharlestown qui mit au monde, en 1714, deux jumeaux, de couleur différente, à la suite de rapports avec son domestique nègre, peu après la mort de son mari, lequel était blanc.

La législation romaine admettait la possibilité de la superfétation ; aussi reconnaissait-elle la qualité d'ainé à celui des jumeaux qui venait au monde le dernier, parce qu’on croyait, qu’étant conçu le premier, il avait dû être refoulé au fond de la cavité utérine lors de la conception du second. Notre jurisprudence, en matière de recrutement ou de succession, considère, au contraire, comme l’ainé celui qui naît le premier. Les Hébreux pensaient de même ; ainsi Esaü avait le droit d’aînesse à l’égard de son frère Jacob, parce qu’il fut le premier à qui Rébecca donna le jour. Mais, scientifiquement, il n’y a pas lieu d’établir une différence d’àge entre les jumeaux, puisqu’ils sont conçus au même moment.

i H. — Phénomènes observés chez la femme.

Pendant la grossesse, les femmes éprouvent de si nombreuses incommodités, qu’on a appelé cette époque une maladie de neuf mois. « Ce n’ist pas, écrit Rousseau, quand on est condamné à être malade au moins douze fois par an, et quand le remède à cette maladie est une autre maladie de neuf mois, qu’il convient de prendre des airs de souveraineté et d’aspirer à soumettre les hommes. » Mauriceau a comparé la grossesse à une mer orageuse sur laquelle voguent l’enfant et la mère durant neuf mois.

Les modifications qui surviennent dans l’organisation maternelle, par le fait du développement de l’œuf, sont de deux sortes ; elles se produisent : soit dans l’appareil générateur et ses annexes (utérus, vagin, mamelles) ; soit dans les fonctions principales de l’économie,' telles que la digestion, les sécrétions, la circulation, la respiration et l’innervation.

mOOIFIC/%XBO^S l>U VAGIÎV PKIVOAXX I.A. CnOSSESSE.

— La muqueuse vulvo-vaginale prend, dès le premier mois de la grossesse, et surtout chez les brunes, une coloration ardoisée caractéristique ; elle sécrète, vers la fin de cette période, des glaires abondants, destinés à lubrifier et à assouplir les parois du vagin pour faciliter le glissement de 1 enfant.

MooiEicAxioi^js t»Eü» MAMsx.EEs. — Les seius se gonflent au début de la gestation, et des picotements douloureux se manifestent dans ces organes. Vers le quatrième mois, l’aréole et le mamelon prennent une coloration brune d’autant plus prononcée que le teint de la femme est plus foncé. En même temps, de petites saillies arrondies, les tubercules papillaires (fig.lGo), apparaissent sur l’aréole. Plus tard, se dessine une autre aréole, excentrique à la première et dite mouchetée, parce qu’elle est parsemée de petites taches blanches.

Ces modifications de l’aréole ont une grande importance; pour preuve,

Fig. 165. — Modifications do la m.imdlo pendant la grossesse.

A. Mamelon. — B- Tnliercules de Montgomery. — C. Taclies de l'aréole moudinée arec point noir an centre, représentant l'or. lice d'une glande sébacée. — D. Vergelurcs.

nous rapporterons, avec Tarnier et Chanlreuil, le fait suivant : Un jour qu’on apportait à l’ampliilhéàtre un cadavre de femme, Hunier fut frappé de la coloration des aréoles et annonça que ce cadavre contenait un fœtus ; l’interne lui (it observer que la membrane hymen existait encore, et malgré cela il ne changea pas d’opinion. L’ouverture du cadavre vint confirmer l’assertion du prolesseur et démontra, en effet, la présence dans l’utérus d’un enfant de cinq mois.

Dans les derniers mois de la grossesse, on peut exprimer des seins

DE LA GROSSESSE

un liquide jaunâtre, nommé colostrum, qui ne disparaît que quelques jours après l’accouchement. Ce liquide purge l’enfant et l’aide à sc débarr.'.sser de son méconium ; mais il altère le lait d’une nourrice enceinte et oblige de suspendre l’allaitement. Quand l’examen microscopique permettra de découvrir des globules de colostrum dans le lait d’une nourrice accouchée depuis plusieurs semaines, on pourra donc conclure à l’existence d’une nouvelle grossesse.

nioDiF'icAxioxs DE E'tixÉRus. — Sous l’influence de la gestation, le col et le corps de l’utérus subissent d’importantes modifications dans leur situation, leur forme, leur consistance et leur volume.

I. Modifications du col. — Dans les trois premiers mois de la grossesse, le col s’abaisse et devient plus accessible au toucher ; mais dans les trois derniers mois, il est tellement élevé et refoulé en arrière (fig. 106) qu’il devient très-difficile à atteindre: aussi les praticiens Jnexpérimentéi croient-ils souvent à une dilatation complète et à un engagement de la tête recouverte de ses membranes, alors que leur index a rencontré au fond du vagin la paroi antérieure du segment

Déviation du col uiéria en haut et en arrière dans les dcrnieri mois de la grossesse. *

inférieur de 1 utérus. Cette erreur a été commise, à Paris, par un ancien

forceps sur la matrice elle-même dont il fit l’extirpation complète. ®

sent! n!! T ' conique ; il pr^

sen e un orifice externe très-étroit et offre, au toucher, une consisté

ogue à celle qu éprouve le doigt appliqué sur le bout du nez. Or,

LA OÉNÉRATION HUMATNK.

la grossesse modifie ces différents caractères. Dès le premier mois, l’extrémité inférieure du roi se ramollit, et la sensation éprouvée à ce moment a été comparée à celle que donne une table recouverte d’une bande de caoutchouc que l’on presse du doigt ; plus tard, le ramollissement envahit tout le col et la sensation de mollesse qu'il procure au toucher rappelle celle des lèvres. Dans les quinze derniers jours de la grossesse, lorsque le corps de l’utérus a atteint son maximum de développement, le col diminue insensiblement de longueur jusqu’à ce qu’il s’efface complètement.

Pendant toute la durée de lagestah’on, l’orifice externe du col utérin reste fermé chez les primipares ; mais chez les muhipares, il s’entr’ouvre de plus en plus et permet au doigt, dans la dernière quin- Bz'ne, d’atteindre le.'- membranes de l’œuf (fîg. 169). Aussi Gazeaux

lüi. Fi;. lÜS Fig. 169.

