CHAPITRE V
DE l’accouchement.
L expulsion du fœtus et de ses Annexes au ternie de îa grossesse constitue Ia parturition (de pcirturire, enfanter) ou Vaccoucheuient (de accubare, se mettre au lit).
On dit que l’Accouchement est normal, quAnd il s’effectue spontAnément, et vicieux, s il est AccompAgné d’Accidents qui compromettent 1a vie de 1a mère ou celle de l’enfant.
Maïs il peut Arriver qu’accidenteïlement l’œuf soit expulsé avAnt sa mAturité complète. Si l’expulsion a lieu dans les six premiers mois de la grossesse, c’est un avortement (de aboriri, naître avant le temp.) et le produit de la conception n’est pas viable ; si elle s’effectue dans les trois derniers mois, on dit que l’accoi clieinent est prématuré.
ARTICLE I
DE l’avortement.
siGivE* OG - Les symptômes précurseurs de
avortement sont . le gonflement des seins avec écoulement du lait • une lassitude dans tous les membres et principalement dans le haut des cuisses ; une sensation de pesanteur au bas-ventre accompagnée de fréquentes envies d’uriner; une hémorrhagie utérine plus ou moins
abondante ; enfin, des douleurs intenses qui persistent jusqu’à la sortie du produit de la conception. ’’ ^ ««uiiie
Dans les premiers mois de la grossesse, l’expulsion de l’œuf et celle e ses annexes se font en bloc. Souvent, on les retrouve dans les linges au milieu des caillots de sang ; souvent aussi, ils passent inaperçus en
LA GÉNlinATlON HUMAINE.
psl toujours plus laborieuse qup la première ; « La femme qui avorte, a dit avec raison madame Boivin, n’accouche que d’un placenta. » Le contraire est la règle dans l’accouchement.
cAvsRs DE E’AvoRXEMEivr. — L’avortemeut est spontané ou provoqué. Les causes de l’avortement spontané proviennent du père, de la mère ou du produit de la conception. Du côté du père, nous trouvons la syphilis et l’alcoolisme ; du côté de la mère, les maladies fébriles, le choléra, la syphilis, les affections utérines, les chutes ou coups sur l’abdomen, l’anémie, les commotions morales et physiques, les abus du coït et une sorte de prédisposition individuelle: ainsi, Schultz a rapporté le cas d’une dame qui avorta vingt-deux fois en trois mois. Enfin, parmi les causes tenant à l’œuf, nous signalerons l’apoplexie du placenta, la dégénérescence de cet organe, l’hydropisie de l’amnios, la mort du fœtus résultant de violences directes, de malformations incompatibles avec la vie ou encore d’une maladie communiquée par la mère telle que la syphilis et la variole.
La mort du fœtus n’entraîne pas nécessairement l’avortement immédiat et, contrairement à un préjugé fort répandu, le produit de la conception qui a cessé de vivre peut séjourner indéfiniment dans le ventre de la mère sans y déterminer d’accident, ainsi que le prouvent les exemples de grossesses extra-utérines rapportés plus haut. Il y a quelques années, en Angleterre, on retirait du ventre d’une femme, morte à un âge avancé, un fœtus de quarante-sept ans parfaitement conservé.
L’avortement peut être provoqué par un médecin, soit pour soustraire la femme à un danger imminent, dans les cas de vomissements incoercibles ou d’hémorrhagies rebelles ; soit pour l’empêcher de courir les risques de l’opération césarienne, au terme de la grossesse, par suite d’un rétrécissement excessif du bassin. Il se pratique, comme l’accouchement prématuré artificiel, par des procédés que nous décrirons plus loin.
La Sacrée Pénüencerie du Saint-Siège n’admet dans aucun cas l’avortement provoqué; elle tolère l’accouchement prématuré artificiel, mais seulement en f^aveur d’un enfant viable.
Assez souvent, l’avortement est provoqué dans un but criminel et tombe sous l’application de farticle .317 du Code pénal ainsi conçu : « Quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, violences, ou par tout autre moyen, aura procuré l’avorlement d’une femme enceinte, soit qu’elle y ait consenti ou non, sera puni de la réclusion. La même peine sera prononcée centre la femme qui se sera procuré l’avortement à elle-même ou qui aura consenti à faire usage des moyens
DE l’accouchement.
à elle indiqués ou administrés à cet effet, si l’avortement s’en est suivi. — Les médecins, chirurgiens et autres officiers de santé, ainsi que les pharmaciens qui auront indiqué ou administré ces moyens, seront condamnés à la peine des travaux forcés à temps, dans le cas où l’avortement aurait eu lieu. »
Autrefois l’avortement n’entraînait aucune pénalité. Aristote, dans sa Politique, le considère même comme permis. Il paraît d’ailleurs que les dames romaines avaient l’habitude de se faire avorter afin, dit Montesquieu, que leur grossesse ne les rendît pas désagréables à leurs maris. C’est ce que prétend Ovide dans le poème intitulé Nux, le noyer :
Nunc iiterum vitiat, qnæ vult formosa videri :
Baraque in hoc ævo est, quæ velit esse parens (1).
Juvénal fait allusign à cette odieuse coutume dans les vers suivants traduits par M. Constant Dubos :
Quand de ses flancs brisés par tant d’avortements,
Julia rejetait les fruits de ses débauches,
Images de son oncle, effroyables ébauches.
De nos jours, l’avortement est pratiqué publiquement en Amérique et en Angleterre, par des médecins attachés à des maisons spéciales. Eu France, la pratique de l’avortement pour être clandestine n’en est pas moins fréquente. D'après le professeur Pajot, les avortements seraient même plus nombreux que les accouchements; mais il est difficile d’établir une statistique certaine, attendu que les coupables sont intéressés à se taire. On ne connaît guère que les avortements ayant donné lieu à des dénonciations ou à des accidents plus ou moins graves ; or, ils ne fournissent, par an, que vingt à vingt-cinq condamnations.
C’est habituellement du troisième au sixième mois que se font les avortements criminels. « Nous en connaissons, dit Tardieu, les préliminaires. D’abord la femme doute encore de sa grossesse ; puis elle espère, à l’aide dé violents exercices ou de marches forcées, déterminer un avortement clandestin ; puis des signes certains se manifestent : elle va trouver la sage-femme ou l’homme de l’art, indigne de ce titre, qui doit la « débarrasser » . Quelquefois son parti est pris, et un marché est conclu : elle sait, ou à peu près, ce qui doit se passer. Mais le plus souvent on ne s’explique qu’en termes vagues: on lui promet de « décrocher » ou de « faire couler » son enfant. S’étant déjà plusieurs
(1) Aujourd’hui elle s’abîme l’utérus la femme qui veut rester belle et elle bien rare dans notre siècle celle qui veut être mère. ’ ‘
LA GÉNIÎRATION tlL’MALNE.
fois soumise au toucher, elle peut croire qu’il ne s’agit encore que de la « toucher », lorsque le doigt, introduit dans ses parties sexuelles, y dirige l’instrument et accomplit le crime. Souvent, en effet, l’opération est réduite à cette extrême simplicité; la femme reste debout comme dans une exploration ordinaire, et elle peut être de bonne foi quand elle soutient que la sage-femme s’est bornée à introduire son doigt dans la matrice, et que cette introduction n a différé des précédentes que par les suites. De là aussi la question posée quelquefois à Texpert : l’avortement peut-il être pratiqué avec la main seule ? La réponse à cette question est que, dans les conditions ordinaires, le doigt ne peut être introduit dans la matrice et atteindre l’œuf; mais qu^il peut arriver cependant riê, l’utérus étant fortement abaissé et son col étant mou et entr’ou^ert, le doigt atteigne les membranes, les décolle ou les déchire, et suffise ainsi à provoquer l’avortement : ce serait toutefois un cas exceptionnel. Le plus ordinairement l’opération exige un instrument ; mais qu’on ne croie pas que ceux qui pratiquent l’avortement emploient des instruments spéciaux, tels que des stylets, des sondes à dard : de semblables instruments trouvés en leur possession seraient trop compromettants ; ils se servent au contraire des instruments les plus simples, d’une aiguille à tricoter de bois ou de fer, d’une plume à écrire, d’une petite baguette ; une sage-femme se servait de la tringle d’un rideau qu’elle se hâtait ensuite de remettre en place. Quelquefois cependant le procédé est plus chirurgical : le spéculum a éclairé la voie et frayé le passage à un stylet ou à une sonde ; ou bien on a eu la précaution de faire une injection dans l’utérus ou de dilater le col en y plaçant une éponge préparée. Mais alors on a affaire à des individus plus éclairés, qui ne manqueraient pas de donner à leurs manœuvres quelques faux prétextes et de fournir des explications empruntées aux préceptes de l’art. »
Les substances emménagogues qui passent pour provoquer les régies, comme l’armoise, l’absinthe, le safran, l’ergot de seigle, la sabine et la rue, sont souvent employées pour provoquer ravortement. Mais leur réputation a été surfaite, car ces plantes n’ont |amai3 produit l’effet attendu, à moins d’être absorbées à dose tuxique et, dans ce cas, elles agissent à la façon des poisons. « Encore, dit Gub’.er, des doses considérables et longtemps répétées sont-elles parfois demeurées sans résultats. Fodéré parle d’une femme qui, pour se faire avorter, prit chaque matin, pendant vingt jours, une centaine de gouttes d’huile volatile de sabine, et accoucha à terme d’un enfant vivant. » Marion de l’Orme, d’après un de ses biographes, mourut à trente-neuf ans après avoir pris une trop forte dose d’antimoine pour se faire avorter.
EK l’accouchement.
ARTICLE II
DE l’accouchement PRÉ.MATUnÉ.
SIGNES EX CA.E8E8 DE E’AOCOECHEMEtN’X PRÉMAXERÉ.
— L’accouchement prématuré se distingue de l’avortement par plusieurs caractères : d’abord, il s’effectue dans les trois derniers mois do la grossesse et le fœtus naît viable ; ensuite, l’expulsion du fœtus est plus laborieuse que celle du placenta et l’hémorrhagie, tout en étant relati\ement moins abondante, termine le travail au lieu de le précéder. Quant aux autres symptômes, ils ne diffèrent pas sensiblement de ceux de l’accouchement normal.
