CHAPITRE II
DE LA COPULATION
La copulation (de copula, lien), ou le coït (l) est l'union des sexes pour la génération. Cet acte, que Montesquieu appelle « la prière mutuelle », comprend : 1° Vérection qui en est le prélude; 2" Vaccouplement ou l'intromission du membre viril dans le vagin; S° Véjaculation ou la projection du sperme à l'intérieur des voies génitales de la femme.
ARTICLE PREMIER
DE l'Érection
Mécanisme et but de l'érection. — On expliquait autrefois l'érection par la pénétration des « esprits animaux » dans les organes générateurs. Mais les recherches des physiologistes modernes ont démontré que ce phénomène était dû à un apport exagéré de sang dans les appareils érectiles de l'un et de l'autre sexe, c'est-à-dire : dans les corps caverneux, le gland et la portion spongieuse de l'urètre, pour l'homme ; le clitoris et le bulbe du vagin, pour la femme.
L'accumulation du sang dans la trame de ces tissus aréolaires a pour conséquence l'accroissement de leur volume et de leur résistance. Ainsi, chez l'homme, sous l'influence de l'érection, la verge devient plus volumineuse et plus rigide, ce qui en facilite l'introduction dans l'étui vaginal. Chez la femme, l'érection se traduit à la fois par le gonflement du bulbe du vagin (fig. 86) qui, rétrécissant le calibre de ce canal, rend plus intime le contact de la verge avec ses parois, et par l'allongement du clitoris, dont l'extrémité libre se rapproche de l'or-
(1) On emploie différents termes suivant les espèces, comme saillir -pom le cheval, mâtiner pour le chien, cocher pour les oiseaux et couvrir pour tous les quadrupèdes .
gane viril pour s'exposer plus directement à ses titillations. L'afdux de sang dans les voies génitales de la femme a, de plus, pour effet, d'augmenter les sécrétions muqueuses, ce qui favorise l'intromission et les glissements de la verge.
On observe encore, chez l'homme, au moment de l'érection, le gonflement du verumontanum (fig. 20) qui, siégeant à l'origine de l'urètre, obstrue ce conduit et s'oppose, d'une part, à la sortie des urines de la vessie et, d'autre part, au passage du sperme dans ce réservoir. L'absence de cette saillie membraneuse dans l'urètre de la femme explique, chez elle, la fréquence de l'émission de l'urine pendant le coït.
Causes qui provoquent et modifient l'érection. — Le
mécanisme de l'érection peut être comparé à celui qui produit l'afflux de sang à la face, sous l'influence du sentiment de la honte ou de la pudeur. C'est dire que le principal stimulant de l'érection est l'imagination. Mais celle-ci ne suffit pas toujours à réveiller l'activité des organes génitaux, et elle a souvent besoin d'être aidée par des excitations tactiles (1) plus ou moins prolongées, surtout pour le sexe féminin. De là les conseils donnés par Ambroise Paré :
« L'homme estans couché avec sa compagne et espouse la doit mignarder, chatouiller, caresser et esmouvoir, s'il trouvait qu'elle fut dure à l'esperon : et le cultiveur n'entrera dans le champ de nature humaine à l'estourdy, sans que premièrement n'aye fait ses approches, qui se feront en la baisant..., aussi en maniant ses parties génitales et petits mamelons (2), afin qu'elle soit esprise des désirs du masle (qui est lors que sa matrice lui frétille) afin qu'elle prenne volonté et appétit d'habiter et faire une petite créature de Dieu, et que les deux semences se puissent rencontrer ensemble ; car aucunes ne sont pas si promptes à ce jeu que les hommes. »
Toutes les causes qui excitent ou diminuent l'appétit vénérien, et que nous avons déjà signalées, agissent nécessairement sur l'érection. En outre, certains états morbides la provoquent ou l'empêchent de se manifester. Dans le premier cas, ils déterminent le priapisme (de TcpiaTcoç, priape, membre viril), dans le second, Vimpuissance.
D'autres causes produisent l'érection, comme la présence d'un corps étranger dans la vessie, un calcul par exemple, et la simple
(1) Le toucher joue dans les ébats voluptueux un rôle si important que plusieurs auteurs l'ont nommé « le sens de l'amour. »
(2) On les appelait autrefois des boute-cn-train.