Figures iodiiiuaal la perméabllild graduelle du col chez les multipares au début, au milieu et à

la Qu de la grossesse.

et Pajot ont-ils comparé le col des multipares pendant la grossesse l'un à un entonnoir, l’autre à un éteignoir.

II. Modifications nu corps. — Les modifications du corps utérin consistent dans des changements de direction et dans l’augmentation de poids et de volume. Au début de la grossesse, le corps de l’utérus subit un abaissement très-sensible qui, nous l’avons dit, rend son col plus accessible au toucher et détermine un certain aplatissement de l’iibdomen. De là le dicton « à ventre plat, enfant il y a». En se développant, le fond de l’utérus s’incline à droite et le col à gauche ; cette déviation latérale semble produite par 1 habitude de se coucher sur le côté droit. Outre cette inclinaison, l’ulérus subit sur son

DE LA GROSSESSE

axe un mouvement de rotation, qui fait regarder à droite sa face antérieure et à gauche sa face postérieure. Aussi, dans l’opération césarienne, avant d’ouvrir l’utérus, doit-on prendre soin de ramener en avant la face antérieure de cet organe ; sans cette précaution, on s’expo-

serait à blesser les gros vaisseaux qui longent ses bords. Ces vaisseaux sont le siège d’un bruit particulier, dit souffle utérin, qui s’entend pendant la grossesse. Il se perçoit plus distinctement à gauche précisément à cause delà torsion de l’ulérus, qui rend les vaisseaux do ce côté plus superficiels que ceux du côté opposé.

Avant la grossesse, l’utérus pèse environ 42 grammes ; aussitôt après l’accouchement, 1 kilogramme ; et au bout de plusieurs semaines, 65 grammes, poids qu’il conserve dans la suite. L’augmentation considérable du poids de la matrice après la parturition explique la fré-

Pig. 171. Paroi abdominale distendue par le fait de la grossesse.

A. Utérus gravide. — B. Vagin. — C. Sacrum. — D. Pubis.

quence des engorgements de l’utérus et les déviations de cet organe chez les nouvelles accouchées qui se lèvent trop tôt.

Un utérus à terme est onze ou douze lois plus volumineux qu à 1 r at normal, son accroissement se fait d’une façon progressive : è trois

DE LA GROSSESSE

mois le food de cet organe affleure les pubis ; à six mois, il dépasse un peu l’ombilic; à neuf mois, il atteint la région épigastrique. Huit ou quinze jours avant raccoucheinent, le fond de l’iilérus s’abaisse d’une certaine quantité, par suite de l’engagement de son segment inférieur dans le petit bassin ; on dit alors que « le ventre est

tombé B •

La compression que, pendant la grossesse, l’utérus exerce sur les organes voisins a pour conséquences: 1“ la distension progressive des parois abdominales (lig. 171) et la formation des vcrgetures (1) qui sillonnent la peau du bas-ventre; 2° la constipatio i due à l’aplatissement du rectum ; 3“ la rétention d’urine et les envies fréquentes d’uriner provoquées par le refoulement de la vessie ; 4" l’engnurdissement et les crampes des extrémités, les hémorrlioïdes, les varices de la vulvi et des membres inférieurs, l’oedéme ou infiltratii)n des jambes, par suite de la compression des nerfs ou des va sseaux situés dans le bassin. Ces nombreuses complications disparaissent le plus souvent après l’accouchement, à l’exception des vcrgetures qui sont in lélébiles. Quelquefois, la peau de l’abdomon perd son élasticité, au point de former des replis multiples et persistants qui caractérisent le ventre dit « en besace ».

MODiFicAxioivs »E EA. oiGESxBox. — Gcst SUC Ics fonctions digestives que la grossesse exerce sa principale inlluence, soit en les affaiblissant, soit en les exagérant, soit encore en les i»ervertissant. Ainsi, pendanMa gestation, l’appétit peut cesser {anorexie), s’exagérer (boulimie) ou se pervertir (pica, malacia). Dans certains cas, le goût subit une dépravation telle qu’il fait rechercher des substances non comestibles et repoussantes comme la craie, le charbon, la terre, les poux, les araignées, les matières fécales, des croûtes arrachées à des varioleux, etc. Baudelocque parlait, dans ses cours, d’une femme enceinte qui mangeait avec plaisir des poissons crus volés, et d’une autre qui dévorait du foin déiobé è une voiture.

Le plus souvent, les troubles digestifs se bornent à de simple nausées ou à des vomissements qui ont lieu surtout dans la matinée Quelques femmes sont assez heureuses pour atteindre le terme de leur grossesse sans éprouver le moindre dérangement dans les fonctions digestives. Néanmoins quand ces troubles existent, ils disparaissent généralement vers le quatrième mois ; à cette époque, l’économie finit par se prêter au développement de l’utérus. Parfois, les vomissements ont une fréquence et une gravité telles, qu’ils mettent en danger les

(1) Pajot désigne sous le nom de < ventre en Persienne considérablement altérée par de nombreuses vergelures.

le cas oii la peau est

LA GÉNÉKATION HUMAINE.

jours de la femme et obligent le médecin de recourir à l’avortement ou à l’accouchement prématuré.

MooiFicAxioAis OE8 8ÉcnÉTio!V9.— La SALIVE est sécrétée en grande abondance pendant les premiers mois de la grossesse et donne lieu au pti/alisme (de TirjaXov, salive), qui occasionne des crachotements incessants. Cette sécrétion est quelquefois excessive: ainsi Dubois a observé une dame qui avait imbibé de salive mille quatre-vingts mouchoirs dans l’espace d’un mois.

L’urine d’une femme grosse se reconnaît à la pellicule irisée, dite kyestéine (do xuYjatç, grossesse), qui recouvre sa surface lorsque ce liquide a séjourné deux ou trois jours dans un vase. Cette pellicule est parsemée de petits points brillants et son aspect rappelle celui de la couche blanchâtre du bouillon refroidi. La présence de l’albumine dans l’urine d’une femme enceinte est une complication sérieuse qui doit faire craindre les convulsions de l’cclampsie (de faire explo-

sion).