L accouchement prématuré peut, comme l’avortement, être spontané ou provoqué. A part la distension exagérée de l’utérus, qui détermine prématurément la rupture des membranes et explique pourquoi les grossesses gémellaires arrivent rarement à tourne, toutes les autres
Fig. 17S. — Trocart à ponctioa de l’œaf.
causes de l’accouchement prématuré, qu’il soit accidente ou volontaire, sont celles de l’avortement.
uoxEive DE PROVOQUER L’AccoECDEMErvr. — Les procédés les plus usités par les hommes de l’art pour provoquer les con-
tractio-s utérines de l’accouchement sont :
1® La ponction de l’œuf avec un trocart courbe (fig. 175);
2“ Le tamponnement du vagin à l’aide de bourdonnets de charpie qui excitent le col et,
Fig. 17G. — CüQO d'dponge préparée.
jjtti ouue, luiu couiracter le corps de l’utérus ;
3’ Les douches d’eau chaÿe dirigées sur le museau de tanche et pratiquées avec un irrigateur Éguisier, de grande dimension ;
4® La dilatation mécanique du col obtenue par l’introduction dans sa cavité d'un cône d’éponge préparée (fig. 176) qui, sous l’influence de l’humidité ambiante, augmente considérablement de volume ;
5» Le décollement de la partie inférieure de l’œuf au moyen d’une sonde élastique, ou mieux à l’aide du dilatateur utérin de Tarnier (fl". 177). Cet appareil se compose d’un tube en caoutchouc fermé à l’une de ses extrémités, que l’on dirige avec un conducteur dans la
Fi„'. m. Fi« ns. Fig. 179. Fig. ISO.
Dilatateur intra-utéiio de Tarnier.
A. Conducteur. — B. Tube en caoutchouc. — C. Douille à rohinel destinée à recevoir la
canule d’une seringue à injections. — A, A. Ressorts servant à arrêter le fil / B. Extrémité
dilatable du tube en caoutchouc. — f. Fil destiné à fixer le tube sur le conducteur.
cavité utérine. Eu injectant de l’eau tiède par l’extrémité libre de ce tube, la partie engagée dans le col se dilate (fig. 180) et décolle peu à peu les membranes du segment inférieur de l’œuf.
ARTICLE III
DE l’accouchement NORMAL.
Éï‘OQUE DE l’accouchemeivx. — L’expulsion du fœtus s effectue ordinairement vers la fin du neuvième mois ; mais elle peut, sui-
DE l’accouchement.
vant certaines circonstances, s’accomplir avant ou après cette époque : l’accouchement est dit, dans le premier cas, prématuré et, dans le second, tardif.
Nous savons que pour éviter toute cause d’erreur, la loi a établi la limite des naissances tardives au trois-centième jour ou dixième mois, et celle des naissances précoces au cent-quatre- vingtième jour ou sixième mois.
Voici les termes de l’article 312 du Code civil, relatif à ce sujet : « L’enfant conçu pendant le mariage a pour père le mari. — Néanmoins celui-ci pourra désavouer l’enfant, s’il prouve que pendant le temps qui a couru depuis le trois-centième jusqu’au cent-quatrevingtième jour avant la naissance de cet enfant, il était, soit pour cause d éloignement, soit par l'effet de quelque accident, dan l’impossibilité physique de cohabiter avec sa femme. »
CAUSES DE u’AccoucHEMEA'r. — De tout temps on a cherché à expliquer les causes qui sollicitent l’expulsion du foetus à une époque déterminée. Pythagore a invoqué la puissance des nombres impairs sur la destinée humaine ; Hippocrate a fait intervenir la volonté du fœtus qui, pressé par l’insuffisance d’aliments, déchirait lui-même ses enveloppes, comme le poulet sa coquille, et sortait de son étroite prison en s’arc-boutant avec les pieds sur le fond delà matrice ; Buffon pensait qu’au bout de neuf mois, le placenta se séparait de l’utérus à la manière d’un fruit, arrivé à maturité, se détachant de l’arbre qui le porte.
Bien d’autres explications ont été données, mais aucune ne nous paraît justifiée. Les véritables causes déterminantes de l’accouchement nous échappent encore et il est très-probable que longtemps encore il faudra dire avec Avicenne : « Au temps fixé, l’accouchement se fait par la grâce de Dieu. »
DES DOULEURS DE E’EAEAIVTEMEIVX DetOUteS leS foUCtionS
de l’économie, l’accouchement est la seule qui soit douloureuse. Cette exception, si l’on en croit Moïse, serait la conséquence du péché originel : « Je multiplierai tes misères et tes conceptions, dit la Genèse, tu enfanteras avec douleur et tu seras sous la puissance de l’homme, et il aura domination sur toi. » Cependant, les douleurs de l’accouchement ne sont pas le propre de l’espèce humaine; les femelles d’animaux y sont aussi sujettes.
^ Pour tous les êtres animés, le prélude de la génération, le coït s accompagne donc de sensations agréables, (an lis que son dernier acte, 1 accouchement, s’accomplit au milieu des pins vives douleurs.
282 LA GIÎNÉRATION HUMAINE.
C’est à cette curieuse particularité que fait allusion ce passage de VÉtourdi de Molière :
Les dettes aujourd'hui, quelque soin qu’on emploie,
Sont comme les enfants, que l’on conçoit en joie.
Et dont avecque peine on fait l’accouchement.
L’argent dans notre bourse entre agréablement ;
Mais le terme venu que nous devons le rendre,
C’est lorsque les douleurs commencent à nous prendre.
CAUSES OES DOUCEURS. — Lcs douleui’s de l’enfantement sont dues aux contractions musculaires de Tutérus, et l’on peut s’en convaincre facilement par l'application des mains sur le ventre d’une femme en travail; on remarque alors que, pendant toote la durée de la douleur, les parois utérines se durcissent et présentent au toucher une résistance analogue à celle du biceps qui se contracte. Ces douleurs sont intermittentes comme les contractions de la matrice qui les provoquent et les intervalles sont d’autant plus rapprochés que l’accouchement touche à sa fin. Ainsi, les premières douleurs se succèdent de quart d’heure en quart d’heure et les dernières se reproduisent d’une minute à l’autre.
DURÉE ET iurTE^vsixÉ DES DOULEURS. — La durée de chaque douleur est, en moyenne, de vingt secondes et son intensité augmente avec les progrès du travail. Les termes que les accoucheurs ont l’habitude de leur appliquer peignent assez bien le caractère de ces souffrances ; ce sont, par ordre de succession, d’abord les mouches^ puis les douleurs préparantes, ensuite les douleurs expulsives et, dans la période ultime, les douleurs conquassantes (de cim, avec et quassare, ébranler). Communément, on les désigne sous les noms de maux de reins, coliques, tranchées ou bouffées. Les douleurs qui se font sentir dans les lombes sont plus pénibles que celles de l’abdomen ; on dit ' alors que la femme accouche « par les reins».
' En général, les douleurs de l’enfantement sont très-vives (i) et leur ^ acuité est telle que, le plus souvent, elles font naître l’idée de la mort ; 1 mais une fois l’accouchement terminé, les souffrances endurées s’oublient vite ; de là le dicton populaire : Cest le mal joli, sitôt fini, on ' en rit. Et il est heureux qu’il en soit ainsi sans quoi les femmes qui ont subi une première épreuve se refuseraient à en tenter une seconde :
(0 La duchesse de la Rochefoucauld-Liancourt, ra’onto le D'' Brémond, mit au monde un enfant au milieu des plus atroces soulTrances. Au moment ou le méflecin lui annonça qu’elle était mère d’un garçon, elle s’écria; Tant mieux, au moins il n’accouchera pas.
DE l’accouchement.
ce qui n’est pas, on le sait, le cas ordinaire. Ces souffrances, au dire de Jacques Duval, « pourroient estre plus cruelles trois et quatre fois, que les Dames et Damoyselles ne s’en garderoient ce nonobstant, tant elles se trouvent friandes et réjouies du déduit par lequel on y parvient. D
Les douleurs varient d’intensité suivant les femmes. Il en est qui ne font entendre aucune plainte et « mangent leurs douleurs » ; d’atitres accouchent pendant le sommeil ou en marchant. Une femme originaire du Canada, citée par Tarnier, dit qu’elle a l’habit-ude de semer ses enfants sans s’en apercevoir. Quelques personnes, d’après lcD''Lory,éprouventen accouchant un certain plaisir. On sait que Henri d’Albret lit chanter à sa fille, lorsqu’elle accoucha du « meilleur des rois », le cantique béarnais de Notre-Dame du bout du Pont, afin que son rejeton ne fût «ni pleureur, ni rechigné ». Assez fréquemment, les femmes n’éprouvent d’autre sensation qu’un pressant besoin d’aller à la garde-robe. Cette méprise est souvent invoquée comme excuse par les criminelles qui ont volontairement jeté leur enfant dans les fosses d’aisances ; mais l’examen de la tête du nouveau-né indique, par l’absence ou la présence d’une bosse sanguine sur la partie engagée la première, si l’accouchement a été rapide ou laborieux et, par suite, si la mort de l’enfant peut être attribuée à une erreur de sensation ou à un infanticide.
Dans certains cas, les douleurs sont assez aiguës pour déterminer une sorte de folie momentanée qui porte les accouchées à injurier ceux qui les entourent, à dire ‘des mots obscènes (1), ou à se livrer à des actes extravagants et même violents. La mère de Gharles-Quint devint folle à l’une de ses couches, d’où son nom de Jeanne la Folle. Le D’’ Jërg raconte qu’une négresse, saisie de délire pendant un travail très-laborieux, s’ouvrit le ventre,en retira son enfant et finit par guérir. Cazeaux cite une jeune dame qui se mit à chanter à pleine voix le grand air de Lucie. Cependant Stoltz n’admet pas que l’excitation nerveuse qui résulte d’un accouchement pénible soit assez vive pour déterminer un accès, même passager, de délire ou de folie. Tardieu est du même avis : « Sur trois cents cas d’infanticide, dit ce médecin légiste, je n’en ai pas vu un seul où une femme eût été prise d’une fureur homicide et transitoire et eût tué son enfant. » Le fait suivant observé par Esquirol et rapporté par le D" Maroé dans son Traité de
la folie des femmes enceintes est en contradiction avec fopinion des deux savants dont nous venons de parler. Une fille, écrit cet auteur, n’avait point caché sa grossesse et fit faire une layette. La veille de son accouchement, elle se montra à tout le monde. Elle accoucha pendant la nuit, et le lendemain le corps de l’enfant fut trouvé dans les latrines, mutilé de coups de ciseaux. Cette fille avoua son crime et n’en témoigna aucun regret ; o Je n’ai pas fait de mal, répétait-elle, ils ne peuvent rien me faire, n’est-ce pas ? » Cette fille n’avait-elle pas eu un accès de délire?» D’après Bodin, une femme de Milan, au xvi» siècle, fut condamnée à la roue pour avoir mangé son enfant sous l’instigation du démon, disait-elle.
