CHAPITRE PREMIER
DE l'appétit vénérien
Sa nature. — Toutes les fonctions importantes de l'économie sont placées sous la dépendance d'un besoin impérieux, se renouvelant sans cesse et procurant des sensations spéciales à chacune d'elles. Tels sont la faim et la soif, les besoins de respirer et d'évacuer les urines. « L'amour physique, dit Balzac, est un besoin semblable à la faim, à cela près que l'homme mange toujours, et qu'en amour son appétit n'est pas aussi soutenu, ni aussi régulier qu'en fait de table. »
Les sensations déterminées par l'appétit vénérien se distinguent des autres par un caractère si tranché que Buffon, et après lui J.-J. Rousseau, Brillât-Savarin, le considéraient comme un sixième sens, le sens génésique. « On en a fait, écrit Dionis, un sixième sens bien différent des autres : on dit que de même que l'on goûte en mangeant un plaisir particulier, dont aucune autre partie que la langue et le palais n'est susceptible, aussi dans l'accouplement on trouve un plaisir singulier, qui ne peut se sentir que dans les organes de la génération et que c'est ce plaisir qui engage les animaux à se multiplier, comme le goût les engage à se nourrir. »
C'est, en effet, par le plaisir que procure la satisfaction de l'appétit vénérien, que la nature a voulu assurer l'accomplissement de la reproduction et empêcher cette fonction d'être à la merci de l'indifférence et du caprice des hommes. Pour atteindre plus sûrement son but, elle a soumis à l'appétit vénérien l'amour, qui attire les deux sexes l'un vers l'autre : attraction instinctive, si ingénieusement expliquée par la fable de Platon, et que Victor Hugo appelle :
Le pouvoir enivrant qui change l'homme en Dieu ; L'amour, miel et poison; l'amour, philtre de feu .
Moins poétique, mais peut-être plus vrai, Chamfortpenseque l'amour est le conlacl de deux épidermes ; et le D"" Lallemand, de Montpellier, prétend que c'est Vatlmction de deux muqueuses. Il est rare, en effet, qu'à l'exemple de Céladon, le héros de VAstrée, la passion amoureuse
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se maintienne dans la sphère de l'idéal. Le plus souvent, l'amour jo^atonique, après avoir été un sentiment, devient peu à peu un besoin ou l'amour physique. « L'hymen, dit un vieux proverbe, vient après l'amour comme la fumée après la flamme. » Aussi, les anciens avaientils la Vénus Uranie ou céleste et la Vénus Pandémos ou populaire.
Le besoin génésique est plus ou moins impérieux suivant les individus, mais il s'impose à tout le monde :
L'amour est un tyran qui n'épargne personne.
a dit Corneille, et après lui Voltaire écrit sous une statue de l'Amour :
Quî que tu sois, voici ton maître, II l'est, le fut ou le doit être.
C'est lui qui fait fléchir Hercule aux pieds d'Omphale, qui soumet Mars à Vénus, Démétrius à Lamia, Alexandre à Thaïs. Auguste, Périclès, Louis XIV, qui jetèrent sur leur siècle un si vif éclat, furent aussi les esclaves de vulgaires courtisanes. Ce que femme veut^ Dieu le veut, est un proverbe exact qui indique l'empire absolu exercé par l'amour physique sur l'homme.
« Il n'est pas en mon pouvoir, dit Luther, de n'être point homme; il n'est pas non plus en ma puissance de vivre sans femme, et cela m'est plus nécessaire que de boire et de manger. » Il écrit ailleurs que le mariage est aussi indispensable que l'expulsion de l'urine. Montaigne pense, d'autre part, qu'il est plus aisé de parler une cuirasse toute la vie qu'un pucelage.
Influence de l'appétit vénérien sur l'organisme. — Le
besoin génésique exerce une influence considérable sur toutes les fonctions de l'économie; il peut, selon qu'il est satisfait ou contrarié, les activer, les retarder ou les pervertir. Antiochus Soter n'eut jamais recouvré la santé, si Séleucus, son père, encouragé par Erasistrate, ne lui avait livré Stratonice, sa seconde femme, pour satisfaire sa passion. Juste, épouse du consul Boèce, fut tirée de sa langueur par le comédien Pylade. Perdiccas, roi de Macédoine, dut la vie à la généreuse abnégation de son père qui, sur les conseils d'Hippocrate, lui livra la belle Phila, sa concubine, dont son fils était éperdûment amoureux.
Les expressions populaires l'amour fait palpiter le cœur, cœur content soupire souvent, vivre d'amour et d'eau fraîche^ etc., expliquent les troubles fonctionnels que le sens génésique apporte dans les appareils circulatoire, respiratoire etdigestif. Mais c'est principalement sur
les fonctions cérébrales que réagit l'appétit vénérien. On connaît les heureuses modifications que la salisfacLion de ce besoin imprime au caractère : de là ce dicton que les querelles de ménage cessent sur l'oreiller. Homère faisait déjà dire à Junon :
Je vais les rapprocher par l'attrait du plaisir, Et terminer enfin de trop longues querelles.
La fréquence de l'aliénation mentale, de la mélancolie, du suicide et même de l'homicide, sous l'impulsion de l'amour, prouve l'action du besoin génésique sur les facultés intellectuelles. L'inceste, le viol, l'adultère et les attentats à la pudeur sont encore le résultat d'une perturbation passagère du sens moral soumis à la même influence.
C'est pour restreindre le nombre de ces crimes que, dans toute société civilisée, la prostitution est tolérée et même considérée comme un mal nécessaire à la protection des mœurs. Caton voit sortir un jeune homme d'un mauvais lieu et lui dit : C'est delavertu^ mon ami, courage; et il ajoute : il faut y venir parfois, mais non 'pas y faire sa demeure. Saint Augustin reconnaissait aussi l'utilité de la prostitution : « Quoi de plus sordide, dit-il, de plus ignoble et de plus honteux que les prostituées, les proxénètes et les autres pestes de cette nature ? Et pourtant, supprimez les prostituées, vous troublerez la société par le libertinage. » Montaigne a émis un jugement semblable: « De là avoue, disent aulcuns, que d'oster les bordels publiques, c'est non-seulement espandre partout la paillardise qui était assignée à ce lieu-là, mais encore aiguillonner les hommes à ce vice par la malaysance. » Envisageant la question à un autre point de vue, Parent- Duchàtelot constate que les prostituées sont aussi inévitables dans une agglomération d'hommes que les égouts, les voiries et les dépôts d'immondices. 11 paraît que les premières maisons de tolérance en France furent organisées à Avignon par Jeanne P", reine de Naples, et avec l'assentiment du pape Clément VI, résidant alors dans cette ville. Plus tard, Charles VI permit des rues chaudes à Paris.
Les troubles que l'appétit vénérien apporte dans nos facultés effectives se manifestent principalement sur notrejugement, qui subit une perversion souvent considérable. Ce qui justifie le bandeau que les sculpteurs donnent à l'Amour et explique pourquoi les poètes le dépeignent comme un aveugle.
Les plus sages conseils, les meilleures leçons
A gens bien amoureux, Monsieur, sont des chansons.