Les CELLULES PIGMENTAIRES, qui donnent à la peau sa coloration foncée, s’accumulent sur différentes parties du corps pour y former des taches brunes caractéristiques. Indépendamment de la coloration foncée des seins, que nous avons déjà signalée, on remarque sur l’abdomen la ligne brune ventrale qui s’étend du nombril au mont de Vénus, et les vergetures bleuâtres du bas-ventre, qui se propagent, assez souvent, jusqu’à la partie supérieure des cuisses. Le visage peut aussi se recouvrir de taches de rousseur, ou éphélides, qui forment le masque des femmes enceintes. Ces taches pigmentaires disparaissent ordinairement avec le retour de la menstruation ; et ce qui semble prouver l’influence de cette Lnetion sur leur production, c’est qu’elles se rencontrent encore chez des personnes mal réglées et qui n’ont jamais conçu.

A10D1E1CA.X10IV8 DE EA. ciRCEEAXiox. — Pendant la grossesse, la composition du sang éprouve des changements notables : les globules rouges, le fer et l’albumine diminuent, tandis que l’eau augmente Cet appauvrissement du sang est accompagné d’une série de malaises, maux de têtes, vertiges, palpitations, et même syncopes, qui autrefois étaient attribués à un état congestif dû à l’accumulation du sang des règles dans l’économie. De là cette funeste habitude qu avaient les femmes de se faire saigner plusieurs fois dans le cours de leur grossesse.

On a, de plus, remarqué que la proportion de fibrine augmente pendant les derniers mois et rend le sang plus coagulable. Cette particularité, d’après Tarnier, concourt avantageusement à modérer 1 hémorrhagie qui accompagne toujours la délivrance.

DE LA GROSSESSE

Indépendamment des modifications que la grossesse fkit subir aux parties constitutives du sang, il en est d’autres qui atteignent l’appareil circulatoire lui-même. Nous avons déjà signalé les héniorrhoïdes, les varices et l’enflure des jambes qui sont produites par la compression des troncs veineux du bassin. Les parois du cœur augmentent aussi d’épaisseur et donnent lieu à une véritable hypertrophie cardiaque qui, selon Larcher, imprime à la circulation une énergie plus considérable et permet à l’organisme de pourvoir à l’existence de deux êtres.

]iiODiFiCi«.xioi\'s r»E LA RESPiR AXioA.— L’essouflltTOeut qui incommode la femme enceinte, surtout dans la seconde moitié de la grossesse, dépend en grande partie de la gêne du diaphragme qui se trouve refoulé par l’utérus.

Vers la fin de la grossesse, la respiration devient plus libre, par suite de l’abaissement de la matrice qui commence à s’engager dans le petit bassin.

MODIEICAXIOAS »U SVeXÈniE IVERVEUX. OE8 EIVVIES.

Les principales modifications fonctionnelles que subit le système nerveux, pendant la grossesse, sont : les névralgies dentaires indépendantes de la carie, les dépravations du goût, l’intolérance de l’odorat, le changement profond du caractère et les antipathies inexplicables pour des personnes ou pour des choses qui, auparavant, étaient inditlérentes ou même sympathiques. Les facultés intellectuelles sont souvent atteintes; quslquefois, au contraire, elles subissent d’heureux c.hangements : Goubelly et Tarnier ont connu des folles qui n’avaient le jugement sain que pendant leur grossesse ; mais en général la raison est pervertie et fait naître des idées bizarres, comme celle de voler ou même de tuer,

Marc a rapporté l’histoire d’une dame enceinte qui ne put résister au désir de prendre une volaille à l’étalage d’un rôtisseur. Gustave Lebon cite une femme de la Haute-Marne, mère de neuf enfants qui, à chatiue grossesse, avait un désir irrésistible de tuer son mari, bien qu’elle l’aimât beaucoup, Goulard assure que, dans un village voisin d’Andernac, sur les bords du Rhin, une paysanne enceinte eut la fantaisie de manger son mari ; elle le tua, en dévora une partie et sala le reste.

Quant aux envies des femmes grosses, elles consistent dans la recherche de certains mets, d’objets de toilette, de bijoux, ou encore de distractions de toute sorte. C’est à la suite d’un caprice semblable qu’une femme de province, venue à Paris pour visiter l’Exposition de 1878, voulut monter dans la nacelle du ballon captif dos Tuileries et y accoucha. On cite encore le fait suivant : la femme du docteur

LA gunéuation humaine.

Hamberger étant enceinte, et revenant un jour du marché avec des œufs, entra dans le cabinet de son mari en soupirant ; le médecin attendri lui demande quelle est sa peine : elle avoue, en lui montrant les œufs qu’elle vient d’acheter , qu’elle est tourmentée du désir irrésistible de les lui casser l’un après l’autre sur la face. Le docteur aimait sa femme, et craignant les suites d’un refus, il s’enveloppa le visage, et la laissa faire.

Bien que l’état de grossesse puisse réellement apporter dans les facultés affectives et intellectuelles de la femme des (roubles plus ou moins sensibles, il faut néanmoins reconnaître que ces perturbaL'ons psychiques sont beaucoup plus rares qu’on ne le croit communément.

L’idée, fort accréditée, qu’il ne faut pas contrarier les désirs d’une femme enceinte, contribue pour beaucoup à les faire naitre. 11 est fréquent de voir des personnes profiter de cette croyance populaire pour remonter leur garde-robe, satisfaire leurs goûts luxueux et même commettre des vols. Mais, en présence de ce dernier délit, les magistrats n’admettent que bien rarement Létat de grossesse comme une circonstance atténuante. Capuron va plus loin et n’ajoute aucune foi à ces prétendues aberrations de la femme grosse : « Cn ne croira pas facilement, dit-il dans sa Médecine légale relative aux accouchements, que la grossesse altère ou dérangé la raison, au point de faire méconnaître à la femme les lois les plus sacrées de la nature, les lois fondamentales de toute civilisation, 1 liuman.te, la justice, la pro' prié té... En vain on objectera les envies extraordinaires des femmes enceintes, leurs appétits désordonnés, bizarres, dépravés... Qu’une femme enceinte ait envie de manger des fruits verts, du poivre, du sel, du plâtre ; qu’elle boive plus qu’à l’ordinaire du vin pur, de l’eaude-vie , du café ; qu’elle dérobe des friandises : il y a loin de là jus- ' qu’au désir de voler, de mordre un jeune homme au cou, comme Languis en rapporte un exemple, ou de tuer son mari. »

Les aliénistes sont moins exclusifs sur la question des désirs irrésistibles des femmes grosses ; ainsi Legrand du Saulle pense qu en présence d’un acte en comp'et désaccord avec la moralité antérieure, les habitudes ordinaires et la position sociale de l’accusée, il y a heu de s’assurer si l’état mental n’a point été réellement atteint. L’examen mé- 'dico-légal est très-difficile, et l’expert doit formuler ses conclusions avec circonspection.