CIItCOIVSTil.IVCES HIODIFICAXRICES DES DOUEEEDS. —
Plusieurs circonstances modifient l’intensité des douleurs. On calme celles des reins en soulevant cette région à l’aide d’une serviette fortement tendue par deux aides. Les frictions sur le ventre soulagent quelque peu les douleurs abdominales, ou tout au moins font prendre patience à l’accouchée. Nous signalerons bientôt l’effet des émotions morales sur la durée du travail et par suite .sur celle des douleurs. Les prières, les reliques agissent souvent sur l’imagination des personnes pieuses et peuvent avoir une influence favorable sur le travail. Dernièrement, à l’accouchement de S. M. la reine d’Espagne, suivant la Epocca, on avait exposé, auprès de la royale alitée, un os de saint Jean- Baptiste, le peigne de la Vierge Marie avec trois de ses cheveux et une chemisette de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De même aux couches de Marie de Médicis, raconte la sage-femme Louise Bourgeois, a les reliques de madame Saincte Marguerite estoient sur une table dans la chambre, et deux religieux de Sainct-Germain-des-Prez qui prioyoient Dieu sans cesser..., le mal dura vingt-deux heures. » On sait que l’impératrice Eugénie, pendant toute la durée de l’accouchement du prince impérial, en 18d6, tenait dans sa main un précieux reliquaire prêté par Pie IX ; ce qui n’empêcha pas l’application du forceps.
Chez les anciens, certaines substances passaient pour faciliter l’accouchement, par exemple le dyctame, dont on couronnait Lucine. Au dix-septième siècle, la « poudre de la Royne fl) » était très-employée « tant pour garantir des douleurs restées après un travail violent, que mesmes pour rendre le futur accouchement tranquille et moins douloureux » . On pensait aussi obtenir le même résultat en appliquant sur le ventre de l’accouchée le placenta et ses annexes, aussitôt après la délivrance, ou encore en écorchant tout vif un mouton noir « en la
(1) Cette poudre était un composé de racine de grande consoude, de noyaux de pèche, de noix muscades, d’ambre jaune et gris.
DE l’accouchement.
28îi
chambre de la malade, pour de la peau toute chaude, parsemée de poudre de roses et de myrtiles, luy envelopper les reins et le basventre ». Une pierre d’aimant fixée près de l’aine, la dépouille d’un serpent maintenue autour de l’abdomen, une ceinture faite en peau d’élan et mise autour de la cuisse passaient pour avoir la propriété d’accélérer l’accouchement. Tous ces remèdes empiriques et bien d’autres encore eurent leur moment de vogue. Mais les seuls agents réellement efficaces pour diminuer et même supprimer les douleurs sont les anesthésiques, comme le chloroforme et l’éther.
E;!»IPL0I OKS AlIVESXHÉSIQIIES DA.IVS LES A.CCOUCHE-
MEivxs. — « Grâce à cette merveilleuse découverte de l’anesthésie, s’écrie Forbes avec admiration, les mères des générations futures n’enfanteront plus dans les tortures du travail sur une couche où elles ne donnent souvent la vie qu’au péril de la leur, mais au milieu des songes élyséens, sur un lit d’asphodèle I » L’auteur de la Némésis médicale chante, avec non moins d’enthousiasme, les vertus des anesthésiques :
Là c’est le doux repos, l’extase, le plaisir.
Le spasme de l’amour. Quand l’éther halluciné La jeune femme en proie aux tourments de Lucine,
Oh ! d’un double mystère ineffable pouvoir,
Au moment qu’elle enfante, elle croit concevoir !
Toutefois, les accoucheurs n’ont recours aux anesthésiques que dans les cas exceptionnels (agitation excessive, opérations douloureuses et de longue durée), parce que leur emploi n’est pas exempt de dangers. Ces substances ont un autre inconvénient : elles donnent lieu, comme nous l’avons dé^à fait remarquer, à des rêves érotiques et peuvent provoquer des indiscrétions fâcheuses. « Effectivement, dit le D'’ Pinard, chez quelques parturientes, dès que le chloroforme commence à atteindre l’intelligence, une loquacité extraordinaire se montre, et souvent, probablement parce que c’est là leur idée fixe, elles font aux personnes qui les entourent les confidences les plus intimes et les plus inattendues. Quelques pauvres filles que nous observions lançaient à haute voix le nom du père de l’enfant, racontaient la durée et la nature de leurs relations. »
On a l’habitude aujourd’hui, dans le grand monde, d’administrer le chloroforme par le procédé dit à la reine parce qu’il a été employé, pour la première fuis, le 7 avril 1853, sur la reine Victoria (l).Ce procédé con-
(1) La reine d’Angleterre, dit V. Hugo dans les Travailleurs de la Mer aét' blâmée de violer la Bible en accouchant par le chloroforme.
LA GÉNIÎHATIOX HUMAINE.
sisteà faire respirer le chloroforme pendant toute la duriie du travail, mais seulement au moment des contractions utérines. Les accoucheurs qui 1 emploient delà sorte prétendent obtenir une demi- anesthésie, suffisante, disent-ils, pour diminuer l’intensité des douleurs et les rendre très-supportables. Mais les physiologistes assurent que le chloroforme n agit comme anesthésique qu à la condition d’être administré d’une façon continue et à dose massive j il est donc probable que son action, dans le procédé à la reine, s’exerce principalement sur le moral de la femme ainsi que le pense le professeur Pajot. « La prétendue demi-anesthésie, dit ce célèbre accoucheur, le chloroforme à la reine, comme l’appellent ironiquement les grands praticiens anglais, est une pratique aussi inutile qu inoffensive ; elle n’a rien de sérieux ni de scientifique. Elle pourra prendre place à côte des moyens dilatoires propres à agir sur l’imagination des femmes et faire gagner du temps, quand, dans un accouchement naturel, il n’est pas besoin d’autre chose. Le chloroforme à la reine, à la mode aujourd’hui, est destiné à supplanter la potion des anciens (sa confection demandait plusieurs heures), les médailles, les neuvaines, les eaux miraculeuses, la plume d’aigle à la cuisse et la graisse de vipère sur le ventre, »
MÉc.^RiïSME OE L’AccoEciiEMErw-T. — L’arcoucliement comprend quatre périodes distinctes : 1 ' la période de préparation ; 2“ la période de dilatation du col ; 3’ la période d’expulsion du foetus ; 4° la période d’expulsion des annexes. La seconde et la troisième périodes constituent le travail de l'accouchement et la dernière période a reçu le nom de délivrance.
pÉnioDE DE i»itÉPAR.%.xio!v. — Lcs symptômes précurseurs de l’accouchement sont : l'abaissement de la matrice qui rend la respiration plus libre, mais gêne davantage la marche et provoque des envies fréquentes d’uriner ; une sécrétion abondante de glaires, dont la source principale est l’appareil glandulaire du col et qui servent à lubrifier les voies génitales ; de légères douleurs de reins qui se manifestent surtout la nuit et semblent tenir à l’effacement du col.
Ces symptômes sont plus ou moins appréciables suivant que la femme est primipare ou multipare, c’est-à-dire selon qu’elle est ou non à sa première grossesse. Ainsi, l’abaissement de la matrice qui fait dire à la femme que « son ventre est tombé » s’observe principalement chez la primipare, tandis que les douleurs nocturnes, rares chez celle-ci, sont fréquentes chez la multipare.
PÉRIODE DE DiEAXAxioiv. — Lc début du travail s’annonce par l’écoulement de glaires sanguinolentes qui tachent le linge ; on dit
DE l’accouchement.
alors que ti femme « marque * . En même temps, elle éprouve des douleurs fr..nohement intermittentes qui, d’abord sourdes et éloignées, deviennent bientôt vives et frécpientes. Ces douleurs, à\\.Qs ‘préparantes ou mouches, résultent, nous le savons, de la contraction des parois utérines qui pressent sur le foetus et le poussent vers l’orifice du col. Celui-ci se dilate peu à peu et permet aux membranes de l’œuf de s’engager dans son orifice et de bomber à l’intérieur du vagin, en faisant
Fig 181. — Forme de la poche dc-i eaux, lorsque 1.x dilatation du col delà mairie»
est complète.
une saillie plus ou moins prononcée, que l’on désigne sous le jiom de poche des eaux (fig. 181), Elle est très-proéminente dans la présentation du tronc et dans la chute du cordon, où elle revêt la forme dite en boudin ; mais elle est peu saillante dans la présentation du sommet de la tête qui, nous le verrons bientôt, est la plus fréquente et aussi la plus favorable de toutes; c’est ce qui faisait dire à madame Lachapelle « qu’elle ne craignait pas les eaux plates ».
Quand la dilatation du col est suffisante pour le passage de l’enfant cest-à-dire, au bout de six à huit heures pour les primipares et de quatre à six heures pour les multipares, la poche se rompt d’ordinaire spontanément et laisse échapper un flot de liquide amniotique : la femme, dit-on communément, « perd les eaux ». Quelquefois le liquide s’écoule dès le début de la période de dilatation, ou bien il est en trop faible quantité pour rendre sensible extérieurement la rupture
de la poche des eaux ; dans l’un et l’autre cas, le travail est plus laborieux et l’accouchement est dit « sec » .
Il peut arriver aussi , mais plus rarement, que la poche ne se rompe qu’à la sortie de l’enfant et si, par exemj le, c’est la tête qui se présente, celle-ci apparaît à la vulve recouverte des membranes de l’œuf, et l’on a coutume de dire que l’enfant « naît coiffé » . On croit généralement que cette particularité est d’un bon augure pour l’avenir de l’enfant : Ça porte bonheur, d;t-o:i. Ce préjugé est si peu fondé que, si l’accoucheur ne se hâte de rompre les membranes, le placenta peut se décoller prématurément et causer de sérieux accidents pour la mère. Ainsi dans certaines régions de la France, en Bretagne, on conserve comme un talisman cette coiffe membraneuse, dite « coiffe de bonheur », et les jeunes gens qui la possèdent n’oublient pas de s’en munir le jour du tirage au sort. Inutile d’ajouter que cette amulette n’exerce pas plus d’influence sur le sort, que la corde de pendu, ou les sachets contenant des excréments du Grand-Lama que celui-ci envoyait aux potentats d’Asie, pour enchaîner la fortune. Ælius Lampridius assure que, chez les Romains, les avocats recherchaient cette membrane pour gagner leur cause. On raconte que l’impératrice Gesonia Gelsa donna à ’ampereur Macrin un fils qui naquit « coiffé ». Les grands dignitaires, voyant dans ce fait le présage d’une haute destinée, nommèrent le jeune prince Diadematus. Or il arriva qu’il fut proscrit et assassiné après la mort de son père.
PÉRIODE D’EXPULsioNî. — Aussitôt après la rupture de la poche des eaux, le travail est momentanément suspendu ; puis la matrice, < revenue de son étonnement », selon l’expression de Velpeau, se contracte bientôt avec une énergie croissante pour favoriser l’expulsion de l’enfant.