DE LA. COPULATION
distension de ce réservoir par l'urine. C'est à cette dernière circonstance qu'il faut attribuer la fréquence de l'érection au moment du réveil. On connaît la réponse que fit Fontenelle à la personne qui lui demandait s'il avait jamais eu l'envie de se marier. — Quelquefois le matin, répondit ce philosophe. Savez-vous, disait Louis XV, déjà vieux, à l'un de ses familiers, que fai encore quelques érections le matin ? — En ce cas, Sire, urinez vite, répondit le courtisan. Le fameux lithotomiste Souberbielle, raconte le D'" Garnier, n'était pas si sage dans ses dernières années, car, âgé de plus de quatre-vingts ans, il faisait montre de cette virilité factice à ses visiteurs matinaux.
Le décubitus dorsal peut, à lui seul, déterminer l'érection, par suite de la compression des vésicules séminales, lorsque l'urine distend la vessie trop fortement. C'est pourquoi l'on recommande aux jeunes gens, et surtout aux personnes affectées de pertes séminales, de ne jamais dormir sur le dos.
L'érection s'observe quelquefois chez les nouveau-nés, mais elle se manifeste surtout à la puberté, à l'âge où « l'enfant sent des baisers dont il ne voit pas les lèvres ».
Du priapisme. — Cet état est caractérisé par une érection douloureuse et prolongée. Il existe dans la blennorrhagie aiguë, dans la cystite cantharidienne, dans la pendaison par suite de la compression du bulbe rachidien, et en général dans toutes les lésions traumatiques de la moelle ou des organes génitaux.
Millier cite le cas d'un priapisme de trois mois. Marcellus Donatus a publié l'observation d'un homme qui s'étant fracturé la colonne vertébrale, en tombant du haut d'un toit, eut une érection qui persista jusqu'à sa mort. Pechin a constaté le même fait chez un jeune homme qui avait reçu un coup de bâton sur la région des lombes, laquelle est considérée, nous le savons, comme un véritable centre génital. Lisfranc a observé un exemple de priapisme chez un homme qui avait reçu un coup pied dans les bourses.
ARTICLE II
DE l'accouplement
Conditions de Tàccouplement. — Avant de pénétrer dans le vagin, le pénis doit, à la première approche sexuelle, vaincre la résistance que lui oppose l'anneau vulvaire, et il ne peut y parvenir que s'il est en érection. Une fois cet obstacle franchi, l'intromission du membre viril est favorisée par la forme conique du gland et par le liquide visqueux que les glandes vulvo-vaginales (fig. 52) déversent à l'entrée du vagin. La difficulté qu'éprouve le pénis à pénétrer dans les voies génitales de la femme est d'autant plus grande, que l'orifice vulvaire est plus étroit et que la membrane hymen est plus épaisse. Nous avons déjà dit que la déchirure de cette membrane est accompagnée d'une légère hémorrhagie et d'une douleur vive, due surtout au froissement de la vulve.
La faible effusion de sang qui résulte de la rupture de l'hymen est regardée à tort, nous le savons, comme la caractéristique de la défloration. Elle peut, en effet, manquer dans les cas où cette membrane n'existe qu'à l'état rudimentaire, ou est assez relâchée pour se laisser refouler sur les bords de la vulve sans se déchirer. Certaines femmes déflorées avant leur mariage profitent de ces exceptions, assez communes, pour donner le change à un mari trop confiant et elles ont recours aux lotions astringentes dans l'espoir de rétrécir l'anneau vulvaire et de se « refaire une virginité ». Elles augmentent, en outre, l'étroitesse de cet orifice en contractant énergiquement le muscle constricteur du vagin (fig. 86) au moment de l'accouplement. Montesquieu, dans ses Lettres persanes^ écrit que des femmes adroites font de la virginité une fleur qui périt et renaît tous les jours, et se cueille la centième fois plus douloureusement que la première.
« La folie de presque tous les maris, dit encore Dionis, est de vouloir trouver de la difficulté dans les premières approches ; c'est une espèce de triomphe pour eux de s'imaginer d'avoir forcé cette prétendue barrière, et plus ils ont de peine, plus ils sont persuadés de la sagesse de leur femme.