iivrLi;i:ivcE: »e l’imaginjatio:»! »iAXi;nivEi.LE sui* ie FOETUS. - On croit généralement que de vives émotions morales peuvent exercer sur le produit de la conception des rao i ica ion organiques plus ou moins importantes. G est ainsi que on exp 1 1

DE LA GROSSESSE

la production des signes et des taches sur le corps du fœtus. « Ces taches, dit Bonnet, sont comme les nues ; on y trouve tout ce qu’on y cherche. »

La coloration et la forme de ces stigmates indélébiles rappelleraient, suivant ce préjugé, tantôt une envie c’est-à-dire un objet vivement convoité par la mère : comme du café ou des lentilles, pour les taches brunes ; du vin, pour les taches violettes ; des cerises, des mûres, des groseilles ou des framboises, pour les taches rouges ; tantôt un spectacle émouvant comme un incendie, une plaie saignante dans les cas de taches rutilantes ; tantôt un animal repoussant comme une chenille, un crapaud, une vipère, dont on retrouverait la silhouette dans la conformation de ces anomalies cutanées. Mais une grande complaisance est nécessaire pour constater ces prétendues ressemblances et dans cette voie, l’imagination peut conduire aux appréciations les plus inattendues. Ainsi, le Journal des savants de février 1677 a publié la description très-délail'.ée d’un navet qui offrait une ressemblance parfaite avec « une femme nue assise sur ses pieds et ayant les bras croisés au-dessous de la poitrine. » On montre à Constantinople

un bloc de marbre brut qui représenterait saint Jean-Baptiste recouvert d’une peau de bête.

De même, on a voulu établir entre certaines monstruosités humaines et divers animaux une comparaison que rien ne justifie : Pline raconte qu une dame romaine, nommée Alcippe, mit au monde un éléphant ; Julius Obsequens cite deux Italiennes qui accouchèrent, en 1471, l’une d un chien, 1 autre d un chat ; Bayle assure qu’une femme fit un chat noir et qu il fut brûlé par ordre du Saint-Office parce que le Diable devait en être le père ; A. Paré parle d’un cochon napolitain qui portait une tête d homme sur le corps. Le chirurgien Saint-André s’en était laissé imposer par une nommée Godalmine, qui disait avoir mis au monde un lapin, mais cette femme fut prise en flagrant délit d’imposture par Sarah Stone, accoucheuse de Londres.

Ce qui prouve que l’imagination de la mère n’est pour rien dans la production des dilformités fœtales et dans celle des taches de la peau, c est que, d une part, on observe des anomalies analogues chez les plantes et chez les animaux, veaux à deux têtes, moutons à cinq pattes, becs-de-hèvre, et que d’autre part, le nombre des enfants qui naissent avec es signes ou des vices de conformation est relativement trèsrestremt par rapport à celui des femmes qui, pendant leur grossisse ont eu des peurs, des envies, ou des regards. En outre, il e^i des femmes qu, donnent le jour à des monstres sans avoir éprouvé aucune, impression fâcheuse, et d’aulres qui accouchent d’un enfant

bien conformé, après avoir été bouleversées par une forte émotion.

Enfin, si les désirs avaient une influence certaine sur le produit delà conception, les femmes pourraient à leur gré engendrer des garçons ou des filles, et la laideur ainsi que la bHise disparaîtraient de ce monde.

Les partisans de l’influence morale de la mère sur le développement des dilîormités foetales citent plusieurs exemples qui semblent plaider en faveur de leur opinion. On connaît l’iiistoire des troupeaux de Jacob. La Genèse nous apprend qu’il existait entre Laban et Jacob une convention par laquelle le premier aurait tous les agneaux nés d’une seule couleur et le dernier, ceux qui naîtraient tachetés. Jacob plaça au fond des vases, où les brebis en rut allaient boire, des petits bâtons dépouillés par endroits de leur écorce. Il n’y a pas encore bien longtemps qu’une société savante a conseillé de teindre en blanc ou en noir la toison des béliers, avant de les faire saillir, pour obtenir des chevreaux de l’une ou de l’autre couleur. Galien parle d’un petit homme laid et bossu qui, craignant d’avoir une postérité contrefaite, plaça près de son lit le dessin d’un enfant bien conformé que sa femme devait fixer dans certaines circonstances. Le procédé réussit et cette dame accoucha d’un enfant qui ressemblait au portrait qu’elle avait eu devant les yeux. Il paraît que Denys, tyran de Syracuse, fit mettre le portrait de Jason devant le lit de sa femme pour que son enfant eût la beauté du chef des Argonautes. Les Grecs ornaient le gynécée de gracieuses statues que leurs femmes devaient contempler, comme le dit l’auteur des Ternaires :

De beaux marbres mirant leur front dans un bassin Epurent, en passant, les yeux des jeunes mères Qui moulent le fruit de leur sein Sur ces merveilleux exemplaires.

Montaigne rapporte, dans ses Essais, l’histoire d’une jeune fille présentée à un roi de Bohême « toute velue et hérissée, que sa mère disoit avoir esté ainsi conçue à cause d’une image de sainct Jean-Baptiste pendue à son lict » . Albrecht a parlé d’une femme qui, étant enceinte, fut ensevelie sous les décombres d’une maison incendiée, puis accoucha à terme d’un enfant noir comme du charbon. On a attribué la mémoire du cardinal du Perron à l’envie que sa mère avait eu d’une bibliothèque pendant sa grossesse. Sterne explique le caractère distrait de TrisLrara Shandy par celte circonstance que, lorsqu’il fut conçu, sa mère interrompit l’auteur de ses jours par cette exclamation : Je crois, mon ami, que tu as oublié de remonter la pendule. Pline attribuait les dissemblances des enfants d’une même mère à la mobi-

DE I.A GR03SESSE.

lité d’esprit de la femme, et la ressemblance physique et morale des jumeaux, à ce qu’ils sont conçus sous rinlluence des mêmes perceptions. Van Swieien raconte qu’il reçut un jour la visite d’une jeune fille, dont le cou portait l’empreinte d’une chenille si bien faite qu’il s’apprêtait à la retirer: ce signe provenait, au dire de cette personne, de la peur qu’éprouva sa mère, pendant sa grossesse, en sentant une chenille sur son cou. « J’examinai ce stigmate, dit cet auteur, et je reconnus, à ne pouvoir m’y méprendre, les poils droits et les couleurs de l’insecte, et je puis dire que la ressemblance d’un œuf à un œul n’était pas plus parfaite. Il y a des gens qui riront de ma crédulité; mais je voudrais bien que ces messieurs me disent s’ils se croient en état de rendre raison de tant d’autres phénomènes que nous savons avoir lieu dans l’œuvre de la génération. »

Malebranche fait mention d’une femme qui, ayant assisté au supplice de la roue, fut tellement alléctée de ce spectacle qu’elle mit au monde un enfant, dont les membres étaient rompus à l’endroit où le bourreau avait frappé le condamné. Ghaussier a aussi constaté sur le corps d un nouveau-né jusqu’à cent treize fractures, et cependant la' mère de cet enfant n’avait vu rompre les membres d’aucun criminel.