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dit Quinault. Balzac a fort judicieusement écrit de son côté que V amour est la poésie des sens. 11 transforme les imperfections physiques et morales en qualités et, comme le veut le proverbe : « 11 n'y a pas de laides amours. » Les anciens ont confirme celte même vérité en mariant la belle Vénus au difl'orme Vulcain, el c'est avec sa par faite connaissance du cœur humain que, dans une de ses satires, Horace fait admirer, par un certain Balbinus, jusqu'au polype nasal de sa maîtresse. M. Cerise raconte qu'une jeune fdle refusa d'épouser son fiancé parce qu'il s'était fait opérer d'un strabisme avec lequel il lui avait plu. La passion de Pétrarque pour Laure est encore une preuve du défaut de discernement de l'amour. Lorsque C3 poète s'éprit de Laure, celle-ci était mariée et avait perdu ses attraits à la suite de plusieurs couches et de chagrins domestiques. A ce propos, on raconte qu'un étranger qui avait entrepris le voyage d'Avignon, pour contempler cette merveille tant vantée, demeura stupéfait à sa vue: Quoi, s'écria-t-il, est-ce là V objet qui a tourné la cervelle à Pe'lrargue? La constatation d'un défaut physique chez une personne aimée est un symptôme de refroidissement. M: de la Fayette était épris depuis longtemps de ^1""° de La Sablière. Un jour, il alla la voir, et, en l'approchant, il lui dit : « Mon Dieu, Madame, qu'avez-vous dans l'œil?— Ah 1 La Fare, répondit-elle, vous ne m'aimez plus, j'en suis sûre, j'ai eu toute ma vie ce défaut, et vous ne le voyez que d'aujourd'hui. »
Cette erreur du jugement a son avantage : si l'appétit sexuel ne se réveillait qu'à la vue de la beauté, les déshérités de la nature, et ils sont nombreux, ne participeraient jamais à la propagation de l'espèce.
Molière a magistralement dépeint l'aveuglement de l'amour dans ce passage du Misanthrope^ imité de Lucrèce.
... L'on voit les amants vanter toujours leur choix;
Jamais leur passion n'y voit rien de blâmable,
Et dans l'objet aimé tout leur paraît aimable.
Ils comptent les défauts pour des perfections,
Et savent y donner de favorables noms :
La pâle est au jasmin en blancheur comparable ;
La noire à faire peur, une brune adorable;
La maigre a de la taille et de la liberté;
La grosse est, dans son port, pleine de majesté;
La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée;
La géante paraît une déesse aux yeux ;
La naine, un abrégé des merveilles des cieux ;
L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne; La fourbe a de l'esprit; la sotte est toute bonne ; La trop grande parleuse est d'agréable humeur, Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant, dont l'amour est extrême, Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
Causes de l'appétit vénérien. — Les causes qui sollicitent l'appétit vénérien sont de deux ordres : les unes physiologiques et les autres psychiques. De ces dernières, la plus imporlante est l'attrait du sexe et de la beauté. La puissance de celle-ci est telle que les Grecs se servaient du même mot xoa;jioç, pour exprimer le monde et la perfection des formes.
Les causes physiologiques proviennent toutes, plus ou moins directement, des fonctions géniiales. Ainsi, l'appétit vénérien n'apparaît dans l'un et l'autre sexe, qu'à la puberté, c'est-à-dire au moment où commence la sécrétion spermatique chez l'homme et la menstruation chez la femme; tandis qu'il sommeille dans l'enfance et s'affaiblit en avançant en âge. La fonction génératrice est donc la dernière qui se manifeste et la première qui s'éteint.
L'accumulation du sperme dans les vésicules séminales est la cause la plus naturelle qui, chez l'adulte, tient en éveil et renouvelle sans cesse l'appétit vénérien. Ce phénomène s'effectue par un mécanisme analogue à celui qui fait naître le besoin d'uriner, à la suite de la distension de la vessie par l'urine.
D'autre part, les organes des sens sont les stimulants ordinaires de l'appétit vénérien. Ils agissent sur l'appareil génital, comme la vue ou le souvenir d'un mets savoureux sur le goût, en faisant « venir l'eau à la bouche », c'est-à-dire en provoquant la sécrétion salivaire.
Tous les sens excitent, à des degrés divers, l'appétit vénérien. Ainsi Spurina, jeune Romain d'une grande beauté, se défigure le visage pour éteindre la passion de plusieurs femmes qui s'étaient éprises de lui. Démocrite se crève les yeux (1) pour maîtriser ses passions; Ulysse fait boucher les orsilles de ses compagnons avec de la cire et veut être lui-même attaché au mâl du navire pour résister aux séductions des sirènes; Orphée s'applique à chanter sur sa lyre pour étouffer la voix des filhs d'Achéloiis.
Les charmes de la beauté, les parures et la toilette, les objets lu-
(I) « Se crever les yeux, dit Salomon, c'est fermer deux portes à l'amour et en ouvrir mille à la sagesse. »
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briques (1), comme les gravures et les statues obscènes, sont les principaux excitants génésiques du sens de la vue. Les cosmétiques et les parfums (2), employés par les femmes, ainsi que l'odeur pénétrante répandue par les femelles au moment du rut pour attirer les mâles, exercent leur action stimulante sur l'odorat; les attouchements et les baisers s'adressent au toucher ; le chant et la musique impressionnent l'ouïe. On raconte qu'un concert donné aux deux éléphants, Hanz et Parkie, du Jardin des plantes, le 10 prairial de l'an VI, eut pour conséquence d'éveiller les instincts amoureux de ces pachydermes.
Siège de l'appétit vénérien. — L'instinct de la reproduction réside, comme toutes les sensations, dans les centres nerveux et non dans les organes génitaux. Platon n'avait donc pas tort de penser que la semence venait du cerveau. Camus disait aussi : « La semence est composée de cerveaux microscopiques émanant directement du grand cerveau. » C'est, sans doute, en raison de la même croyance que les anciens firent naître directement Minerve de la cervelle de Jupiter.
La localisation des sensations génésiques dans l'encéphale explique la persistance de l'appétit vénérien chez certains castrés. Saint Basile comparait spirituellement les mutilés à des bœufs qui ont été privés de leurs cornes, mais qui peuvent encore donner des coups de tête. Godard a rapporté l'histoire d'un eunuque qui tenta de violer la femme d'un mécanicien. Shakespeare n'ignorait pas cette particularité, comme l'indique le dialogue tiré 6.' Antoine et Cléopâtre :
Cléopâtre. — Tu es bien heureux d'être châtré : ta pensée, restée libre, peut ne pas s'envoler d'Egypte... As-tu des passions?
Mardian. — Oui, gracieuse madame.
Cléopâtre. — En réalité?
Mardian. — Pas en réalité, madame, car je ne puis, en réalité, rien faire que d'innocent; pourtant j'ai des passions furibondes, et je pense à ce que Vénus fît avec Mars.
Le siège de l'appétit vénérien étant dans l'encéphale, on comprend
(1) A l'époque de la décadence romaine, les jeunes débauchés- se servaient à table d'amphores en forme de phallus et de coupes ovalaires qui rappelaient la configuration de la vulve.
(2) « Le doux parfum d'un cabinet de toilette, dit Rousseau, n'est pas un piège aussi faible que l'on pense ; et je ne sais s'il faut féliciter ou plaindre l'homme sage et peu sensible que l'odeur des fleurs que sa maîtresse a sur le sein ne fit jamais palpiter . »
pourquoi l'cxcilaLion gcnésique subsiste chez les femmes privées d'ovaires ou d'utérus. C'est pour la même raison que l'excision du clitoris et de ses racines, pratiquée dans des cas graves de délire érotique, est souvent restée infructueuse. Aussi doutons-nous de l'efficacité du moyen employé par Marie Coronel pour calmer son ardeur génésique et l'empêcher de commettre une infidélité. Cette nouvelle Lucrèce, d'après Mariana, ne pouvant résister, en l'absence de son époux, aux désirs charnels, prit un tison ardent et l'appliqua à l'endroit qu'elle regardait comme le siège de sa passion.