On divise cette période de l’accouchement en six temps, qui se succèdent dans l’ordre suivant (I) :
l**" temps, Flexion de la tête sur la poitrine, position qui a l’avantage d’offrir au passage le plus petit diamètre du crâne et d’immobiliser la tête sur le tronc, afin de rendre les efforts de la matrice plus efficaces ;
temps, Engagement et descente de la tête dans le vagin jusqu’au périnée ;
3® temps. Rotation de l’occiput sous la symphyse pubienne, de telle sorte que le plus grand diamètre delà tête corresponde au plus grand diamètre du détroit inférieur ;
(1) Nous supposerons la présentation la plus commune {flg. 146), c’est-à-dir» celle de la tête, l’occiput étant tourné vers le flanc gauche.
DE l’ACCOÜCHEMENT.
4* temps, Dégagement de la tête par extension progressive (fig. 182), la nuque s’arc-boutant contre la symphyse pubienne ;
5« temps, Rotation extérieure de la tête et intérieure des épaules qui dirige l’occiput vers la cuisse gauche de la femme, et l’épaule
Fig. 182. — Elle montre l'engagement, la rotation et le dégagement de la tête dans une présentalion du sommel en occipilo— iliaque gauclie antérieure.
droite sous la symphyse pubienne, de manière que le grand diamètre du tronc s’adapte, à son tour, à celui du détroit inférieur ;
G' temps, Dégagement du tronc et du reste du fœtus, en commençant par l’épaule gauche qui est située en arrière.
Pendant la période expulsive, les douleurs deviennent de plus en plus fréquentes et de plus en plus vives ; elles sont accompagnées d’efforts considérables qui sollicitent la femme à « pousser » malgré elle et lui arrachent des cris perçants, que l’on a comparés à ceux du geindre. Quant aux douleurs ultimes qu’occasionne le passage du fœtus à travers l’orifice vulvaire, nous avons dit que, pour exprimer leur acuité, les accoucheurs les ont désignées sous le terme significatif de conquassantes . « C’est, dit Michelet, un cri inouï qui n’est pas de ce monde-ci, qui n’est pas de notre espèce, ce semble, cri aigre et ai"u sauvage, qui nous perce l’oreille. » ® ’
La période expulsive s’accompagne, en outre, de ténesme anal et vé-
sical, ainsi que de crampes dans les membres inférieurs. Ces différents iyniptômes résultent de la compression du rectum, de la vessie et des nerfs qui occupent l’excavation du bassin. De plus, les matières fécales peuvent sortir involontairement, si l’on n’a pas eu le soin de vider le rectum dès le début du travail.
LiGi^TURs; EX 8ECXIOIV OU coRoo^v. — L’eufaut une fois expulsé doit être séparé de sa mère ; pour cela, l’on fait une première ligature sur le cordon à deux ou trois centimètres de l’ombilic et une seconde, cinq ou six centimètres plus loin, puis on le divise dans l’intervalle. En France, on se sert à cet effet de ciseaux. Les Japonais attribuent une influence pernicieuse aux sections pratiquées avec les instruments en fer et fabriquent des couteaux en os spécialement destinés à la division du corJon. En Nouvelle-Zélande, on emploie, dans le même but, une valve de mollusque.
Si l’accouchement est terminé avant l’arrivée du médecin, il ne faut pas se hâter de couper le cordon, comme on le fait trop souvent. Cette opération n’est pas urgente, et son retard ne présente aucun inconvénient ni pour la mère, ni pour l’enfant. Bien au contraire, la ligature tardive est plutôt favorable à ce dernier puisque, d’après les recherches du D'" Porak, elle fait gagner au nouveau-né 90 à 9S grammes de sang, et c’est là une quantité importante eu égard à la masse totale du liquide sanguin d’un fœtus à terme et bien constitué qui vari de 180 à 220 grammes.
On sait qu’à la naissance du duc de Bordeaux, devenu depuis le comte de Chambord, sa mère la duchesse de Berry voulut que la section du cordon fût faite devant plusieurs témoins, entre autres deux soldats de la garde des Tuileries, afin qu’ils pussent de visu constater qu’il n’y avait pas substitution d’enfant, comme on ne tarda pas à en répandre le bruit (1). Or, ces constatations officielles durèrent près de trois quarts d’heure et ce ne fut qu’au bout de ce temps qu’on pratiqua la ligature, malgré les instances de l’accoucheur.
CICATRICE oMoiEicAEE. — Au bout de cinq à six jours, le cordon de l’enfant se putréfie et tombe spontanément, en laissant à son point d’attache une cicatrice particulière qui constitue l’ombilic, appelé par Ingres «l’œil du torse». Celte région est regardée par les fakirs de ITnde comme la partie la plus noble du corps, car, d’après leur croyance, l’ombilic du premier homme représente le
(1) En 1831, raconte Deneux, dans ses Mémoires, M. de Bricqueville diten Chambre, en parlant du duc de Bordeaux : Cet enfant sitspect auquel on aonne le nom d'Henri V.
DE l’accouchement.
point par lequel l’horarae touche à la diviniié. On sait qu'fis ont constamment les yeux fixés sur leur nombril et qu ils éprouveni des effets cataleptiques d’insensibilité et d’extase, dus à une sorte d’hypnotisme, qui les fait considérer par le peuple comme des êtres surnaturels.
VA.mÉTÉs DE LA. PÉRIODE D'EXPULSION' Nous venons de
décrire les diverses phases de la période d’expulsion da is le cas de pré-
Fig. 183 — Présentation de la face.
sentation du sommet de la tête, ce qui s’observe dix-neuf fois r.ur vin<>-t. Mais l’enfant peut encore se présenter par la /'ace (fig. i8.j) par'^le siège (fig. 184) ou par le tronc (fig. 186), et son évolution dans chacune de ces directions s’opère suivant un mécanisme analogue ; séul le pronostic diffère avec la présentation. Ainsi, d’après les statistiques la présentation du sommet donne une mortalité d’un enfant sur cin-^ quante; celle de la face d’un sur vingt, par suite de la lenteur du travail et de .a compression du cou ; celle du siège d’un sur dix à cause de 1 asphyxie qui résulte de la compression du cordon- enfin la présentation du tronc est, de toutes, la plus funeste à la 'mère cl à l’enfant, parce qu’elle réclame l’intervention du chirur<^ien nui ne pouvant comptersur l’évolution spontanée, est obligé d’extraire le fœ’tus
292 LA GÉNÉRATION HUMAINK.
par les pieds, en pratiquant la version (de vertere, tourner), c’est-àdire en transformant la présentation du tronc en celle du siège (fig. 18G).
pÉnioDE DE DÉEIVRA.IVCE. — Quelques instants après l’expulsion de l’enfant, la mère éprouve de nouvelles douleurs, mais beaucoup
Fig. 181. — Présentalion du siège.
noins vives que celles du travail. Elles résultent des efforts faits par ’utérus pour se débarrasser du placenta et des enveloipe;, qui, désornais inutiles, sont chassés de la cavité utérine dans le vagin, d’où il îst facile de les extraire en opérant de légères tractions sur le cordon fi" 187) Cet accouchement secondaire constitue la délivrance, et 1 on ionne aux annexes fœtales les noms de délivre, de secondine ou mcore d'arrière-faix.
Quelquefois, la délivrance ne peut se faire qu à la condition d intro luire directement la main à l’intérieur de l’utérus, par exemple quand le placenta est enchâtonné dans cet organe, ou qu il contracte des
adhérences avec ses parois (fig. 189). ,
Un préjugé absurde attribue, dans certains pays, aux placentas encore chauds et saignants des accouchées la singulière propriété de guérir les nœvi materni, c’est-à-dire « les envies d. Dans une observation rapportée par le Brière, cette pratique a failli causer la pertô de la vue chez une petite fille de cinq mois, qui pr sen aï le sourcil gauche une tache de cette nature, de la grosseur une
DE l’accouchement.
lentille. La mère de cette enfant appliqua, d’après les conseils d’une sage-femme, sur la paupière atteinte de nævus, un fragment de délivre qui provenait d’une femme de mauvaises mœurs, et il se produisit bientôt une ophihalmie purulente, qui ne disparut qu’au bout d’un mois, après avoir causé les plus vives inquiétudes.
lOUUÊE DE L’ACCOECDEMERIX. — Dc
nombreuses circonstances influent sur la durée de l’accouchement ; les principales sont : le mode de présentation du fœtus, l’hérédité, le tempérament, le degré d’énergie de l’utérus, la conformation du bassin, la résistance plus ou moins grande des orifices utérin et vulvaire. Les petites femmes accouchent d’ordinaire plus vite que les autres, leur bassin Fig. 185. — Dégagement de la lête ayant moins de hauteur. Quant à l’à^^e il
dans la présentation du ,iège.
Lus émotions morales exercent aussi une certaine influence sur la
Divers temps de la version dans la présentation do l’épaule.
durée de l’accouchement : l’arrivée de l’accoucheur, la présence d’une personne détestée suffisent pour retarder ou pour suspendre le travail.
la GliNliUATlON llüMAINli:.
Tarnier raconte que P. Dubois réussissait parfois, dans son service de la Clinique, à faire disparaître et renaître alternativeinent les contractions chez une femme en travail, suivant qu’il conduisait les élèves à la salle d’accouchements ou les en éloignait.
Chez les sauvages et dans les campagnes, l’accouchement passe pour être moins long que dans les villes ; ce qui a fait dire à M. Ghailly que « la facilité de l’accouchement est en raison inverse du degre de la civilisation ». Pourtant, dans notre clientèle composée de ^Parisiennes eu villégiature et de femmes de cultivateurs, nous n’avons
Fig. 188. - Délivrance. FiS- ISO. - Décollement arüûdel du placeuli.
jamais remarqué de ditférence sensible. Tout récemment encore, une de nos clientes, madame de B..., étant àterme de son second enfant, res sentit au périnée, vers le milieu de la nuit, une pesanteur douloureuse qu’elle attribuait à la sortie d’une hémorrhoïde ; pour faire disparaître celte incommodité, elle se fait préparer un bain de siège et a peine installée, elle est toute étonnée de sentir la tête de l’enfant au passage . à notre arrivée, l’accouchement était terminé. Pareil fait arriva a la naissance du duc de Bordeaux : la duchesse de Berry accoucha en deux douleurs, pendant qu’elle se levait pour prendre le vase de nuit. Le D' Deneux, qui logeait au palais, ne put etre prévenu qu’après la sortie de l’enfant. Nous pourrions indiquer plusieurs
^^La duré^e moyenne de l’accouchement est de dix à douze heures pour la primipare et de moitié moins pour la multipare. Certaines femmes restent 24, 48 et même 72 heures dans les douleurs de 1 enfantemen , d’après la fable, la naissance d’Hercule valut sept jours et sept nuits de douleurs atroces à sa mère Alcmène. D’autres ne souffrent Pédant deux ou trois heures ; il en est même qui accouchent ®
ment, elles sont surprises par l’e.xpulsion de 1 en an
leurs jambes et tombe sur le sol : c’est le temps seci c e i • en avons déjà cité plusieurs exemples.