Collin de Plancy raconte qu’une femme enceinte, jouant aux cartes s’aperçoit que, pour /aire un grand coup, il lui manque l’as de pique; comme la dernière carte qu’elle reçoit est justement celle qu’elle désire, une joie immodérée s’empare de son esprit et l'enfant qu’elle mit au monde eut une prunelle présentant la forme d’un as de pique. Mais cette anomalie résultait tout simplement d’un arrêt de développement de l’iris, appelé coloborna (fig.153), qui donne, en effet, à la pupille une certaine ressemblance avec l’as de pique.

Nous avons vu à Ermont, près de Paris, un enfant qui naquit avec un bec-de-lièvre et une oreille toute recoquillée. Sa mère attribuait ces dilformités à la vive impression qu’elle ressentit, vers le quatrième mois de sa grossesse, à la vue d’un de ses jeunes lapins dont un chat avait dévoré une oreille ; or, comme nous l’avons déjà expliqué, le bec-de-lièvre ne peut se former que dans les trois premières se^ mailles de la vie intra-utérine.

Haller assure que la femme d’un Éthiopien accoucha de plusieurs enfants blancs, parce qu’elle avait chez elle une statue de marbre blanc. Par contre, Hippocrate a sauvé du supplice une femme, accusée d adidlere, dont l’entant était noir, bien ([u’clle et son mari fussent de race blanche ; il attribuait cette anomalie à un portrait d’Éthionien pendu près du lit des époux. La possibilité d’une faute conjugale dans un et dutie cas serait, il nous semble, une explication plus rationnelle.

LA GliNlinATlOiN HUMAINE.

Is. Gliüiïroy Saiiit llilaire rapporte, dans son étude sur les monstres, plusieurs observations qui semblent démontrer l’influence des émotions morales sur l’origine de quelques malformations congénitales. Il cite trois exemples d'acéphalie (de a privatif, et y.eçiaX-;], tête); il attrib'ue le premier à l’évanouissement qu’eut une femme enceinte, à , la nouvelle de la mort de son mari dans un incendie ; le second, à la frayeur qu’éprouva la femme, pendant sa grossesse, à la vue d’un I crapaud ; le troisième est celui d’une jeune fille qui, violée par un Juif, fut, à partir de ce moment, tourmentée par des esprits infernaux. * On a vu, dit Bouchut (l),en l’an III de la République, à Valenciennes, une femme accoucher d’un enfant ayant un bonnet phrygien au sein gauche ; c’était une patriote exaltée. Cette curieuse anomalie valut à cette femme une pension de 400 francs de la part du gouvernement. Une femme accouchée par le D'’ Trepant, de Nesle, le 10 juillet 1879, mit au monde un enfant mâle auquel il manquait l’avant-bras gauche; or, étant enceinte de deux mois, elle fut fort épouvantée d’un accident arrivé, en sa présence, à un jeune homme qui subit l’amputation de l’avant-bras. De même, une princesse, citée par Gaharliep, accoucha d’un manchot parce qu’elle fut saisie d’effroi en voyant abattre, d’un coup de sabre, la main d’un homme.

Nous trouvons, dans le Journal de médecine- et de chirurgie pratiques, d’autres observations que peuvent encore invoquer les partisans de l’influence morale de la mère sur le fœtus. Une femme de vingtquatre ans, mère de deux enfants bien conformés, voit avec terreur un chat hydrocéphale et accouche, huit mois après, d’un enfant présentant la même difformité (fig. ISG). Une femme, enceinte de deux mois, voit passer un condamné à mort la tête inclinée à droite, et accouche à terme d’une fille qui naît avec une inclinaison semblable. Enfin, une mère de quatre enfants bien constitués, au troisième mois d’une cinquième grossesse, désire des moules; une fille vient à terme avec une tache violacée sur la jambe, ayant l’étendue et l’aspect d’une moule.

On a dit aussi que les émotions morales de la mère au moment de la conception ou pendant la grossesse influaient sur le caractère de l’enfant. La frayeur que, toute sa vie, Jacques (2), roi d’Angleterre, ressentait à la vue d’une épée était attribuée à la crainte qu’éprouva Marie Stuart, sa mère, lorsqu’étant enceinte de ce prince, elle vit assassiner David Rizzio devant elle. Saint-Simon raconte qu’un

(1) Hygiène de la première enfance.

(2) Les caricatures du temps le représentent souvent avec un fourreau sans epce

DE LA GROSSESSE

Gis de madame de Mdntespan, « conçu dans une crise de larmes et de remords, provoquée par les cérémonies religieuses du jubilé, garda toute sa vie un caractère de tristesse qui le fit nommer Yenfant du jtihilé p. Hésiode conseillait de ne point engendrer d’enfant un jour de funérailles, mais après avoir assisté à des comédies joyeuses.

Nous pourrions multiplier à rinfmi les exemples de ce genre ; mais quel que soit leur nombre, nous devons les considérer comme autant de coïncidences curieuses, dont le véritable caractère a été méconnu.