Depuis longtemps, on considère la moelle épinière comme le centre de l'activité génitale; mais ce cordon nerveux ne joue dans les fonctions génésiques, que le rôle d'un conducteur reliant le cerveau à l'appareil générateur. Cependant, un certain nombre de faits physiologiques et pathologiques semblent démontrer que la moelle, directement excitée, produit une réaction plus ou moins forte sur les organes de la génération. Tels sont : l'érection qui accompagne la pendaison et qui est provoquée par la compression de la partie supérieure de la moelle ; l'impuissance des facultés génératrices que l'on a signalée à la suite d'une violence exercée sur la nuque; les troubles fonctionnels que les maladies de la moelle apportent dans l'appareil génital ; les douleurs de reins produites par les excès vénériens; enfin l'excitation génésique résultant de l'application de l'électricité ou de stimulants mécaniques au niveau des lombes. Ce sont surtout ces dernières particularités qui ont contribué à faire regarder la région lombaire comme un véritable sens génital. Saint Jérôme semble avoir partagé cette opinion, car il se meurtrissait les lombes, qu'il disait être le siège de la puissance du diable.
Gall plaçait dans le cervelet le centre de Vamour physique^ de la passion erotique, de Vinstinct de la reproduction, penchants que son disciple Spurzheim confondait sous le nom d'rtwa^^'u^f^e. Mais les recherches modernes ont fait justice des erreurs d'observation sur lesquelles reposait la doctrine génésique de Gall. Ainsi, ce savant prétendait qu'aux âges extrêmes de la vie, le cervelet était, par rapport au cerveau, moins développé qu'à l'âge adulte, c'est-à-dire pendant la période de la vie sexuelle. Or, on a démontré que la proportion du volume de ces deux organes était la même pour l'adulte et pour l'enfant au-dessus de quatre ans, et qu'elle était à l'avantage des vieillards.
De plus, Gall assurait que la castration avait pour conséquence l'atrophie du cervelet et que les maladies de cet organe affaiblissaient la force génératrice. Mais, d'une part. Marchand a reconnu que le poids
des cervelets de chevaux hongres était plus grand que celui des étalons; d'autre part, Burdach n'a constaté que 10 fois sur 178, des troubles génitaux dans les hémorrhagies cérébelleuses. Le cas de cette jeune fille de l'hôpital Saint-Louis qui, bien que privée de cervelet, se livrait avec fureur à la masturbation, et mourut de ses excès, suffirait pour renverser l'hypothèse de Gall.
Partant de son erreur, ce phrénologis te expliquait la production des pollutions nocturnes, par l'action excitante de la chaleur de l'oreiller sur le cervelet; mais, nous le verrons bientôt, cette assertion ne mérite pas plus de crédit que les précédentes.
La facilité avec laquelle les mouvements de l'âme réagissent sur le cœur nous porte à attribuer à cet organe tous les sentiments que nous éprouvons, et -en particulier celui de l'amour; de là, certaines locutions, comme t'aime de tout mon cœur, qui se trouvent dans toutes les langues. Rabelais se riait de cette expression banale et la remplaçait par i'mwe c?e 6o?i /"oze, qui, prise au sens physiologique, est aussi impropre que la première, attendu qu'on n'aime pas plus avec le cœur qu'avec le foie.
Modification de l'appétit vénérien. — L'appétit vénérien subit, selon les circonstances, de nombreuses variations; il peut être diminué, exagéré ou perverti. Les causes qui influent le plus directement sur lui sont : 1° l'âge ; 2° la constitution; 3° le sexe; 4° les saisons; 5° les conditions hygiéniques et sociales; 6° les influences morales; 7° les influences morbides; 8° l'action de divers agents physiques ou chimiques, désignés sous le nom d'aphrodisiaques (de Acppoôhr), Vénus) et à' anti- aphrodisiaques.
Influence de l'âge. — Nous avons vu que l'instinct génital s'éveille à la puberté, appelée par le Talmud Vâge dit devoir, qu'il sommeille dans l'enfance et s'éteint à l'approche de la vieillesse. A cet âge, en effet, suivant un spirituel euphémisme, on est trop maître de ses passions. Lamartine dépeint plus poétiquement cette impuissance sénile :
J'ai passé l'âge heureux où la fleur de la vie,
L'amour, s'épanouit et réchauffe le cœur
Et l'admiration dans mon âme ravie
N'a plus pour la beauté qu'un rayon de chaleur.
L'appétit vénérien acquiert son plus grand développement vers le milieu de l'âge adulte. Pour Balzac, la femme n'est réellement femme
qu'à trente ans. « On n'aime bien qu'à trente ans, dit Louis Desnoyers, c'est la saison des véritables amours; avant, ce ne sont guère que des amourettes; après, ce ne sont presque jamais que d'indignes amourailles. »
Chez certaines natures privilégiées, et leur nombre en est assez grand, l'ardeur génésique se manifeste aux âges extrêmes de la vie. Vamourn'a pas d'âge, dit Pascal, il est toujours naissant, et c'est pour cela que les poètes le représentent comme un enfant.
« On a vu, écrivent Grimaud de Gaux et Martin Saint-Ange, des enfants au berceau chez lesquels la sensibilité des organes sexuels était déjà éveillée. Il est vrai que, dans des cas semblables, c'était presque toujours la faute des nourrices qui, ayant découvert dans les chatouillements de ces organes un moyen d'apaiser les cris de leurs nourrissons, se débarrassaient de leur importunitéet jetaient pour toujours dans leur économie les germes d'un vice funeste. « Le docteur Andrieux, cité par Deslandes, a connu un enfant qu'on avait confié à une jeune nourrice et qui dépérissait chaque jour. Les parents affligés cherchaient en vain la cause de cet état, quand un soir, ils trouvèrent cette malheureuse exténuée, sans mouvement, avec son nourrisson qui cherchait encore dans une succion affreuse et inévitablement stérile, un aliment que les seins auraient pu seuls donner. Les archives médicales relatent plusieurs exemples curieux de précocité génitale : Planque a observé deux enfants de quatre ans qui pouvaient accomplir l'acte vénérien; Fagès de Gazelles a vu un autre enfant du même âge dont les organes de la génération étaient aussi développés que ceux d'un homme de trente ans et qui aimait à se trouver avec les filles nubiles, auprès desquelles il manifestait les désirs les plus passionnes.
Il est plus fréquent de voir l'ardeur génésique persister dans la vieillesse; nous en citerons plusieurs exemples quand nous nous occuperons des limites de la fécondité. Pour l'instant, nous n'en rappellerons que quelques-uns : Archeanassa était la maîtresse de Platon à soixante ans, « l'amour, disait ce philosophe, se niche encore dans ses rides »; Diane de Poitiers inspirait, au même âge, de l'amour a Henri II; Ninon de Lenclos, quadragénaire, eut une violente passion pour l'abbé Gedoyn. La répartie d'une dame de soixante ans à M. Bertillon, raconte le D»" Fiaux, peut être citée comme un exemple véridique et piquant de ce que les femmes pensent de l'amour malgré leurs cheveux blancs. Le savant statisticien avait été amené dans son examen à lui demander l'époque de sa vie où elle avait cessé les relations conjugales : Monsieur, lui répondit-elle en souriant, il faut de-
DE l'appétit vénérien
mander cela à une plus vieille que moi! D'après le même auteur, les mœurs des vieillards des deux sexes dans les maisons de retraite à Issy, à Ivry, à Sainte-Périne, etc., prouvent la persistance du besoin sexuel dans la vieillesse. Tel septuagénaire sollicite la main d'une fiancée du même âge; tel autre se choisit une vieille concubine et lui donne rendez-vous dans quelque coin de l'établissement ou au dehors. Les scènes de jalousie, provoquées ou non par l'adultère, s'y observent aussi. Champfleury a étudié ces mœurs curieuses dans les Amoureux de Sainte-Périne.
Mais ces cas sont exceptionnels, et la règle est que le sens génésique s'endort dans la vieillesse, alors que, par une sorte de compensation, le goût se développe et s'affme. Aussi, comme le fait observer Réveillé-Parise, n'est-il pas rare de trouver des vieillards bons et intrépides gastronomes, qui peuvent dire avec Fontenelle :
Qu'on raisonne ah hoc et ah hac Sur mon existence présente; Je ne suis plus qu'un estomac, C'est bien peu, mais je m'en contente.