« Un jeune homn^e marié depuis huit jours me vint trouver ; il avait un paraphymosis (fig. 36) ; sa verge était extraordinairement enflée et le gland prêt à tomber en gangrène. 11 s'imaginait que c'était
DE LA COPULATION
quelque mal vénérien que sa femme lui avait donné ; je lui dis qu'au contraire c'était une preuve convaincante que sa femme avait son pucelage, et que, n'ayant pas le gland naturellement découvert, l'effort qu'il avait fait le premier jour de ses noces pour entrer dans le vagin était cause que le prépuce avait rebroussé par dessus la couronne du gland, et fait après son resserrement une interruption aux vaisseaux qui vont du corps de la verge à sa tête. Il retourna très content de ma réponse qui l'assurait de la vertu de sa femme, et peutêtre fut-il fâché de n'avoir pas encore plus souffèrt.
« Ce malheur arrive à très peu de personnes quand l'orifice externe de la femme est ouvert comme il le doit être naturellement ; mais des faits extraordinaires ne sont point de règle, comme celui d'une dame à qui les lèvres de la matrice étaient tellement jointes que son mari ne put jamais y entrer. Il n'y avait qu'une petite ouverture dans le milieu par où l'urine et les ordinaires sortaient : il fallut avoir recours à la chirurgie et séparer en haut et en bas les deux lèvres l'une de l'autre; elle eut ensuite des enfants, et j'ai quelquefois entendu son mary dire en plaisantant que son médecin en avait trop coupé, mais aussi qu'elle en accouchait plus facilement. »
Il est d'autres causes, purement accidentelles, qui rétrécissent la vulve et font obstacle au coït. Nous rappellerons, comme exemple, l'aventure suivante, qui est arrivée à Lisfranc. Appelé auprès d'une jeune femme qui, à la suite d'un accouchement, avait eu une déchirure du périnée, il fit une suture. A quelque temps de là, un jeune homme vint le trouver dans son cabinet. — Monsieur le docteur^ lui dit-il, je suis marié depuis huit jours, et, maigre' tous mes efforts, je ne suis encore que le fiancé de ma femme... Je me réjouis de la certitude que me donne cette situation, mais cependant je voudrais bien la voir cesser, et je viens vous demander sHl n'y aurait pas une opération à faire... Ma femme est dans le salon, et j^ai voulu, pour ne pas Veffraxjer, venir d'abord vous mettre au courant. Lisfranc ouvre la porte... Notre jeune mariée était, vous l'avez deviné, la femme à la suture.
Divers moyens de défloration. — Ils varient suivant les pays ; la plupart sont exposés par le D"- Godard dans son ouvrage VEgypte et la Palestine, auquel nous les empruntons :
Les Turcs tiennent peu, paraît-il, à épouser une femme vierge, mais il n'en est pas de même des Arabes et des Cophtes. En Nubie, les filles se marient à l'âge de huit à neuf ans, mais le mari ne couche pas avec elles. Pour voir si sa femme est vierge, le Nubien la fait
asseoir sur une chaise, une femme lient le bras droit, une autre le bras gauche, et deux femmes maintiennent les cuisses écartées. Le fiancé introduit, à deux ou trois reprises, le doigt indicateur dans le vagin et constate la présence de l'hymen. Il garde alors sa femme un ou deux ans chez lui, jusqu'à ce qu'elle ait dix ans environ. Alors, au lieu de la faire inciser comme dans le Soudan, il la dilate avec les doigts, il introduit d'abord un doigt, puis deux, et répète celle manœuvre plusieurs jours de suite.
Chez les Arabes, le mariage a lieu le plus ordinairement avant l'époque des menstrues. Si la mariée a de neuf à dix ans, elle est déflorée par une matrone ; si elle a treize ans, l'opération est faite par le mari.
Voici comment procède la matrone. Les deux mères étant présentes, elle introduit dans le vagin le doigt indicateur de la main droite recouvert d'un mouchoir; la jeune fille crie beaucoup. Le doigt est ensuite retiré, et le mouchoir taché de sang est déployé et montré aux parents dans une pièce voisine. Bien entendu qu'on s'arrange toujours pour que la jeune fille paraisse vierge. Il est d'usage que le mari attende quelques jours pour coucher avec sa femme.