DE l’accouchement.
AccoucHEMEivx GÊsiEEEAmE. — L’accoucliement gémellaire a souvent lieu avant terme, à cause de l’excessive distension de l’utérus.
La présenlalion la plus fiéquenfe des jumeaux est celle du sommet (fig. 14U) ; quelquL'fo s, ils viennent l’un par la tête et l'autre par le
Fig. 190. Position des mains et direction des pressions pour transformer, par la version externt une présentation du siège en présent. tion de la tête.
Siège. L’expulsion du second est toujours plus rapide que celle di premier et l’intervalle de temps qui sépare leur naissance varie di quelques minutes à plusieurs jours.
Quant à la délivrance, elle ne doit être pratiquée qu’après la sortie de! jumeaux, parce que leurs placentas sont généralement accolés entrî
BUX*
HYGIÈXE dee’accouciiemeivx. - Il est préférable de faire ses couches à la campagne pour éviter la fièvre puerpérale, si frénuenle dans les grands centres. L’enfant bénéficiera aussi de ce déplacement «car, dit Teyssèdre, nourrir les enfants dans une ville populeuse’ c est comme si 1 on plaçait les poissons dans une mare bourbeuse » , ’
Un OU deux mois avant le terme de la grossesse, la fcimme enceinte devrait consulter son accoucheur sur la présentation du fœtus, parce qu’il est alors facile de la modifier si elle est vicieuse. Ainsi, une présentation de l’épaule ou du siège pourra être transformée en présentation de la tête, à l’aide de certaines manœuvres qui constituent la version externe (fig. 190). Pour maintenir l’enfant dans sa nouvelle position, le D’ Pinard a conseillé l’usage d’une ceinture spéciale (fig. 191) usqu’au moment de l’accouchement. Cet examen préliminaire aurait, en outre, l’avantage de faire découvrir des conformations vicieuses méconnues jusque là et de permettre d’y remédier, alors qu’il en est encore temps. Mais nous craignons fort que, par négligence ou par un sentiment de pudeur exagérée, notre conseil ne soit jamais suivi. « La pudeur, a dit Trousseau, tue plus de femmes qu’elle n’en sauve. »
Fig. isa.
Ceinlure dcslmée à maintenir le fœtus dans sa nouvelle position, après la version eilerue.
Il faut cependant reconnaître que, sur ce point, la femme a fait de sérieuses concessions aux idées modernes, et la crainte que lui inspirait autrefois l’intervention de l’homme de l’art tend chaque jour à dispa raitre. Nous sommes loin du temps où Hecquet faisait un livre sur a l’indécence qu’il y a aux hommes d’accoucher les femmes ». Et Michelet ii’a pas été mieux inspiré en recommandant aux ‘emmes de ne pas prendre pour les accoucher un médecin « qui, ecii i > est un homme quelconque » . Ce conseil était bon à 1 époque ou es
DE l’accouchement.
accoucheurs manquaient d’instruction et qu’il était permis de généraliser la critique adressée par Baudelocque à certains confrères de son temps, qu’il appelait ® des sages-femmes en culottes » .
Les lois grecques défendaient aux femmes l’étude de la médecine et les accouchements étaient toujours faits par des hommes Cette coutume subsista jusqu’au jour où une jeune Athénienne, Agnodice revêtit des habits masculins pour étudier l’art de guérir à l’école d’Hérophile : elle devint très-habile, surtout dans les accouchem nts. Dès lors, les dames grecques n’eurent plus recours qu’à elle seule et les médecins, jaloux de la réputation de leur jeune confrère le tradui sirent devant l’aréopage ; ils l’accusèrent d’exercer la médecine uni quement pour séduire plus facilement les femmes qui lui donnaient leur confiance. Les juges allaient condamner Agnodice, quand elle con fondit ses accusateurs, en révélant son sexe. A partir de cette éooaue les femmes furent autorisées à pratiquer la médecine, et jusau’aû xviie siècle, les accouc’aements leur furent exclusivement réservés Le premier accoucheur connu fut Julien Clément (1), chirurgien de Louis XIV que l’on conduisit les yeux bandés auprès de mademoiselle de Lavallière pour 1 accoucher en secret; il reçut plus tard, avec le même mystère, le premier enfant de madame deMuntespan. Le roi s’adrïïa de préférence à un médecin, non parce qu’il offrait une plus mnde garantie de capacité qu’une sage-femme, mais pour mieux dérouter les courtisans et dissimuler l’accouchement. Néanmoins, une indSion
fut bien vite commise et, a partir de ce moment, les dames de la cour prirent un accoucheur. “
Les préceptes hygiéniques qui suivent sont ceux que ia femme devra plus spécialement observer avant, pendant et après le travail
i. Aviaarr xmva.... H convient, dès les premières doueurs de prendre un bam de propreté qui a, en même temps, îw ^e de mraoihr et de lubrifier la vulve. Puis, on aura soin de vite"a vessie et le rectum pour faciliter la sortie de i’enfant qui passe entre ces deux réservoirs ; car, ainsi que l’a dit Voltaire : . l’hlme^c tout son orgueii nait entre la matière fécaie et l’urine. .
On fera bien de natter les cheveux de l’accouoliée illn d» n. „ avoir trop de difflcullé à les démêler plus tard. Malgré ces précaulionr les cheveux tombent souvent après les couches. C’est 00^0?“^;
(I) Sacombe a dit de lui :
n tr;"ni T s»» crédit,
II cnr.cliit moiDS lart qne l’art ne reorichit.
Actoiiclieur des Laïs, en dépit de Liicine
Clement fit fortune où... maint amant se min.
LA GÉNI'UATION HUMAINE.
raconte Louis Loire, à Marie-Antoinette. Fatiguée de réparer les vides qui se taisaient continuellement sur sa tête, elle inventa un chignon plat, terrainé'par une boucle en boudin, comme une perruque d’abbé. Toutes les femmes de la cour, empressées d’imiter leur souveraine, sacrilièrent leur superbe chevelure. Cela s’appelait « coiffure à l'enfant » .
2 ee XRAVA.IE.— Le l’ôle du médecin, suivant Stoltz,
doit se borner à observer, conseiller, soulager et protéger, attendu que 95 fois sur 100, l’accouchement s’elfectue sans accident.
On a l’habitude, pour donner des forces à la parturiente, de lui faire
• Fig. 193. — Pciltion de la femme qui accouche en France.
prendre du vin ou de l’eau-de-vie ; mais cette pratique est détestable parce qu’elle provoque, le plus souvent, des vomissements qui retardent le travail.
Quant à la posture que prend la femme pour accoucher, elle varie dans chaque pays. En France, l’accouchement a lieu sur un lit provisoire, dit lit de douleur ou de misère, et la femme est couchée sur le dos, les jambes pliées et écartées (fig. 193). C’est d’ailleurs la position la plus naturelle et la plus commode. Dans quelques contrées du midi, les l’emraes se tiennent, à la façon des Roumaines, sur les genoux et les mains; dans^d’autres régions, comme en Bretagne, elles accDuchent debout, les jambes écartées, le tronc fléchi en avant et les coudes appuyés sur le rebord du lit; enfin, sur la frontière du nord-est, on fait usage, comme en Allemagne, en Hollande et en Suisse, d un siège qui présente une écliancrure. Déjà les anciens avaient coutume de placer les femmes sur un escabeau élevé. Corneil'e le Bruyn, dans la
DE l’accouchement.
narration de ses voyages, raconte qu’il vit, chez le grand-duc de Toscane, une chaise garnie de pierreries destinée aux accouchements.
En Angleterre, la femme tourne le dos à l’accoucheur ; elle se place sur le côté gauche, près du bord du lit, les jambes ainsi que les cuisses fléchies et les genoux écartés par un coussin (fig. 194). De plus, l’entrée de la chambre est interdite au mari pendant toute la durée du travail.
« J’avoue, dit M. Depaul, que je ne comprends pas, au point de vue de l’accouchement, les avantages d’une pareille posture, elle m’a toujours paru incommode et moins propre à favoriser les efforts. Je suppose qu’elle est la conséquence de certaines habitudes anglaises et l’exagération d’un sentiment de pudeur que les femmes de ce pays portent si loin en toutes choses. »
Quand le travail marche lentement, il est alors utile de faire promener la femme de long en large dans la chambre, mais il ne faut cependant pas pousser cet exercice jusqu’à la fatigue, car les forces de la parturiente s’épuisent en pure perte, ce qui ne lui permet plus de faire valoir ses douleurs sur la fin, suivant l’expression de Mauriceau.
On éloignera toute espèce de bruit de la chambre de l'accouchée et on épargnera à celle-ci toute émotion qui pourrait lui devenir préjudiciable : les visites importunes seront interdites, ainsi que les discussions et les conversations à haute voix. Les Romains suspendaient une couronne à la porte de l’accouchée pour qu’on respectât son asile. Munaret raconte que, dans la ville de Harlem, l’entrée d’une semblable maison
LA GlÎNliRATION HUMAINE.
clait défendue aux créanciers. A Athènes, suivant Prudhon, on épargnait le meurtrier qui était allé prendre refuge dans la maison d’une femme enceinte.
3® APRÈS LE XRAVAIL. SOI1V8 A DOTVIVER A LA UÈRE.
L’accouchement terminé, on s’oppose ordinairement à ce que la nouvelle accouchée se Mivre au sommeil; autrefois, les lectrices des reines de France étaient chargées de ce soin auprès de leurs royales alitées. Mais c’est un tort et, comme le fait justement remarquer le Payelle, il n’est pas plus rationnel d’interdire à une pauvre accouchée, dont le travail de l’enfantement a épuisé les forces, de prendre un instant de repos, que d’empjcher un travailleur de se remettre de ses fatigues, dans la crainte qu’il ne tombe en léthargie. On laissera donc dormir la femme aussitôt après la délivrance, si elle en éprouve le be:oin • il suffira de la surveiller attentivement en cas d’hémorrhagie. La princesse Charlotte d’Angleterre succomba, en 1818, quelques heures après sa délivrance à une syncope due à cet accident.
Un autre préjugé, non moins répandu que le précédent, veut que la femme reste couchée sur le dos pendant la première semaine. Mais c’est un véritable supplice, plus nuisible qu’utile, parce qu’il est une cause de fatigue et qu’il est loin de favoriser l’écoulement des lochies. Il y a avantage, au contraire, à la laisser mettre sur l’un ou l’autre côté et même sur son séant. A la première menace d’hémorrhagie, le repos horizontal sur le dos et la tête basse est de rigueur.
On devra aussi, contrairement à l’idée admise, ne pas condamner la femme en couches aux boissons tièdes ; celles-ci pourront être prises sans inconvénient à la température de la chambre.