« L'organe du goût, a dit de son côté Bichat, est le dernier fil où demeure suspendu le plaisir des vivants. »
Influence de la constitution. — L'appétit vénérien présente, dans ses manifestations, bien des variétés qui sont en rapport avec la constitution des individus. S'il existe, comme nous venons de l'indiquer, des tempéraments doués d'un penchant génésique exceptionnellement précoce ou prolongé, il en est d'autres, au contraire, qui montrent, en tout temps, la plus grande indifférence pour les plaisirs de l'amour. On prétend, par exemple, que Zénon n'eut qu'un seul rapport avec sa femme pendant toute sa vie. Mais, quoi qu'en disent certains adages (1), il est impossible de reconnaître par des caractères extérieurs l'ardeur plus ou moins grande des tempéraments. Ainsi des phtisiques conservent jusqu'au dernier moment des velléités érotiques très accusées, tandis que des hommes jeunes et vigoureux
(1) Le grand Condé était devenu amoureux de Ninon de Lenclos^ et il avait obtenu ses faveurs. Ce prince, paraît-il, était très velu. Ninon, qui était fort instruite et parlait latin, connaissait ce vieux proverbe de la langue d'Horace : Vir pilosux, vel/ortis, vel Uiidinosiis , l'homme velu est brave ou passionné. — Ahl prince, s'écria-t-elle, que vous devez être courageux 1
ne sont souvent animés que de désirs modérés. « La phtisie pulmonaire, dit Brachet, semble inspirer à l'iiomme le besoin de remplir bien vite sa carrière en se reproduisant promptement, et celui de jouir en quelques instants de la vie abrégée qui lui est dévolue. »
Malgré l'opinion généralement répandue et que nous avons déjà rapportée, il ne faut pas rechercher dans le développement du larynx ou du nez un indice quelconque de l'activité génitale. De môme, les sourcils touffus, se rencontrant sur la racine du nez, passent à tort pour le trait caractéristique d'instincts génésiques puissants. Balzac fait justice de cette croyance en dotant un de ses personnages. Du Bousquet, de ce signe particulier, qui engage mademoiselle Cormon à en vérifier la valeur après un célibat de quarante ans ; mais il paraît que l'expérience ne lui fut pas favorable et que les sourcils en broussailles restèrent au-dessous de leur réputation proverbiale.
Influence du sexe. — La sensibilité génitale est, comme la puberté dont elle dépend, plus précoce dans le sexe féminin que dans l'autre; mais cependant elle est moins ardente et s'éteint plus tôt chez la femme que chez l'homme. De même pour les animaux, c'est toujours le mâle qui recherche et attaque la femelle. On observe le contraire chez quelques espèces d'insectes comme les fourmis, les abeilles, les guêpes, ainsi que chez les chattes et chez les femelles du cochon et du lama : ce sont alors les femelles qui provoquent et excitent les mâles.
Ce n'est qu'exceptionnellement que l'ardeur génésique de la femme est plus vive que celle do l'homme. Le D"" Goldschmid a connu des prostituées qui lui ont avoué qu'étant amoureuses d'un jeune homme, elles ont sacrifié jusqu'à six fois par jour, pendant toute une semaine, sur l'autel de la volupté, sans aucune feinte. L'homme naturellement est tombé malade, mais la femme, comme dit Salomon, après avoir mangé, a essuyé sa bouche et a dit : Ce n'est rien/ Montaigne cite aussi l'exemple de Proculus et de l'impératrice sa femme « maîtres ouvriers et fameux en cette besongne ; luy despucela bien en une nuict dix vierges sarmates ses captives ; mais elle fournit réellement, en une nuict, à vingt et cinq entreprinses, changeant de compaignie, selon son besoing et son goust».
Les femmes des pays chauds passent pour être plus ardentes que celles des climats tempérés. Ainsi le D^" Guillemeau, l'auteur de la Polygénésie, dit, qu'à Patani, dans la péninsule de Malacca, les hommes sont obligés de porter des ceintures pour se mettre à l'abri des entreprises du sexe féminin.
DE l'appétit VÉNÉRIEN
Influence des saisons. — L'appôLit vénérien n'est point, cliez l'homme, assujetti, comme cliez les animaux, à l'influence des saisons. — Quoi! Madame, disait-on à madame de la Sablière, toujours de V amour et des amants ! Les bêtes n'ont du, moins qu'une saison. — C'est vrai, répondit-elle, mais ce sont des bêtes. — Les animaux, en effet, ne s'accouplent qu'à certaines époques de l'année : les oiseaux au printemps, les cerfs en automne, les loups et les renards en hiver. Dans l'espèce humaine, le printemps est l'époque la plus favorable aux rapports sexuels. « Le temps plus convenant à génération est prinstemps et le pire est autupne, » dit Champier. Ainsi, c'est dans le mois de mai que l'on observe le plus grand nombre de conceptions, de viols et d'attentats à la pudeur, comme le prouvent les registres de l'état civil et les statistiques criminelles.
Influence du régime et des professions. — Le régime est, de toutes les conditions hygiéniques, celle qui agit le plus directement sur l'instinct sexuel. Celui-ci est excité sous l'influence d'un bon repas, mais il s'émousse chez ceux qui prennent habituellement une nourriture trop abondante. C'est pourquoi les gastronomes, qui, il est vrai, ont atteint généralement l'âge mûr, sont peu portés aux plaisirs vénériens. « Un cruel tyran, le ventre, domine toute la nature, dit Michelet, il dompte jusqu'à l'amour. »
De même, les libations excitent ou bien dépriment l'appétit sexuel, selon qu'elles sont copieuses ou modérées. Ainsi, le vin pris dans une certaine mesure rend, d'après l'expression de Pline, gentil compagnon à Vendroit des dames (1) ; pris en trop grande quantité, il produit un résultat inverse. Plutarque le constate dans ce passage traduit par Amyot : « Ceux qui boivent beaucoup de vin, mesmement tout pur, sont lâches à l'acte de la génération, et ne sèment rien qui vaille, ni qui soit de bonne trempe pour bien engendrer ; et leurs conjonctions avec les femmes sont ainsi vaines et imparfaites. » Bacon a signalé l'impuissance précoce des ivrognes et la prolongation de la virilité chez les buveurs d'eau. Le jurisconsulte Tiraqueau, qui, suivant Bayle, n'avait pas moins à cœur d'augmenter le nombre des habitants delà terre que celui des livres, ne buvait que de l'eau ; ce
(1) C'est uniquement dans cette circonstance que la cliauson a raison de dire :
Je connais un certain compère Qui, seulement quand il est gris, S'acquitte envers sa ménagère Du devoir sacré des maris.
qui ne l'empêcha pas de faire, par an, un livre et un enfanl. Il fut père de vingt enfants.
L'abstinence est le modérateur le plus efficace de l'activité génitale. Aussi les anciens appelaient-ils la sobriété Sophrosyne, c'est-à-dire la déesse de la sagesse. Cratès pensait que les véritables remèdes de l'amour sont la faim, le temps ou la corde. — « On ne sait pas, a dit d'autre part l'auteur de la Solitude, combien une femme devient fidèle quand elle est mal nourrie. » C'est par la pratique du jeûne et des macérations que les ermites du désert résistaient aux aiguillons de la chair. Saint Hilarion admonestait son corps et lui disait: Si tu fais le rétif, tu ne mangeras que de la paille.
Cependant, la privation de nourriture ne produit pas toujours un effet dépressif sur l'appé lit vénérien, ainsi que le prouve l'extrême fécondité des gens de condition misérable : les Irlandais, par exemple^ sont en même temps le peuple le plus pauvre et le plus prolifique du globe. Mais cette fécondité tient, non pas au mode d'alimentation, mais avant tout, à la recherche d'un plaisir facile et à l'insouciance avec laquelle les malheureux envisagent l'avenir de leurs enfants.