SIGIVEB DE LA GROSSESSE. - H a existé de tout temps des moyens empiriques et des recettes puériles pour reconnaître la grossesse. * On ne se contente pas, dit Venette dans le Tableau de Tamour conjugal, d avoir des signes communs, on fait encore quantité d’expériences, à l’imitation de l’antiquité, pour découvrir la grossesse d’une femme. Les uns frottent au rouge les yeux de celle que l’on soupçonne grosse; et, si la chaleur pénètre la paupière, on ne doute plus après cela que cette femme ne soit enceinte. - Les autres tirent de son corps quelques gouttes de sang, et, après les avoir laissées tomber dans l’eau ils conjecturent qu’elle est grosse si le sang va au fond. — Quelquesuns, après avoir mis dans ses parties naturelles une gousse d’ail ou fait brûler de lamyrrhe, de l’encens, ou quelqu’autre chose aromatique pour lui en faire recevoir la vapeur par le bas, croient qu’elle est grosse, SI elle ne ressent point quelque temps après à la bouche ou au nez 1 odeur de 1 ad ou des choses aromatiques. - U y en a encore qui font diverses expériences sur l’urine. Ils considèrent cette hqueur L qu on la rend, et après l’avoir trouvée troublée et de couleur de l’écoïce de citron mur, avec de petits atomes qui s’y élèvent et qui y descendent ds disent qu elle a conçu. - D’autres laissent l’urine pendant la nuU dans un bassin de cuivre, où l’on a mis une aiguille fine ; et s’ils observent le matin quelques points rouges sur l’aiguille, ils ne doutent plus de la grossesse - Quelques autres prennent parties égales d’urine

du boudloii de fèves, ils assurent que la femme est grosse. - Les autres laissent pendant trois jours reposer à l’ombre, dans un vaisseau de verre bien boucl^, l’urine d’une femme ; et, après l’avoir coulée un lalfetas clair, s ils rencontrent de petits animaux sur le taffetas ^ils ne font pas difficulté d’affirmer que la femme est grosse . ’

pa'Tou" ™ r’

être produits par quelque cause élrangèrrà la’grossesr cë T'iT

..gnes autres, eu trètpetit „oLTrëvéi:;t t pë^

sence du foetus dans l’utérus ; ils sont appelés les signes de certiliide.

Les signes de probabilité comprennent les changements qui surviennent dans l’organisation de la mère pendant la gestation. Nous les avons tous indiqués précédemment. Le plus important est la suppression des règles. Bien que ce symptôme puisse s’observer dans certains états morbides, comme la chlorose et la phthisie pulmonaire, c’est lui qui le premier attire l’attention de la femme et lui donne l’idée de la grossesse, tant il est rare de le voir manquer pendant cette période De là ce précepte obstétrical : « Quand une femme, dit Pajot, qui se prétend enceinte et près de son terme a ses règles égales en quantité, qualité et régularité, à ce qu’elles sont ordinairement, la première pensée de l’accoucheur doit être que la grossesse n existe

^'^Le Porak vient de découvrir un nouveau signe de probabilité de la grossesse ; Lorsque, chez une femme enceinte,- on gratte avec l’oii'de certaines régions de la peau, en particulier les cuisses et le basventre, on détermine une anémie locale par l’excitation des nerfs \ aso moteurs qui contractent les vaisseaux capillaires ; il se produit alors, dans toute la région excitée, une raie blanche plus ou moins persis tante Ce phénomène peut s’observer dans certains états fébriles c^mme la fièvre typhoïde; mais il est rare chez les personnes bien

nnrt mtes. en dehors de la grossesse.

Les signes de cerlUude sont au nombre de trois : l» le ballottement ; 20 les mouvements actifs de l’enfant; 3» les bruits du cœur fœtal On constate le ballottement en communiquant une impulsion légère au col utérin, à l’aide de l’indicateur introduit dans le vagin. Aussitôt, on sent un corps mobile qui se déplace et retombe peu après a son point de départ. Le choc en retour que la pulpe digitale perçoit alors Té clmparrà celui que éprouve en refoulant du doigt un mortau d7«lace plongé dans un verre d’eau. Le ballottement n est consi- S par la grande majorité des accoucheurs que comme-un signe de

‘‘Tour 0™“!» les mouvements aotifs du fœtus.il sulW d'appliquer les deT mTs sur le ventre de la femme. S'ils lardent à se produire, on neulles provoquer en mettant un corps froid en contact avec la paioi abdominale. Ces mouvements ne sonlsdnilralement perçus qu a quatie mnis Pt demi, au milieu delà grossesse. ^

Ce n’est aussi que vers la meme époque <1“’“"' ' “““Tope

entendre distinctement les brmls du cceur teta 1. le (lig.172) en facilite la reclierclie. Le D'iloulh prétend le^ Peeceioii dès es premières semaines de la grossesse, à l’aide de son mslrumeul

DK LA GROSSESSE.

vaginoscope, qu’il applique immédiatement sur le col de l’utérus. Les pulsations cardiaques du fœtus se reproduisent, en moyenne, 140 fois par minute, tandis que le pouls de la mère ne bat que 72 fois dans le même temps. On les a comparés au tic-tac d’une pendule qui ne serait pas d’aplomb ou à celui d’une montre enveloppée de linge. Le siège de ces bruits varie avec la position du fœtus : dans la présentation ordinaire du sommet,on entend leur summum d’intensité au-dessous de l’ombilic et à gauche ; dans le cas de présentation du siège, leur maximum se localise audessus de l'ombilic.

Si la grossesse est gémellaire, il va sans dire que l’on percevra autant de bruits cardiaques qu’il existera de fœtus; mais cette recherche n’est pas toujours facile.

Bien que la constatation des bruits du cœur soit Fig. n-2. - Stéthoscope, un signe certain que la femme est enceinte, leur absence ne permet pas de nier la grossesse, ni même la vie de l’enfant.

Pour nous résumer, il n’y a donc que deux signes de certitude absolue de la grossesse : les bruits du cœur fœtal et les mouvements actifs de l’enfant perçus par l’accoucheur, et ces signes ne peuvent être nettement distingués que vers le milieu de la grossesse. En général, ces signes sont faciles à constater, mais, dans quelques cas, la difficulté du diagnostic de la grossesse est telle, qu’elle a fait commettre dem-aves erreurs aux praticiens les plus expérimentés. « J’ai vu, dit le professeur Pajot, une grossesse de quatre mois prise pour un abcès et ouverte avec le bistouri introduit dans le vagin par un de mes anciens maîtres des plus instruits et des plus vénérés. Tout le monde sait l’iiisioiré d un utérus gravide de huit mois ponctionné dans un grand hôpital. »

IIYGIEIVE OE I.A GitossEssE. — Certains préceptes hygiéniques doivent etre observés par la femme enceinte pour prévenir l’avortement, ménager sa santé et améliorer la constitution de l’enfant. « Dans la nature, a dit Hippocrate, l’enfaiit s’identifie tellement avec la vie de sa mère que la santé de l’une fait la santé de l’autre. »

REGIME aeimiepwxaire. — Le régime alimentaire mérite une attention toute spéciale, parce qu’il exerce sur le produit delà conception une action des plus manifestes. Ainsi, dans les cas de rétrécissement du bassin, on parvient à diminuer le volume de l’enfant et oar suite à rendre son passage plus facile au moment de l’accouchement.