Les femmes qui viennent d’accoucher demandent qu’on leur sangle le ventre avec une serviette pour conserver la finesse de leur taille. Cette constriction a, en effet, son utilité, mais surtout pour suppléer au défaut d’élasticité de la peau et à l’affaiblissement des muscles abdominaux. Quoi qu’il en soit, ce bandage ne doit être serré que modérément. « Il ne faut pas, dit Mauriceau, suivre la mauvaise coutume qu’ont la plupart des gardes qui, croyant mieux et plus promptement raccommoder la taille du ventre de leur accouchée, le .serrent si fort pour en diminuer la grosseur que la matrice, au lieu de se rétablir dans sa situation naturelle, est poussée en bas par la trop grande compression de ce bandage, ce qui est souvent cause que la femme en reste longtemps fort incommodée d’une grande pesanteur de matrice, et que son ventre, au lieu de diminuer, en est rendu encore plus gros, à cause de la fluxion que ce douloureux sentiment de pesanteur entretient en celte partie et dans toutes celles qui lui sont voi-
BE l’accouchement.
sines. » Quelques médecins remplacent la serviette, par un drap plié que la nouvelle accouchée doit maintenir sur son ventre.
Nous savons que l’utérus ne reprend son volume primitif que six semaines environ après l’accouchement; c’est aussi l’époque à laquelle apparaît la menstruation ou le retour de couches. Logiquement, la femme qui vient d accoucher ne devrait donc se livrer à ses occupations qu’au bout de ce temps, comme le voulait la religion juive en fixant les relevailles, on\x purification, au quarantième jour de l’accouchement. Mais dans la classe aisée, on se contente ordinairement de vingt et un jours de repos, et, dans la classe laborieuse, seulement des neuf jours traditionnels ; de là, sans doute, le nombre toujours croissant des affections utérines. Ce qui a fait dire à Michelet que le xix^ siècle sera nommé celui des maladies de la matrice. Pourtant ces affections eussent été beaucoup plus communes, si l’on avait suivi partout les anciennes habitudes de la Corse : Diodore de Sicile raconte que dans ce pays, aussitôt après l’accouchement, le mari gardait le lit tandis oue la femme vaquait aux soins du ménage. Sacombe prétend d’ailleurs, dans sa Luaniade, que de son temps
En France même encor, chez le Béarnien,
Au pays navarrois, lorsqu’une femme accouche L épouse sort du lit et le mari se couche.
801X9 A ooxxEn AU xouvEAu-xÉ. - Bien que certains a^ucheurs contealenl l’alililé de lier le cordon ombilical, noSTe”! sons <|„.,1 est prudent d'apporter le plus grand soin à cetrpe ile op rafon, dans la cra.nte d'hémorrhagie. On a publié plusieurs obsorl valions ou la ligature mal faite provoqua cet accident qui fut suivi de syncope mortelle. Au début de notre carrière, nous avol été appelé à constater le décès d un nouveau-né mort victime d’une pareille négligence Les ennemis de la ligature font valoir pour argument quêtes femelles des animauj s’en passent ; mais celles-ci divisent le cordon de
rhagte™L'c"u«ve
d’enfant est resté trop longtemps au passage, il est souvent bleuâtre et sans mouvements ; il convient alors de retarder la ligature du cordon et de le laisser saigner quelques instants, après l’avoir seclonné G est dans cet état qu’un travail de vingt-deux heures fit naître
® ' ~ ‘'^lèbre accou-
ne dlrc frl faiblesse
dure trop. - Faites comme si c'était un autre enfant, répondit
LA GÉNICnATION HUMAINE,
Henri IV (1). Dj ni5me, pendant le laborieux accouchement de Marie- Louise, l’empereur, croyant remarquer l’hésiiation du D’’ Dubois, lui dit, pour le rassurer : Faites comme s’il s'agissait d’une marchande de la rue Saint-Denis.
Chaque fois qu’un enfant viendra en état de mort apparente, on devra chercher à le ranimer en établissant la respiration artificielle, soit par l’insufflation directe de bouche à bouche ou à l’aide d’un tube laryngien, soit par des pressions régulières et intermittentes exercées sur la base de la poitrine. On a pu, de la sorte, ramener des enfants à la vie une heure et plus après leur naissance. Les Mémoires de l'Académie de médecine de 1864 relatent le fait d’un nouveau-né inhumé par sa mère pendant quatre heures et qui a pu survivre quatre jours à son exhumation. D’après la Gazette des Hôpitaux, deux personnages célèbres. Voltaire et madame de Genlis, furent laissés pour morts au moment de leur naissance. Voltaire avait été jeté sur un fauteuil ; son grand-père qui ne voit pas le paquet s’y assied dessus, et l’enfant produit le bruit d’un soufflet qu’on écrase. Il dut à cette circonstance les soins qui le rappelèrent à la vie.
Dès que l’enfant est séparé de sa mère, qu’il a été nettoyé et que son cordon a été fixé, à l’aide d’une bande, du côté gauche pour ne pas comprimer le foie, on le met dans un maillot qui, en France, se compose ordinairement des pièces suivantes : trois petits bonnets, le premier en toile, le second en flanelle et 1 autre en coton pajué ; une chemisette en toile ; une brassière en laine ; une couche de toile et un lange de coton ou de laine, suivant la saison. Il n’entrave pas, comme l’ancien maillot, le développement des membres et il permet de soutenir facilement l'enfant. En Angleterre, où l’on a l’habitude de porter le nouveau-né sur un oreiller, la couche de toile est disposée en culotte triangulaire et le lange extérieur ainsi que la brassière sont remplacés par une longue robe en flanelle. Les pieds sont protégés par des chaussons tricotés et la tête est nue ou recouverte d’un léger bonnet. Ce vêtement préserve sufiisarament le corps contre les influences atmosphériques et il a, sur le maillot français, 1 avantage de donner encore plus de liberté aux mouvements des membres et de permettre de changer l’enfant aussitôt qu’il se salit.
Pour assujettir les diverses pièces du maillot, on ne se servira que d’anneaux de caoutchouc, de rubans ou d’épingles, dites à broches, et on évitera surtout l’emploi d’épingles ordinaires dont les piqûres provo-
(1) On snit qu’à sa naissance, on frotta les lèvres de ce P>’iP“ une gou^ e (l’ail et qu’on lui fil boire du vin de Jurançon. Pareille pratique eut lieu qua. le comte de Cliarnbord vint au monde.
EE l’accouchement.
quentsouve t des convulsions. Quand le maillot est trop serré, comme naguère, il gêne tou U s les fonctions de reiifaiit et devient pour lui un véritable appareil de torture. C’est alors que sont justifiés les reproches de J. -J. Rousseau. « De peur,dit-il,queles corps ne se déforment par des mouvements libres, on se hâte de les déformer en les mettant en presse. On les rendrait volontiers perclus pour les empêcher de s’estropier... Leurs premières voix, dites-vous, sont des pleurs? Je le crois bien : vous les contrariez dès leur naissance ; les premiers dons qu’ils reçoivent de vous sont des chaînes ; les premiers traitements qu’ils éprouvent sont des tourments. N’ayant rien de libre que la voix, comment ne s’en serviraient-ils pas pour se plaind; e ? ils crient du mal que vous leur faites : ainsi garrottés, vous crieriez plus fort qu’eux... Nous ne nous sommes pas avisés de mettre au maillot les petits des chiens ni des chats ; voit-on qu'il résulte pour eux quelque inconvénient de cette négligence ? Les enfants sont plus lourds ; d’accord : mais à proportion ils sont aussi plus faibles. A peine peuvent-ils se mouvoir; comment s’estropieraient-ils? Si on les étendait sur le dos, ils mourraient dans cette situation, comme la tortue, sans pouvoir jamais se retourner. * On se gardera bien de pétrir la tête, généralement pointue, du nouveau-né (fig. 19G), pour lui donner une furme plus convenable. cetLe
Fig. 193. — Tête normale, telle qu'on l'ob- Fig. 196. — Déformation de la tête dans l’accoaserve qnand le fœtus a été extrait par chemont par le sommet,
l'opération césarienne.
modification s’opère d’elle-même en peu de jours. De pareilles manœuvres sont d’ailleurs très- nuisibles, parce qu’elles peuvent déterminer, comme l’a prouvé Broca, un travail pathologique du cerveau et de ses membranes, et disposer à la folie ou à l'épilepsie. Ainsi, aux environs de Toulouse, les habitants avaient coutume, il y a peu de temps encore, de déformer la tête de leurs enfants au moyen d’une coiffure assez singulière qui leur allongeait le crâne en forme de boudin. Or, les asiles d’aliénés de la localité contenaient une proportion consi-
dérable de déformés. Ou sait que certaines peuplades indiennes ont aussi riiabitude d’exagérer la déformation du crâne des enfants en lui donnant, à 1 aide de bandelettes, la forme d’un pain de sucre.
Le lit de l’enfant se composera d’un oreiller de crin et d’un paillasson de balle d’avoine ou de fougère sur lequel on étendra un feutre absorbant, qui n entretient pas 1 humidité comme les tissus imperméables. Le Dr Rengade, dans la Vie normale, conseille de rendre les rideaux du berceau non inflammables, en les plongeant dans une solution de sulfate d’ammoniaque ; 20 gr. par litre d’eau.
Si 1 enfant ne peut prendre l’habitude de s’endormir sans être bercé, il ne faudra imprimer à la couchette que de faibles oscillations pour ne pas ébranler le cerveau si délicat du nouveau-né, ni troubler sa digestion. Tous les hygiénistes recommandent, en outre, de placer le berceau de telle sorte que l’enfant reçoive le jour de face et non de côté pour, qu’en recherchant la lumière, les yeu ; du nouveau-né ne contractent pas de loucherie.
Afin d’habituer de bonne heure les enfants au ; vicissitudes de l’atmosphère, il est d’usage de les faire sortir dès les premiers jours et par tous les temps ; mais en agissant de la sorte, on les expose aux affections des Voies respiratoires et, en particulier, au coryza qui, pour un nouveauné, offre plus de gravité qu’une fluxion de poitrine chez l'adulte, en raison de la difficulté qu’il éprouve à prendre le sein. Il sera donc plus sage d’attendre la deuxième ou la troisième semaine, selon que l’on sera en été ou en hiver.
L’action nuisible du froid est démontrée par l’excessive mortalité des enfants en hiver et celle des nouveau-nés envoyés en nourrice, qui est beaucoup plus grande le premier mois de la naissance qu’à toute autre époque, à cause des refroidissements contractés pendant le voyage. En Russie, le baptême pratiqué selon la coutume des premiers chrétiens, c’est-à-dire par une triple immersion dans l’eau froide, cause la mort d’un grand nombre d’enfants- On prend, à Paris, la précaution de baptiser avec de l’eau tiède et dans l’atmosphère plus chaude de la sacristie. Mais il serait encore préférable de suivre l’exemple de l’évêque de W urtzbourg, qui autorisa les prêtres de son diocèse à administrer le baptême à domicile, comme l’extrême-onction.