Les professions exercent aussi une action plus ou moins marquée sur l'appétit vénérien. D'après M. Guibout, il serait excité chez les couturières par les frottements répétés que provoquent les machines à coudre. Il subirait, au contraire une dépression considérable chez les ouvriers occupés au maniement de certaines substances, comme le mercure pour les doreurs ; le sulfure de carbone pour ceux qui travaillent le caoutchouc ; le phosphore pour ceux qui fabriquent les allumettes chimiques.
Influences morales. — De toutes les influences psychiques, l'imagination est celle qui exerce l'action la plus manifeste sur l'énergie génitale, soit en l'exaltant, soit en la déprimant. C'est pourquoi, telle femme, indifférente à un individu, est recherchée avec ardeur par un autre. De même, il est des personnes qui ne peuvent subir le contact de certains hommes qu'avec répulsion. Rondelet raconte l'histoire d'une femme qui tombait en catalepsie à chaque approche de son mari qu'elle détestait. M. Roubaud a rapporté, dans son Traité de V impuissance, l'histoire d'un jeune officier dont les désirs vénériens ne s'éveillaient qu'auprès de certaines femmes et avec le concours de circonstances particulières. Pour que ses sens tressaillissent sous l'aiguillon du désir, il fallait que la femme fût blonde, coiffée à l'anglaise, chaussée de brodequins, emprisonnée dans un corset, vêtue d'une robe de soie, en un mot réunit toutes les particu-
DE l'appétit vénérien
larités que le souvenir de M. X... gardait de ses premiers ébats erotiques. MM. Charcot et Magnan ont cité des hommes, chez qui l'appétit sexuel était excité ou par un bonnet de nuit, ou par un tablier blanc, ou par les clous de la semelle d'une bottine de femme !
Un sentiment trop exagéré de la pudeur est encore une cause morale incompatible avec tout désir vénérien. « La bru de Pythagore, écrit Montaigne, disait que la femme qui se couche avecques un homme, doibt, avecques sa cotte, laisser quand et quand la honte et la reprendre avecques sa cotte. » Voltaire parle d'un homme qui était impressionnable au point de tomber en syncope « à la vue de ce qui donne des désirs aux autres ». Esquirol a cité une jeune femme qui devint folle la première nuit de ses noces.
D'autres circonstances prouvent l'influence de l'imagination sur les besoins génésiques. Ils sommeillent quand l'esprit est occupé, tandis que l'oisiveté passe pour être la mère de tous les vices. « Dieu a posé le travail pour sentinelle de la vertu, » écrit Hésiode. Les anciens représentaient sans mamelles la déesse Minerve qui présidait aux travaux domestiques. Ils voulurent aussi qu'Apollon et les neuf Muses restassent chastes. « Celui qui ne fait rien, dit Franklin, est bien près de mal faire. » « L'homme oisif est comme l'eau qui dort, il se corrompt, » dit encore Latena. Et comme le remarque judicieusement le D"" Seraine dans la Santé des gens mariés^ rien n'est plus vrai que ce proverbe : a On fait la cour à Dieu à genoux ; mais oisif et étendu sur un canapé, on la fait au diable. » Rabelais raconte que « Ganoclas Sicyonian, sculpteur, voulant donner à entendre que oisiveté, paresse, nonchaloir, estoient les gouvernantes de raffieneryes, feit la statue de Vénus assise, non debout, comme avoyent fait ses prédécesseurs ». Enfin le vers latin proverbial :
Otia si tollas, perlera Cupidinis arcus (1)
n'a jamais cessé d'être vrai. Si Pénélope a pu résister aux instances de ses nombreux prétendants et attendre le retour d'Ulysse, c'est en défaisant la nuit la tapisserie qu'elle avait tissée le jour. « La simple occupation de coudre et de tricoter, pense Zimmermann, détourne peut-être plus de passions dangereuses que toutes les puissances de la terre. » C'est pour la même raison que les travaux intellectuels, les
(1) Sans loisir, l'arc de Cupidon est sans force.
méditations profondes et les préoccupations de l'esprit éloignent des plaisirs de l'amour ; La Fontaine l'a dit :
Un muletier, à ce jeu, vaut trois rois.
Les hommes de génie sont souvent privés de toute énergie sexuelle, c'est l'avis de Destouches dans le Philosophe marié :
On dit qu'on n'a jamais tous les dons à la fois,
Et que les grands esprits, d'ailleurs très estimables,
Ont très peu de talent, pour former leurs semblables.
Newton, Kant, Pitt, Fontenelle, Beethoven, d'après l'histoire, avaient la plus grande aversion pour les femmes. Lorsqu'on proposait à Michel-Ange de se marier, il disait : La peinture est une jalouse qui ne souffre point de rivale. Epaminondas, à qui l'on reprochait de ne pas avoir d'enfants, répondit : Les victoires de Leuctres et de Mantinée sont mes deux filles. Enfin Cicéron, après avoir répudié sa femme, répondait à ceux qui lui conseillaient d'en prendre une autre: Eh/ mes amiSj ne savez-vous pas qu'il est impossible d'épouser une femme et la philosophie tout ensemble ?
Influences morbides. — Divers états pathologiques peuvent déterminer l'abolition, l'exagération ou la perversion de l'appétit vénérien. Ces troubles fonctionnels donnent lieu, dans le premier cas, à la frigidité; dans le second, à la nymphomanie et au satyriasis, et dans le dernier, à tous les actes de bestialité ou contre nature comme la pédérastie, la sodomie et la tribadie.
Abolition de l'appétit vénérien. Frigidité. — La perte de l'appétit vénérien ou frigidité (de frigidus^ froid) a encore reçu le nom ù! anaphrodisie (de av, privatif., et A«ppoStTT), Vénus). Elle se constate surtout chez la femme et se rattache ordinairement à certaines névroses comme l'épilepsie, l'hystérie ou la catalepsie. Mais, le plus souvent, la frigidité génitale est native et dépend d'une disposition particulière de l'organisme. Brachet a appelé les individus affectés de cette anomalie des eunuques de tempérament. C'est probablement ainsi, fait remarquer cet auteur, qu'étaient organisés les Adhelme, les Bernard, les Marlinien, les Arsène, les Robert d'Arbrisselles, etc., qui recevaient dans leur lit les objets les plus séduisants sans éprouver la moindre sensation.
DE l'appétit vénérien
Exagération de l'appétit vénérien. Satyriasis et nymphomanie. — L'exaltation do la sensibilité génitale prend le nom de fureur utérine ou de nymphomanie chez la femme, et celui de satyriasis chez l'homme, par allusion à la lubricité des Nymphes et des Satyres. Cet état morbide peut se rencontrer à tous les âges, dans l'enfance comme dans la vieillesse, mais il est surtout fréquent à l'âge adulte, c'est-à-dire pendant la période de l'activité génitale. Buchan l'a observé chez une petite fille de trois ans et chez une septuagénaire.