« Les chrétiens catholiques de l'Egypte déflorent leurs femmes avec le membre, du moins quand les filles sont grandes. L'opération se fait devant les deux mères et devant la femme qui nettoyait les cheveux de la jeune fille au bain; les autres parents sont dans une pièce à côté. Quelquefois le jeune homme prétend que la jeune fille qu'il a épousée est femme et refuse de se livrer au coït. Les mères essayent de lui persuader qu'il se trompe, mais il s'entête. Alors la femme qui a peigné les cheveux, femme toujours rusée, intervient ; et si elle sait que la jeune fille n'est plus vierge, elle use du stratagème suivant: elle prend un mouchoir, en enveloppe son index ; mais comme elle a les ongles très longs et très pointus, elle traverse le mouchoir. Arrivée dans le vagin, elle a soin de l'écorcher fortement, afin de donner lieu à une hémorrhagie. Le mouchoir est retiré tout sanglant et montré au jeune homme. On lui dit alors qu'il ne s'y connaît pas ; s'il persiste dans son refus, les femmes l'injurient et les parents qui sont dans la pièce voisine font « Hou ! hou ! ». On fait voir le mouchoir à tous les assistants, et d'ordinaire le jeune homme demeure convaincu qu'il a épousé une vierge. Cette tromperie est facile, vu l'âge du mari, peu expert et trop jeune. »
A Constantinople, le mari commence à coïter; il est contraint de se retirer lorsque les témoins jugent la femme déflorée, pour que le linge que l'on tient à montrer à la famille contienne seulement du sang.
DE LA. COPULATION
Les Perses produisent aussi le mouchoir ensanglanté, après la défloration.
ARTICLE III
DE l'ÉJACULATION
Description de cet acte. — Aussitôt après l'intromission du pénis dans l'étui vaginal, le bassin de l'homme et celui de la femme, lorsque celle-ci prend une part active au coït, exécutent une série de mouvements alternatifs d'avant en arrière, qui ont pour but d'exciter, par des frottements répétés, les saillies papillaires du gland et du clitoris. Les excitations de ces papilles produisent une sensation indéfinissable de plaisir qui va en augmentant et atteint chez l'homme, son paroxysme au moment où le sperme est projeté de l'urètre, par jets saccadés, sur le col de l'utérus.
La projection de la liqueur fécondante dans l'intérieur des organes femelles constitue Véjaculation (de e, hors Qljaculari, darder), « Ce jaillissement précieux qui, selon Cockburn, fait connaître toute l'étendue de la volupté » est le but du coït. Dès qu'il est terminé, l'éréthisme voluptueux disparaît et fait place à un abattement général qui invite au sommeil. Les anciens disaient :
Lseta venire Venus, tristis abire solet (1).
Un quatrain réaliste répète :
Après bien des maux et du bruit, On jouit enfin de sa belle :
Le feu s'éteint, le dégoût suit.
Le jeu valait-il la chandelle.
La femme n'éprouve pas cet assoupissement à la suite de l'acte sexuel : Triste est omne animal post coitum, dit Gd.\ien^prœter mulierem et gallum qui caniat. Tous les êtres deviennent tristes après le coït, à l'exception de la femme et du coq qui chante.
(1) Vénus a l'habitude d'arriver joyeuse et de partir triste.