C’est pour éviter les dangers de refroidissement auxquels expose la sortie prématurée de l’enfant que, depuis 1868, sur la proposition de l’Académie,la municipalité de Paris a confié à des médecins assermentés le soin de faire les constatations de naissance à domicile. Avant cette époque, les articles 55 et 56 du Code civil et 346 du Code pénal voulaient que cette formalité fût remplie dans les trois jours de l’accouche-
DE l’aCCOC'CHEMEST.
ment devant Tofficier de l’état civil et que l’enfant lui fût présenté sous peine d’un emprisonnement de six jours à trois mois et d’une amende de seize à trois cents francs. Cette pénalité vise surtout les femmes qui se rendent coupables des crimes prévus par l’article 343 du Code pénal: < Les coupables d’enlèvement, de recel ou suppression d’un enfant, de substitution d’un enfant à un autre ou de supposition d’un enfant à une femme qui ne sera pas acoMchée, seront punis de la réclusion. La peine sera seulement de six jours à deux mois d’emprisonnement, s’il est établi que l’enfant n’a pas vécu, et d’un mois à cinq ans, au contraire, si cette preuve n’est pas faite. »
Tous ces actes criridnels, ainsi que l’avortement, étaient dans "les habitudes des Ronaa'ns. Voici ce que Plaute fait ^lire, dans une de ses pièces, à Phronésie, qui veut 'Jmuler un accouchement : € Ma mère, voyant approcher le dixième mois, charge nos servantes de chercher un enfant, garçon ou fille, pour aider à la supposition. * Naprjléon I**' aurait songé un instant à se donner un héritier par substitution : mab son projet échoua devant les scrupules de Corvisart. « L’Empereur, raconte madame ’e Rémusat dans ses Mémoires, ayant renoncé pour le moment au divorce, mais toujours pressé du désir d'avoir on héritier, demanda un jour à sa femme si elle consentirait à en accepter un qui n’apparliendrait qu’à lui et a feindre une grossesse avec assez d’habileté pour que tout le monde y fût trempé... Elle était loin de se refuser à aucune de ses fantaisies à cet égard... Alors Bonaparte, faisant venir son premier médecin, Corvisart, en qui ü avait une confiance étendue et méritée, lui confia son projet : « Si je parviens, lui dit-il, à m’assurer de la naissance d’un garçon qui sera mon fils à moi, je voudrais que, témoin du feint accouchement de l’impéralriao vous fissiez tout ce qui serait nécessaire pour donner à cette ruse toutes les apparences de la réalité. » Corvisart trouva que la délicatesse de sa probité était compromise par cette proposition ; il promit le secret le plus absolu, mais il refusa de se prêter à ce qu’on voulait exiger de lui. »
La naissance du prince de Galles, fils de Jacques II, a été regardée par bien des personnes comme supposée, et le Ashton, qui l’avait mis au monde, ayant affirmé le fait, fut accusé de conspiration, arrêté et exécuté. Nous sa . ons que pareil bruit a couru sur la naissance du comte de Chambord.
Comme conclusion des conseils hygiéniques que nous venons de donner, nous reproduisons les spirituels Commandements de Lucine dout noos ignorons l’auteur : ’
Ton fils toi-Diême nonrrirs»
Afin qu’il vive
LA GÉNLaATION HUMAINE.
Autour (le lui ménageras D’air frais et pur un bon courant !
Avec grand soin éviteras Tout bruit dans son appariement I
De flanelle le couvriras
El le tiendra bien chaudement!
Dans le maillot tu serreras Son petit corps modérément!
Dix fois par jour le laveras,
Afin qu’il vienne proprement!
S’il s’échauffe, toi, tu boiras Deux ou trois tasses de chiendent!
S’il a le flux, lui pousseras D’amidon, vite, un lavement 1
Poudre de riz tu lui mettras Pour le garer du frottement 1
Force éponges prépareras.
Pour tous les cas... et accidents!
ARTICLE IV
DES AUCOUGllEMENTS VICIEÜ.X.
Les accouchements vicieu.x rtjclament, le plus souvent, l’intervention de l’art. Ils résultent d’anomalies venant, soit de la mère, soit de l’enfant; nous n’indiquerons que les plus importantes et nous décrirons rapidement les manoeuvres opératoires qu’elles nécessitent.
Mais d’abord nous dirons quelques mots du baptême intra-utérin.
LE BAPTÊME i.xxRA-ExÉBiiv- — D’après la décision de Benoit XIV, les théologiens veulent que l’enfant soit baptisé dans le sein de sa mère au début des manœuvres tentées pour son extraction, dans les accouchements laborieux ou impossibles. Pour cela « on Introduit de Teau tiède avec la main, une seringue ou un siphon, de manière qu’elle touche l’enfant ou au moins son enveloppe, n’importe en quel endroit, et l’on prononce en même temps les paroles de la forme. Si
DE l’accouchement.
l’enfant vient à naître vivant, on doit le rebaptiser sous condition ».
On fera bien tout d’abord de s’informer de la religion de la mère, afin de ne pas s’exposer à la mésaventure qui arriva au tocologue D... à riiôpital Saint-Louis : Après avoir pratiqué la cràniotomie sur l’enfant d’une femme atteinte de rétrécissement du bassin, il lui dit : — Nous avons été obligé de sacrifier votre enfant, mais vous pouvez être tranquille, nous l'avons baptisé, son âme est sauvée. — QiCest-ce que ça me fait, répond la mère, je suis juive.
Quant aux monstres, « quelque ressemblance qu’ils puissent avoir avec les brutes » , dit le cardinal Gousset, dans sa Théologie morale, il faut aussi les baptiser., « Dans le doute, professe le R. P. Vauverts à rUniversité catholique de Lille, si un monstre est composé d’une ou plusieurs personnes, on doit .s’attacher à ces paroles du Rituel : Peuton discerner si le monstre a une ou plusieurs têtes, une ou plusieurs poitrines, il y aura alors autant de cœurs, d’âmes et d’individualités distincts, et dans ce cas chacun des êtres devra être baptisé. S’il y a péril de mort et que le temps manque pour que chaque être soit baptisé séparément, on pourra, en versant l’eau sur chacune des têtes les baptiser en même temps en disant: Ego vos baptizo. Quand il n’est pas bien certain que deux personnes soient réunies dans le même monstre, il faut en baptiser une d’abord absolument, et l’autre ensuite sous condition, de cette manière : si non es baptizalus, si tu n’es pas baptisé. »
Bien qu’un simple irrigateur suffise pour administrer le baptême intra-utérin, le Verrier s’est appliqué à inventer un instrument spécial, qu’un chirurgien de l’hôpital de la Charité de Lyon a cru devoir perfectionner. Mais ces ingénieux novateurs ont depuis longtemps des prédécesseurs, et Sterne Lawrence, que Voltaire appelle « le Rabelais de l’Angleterre », se moque agréablement, dans Tristram Shandy , de ces divers appareils distributeurs du sacrement du baptême.
Indiquons maintenant les moyens auxquels l’art a recours dans les accouchements vicieux.
AIVOUALIES PROVE]VA.!\’X OE E’EXFAXX. — PRÉSENTATION DE l’Épaule. — On y remédie en pratiquant la version (fig. 186), c’est-àdire en extrayant l’enfant par les pieds.
Procidence du cordo.n. — Cette complication (Qg. 197) expose l’enfant à une asphyxie rapide ; aussi faut-il se hâter de rentrer le cordon dans la matrice. En cas d’échec, on aura recours à la version, si l’enfant se présente par l’épaule et au forceps (fig. 199), s’il se présente par la tête.
ENGAGE.MENT DES URAS OU DES PIEDS AVEC LA TÈTE. - Il faut, COmmO
pour la prooiflence du cordon, tenter la réduction du membre engagé (fig. l‘J8) et, si l’on échoue, terminer rapidement l’accouchement par la version ou le forceps, suivant la présentation.
Maladies qui augmentent le volume du fcetüs. — Parmi ces
Fig. 197. — Procidence du cordon Fig. 19S. — P. ocidence d’un pied avec la face.
maladies, nous signalerons ; V hydrocéphalie (flg. 156) ; Vascite ou hydropisie du ventre; le spina-bifida (fig. 155), ou hydropisie des enveloppes de la moelle ; la rétention d’urine. Dans ces différents cas, on diminue le volume du fœtus à l’aide d’une ponction préalable.
Adhérence ou enchevêtrement des jumeaux. — Si l’expulsion des jumeaux adhérents ou enchevêtrés ne s’effectue pas spontanément, il est nécessaire de recourir à Y embryotomie, c’est-à-dire à la section de l’un des fœtus et quelquefois même des deux. Pajot conseille de pratiquer cette opération avec une ficelle passée autour du corps de l’enfant, et à laquelle on imprime un mouvement de scie.
A.IV01IIiVLIjE:S PROVENfANIX DE LA MÈRE. — INERTIE DE l’üTÉ- RüS. — On reméflie à cette anomalie fonctionnelle avec du seigle ergoté
Fig. 199. — Forceps de Dubois.
(fig. 199) qui, nous le savons, a la propriété de provoquer les contractions utérines ; une injection sous-cutanée de 0,01 centigramme de
DE l’accouchement.
pilocarpine est encore conseillée pour activer le travail. En cas d’insuccès, l accouchsnisnt ne peut s effectuer que par la version ou le forceps.
Rigidité et contracture
SPASMODIQUE DU COL UTÉRIN. —La rigidité du col sera combattue par des incisions, et la contracture, par des applications locales d’extrait de belladone.
Résistance du périnée.
— Elle s’observe surtout chez les primipares et constitue l'obstacle le plus fréquent à la sortie de la tête fœtale. C’est
I anomalie qui nécessite, le plus souvent, l’application du forceps (fig. 199).
Cet instrument est destiné à saisir la tête du fœtus sans la comprimer trop fortement.
II se compose de deux bran-
Fig. 200. — hUroilucUou d’une branche dn forceps articulées, dont l’une,
la branche mâle, est munie d un pivot et 1 autre, la branche femelle, d’une mortaise. La première
a encore été appelée brancheij'aHc/ie, parce que l’accoucheur doit la tenir de la main gauche; et l’autre a reçu ladénomination de branche .droite. Voici le moyen mnémonique indiqué par Pdjot pour se rappeler la manœuvre du forceps : on in tro -luira la branche gauche la première, elle sera tenue de la main gauche et dirigée à gauche de la femme;
Fig. 201. - Forceps mis en place et arliculd. gauclle...