La veuve Crémieux fut assassinée en 1876, à l'âge de soixante-seize ans, par deux jeunes gens de mauvaise vie qu'elle attirait souvent chez elle. Parent-Duchâtelet a rapporté, d'autre part, l'histoire d'une enfant de huit ans qui était sans cesse préoccupée du désir de tuer ses parents dans le but de s'emparer de leur argent et d'aller « s'amuser avec les petits garçons et avec les hommes ». Le D"" Vanier, du Havre, a vu un enfant de dix ans qui, pour être délivré d'une petite sœur dont la présence l'empêchait de se livrer aux plaisirs solitaires, la tua en lui enfonçant une épingle à cheveux dans l'oreille. Broca a communiqué à la Société de chirurgie l'observation d'une petite fille de cinq ans, qui se livrait à une masturbation acharnée, malgré la surveillance la plus active et en dépit d'une ceinture de chasteté fabriquée par Gharrière. A force de ruser, elle était parvenue à tourner l'obstacle et à se masturber avec le gros orteil, adroitement insinué sous la ceinture. On fut obligé de pratiquer l'infibulation, mais sans grand succès. Elle était atteinte d'un véritable délire érotique qui consistait à adresser à ses organes génitaux des paroles passionnées ; elle les appelait familièrement: Mon petit chat, mon petit Jacques^ et se plaignait vivement de ce que ses parents et son médecin l'empêchaient de leur prodiguer ses attouchements et ses caresses.
Les personnes atteintes de cette névrose génitale subissent, sous son influence, une perversion passagère ou permanente des facultés intellectuelles qui les pousse à commettre des actes d'une lubricité révoltante et même des crimes. Témoin ce jeune collégien de Pontoise qui, dans un accès de délire érotique, se livra sur sa bonne aux derniers outrages après l'avoir étranglée. Plus récemment encore, le jeune Menesclou violait une enfant, de quatre ans et la coupait en morceaux.
En 1879, un garçon de ferme, Prunier, viole une vieille femme, la tue à coups de bâton, la jette à la rivière, puis la repêche après son souper, afin d'assouvir de nouveau sa passion sur le cadavre. Cet assassin fut exécuté à Beauvais, et les médecins commis à l'examen
du cadavre ont trouvé des lésions cérébrales qui étaient des indices certains d'aliénation mentale. On avait guillotiné un fou.
Casper parle d'une mère dénaturée qui avait abusé de son fds âgé de neuf ans. Mais nous ne connaissons pas d'exemple plus cynique que cet attentat, cité par Tardieu, d'une mère sur sa fille : « Une femme, jeune encore, avait, sous l'influence d'un dérèglement de l'imagination impossible à comprendre, défloré sa petite fdle, âgée actuellement de douze ans, en lui introduisant les doigts très profondément et à plusieurs reprises chaque jour, pendant plusieurs années, dans les parties sexuelles et dans l'anus... L'enfant racontait, avec un accent de vérité saisissant, qu'il n'était pas rare que sa mère la réveillât au milieu de la nuit, et se livrât sur elle à ces actes efl'rénés qui se prolongeaient pendant une heure entière ; et durant celte scène, devant laquelle l'esprit recule, la mère était haletante, son teint, son regard s'animaient, son sein s'agitait; elle s'arrêtait, baignée de sueur. »
Ce n'est pas toujours la surexcitation génésiquequi pousse certains individus dépravés de l'un et de l'autre sexe à commettre des attentats sur de jeunes enfants ; c'est aussi cette croyance, encore fort répandue, que le contact d'une personne vierge peut guérir les affections vénériennes. La Cour d'assises des Gôtes-du-Nord a jugé, en 1801, une fille de vingt et un ans qui, obéissant à ce préjugé, avait communiqué à un enfant de cinq ans, la grave maladie dont elle était atteinte.
Chez l'homme, le sens génésique arrive rarement à un aussi haut degré d'exaltation que chez la femme. Cependant, certains individus, adonnés à la masturbation, ont recherché de nouvelles sensations en s'introduisant dans l'urètre des corps étrangers qui produisaient souvent des lésions fort graves. Le D"" Fardeau, de Saumur, eut, dans un cas semblable, à procéder à l'extraction d'un fil de fer dont le bout était recourbé en forme de crochet et qui s'était fiché dans la portion membraneuse de l'urètre. Lallemand a retiré du canal urinaire d'un homme de cinquante ans, un carrelet à matelas. Rigal dut pratiquer un jour l'opération de la taille pour extraire de la vessie d'un homme de trente-huit ans, une tige de glaïeul qui s'y était brisée pendant le spasme vénérien. Voici un autre fait que Chopart rapporte dans son Traité des voies urinaires. Un berger du Languedoc qui se masturbait jusqu'à huit fois par jour, s'introduisait dans l'urètre une baguette de coudrier, pour se procurer des sensations plus vives. L'éjaculation étant devenue plus difficile à obtenir, il se fît des incisions sur le gland avec un couteau ; et il répéta si souvent cette
DE l'appétit vénérien
manœuvre, qu'il finit par fendre longitudinalement sa verge en deux.
L'observation suivante n'est pas moins curieuse; elle a été publiée par le Félix Legros dans le Journal des connaissances médicochirurgicales del836. En mai 1827, Henri Balke, cordonnier, néenSaxe et domicilié à Paris, rue de la Tonnellerie, alla chez une fille publique de la même rue ; il lui fit prendre un tranchet et lui recommanda, au moment de l'éjaculation, d'inciser doucement et en appuyant de plus en plus 'sur la peau des bourses: Tu ne t'arrêteras^ ajouta-t-il, qu'au moment ou je t'en prierai. La fille, satisfît en tous points à la demande de Balke, et celui-ci ressentit un si grand plaisir qu'il s'oublia dans son ivresse et que la fille, qui allait toujours coupant jusqu'à nouvel ordre, lui divisa entièrement le cordon testiculaire du côté droit et le scrotum du côté gauche.
Quelquefois, le délire erotique porte celui qui en est atteint à assouvir sa passion sur des êtres inanimés comme des statues. Athénée, Lucien et saint Clément d'Alexandrie en citent plusieurs exemples. Philémon et le poète Alexis, raconte Moreau de Tours, dans son étude sur les Aberrations du sens genésique, mentionnent aussi qu'un individu nommé Clisophe s'enferma dans le temple de Samos pour y posséder une statue en marbre de Paros, dont il s'était épris. N'ayant pu se satisfaire à cause du froid et de la dureté du marbre, il sortit et revint:avec un morceau de chair qu'il appliqua sur les parties génitales de la statue. Les journaux ont parlé récemment d'un jardinier qui devint amoureux d'une statue de Vénus de Milo, placée dans un parc.
Il est encore un crime monstrueux dû à la perversion du sens génital; c'est la profanation des cadavres. Entre tous les exemples cités dans les ouvrages de médecine légale, nous ne donnerons que le suivant: « En 1787, dit Michéa, près de Dijon, à Cîteaux, un mien aïeul, qui était médecin de cette célèbre abbaye, sortait un jour du couvent pour aller voir dans une cabane, située au milieu des bois, la femme d'un bûcheron que, la veille, il avait trouvée mourante. Le mari, occupé à de rudes travaux, loin de sa demeure, se trouvait forcé d'abandonner sa femme, qui n'avait ni enfants, ni parents, ni voisins autour d'elle. En ouvrant la porte du logis, mon grand-père fut frappé d'un spectacle monstrueux. Un moine quêteur accomplissait l'acte du coït sur le corps de la femme qui n'était plus qu'un cadavre. »
Le satyriasis et la nymphomanie sont produits par diflerentes causes d'origine cérébrale ou génitale. A ces dernières appartiennent le phimosis, les dartres du périnée, le prurit de la vulve, les déman-
gcaisons du gland chez les gravelleux. Les causes qui provicnncnl des centres nerveux sont l'idiotie, l'affaiblissement sénile et les névroses comme l'hystérie. On peut voir dans les vitrines du musée Dupuytren, la tête d'un idiot hydrocéphale, qui se livrait à une masturbation effrénée ; son plus grand plaisir était de s'habiller en femme, bien qu'il n'éprouvât aucun penchant pour le sexe féminin. Tardieu cite dans ses Attentats aux mœurs, une fdle C..., âgée de quinze ans et demi, qualifiée « d'excessivement bête, presque idiote », par le rapport du gendarme qui procéda à son arrestation. Cette fille, dit ce rapport, va trouver un cantonnier travaillant à sa carrière, à un mètre en contrebas de la roule, là elle retrousse ses jupes, le cantonnier la blâme énergiquement; alors, pour toute réponse, cette fîUe se met à satisfaire un besoin naturel, et comme le cantonnier la blâme toujours elle se couche le ventre à terre, se frotte avec violence en disant : Ah/ que fen ai envie!