On a toujours trouvé une grande ressemblance entre les différentes phases de la copulation et les secousses convulsives suivies du sommeil comateux qui caractérisent une attaque de haut mal : Démocrite comparaît le coït à une courte épilepsie, etMarc-Aurèle disait que l'amour était une petite convulsion. « A ne consulter que la raison, écrit Chamfort, quelle femme pour une épilepsie de quelques minutes, se donnerait une maladie d'une année entière ? »
L'éjaculationest spéciale au sexe masculin. On croyait autrefois que la femme projette sa semence et la mélange à celle de l'homme ; mais on faisait une confusion avec le liquide sécrété parles glandes de Bartholin (D, fig. 52). Cette erreur est encore fort répandue de nos jours. Ainsi on la rencontre dans un ouvrage récent : De rébus venereis ad usum confessariorum^ par le vicaire général D. Craisson. Cet auteur examine la question suivante : « Lorsque l'homme s'est retiré après l'éjaculation, mais avant celle de la femme, est-il possible par des attouchements immédiats, de provoquer l'émission de la semence chez cette dernière ? »
Mécanisme de l'éjaculation. — Pour la plupart des physiologistes, l'éjaculation est due : d'abord aux contractions des vésicules séminales (l, fîg. 1) et des canaux éjaculateurs (m), qui dirigent le sperme dans l'urètre ; puis, à celles du muscle de Wilson (10, fig. 37), et du bulbo-caverneux (fîg. 39), qui chassent par saccades le liquide fécondant au dehors. La force d'impulsion communiquée au sperme est telle qu'il peut être lancé à quelques pieds de distance : c'est surtout le muscle bulbo-caverneux qui imprime à cet acte son énergie et sa forme saccadée ; de là le nom d'accelerator seminis et urinœ que lui ont donné les anciens.
On a cru longtemps que les vésicules séminales prenaient seules part à l'éjaculation ; mais les animaux privés, comme les chiens, de ces réservoirs, éjaculent avec autant de force et de rapidité que ceux qui en sont pourvus.
Immédiatement avant l'éjaculation, les glandes de l'urètre sécrètent un liquide clair et visqueux qui sert à diluer le sperme, et à faciliter son passage à travers ce canal. C'est ce liquide qui est seul éjaculé, par les eunuques et qui s'écoule involontairement à la suite d'une violente érection, ou pendant les efforts de la défécation.
La quantité de sperme éjaculé, y compris les produits de sécrétion accessoires qui le complètent, est en moyennede quatre grammes chez un adulte. Mais, qu'elle qu'en soit l'abondance, les vésicules séminales ne se vident jamais complètement dans une seule éjaculation.
DE LA COPULATION
Ainsi, Brachet a trouvé ces réservoirs à peu près remplis chez un individu qui avait été frappé d'apoplexie cérébrale pendant le coït. Il est donc possible de répéter l'acte sexuel à de courts intervalles : Sainte-Marie cite un négociant de Lyon, qui, atteint de priapisme au milieu d'un délire furieux, éjacula quatorze fois en quelques heures.
Phénomènes anormaux de l'éjaculation. — L'excrétion spermatique présente plusieurs anomalies importantes. Quelquefois elle est trop rapide, par suite d'excès vénériens ou d'une sensibilité génésique exagérée. Chez certains sujets, par exemple une simple conversation avec une femme suffit pour provoquer l'éjaculation. Lallemand a cité l'observation d'un jeune homme qui arrivait au même résultat en se frappant la tête. Dans d'autres cas, au contraire, l'émission de semence est impossible et l'acte sexuel n'aboutit pas. C'est ce qui constitue Vaspermasie{de a, privatif et ŒTc^pjjLa, sperme) (1) ; elle est le plus souvent occasionnée par un rétrécissement urétral.
Plus rarement l'éjaculation, au lieu d'être agréable est douloureuse et donne lieu à la dyspermasie (de Sùç, difficilement). Mais, de toutes les anomalies de l'éjaculation, la plus îréqaentQeatV incontinence spermatique, plus connue sous les noms de pollutions, pertes séminales ou spermatorrhe'e (de aropfxa, sperme et psîv, couler).
Les pertes séminales involontaires se produisent pendant la veille ou le sommeil. Dans le premier cas, elles sont presque toujours la conséquence de l'onanisme et des autres abus vénériens. La liqueur spermatique s'évacue, alors, soit insensiblement, soit à la fin de l'émission des urines, ou pendant l'expulsion des matières fécales.