A * 1. T , saut 1 accoucheur 1
Avant d appliquer le forceps, il faudra bien s’assurer de la oré.Pn lal on et ne pas prendre, comme on en a déjà vn des exemples, le S™
pour la tête. « C’est, fait dire Sterne au doc'eur Slop, dans Tristram Shandij, un point de la plus grande importance de connaître: car vous concevez que la méprise ici pourrait avoir des conséquences terribles. Si c’est la cuisse et qu’elle se présente d’un certain sens, il se peut, en la prenant pour la tête, que le forceps, au cas que ce soit un garçon... (Le docteur chuchotta fort bas à Shandy, ce qui pourrait résulter de cette possibilité.) On n’a point cela à craindre quand c’esl une fille, ajouta-t-il, ni même lorsque c’est un garçon, pourvu que ce soit la tête qui paraisse. » Rétrécissements du bassin. — L’extraction artificielle du fœtus varie suivant le degré de rétrécissement du bassin. S’il est peu pro-
noncé, le forceps et quelquefois la version suffiront; en cas contraire, il faut recourir à la perforation du crâne ou craniotomie (fig. 202), suivie du broiement de la tête ou céphalotripsie (fig. 203). La perfo-
Fig. 903. — Application dn cëphalolribe.
ration du crâne se pratique avec le céphalolome (fig. 204) qui est terminé par un fer de lance formé de deux lames tranchantes. Mais l’application de cet instrument expose la mère à de sérieux dangers : d’abord, la pointe peut glisser sur la tête mobile de l’enfant et blesser les organes profonds; ensuite, les bords irrégubers de la perforation déchirent assez souvent les parois du vagin au moment de l’extraction. Ges reproches ne peuvent s’adi’esser aux crâniotomes-
DE l’accouchement.
trépans et en particulier à celui que nous avons imaginé (fig. 205) et qui nous a déjà servi plusieurs fois avec su cès.
Au-dessous de cinq centimètres, les rétrécissements du bassin uéccs-
on- fi?- 205. - CiâDiolome-lrépan du D’' Wilkowski - t - - B. c™.,
Tcrl. ^ CD. Céplialolomd formé. dcslioeG à fixGr
sitent l’opéralio» césarienne (de cœsus, coupé), ou gastrotomie (de YaJTTjp, abdomen et tûij.ï], section).
OE E’OPÉRAXIO»! cÉSAitiEivivE. La gastrotomic (Og. 206) consiste à ouvrir l’abdomen et la matrice de la mère, qumd il n’est plus possible d’introduire par les voies naturelles les /nstrumem<5 nécessaires au morcellement du fœtus.
L’origine de cette opération est très-ancienne. Baccbus fut retiré H., ventre de sa mère Semelé par Mercure, et Apollon attendit la mort de Coron,, pour l.rer de son sein son Ms Eseulape. Les poètes de VmZ'
quité font souvent allusion à cette opération. Ainsi Virgile fait naître Lycus, un des héros de VÉnéide, par l’incision du ventre de sa mère. D'après Pline, ceux dont la naissance coûte la vie à leur mère paraissent sous de meilleurs auspices ; il cite le tribun Manilius, Scipion l’Africain et César dont le nom viendrait du mot latin Cœsus, coupé (I), parce que le premier membre de cette famille devrait le jour à la gastrotomie. Les Gésons tireraient leur nom de la même origine.
Jusqu’au xvi® siècle, l’opération césarienne n’était faite qu’après la mort de la femme. La lex regia de Numa Pompilius ordonnait aux
Fig. 20C. — ICxlractioa do l’enfant [lar l’opération césarienne.
^tiédccins de la pratiquer sur toutes les femmes qui mouraient enceintes « alin de conserver des citoyens à l’État ». Guillemeau, cité par M. Pinard, rapporte une loi des anciens, d’après laque.le les jurisconsultes condamnent à mort « celuy qui aura ensevely la femme grosse devant que de luy tirer son enfant, pour luy avoir osté (avec la mère) l’espérance de vivre ».
Ce n’est qu’en 1537 que l’opération césarienne fut exécutée pour la première fois sur la femme vivante. Elle fut faite, par ordre de Henri VIII, sur sa femme Jeanne Seymour lorsqu’elle donna le jour à
fl) D’autres auteurs font dériver César de Cesaries, signiflanl une belle chevelure.
DE l’aCCOUCHEWENT.
É louard VI ; mais elle succomba douze jours après. Cette op(' ration expose, en effet, la femme à une péritonite mortelle, surtout dans les grands centres où l’on compte une mortalité de vingt-neuf sur trente opérées; aussi le professeur Pajot ne craint-il pas de taxer d’assassinat avec préméditation, toute opération césarienne pratiquée à Paris sur la femme vivante (1). Sacombe l’avait déjà dit :
Imitez Apollon et n’assassinez pas
Poui ouvrir une femme, attendez son trépas,
A la campagne et dans les petites villes, les résultats sont moins défavorables : on sauve, en moyenne, une femme sur six. Rousset rapporte qu’une femme Godard, du Gàtinais, fut opérée sept fois et ne mourut qu’à la dernière ; une autre femme, de la Frenaye(Seine-Inférieure), fut opérée accidentellement par un coup de corne de taureau et S3 rétablit au bout de six semaines. Le chirurgien Desault rapporte un fait semblable arrivé à Saint-Sébastien pendant un combat de taureaux. L amphithéâtre s’etant écroulé, un taureau furieux se pré* cipite sur une femme enceinte et d'un seul coup de corne, raconte l’auteur de la Luciniade,
Perce ses vêlements, fend son ventre et son sein.
Le fœtus sort vivant aans franchir le bassin ;
Et sa mère... ô prodige ! après celte aventure,
N’eut besoin que de vin et d’un point de suture.
Quant aux chances de 1 enfant, elles sont très-grandes si l’opération est pratiqu;.e du vivant de la mère et elles diminuent d’autant plus que 1 on s éloigné du moment ou la femme a rendu le dernier soupir. Cependant Millot a cite le cas d’un enfant qui fut extrait vivant au bout de quarante-huit heures, et d’après Gardien, le fils de la princesse de Scliwartzemberg, morte d’une brûlure, donnait encore le lendemain signe de vie ; mais ce sont là des exceptions.
On ne doit, selon nous, pratiquer l’c pération césarienne que dans deux circonstances : d’abord, quand une femme enceinte de plus de sept moi . vient à succomber et qu’il est à peu près certain que l’enfant vii ; ensuite, dans le cas dé rétrécissement extrême, si l'accouchement n’a pu être provoqué en temps utile, ou si le morcellement
P' <’e Pavic, vioMl de faire subir à l’opération césr-iennp
niodilh-aiKm importante, qui a donné de bons résullats- elle conihte e^fip^on
,o«,' cv,t,.r ics dus la suppara.ioV de la' plaiffaiia' 'rc'ï
(lu fœtus ne peut être effectué par les voies naturelles. Nous sommes complètement de 1 avis de Napoléon qui disait au célèbre Dubois pendant les couches laborieuses de Marie-Louise ; « Sacrifiez, sHl le faut, V enfant à la mère. »
Même lorsque la femme semble avoir rendu le dernier so"pir, il faut 1 opérer avec autant de soin que si elle était vivante, parce qu’elle pourrait être en syncope ou en léthargie. C’est dire que l'opération césarienne ne doit être faite que par un homme de l’art. Aussi ne saurions-nous trop nous élever contre la doctrine du P. Debreyne qui, pour baptiser un enfant, souvent mort, engage le prêtre à ouvrir lui-même la femme aussitôt après son décès, dès qu’il la présume enceinte d’au moins quarante jours, o Qu’il s’arme du signe de la croix, lit-il, qu’il fasse la section avec confiance et courage ; sa charité lui Attirera de Dieu une double récompense et pour avoir retiré l’enfant dune étroite prison ou il devait nécessairement mourir et surtout pour lui avoir conféré le baptême. Il en sera le père spirituel, parce qu’il laura régénéré en Jésus-Christ; il en sera en quelque sorte la mère, comme dit Cangiamila, parce qu’il l’aura véritablement mis au monde. Si 1 enfant meurt quelque temps après avoir reçu le sacrement de baptême, ce qui est assez ordinaire, il aura sans délai dans le ciel un protecteur puissant qui intercédera incessamment pour lui auprès de Dieu. Quel sujet donc de joie, de consolation et d’espérance pour vous, ô ministre et fidèle serviteur de Dieu, d’être certain d’avoir été l’instrument immédiat du salut éternel d’une âme qui, sans ce sublime et courageux dévoûment, que la charité vous a inspiré, n’aurait jamais joui de voir et de posséder Dieu éternellement ! » (Mœchioloaie sacrée - 1874.)
Voici le procédé opératoire conseillé par l’évêque Bouvier, dans son ouvrage à l’usage des confesseurs, intitulé : Disserlano in sextnm decalogi prœceptum et supplementum ad traclatum de matrimonio.
« Faire une incision de six ou sept pouces de long sur I« •yt>\é le plus éminent... H faut que l’incision soit faite en long et non en travers parce qu’on arrive plus directement à la situation de l’enfant et parce que si par hasard la femme vivait encore, la plaie se fermerait plus facilement. Les chirurgiens ont des instruments propres à ces sortes d’opérations, les autres personnes n'en ayant pas doivent se servir de celui qu’elles auront sous la main et qui leur paraîtra le plus propre à cet effet ; c’est le rasoir qui convient le mieux. »
Ces préceptes sont quelquefois appliqués par le clergé belge. Il y a plusieurs anpées, raconte VArt médical d’Anvers, qui a trop souvent à enregistrer des faits semblables, dans la commune de Zoersel, une
DE l’accouchement.
jeune fille succombait et titait considérée par le curé comme enceinte. Celui-ci prescrivit au père de la jeune fille qu’aussitôt après le dernier soupir, il eût à pratiquer l’opération césarienne, lui donnant un canif à. cet effet. Le malheureux père, ne pouvant se résigner à accomplir cet acte sur le corps de son enfant, appela une sage-femme, qui opéra à l’aide d’un rasoir. La jeune fille n’était pas enceinte ; et la sage-femme, interrogée par le juge d’instruction sur les signes qui lui avaient prouvé que la femme était morte, répondit qu’elle ne savait pas... Plus récemment un ecclésiastique, vicaire de Aertrycke, fut condamné par la Cour d’appel de Gand à un mois de prison, pour avoir pratiqué l’opération césarienne post mortem. Mais ce jugement fut cassé par la Cour de cassation, attendu que ce fait constituait la violation d’un cadavre avant la sépulture, fait non prévu par la loi, et non pas la violation de la sépulture d’après la loi existante.
Les membres du clergé français sont plus circonspects. Cependant, en 1878, dans le département de la Loire, un boucher a ouvert, sur l’invitation du curé, une femme enceinte paraissant avoir rendu le dernier soupir et il fut seulement condamné, pour exercice illégal de la chirurgie, à une amende insignifiante.
LA GlÎNÉaATION HUMAINE.
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