Gomme exemple d'exaltation génésique par affaiblissement sénile, nous citerons ces vieillards auxquels M. Lasègue a donné le nom d'exhibitionistes, parce qu'ils montrent en public leurs organes génitaux.
De toutes les causes qui prédisposent le sexe féminin à la nymphomanie, la plus fréquente est l'hystérie. La femme alïectée de cette névrose est généralement douée d'une imagination vive ; elle est tourmentée sans cesse de désirs insatiables :
Ce n'est plus une ardeur en ses veines cachée, C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.
Les célèbres courtisanes Poppée, Julie, Agrippine, Messaline (1), sont, dans l'antiquité, les prototypes du genre. Dans les temps mo-
(1) Tandis que l'Empereur stupidement sommeille,
L'œil ardent, près de lui, l'impératrice veille : Par de faux cheveux blonds son front est ombragé, Et, quand dans le repos tout l'Empire est plongé, Elle court de Vénus célébrer les mystères, Porte en des lieux impurs ses fureurs adultères. Là, de honteux plaisirs s'enivrant à son gré. Du nom de Lycisca voilant son front sacré, Lasse des voluptés, mais jamais assouvie. Celle, ô Britannicus, qui t'a donné la vie, Heule, et de crime en crime errant en liberté, Prostitue aux Romains les flancs qui t'ont porté.
M,-J. Chbxier.
DE l'appétit vénérien
dernes, on peut citer au même titre Catherine II de Russie, qui eut, dit-on, jusqu'à douze amants à la fois.
Au moyen âge et encore de nos jours, certains états névropatliiques particuliers ont fait naître des illusions et des hallucinations du sens génésique et ont donné lieu à de véritables épidémies de délire érolique, comme la croyance aux succubes et aux incubes; les conceptions délirantes des possédées desCévennes, de Loudun, deVerzegnis dans le Frioul (Italie) et de Morzines dans la Haute-Savoie; les aberrations génésiques de certaines sectes religieuses, comme les gnostiques,' dont un père de l'église, Epiphane, raconte les pratiques dégoûtantes : « Après qu'ils se sont prostitués les uns aux autres, ils montrent au jour ce qui est sorti d'eux. Une femme en met dans ses mains. Un homme remplit sa main de l'éjaculation d'un garçon, et ils disent ensuite à Dieu : Nous te présentons cette offrande qui est le corps du Christ. Ensuite hommes et femmes avalent ce sperme et s'écrient : c'est la Pâque. Puis on prend du sang d'une femme qui a ses ordinaires, on l'avale, et on dit : c'est le sang du Christ. »
Pour combattre l'exaltation du sens génital chez les hystériques, on a proposé et pratiqué l'excision du. clitoris ou la ditéridectotnie ; mais ce remède barbare compte peu de partisans : il est, du reste, d'une efficacité fort douteuse. En Angleterre, Baker-Rrown fît un tel abus de cette opération, qu'il fut exclu de la Société obstétricale de Londres, pour l'avoir pratiquée sans nécessité. Manec retira quelque avantage de la section des nerfs qui donnent au clitoris son exquise sensibilité ; mais le remède le moins dangereux et le plus efficace de cette névropathie génésique est celui que Lisette conseille à Sganarelle pour sa fille malade : Un mari^ un mari, un mari!
Esquirol, rencontra, un soir, au coin d'une rue, une jeune fille nymphomane pour laquelle il avait été consulté quelque temps auparavant et à qui il avait conseillé le mariage : Que faites-vous là, malheureuse? lui dit le célèbre aliéniste. — Monsieur, répondit-elle, je suis votre ordonnance... je me guéris.
De l'ér otomanie. — Il ne faut pas confondre le satyriasis et la nymphomanie avec Vérotomanie (de è'pwç, amour, et f^avia, manie). Cet état morbide, au contraire des précédents, qui dépendent de l'éréthisme du sens génital poussé à l'extrême, est caractérisé par une passion amoureuse exaltée, mais dépourvue de toute idée sensuelle. C'est une sorte d'affection mentale, passagère ou permanente, qui conduit souvent au suicide.
L'un des exemples les plus curieux de ce genre de maladie est celui
du jeune Ferrand, qui fui jugé par le tribunal de Versailles, le 18 mars 1838. A l'âge de dix-huit ans, ce jeune homme tomba éperdûment amoureux d'une jeune fille qu'il demanda en mariage. Sur le refus formel de la famille de cette dernière, les deux amants résolurent de se faire mourir. Ferrand tira deux coups de pistolet dans la tête de la jeune fille et l'acheva avec un couteau poignard; puis, tournant l'arme contre lui, il essaya à trois reprises différentes de se donner la mort, mais il survécut à ses graves blessures. Ce jeune homme fut acquitté comme avant agi sous l'influence de la monomanie érotique ; l'autopsie démontra, en effet, que la jeune fille était morte vierge.
Dépravation de l'appétit vénérien. — Tous les abus sexuels contre nature, tels que les différents modes de l'onanisme, les actes de bestialité, les attentats commis par des individus sur des personnes du même sexe, c'est-à-dire la pédérastie et la tribadie, viennent d'une perversion excessive de l'appétit vénérien. Il en est de même de certaines pratiques honteuses dont nous allons donner quelques exemples.
Tardieu parle, dans ses Attentats aux mœurs, d'un homme d'une position élevée qui se livrait sur des enfants de la plus basse condition à des actes d'une salacité odieuse et qui embrassait avidemment leurs pieds. Il cite un autre personnage qui éprouvait un véritable plaisir à recevoir de violents coups de pieds par derrière. On se souvient du scandale que produisit, il y a quelque temps, l'arrestation du comte de G..., pris en flagrant délit, dans les Champs-Elysées, avec un vagabond de la pire espèce.
Nous signalerons encore les individus qui s'introduisent dans l'anus, des corps étrangers volumineux: on peut voir, au musée Dupnytren, une chope qu'un maître d'étude eut la repoussante fantaisie de s'introduire dans l'anus, et dont l'extraction lui coûta la vie. M. Le Dentu a présenté à la Société de chirurgie un couteau de cuisine qu'il a retiré du rectum d'un homme, âgé d'environ soixante ans. Cet individu raconta qu'il s'était assis par mégarde sur ce couteau, planté par sa pointe sur une planche; mais, sous l'influence du chloroforme, il avoua que son récit était faux : C est moi-même, dit-il, qui se Vest fait. Enfln, nous rappellerons l'histoire de cette courtisane, qui se laissa introduire dans le fondement une queue de cochon et dont Denonvilliers fît l'extraction, après avoir protégé les parois du rectum avec un tube en verre.
A côté de ces faits que la raison a peine à concevoir, nous pouvons placer les actes de bestialité suivants : Un cultivateur du Jura
DE l'appétit Vénérien
succomba, en 1865, aux désordres internes déterminés par la verge d'un jeune taureau qu'il s'était introduite dans l'anus ; un homme de peine fut condamné, en 1867, à trois mois de prison pour s'être livré à des tentatives contre nature sur des poules ; le D"" Kutter fait mention d'un sous-ùfficier de l'armée prussienne qui fut accusé par son capitaine du crime de bestialité sur une jument. Hérodote rapporte que les femmes de la province de Mendès se livraient aux boucs sacrés. Ces rapprochements monstrueux n'étaient pas étrangers aux Hébreux, puisque, dans le Lévilique, Moïse les défend sous peine de mort. Plus tard, les actes de bestialité étaient aussi punis de la même peine : les coupables et les animaux étaient brûlés vifs. Le 14 mars 1550, Guillaume Garnier, convaincu de ce crime sur une grande chienne noire, fut condamné à être brûlé avec elle. Le 17 juin 1609, Etienne Pasin, domestique à Franconville, âgé de cinquante et un ans, fut condamné à être pendu puis brûlé pour bestialité avec une jument.