Comme les autres affections génito-urinaires, les pertes séminales portent à l'économie, prrincipalement aux facultés intellectuelles et morales, une fâcheuse atteinte. Voici le sombre tableau qu'en trace Arétée : « En nous communiquant la vie, la semence nous donne la chaleur, la force, le courage, la voix mâle, le poil, enfin ce qui constitue la virilité; elle aide puissamment la santé et l'intelligence. Quand les pertes excessives de cette liqueur en ont privé le jeune homme, il revêt l'aspect d'un eunuque ou d'un vieillard. Les sujets, de la sorte, épuisés sont paresseux, accablés, sans âme, engourdis, stupides, faibles, recourbés, lâches, pâles, blancs, efféminés, imberbes ; leur voix est aiguë, ils sont sans appétit, froids, les membres engourdis, les jambes impuissantes, languissants, impropres à tout. »
(1) Demangeon raconte que, dans une instance en justice, pour obtenir le divorce, la femme d'un Anglais allégua que son mari n'avait point d'encre dans sa 2}lume.
Les conséquences habituelles des pertes séminales persistantes sont l'hypocondrie, la mélancolie et même le suicide. Pour prévenir ces effets désastreux, on est quelquefois obligé de recourir à la castration. M. Minière a imaginé un appareil des plus ingénieux afm de guérir les pollutions nocturnes. C'est un anneau métallique dans lequel la verge est introduite de telle sorte, qu'à la moindre érection, il détermine, par son contact avec un appareil électrique, la formation instantanée d'un courant qui, à son tour, met en branle une sonnerie placée près de l'oreille du malade et dont le bruit le réveille aussitôt.
Quant aux pollutions nocturnes, qui ne surviennent que de loin en loin et qui sont le résultat de la continence, elles doivent être considérées comme des crises salutaires, à l'aide desquelles la nature se débarrasse d'une humeur superflue. Elles surviennent la nuit, au milieu de rêves lascifs, comme l'écrivait Lucrèce dans son poème :
Dans les jours fortunés de notre adolescence, Quand l'amour à nos cœurs révèle sa puissance, Jusqu'au sein du sommeil nous suit la volupté. Lascive enchanteresse, une jeune beauté Nous provoque, résiste ou nous cède avec grâce, Dans ses bras arrondis mollement nous enlace; Aux plus secrets appas l'amour impétueux Parvient, et se répand en flots voluptueux.
C'est ce que Voltaire appelle « une bonne fortune de capucin ».
Les personnes prédisposées, par la faiblesse des organes génitaux ou par toute autre cause, aux pertes séminales, devront éviter de dormir sur le dos, dans un lit mou et garni de trop de couvertures ; nous en avons déjà donné la raison.
Des éjaculations anormales ont lieu quelquefois aussi au dehors de la vulve, par suite d'un vice de conformation connu sous le nom à'hypospadias; mais les fraudes génésiques que l'on pratique pour éluder les charges delà paternité sont volontaires.
Des fraudes génésiques. — Le D»" Bergeret qui a fait sur ce sujet une étude complète, divise les fraudes dans l'accomplissement des fonctions génératrices en directes et indirectes. Les premières sont les plus répandues; elles consistent, suivant la pratique d'Onan, à éjaculer en dehors des voies génitales de la femme, après un acte de copulation plus ou moins complet.
D'après l'auteur que nous citons, les fraudes indirectes se pratiquent
DE LA COPULATION
surtout de deux manières : ou bien le rapprochement des sexes ne diffère du coït normal que par l'emploi .de l'enveloppe membraneuse imaginée par le médecin anglais Condom et qui a conservé son nom ; ou bien les rapports sexuels ont lieu par les voies irrégulières, « à l'aide d'une souillure manuelle et réciproque, manus stuprum, par l'application de la langue et des lèvres, par l'éréthisme du sens génésique sans contact immédiat, par le coït in vaso indebito (bouche, anus) ».