LA GÉNKUATION HUMAINE.

en soumettant la mère, durant toute la grossesse, à une diète très-sévère. Hoffmann a signalé une épidémie d’avortemenis pendant le siège de Leyde, et Nœgelea fait la même observation lors delà famine de 1816. L Église, connaissant les fâcheux effets de l abslinence sur la grossesse, dispense, comme les malades, la femme enceinte du jeûne.

Rien ne doit être changé dans le régime de la femme enceinte. Seules les substances indigestes ou nuisibles et les mets pour lesquels elle éprouve de la répugnance devront être éloignés. Il faut, d’après le conseil d Hippocrate, laisser les femmes prendre ce qu’il leur convient, quod sapit, niitrit (ce qui plait, nourrit).

Une grande sobriété est de rigueur, surtout au début delà grossesse, contrairement à la croyance qu’une femme enceinte doit manger pour deux.

AIR. — L’air pur, le pabulim vitæ (l’aliment de la vie) comme l’appelaient les anciens, est indispensable à tout le monde et en particulier aux femmes grosses. Elles devront surtout éviter, dans la crainte de syncope et même d’avortement, les lieux où l’air est vicié soit par une trop grande agglomération d’individus, comme les bals et les théâtres (l) ; soit par des émanations délétères, telles que les gaz qui se dégagent du charbon incandescent. Mauriceau cite le cas d’une blanchisseuse qui fit un avortement parce qu’elle avait conservé dans sa chambre un réchaud allumé. Les professions qui exposent aux poussières des composés de plomb ou aux vapeurs du sulfure de carbone devront êlre abandonnées.

La respiration d’un air pur n’est pas moins utile à l’enfant ; aussi la suspension momentanée de cette importante fonction provoque-t-elle, chez le fœtus, des mouvements désordonnés qui sont l’indice d’un certain malaise. C’est même un moyen proposé par Jacquemier pour solliciter les mouvements fœtaux qui tardent à se produire. « Les plus beaux enfants naissent au sein des campagnes, dit Munaret, par la même raison que les arbres en plein vent produisent des fruits moins h.itifs, mais plus gros, plus colorés que ceux qui languissent sous les vitres d’une serre énervante. » De toutes les fleurs, a écrit d'autre part Michelet, la fleur humaine est celte qui a le plus besoin de soleil.

e;x.f.rcice. — L’exercice, surtout au grand air, est très-utile à la femme enceinte. Celle-ci devra éviter avec soin tout choc ou mouvement violent qui communique au corps un ébranlement trop considérable, tels que l’équitation, la danse, la course, les promenades

(r L’homme, a dit J.-J. Rousseau, est, de tous les animaux, le moins propre Il vivre én troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous eu très-peu de temps. L’haleine de l’homme est mortelle â ses seinblaliles.

DE LA ünOSSESSE.

dans une voiture mal suspendue ou sur des routes inégales.. Il ne faudrait donc pas imiter Jeanne d’Albret qui, vers la fin de son neuvième mois, entreprit un voyage de quinze jours, pour venir de Compiègne à Pau accoucher de Henri IV. De même, la reine de Pologne, vers la fin de sa grossesse, accompagnait dans les camps, son mari, le roi Sobieski.

Rien n’est, en effet, plus fatal que le préjugé qui recommande aux femmes, dans les derniers mois de leur grossesse, un surcroît d’exercice pour faciliter leurs couches ; Liebaut allait même jusqu’à conseiller un voyage en coche ou une promenade sur un cheval de trot. Il est vrai

que la grossesse peut suivre son cours régulier malgré les secousses les plus violentes. Ainsi, Cazeaux cite une femme qui se jeta d’un troisième étage et accoucha à terme d’un enfant vivant. On connaît le procès de madame Lemoine qui, pour faire avorter sa fille, enceinte de son cocher, Jean Fetis, lui fit faire des chutes assez élevées sans y parvenir et brûla l’enfant venu à terme. Un médecin de nos amis a accouché une jeune fille, qui avait réussi à tromper sur sa grossesse ses parents et l’un des homœopathes les plus achalandés de Paris. Celui-ci avait alors attribué la suppression des règles, le développement du ventre et des mamelles à la chloro-anémie et conseillé pour tout traitement l’équitation. La jeune fille fit un véritable abus de cet e.xercice dans l’espoir de se faire avorter ; mais, contrairement à ses vœux et mal<^ré les secousses de l’équitation, la grossesse arriva à terme. °

Chez certaines femmes, au contraire, la plus faible commotion morale ou physique est souvent une cause d’avortement ; aussi ne doiton faire subir à une femme grosse aucune opération, fut-ce même 1 extraction d’une dent, à moins d’urgence extrême. Baudelocque nous apprend, dans 1 Arl des accouchements, qu’après l’explosion de la poudrière de Grenelle, il fut appelé auprès de soixante-deux femmes en péril et un état d’avorter.

On est quelquefois obligé de condamner à un repos absolu la femme enceinte qui a déjà fait une fausse couche. Mais, à part ce cas exceptionnel, une vie trop sédentaire n’est pas moins préjudiciable, pendant la grossesse, que l’exercice prolongé jusqu’à la fatigue. C’est à cette dernière mauenoe et non à eelle de l'air trop viff comme le ZTl Saucerotte, qu il faut attribuer la fréquence de l’avortement chez les femmes du sommet des Vosges.

Il est encore fort nuisible pour la femme enceinte de se mettre à

gêneur, car, dans cette position, l'ceuf subit une compression Tafele

plus ou moins énergique, résultant de la tension exagérée des mi^W psoas-ihaques (fig. fiO). c-va^jciee aes muscle»

LA GlÎNÉnATION HUMAINE.

vftxEMEivrs. — Les vêtements ne doivent pas entraver le libre développement du ventre et des mamelles. C’est dire que les femmes enceintes laisseront de côté les robes fourreaux et les corsages cuirasses, si en faveur à notre époque, a Elles fermeront l’oreille, dit Prudhon, aux réclamations tyranniques de cette mijaurée qu’on appelle ' la Mode. » Une jeune fille, citée par Baudelocque, eut une hémorrhagie ' utérine foudroyante en se serrant la taille outre mesure pour dissimuler sa grossesse. Un corset trop étroit refoule, en elfet, le foie sur ' les intestins et s’oppose à l’ampliation de la matrice ; il a en outre ' l’inconvénient de comprimer les mamelons, ce qui peut être, plus tard, un obstacle à l’allaitement. De plus, en serrant fortement la taille, le corset refoule l’estomac et gêne la digestion. Sœmmering a vu un estomac partagé en deux loges par l’usage abusif de cet objet de toilette.

Les anciens observaient mieux que nous, sur ce point, les lois de l’hygiène ; ainsi, le mot enceinte, qui signifie en latin sans ceinture, vient de l’habitude qu’avaient les Romaines de quitter, dès le début de leur grossesse, le fascia mamillaris, sorte de bandelette en laine dont elles se serraient la taille au-dessous des seins, comme du temps du Directoire. Lycurgue obligeait aussi les femmes enceintes à porter des vêtements larges. C’est le conseil que donne Sacombe :

Je voudrais qu’une femme enceinte eût de tout temps Des vêlements légers, autour du corps flottants.

Tels que chez les Hébreux %n portaient les Lévites.

Elle pourrait encore suivre l’exemple de madame de Montespan qui, pour dissimuler ses grossesses, adopta ces robes drapées sur les hanches d’où est venue plus tard l’idée des paniers.

Sans aller aussi loin que Joseph II d’Autriche qui proscrivit l’usage du corset dans ses états, nous ne voyons aucun inconvénient à ce que la femme enceinte porte un demi-corset peu serré ou des bretelles qui soulageront les hanches et feront supporter aux épaules le poids des jupes. Comme la proéminence de ces dernières expose les parties inférieures du corps à l’impression du froid, on remédiera à cet inconvénient avec un caleçon de toile ou de laine, suivant la saison.

Vers la fin de la grossesse, on pourra soutenir le ventre au moyen d’une ceinture abdominale élastique.

Enfin, on devra rejeter l’usjige de jarretières trop serrées qui gênent la circulation de retour, ainsi que celui des chaussures à hauts talons qui exposent aux faux pas et, par suite, à des ébranlements plus ou moins considérables de l’œuf. Déjà Mauriceau critiquait, de son temps, l’emploi des talons élevés : « les femmes grosses, disait-il, doivent

DE LA GUOSSESSE.

porter des talons bas et larges d’assiette. » C’est à propos de cette mode dangereuse que l’on fit le quatrain suivant :

Nos mignonnes sont si très-hautes.

Que pour sembler grandes et belles,

, Elles portent pantoufles hautes

I A vingt et quatre semelles.

^ BAiivs. — Les bains de propreté peuvent être pris sans inconvénient pendant la grossesse, pourvu toutefois qu’ils ne soient ni trop froids, ni trop chauds (33* environ), ni trop prolongés (vingt minutes de durée). Cependant il sera plus prudent de s’en abstenir durant les deux ou trois premiers mois, surtout si la femme est sujette aux avortements.

Les bains de mer sont aussi très-favorables, à condition de ne pas se livrer aux exercices de la natation. L’hydrothérapie ne présente pas non plus d inconvénients. Mais les injections vaginales, les bains de siège et les pédiluves chauds doivent être proscrits. Et pourtant, combien de jeunes filles coupables, dans l’espoir de cacher leur faute, ont eu recours à ce dernier moyen, mais sans succès.

Quant aux lavements, on peut en faire un usage journalier. Ils sont même très-avantageux dans la grossesse, si l’on en croit l’auteur de la Lucimade :

Les lavements sont sains, je consens qu’on les donne A toute femme enceinte. Albinus les ordonne Contre ces fils d Éole, abhorrés en tout temps,

Et d’un impur séjour importuns habitans,

Qu à grands coups de piston, il faut chasser sans cesse. Comme ennemis jurés de l’état de grossesse.

RAPPORTS SEXUELS. — Les sccousscs qu’un coït trop impétueux ou trop répété communique à l’utérus, chargé du produit de la conception, déterminent souvent l’avortement. Telle est la cause la

plus fréquente des fausses couches chez les nouvelles mariées et les filles publiques.

Chez les animaux, la femelle fuit instinctivement les approches du male pendant toute la durée de la gestation, a Les bestes sus leurs sjntrees^’ dit Rabelais , n’endurent jamais le masle masculant. » Mais il n en est pas de même dans l’espèce humaine, a Une femrnp écrit Joubert, est toujours de bon appointement, et se trouve en tonî temps preste de bien faire, voire fust-elle grosse jusques à la gor<^e ” Ainsi lorsqu ou demandait à Jul c,. fille d’Auguste, pourquof sos

LA GÉNlilUTlON HUMAINE.

enfants ressemblaient à Agrippa, malgré les nombreuses infidélités qu’elle lui faisait, elle répondait qu’elle n’admettait de passager dans sa barque que quand elle était pleine.

Quoi qu’en dise Dionis, qui eut vingt enfants et se vantait de n’avoir pas négligé un seul instant ses devoirs conjugaux, il ne faudra se livrer au coït, pendant la grossesse, qu’avec la plus grande modération ; le poète l’a dit :

Épouses, je vous dois un conseil salutaire.

Quand vous aurez conçu n’allez pas à Cythêre.

Pour conserver le fruit de vos chastes plaisirs.

Réprimez désormais vos amoureux désirs;

Au feu qui vit en vous un autre feu peut nuira,

Et ce qu’amour a fait, amour peut le détruire.

La nacelle à Vénus, sur les flots amoureux.

Peut souvent rencontrer des écueils dangereux.

Les Pères de l’Église recommandaient la continence au début et à la fin de la grossesse. Et ils avaient raison, « car, dit Galien, le fruit se détache d’autant plus facilement qu’il est plus tendre et plus mur. » Mais les rapports sexuels sont principalement dangereux pendant les deux ou trois premiers mois de la grossesse. « C’est, d’après la comparaison de Raulin, remuer la terre quand elle est ensemencée et que le blé commence à germer. »

La continence, pendant toute la durée de la grossesse, est de rigueur chez la femme qui est exposée aux fausses couches.

i»«ici»ARAXio:w oiîs sm.x's. — Si les femmes qui veulent nourrir ont un mamelon trop petit ou trop enfoncé, il sera utile de le façonner

Fig.

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