Nous ne dirons que quelques mots de l'usage des condoms. On les appelle encore boyaux préservatifs, capottes anglaises^ rubans de sûreté', gants d'amour, anti-conceptions, etc. Ces enveloppes protectrices se préparent en baudruche ou en caoutchouc ; elles servent à deux fins, soit pour tromper les desseins de la nature en empêchant la fécondation de la femme, soit comme préservatifs des affections vénériennes dans les coïts suspects. Mais l'insuffisance de leur solidité donne lieu à de nombreux mécomptes. Aussi Ricord a-t-il eu raison de dire que cette prétendue gaîne de sûreté est une cuirasse contre le plaisir et une toile d'araignée contre le danger. « Mauvais parapluie, dit encore le célèbre syphiliographe, que la tempête peut crever ou déplacer, et qui, dans tous les cas, garantissant assez mal de l'orage, n'empêche pas les pieds de se souiller. »
Sans nier les fâcheux effets des fraudes génésiques sur la santé, il faut cependant reconnaître qu'ils ont été fort exagérés. Leur résultat le plus grave est, au point de vue social, de s'opposer à la prospérité des Etats en limitant la fécondité des mariages, et c'est à cette cause qu'il faut attribuer l'arrêt dans l'accroissement de la population de la France. Les Etats-Unis ont sagement agi en prohibant, depuis le l^'' janvier 1873, l'importation des condoms « comme empêchant la reproduction». L'Église, fidèle au précepte biblique : Crescite etmultiplicamini, a, de tout temps, proscrit les fraudes conjugales. « Il n'y a rien de plus honteux, dit saint Jérôme, que de traiter sa femme comme une adultère. » Les fraudes génésiques sont placées par le droit canon au nombre des causes de nullité de mariage. Pourtant, autrefois, la plupart des théologiens qui, sous le nom de casuistes, enseignaient la morale religieuse, autorisaient « les attouchements et les baisers de toute sorte » entre les époux, et ils allaient jusqu'à reconnaître qu'il n'y a point péché mortel dans l'action de virile membrum in os mulieris immittere. D'autres, il est vrai, voulaient que les fraudes génésiques fussent assimilées à un véritable infanticide et punies comme tel.
Les économistes ne considèrent pas tous les fraudes génésiques
comme un mal social. MalLhus et ses adeptes font, au contraire, de cette pratique l'élément principal de la prospérité d'un pays. Leur doctrine est fondée sur ce principe que pour accroître la richesse d'une nation, il faut augmenter la production etrestreindre la multiplication de ses habitants. C'est pour atteindre ce but, que Simonde de Sismondi a proposé d'interdire, comme en Bavière, le mariage des indigents : « La société, dit-il, ne doit pas laisser mourir de misère ceux qui se sont mis sous sa protection, mais elle ne doit pas laisser naître ceux qui ne peuvent que mourir de misère. » « Que la prudence pénètre dans les ménages, dit encore Rossi, et préside à l'établissement de chaque famille et on n'aura plus à s'inquiéter de l'humanité. » Suivant M. Duchâtel, dès qu'un pays commence à se peupler, il faut de toute nécessité ou que la prudence des individus limite le nombre des naissances, ou que la population soit moissonnée par la misère. Citons enfin l'opinion de M. Bertillon que nous partageons entièrement :
« Après avoir développé peu à peu son intellect et s'être élevé à la connaissance de lui-même, dit ce savant statisticien, l'homme a commencé à réagir contre la fatalité, et, tandis que les misérables et les esclaves continuaient, à l'instar de la brute, à n'imposer aucune règle à leur fécondité, et méritaient le nom significatif de prolétaires (faiseurs d'enfants), les plus sages, les meilleurs (aristos) n'acceptaient les douleurs de l'enfantement, les charges de la paternité, que dans la mesure et d'après l'estimation de leur force. Ils ont arraché à la fatalité le soin de régler ce qu'elle ne règle que par la douleur et la mort, et dussent Jéhovah m'écraser de son foudre et les casuistes de leurs arrêts, je ne consens pas à y voir un crime, une faute, mais bien au contraire, une victoire de notre volonté sur la fatalité des choses. »
Il est certes préférable d'appliquer les principes de Malthus que de recourir au remède fantaisiste proposé par Swift. « Pour empêcher, disait-il, les enfants pauvres, en Irlande, d'être à chargea leurs parents ou à leur pays et pour les rendre utiles au public, il faut les servir rôtis ou bouillis, sur la table des riches. » On sait que, dans la préface de Monsieur Alphonse, Alexandre Dumas soutient le même paradoxe et parle aussi de faire servir les jeunes enfants à l'alimentation. Les Chinois ont eu longtemps la réputation, imméritée d'ailleurs, de nourrir les cochons avec le superflu de leur progéniture.
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