De nos jours, les jugements sont moins sévères, et ce crime est considéré ainsi que la pédérastie, comme un outrage public à la pudeur. On connaît, raconte Moreau de Tours, d'après Voltaire, la réponse du grand Frédéric, à qui on avait donné à signer la peine de mort d'un de ses sujets, convaincu de bestialité avec son ânesse. Le roi ne confirma pas la sentence et écrivit au bas « qu'il donnait dans ses états et liberté de conscience et liberté de viol ».
De l'onanisme. — L'onanisme, d'après M. Pouillet, est un acte contre nature, fait à l'aide d'un organe vivant (main, langue), ou d'un instrument quelconque (étui, priape), dans le but de provoquer le spasme vénérien, que cet acte soit solidaire ou exécuté en commun. Chez la femme, l'onanisme peut encore se produire par le frottement des cuisses pressées l'une sur l'autre. C'est pourquoi l'on défend aux jeunes filles de se croiser les jambes.
Voici comment Voltaire explique, dans son Dictionnaire philosophique, l'origine du mot onanisme : « Judas avait marié son fils aîné, Her, à la phénicienne Thamar. Her mourut pour avoir été méchant. Le patriarche voulut que son second fils Onan épousât la veuve ; selon l'ancienne loi des Égyptiens et des Phéniciens, cela s'appelait susciter des enfants à son frère. Le premier-né du second mariage portait le nom du défunt, et c'est ce qu'Onan ne voulait pas. Il haïssait la mémoire de son frère, et pour ne point faire d'enfant qui portât le nom de Her, il est dit qu'il jetait sa semence par terre. Or, il reste à savoir si c'était dans la copulation avec sa femme qu'il trom-
pait ainsi la nature, ou si c'était au moyen de la masturbation qu'il éludait le devoir conjugal ; la Genèse ne nous apprend point cette particularité. Mais aujourd'hui, ce qu'on appelle communément le péché d'Onan, c'est l'abus de soi-même avec le secours de la main, vice assez commun aux jeunes garçons et même aux jeunes filles qui ont du tempérament. » C'est ce que les cyniques appelaient là chose indifférente et ce que nous nommons aujourd'hui la manuélisation ou la masturbation (1).
Ce vice, en effet, est très répandu chez les enfants des deux sexes, et il constitue l'inconvénient le plus sérieux de l'éducation en commun. 11 s'observe aussi chez les adultes qui n'ont pu se défaire des mauvaises habitudes contractées dans leur jeunesse ou qui, doués d'une nature ardente sont obligés de vivre dans la continence. C'est par exception que l'onanisme revêt un caractère morbide particulier. Tel est le cas du sergent Bertrand, qui déterrait les cadavres de femme, les mutilait à coups de sabre, et se masturbait d'une main, tandis qu'il serrait convulsivement, de l'autre main, une partie quelconque du cadavre, mais plus particulièrement les entrailles.
Nous ne dirons que quelques mots des pratiques bizarres, des raffinements inouïs et des instruments variés au moyen desquels les masturbateurs satisfont leur fatale passion. Déjà, nous avons signalé les corps étrangers que des individus pervers s'introduisaient dans le canal de l'urètre, pour augmenter les jouissances de l'onanisme. D'autres se masturbent en engageant leur verge dans un anneau étroit et rigide comme une bobèche de chandelier, un anneau de clé, une virole de fer, etc. Un jeune homme, prenant un bain, imagina d'introduire sa verge dans le trou situé au fond de la baignoire et dont on ne parvint à le dégager qu'à grand'peine.
C'est à la suite de manœuvres analogues que des corps étrangers, comme un sifflet d'ivoire, des étuis à aiguilles, des cure-dents, ont été retrouvés dans le canal de l'urètre ou dans la vessie de plusieurs femmes adonnées à l'onanisme. Il en est de même d'autres objets plus volumineux, tels qu'un pot de confitures, un pot de pommade, une carotte, etc., que différents chirurgiens eurent à extraire du fond du vagin. Le Journal de médecine et de chirurgie pratiques a cité le cas d'une femme, âgée de trente-six ans, qui se fit extraire du vagin une bobine de fil qu'elle s'était introduite,, dès l'âge de 14 ans, etqui avait
(1) « Ce vice, dit Eousseau dans ses Confessions, que la honte et la timidité trouvent si commode^ a un grand attrait pour les imaginations vives : c'est de disposer pour ainsi dire à leur gré, de tout le sexe, et de faire servir à leurs plaisirs la beauté qui les tente, sans avoir besoin d'obtenir son aveu. »
DE r/APPÉTIT VÉNÉRIEN
provoqué plusieurs attaques de péritonite et d'hémorrhagie. Cette personne, mariée deux fois et soignée par des médecins, avait réussi à cacher l'existence de ce corps de deux centimètres de long.
Sous les empereurs romains, les femmes se livraient aux plaisirs solitaires avec des images de l'organe viril, appelées priapes ou phallus (de (paXXo;, pénis), que les plus raffmées saupoudraient de poivre. On peut voir au musée de Naples plusieurs spécimens de ces appareils qui ont été trouvés dans les ruines de Pompéi et d'Herculanum. Cette coutume existait déjà chez les Hébreux, si l'on en croit Ezéchiel qui, s'adressant à son peuple, lui dit : « Vous avez pris des objets de parure, des vases d'or et d'argent qui m'appartenaient et vous en avez fait des images viriles^ et vous avez forniqué avec ces images. » Il paraît que, de nos jours, les images masculines se vendent publiquement à Tien-Tsin; elles sont formées d'un mélange gommorésineux d'une certaine souplesse et colorées en rose. M. Pouillet raconte, dans son étude de V Onanisme chez la femme^ qu'un de ses amis, M. Watremez, a vu représenter sur un théâtre de Tien-Tsin, la scène suivante : une femme, jeune et ardente, fait entendre à un vieillard cacochyme et impuissant, son mari, qu'il la néglige complètement; celui-ci sort aussitôt, revient tout joyeux, en lui présentant un phallus gommo-résineux, et il semble lui dire : Voici ce dont beaucoup de femmes, dans votre cas, se contentent : faites comme elles.
Les excès de l'onanisme "produisent sur l'économie des désordres fâcheux, mais la plupart des ouvrages qui traitent de ce sujet exagèrent le mal et dépassent le but moralisateur qu'ils se proposent. Ainsi le Talmud prétend qu'un homme qui s'était livré à la masturbation se dessécha si prodigieusement le cerveau,, qu'on entendait cet organe vasciller dans le crâne. Esquirol, d'autre part, assure que l'aliénation mentale, chez les riches, provient le plus souvent de l'onanisme. Tissot est aussi tombé dans de semblables exagérations.
Les troubles les plus fréquents de l'onanisme sont l'appauvrissement du sang, avec la perte d'énergie morale et corporelle qui en est la conséquence ; de là les vertiges, les tintements d'oreille, l'essoufflement, la débilité musculaire, l'affaiblissement de la mémoire, l'amaigrissement, les palpitations et la tristesse que l'on observe chez les masturbateurs. C'est à l'ensemble de ces désordres qu'Hippocrate donnait le nom de tàbes dorsalis ou de consomption dorsale : « Cette maladie, dit-il, naît de la moelle de l'épine du dos. Elle attaque les jeunes mariés ou les libidineux ».
C'est la main du plaisir qui creuse leur tombeau, Et bienfaiteur du monde, il devient leur bourreau.
Les habitudes onanistiques sont si tenaces qu'elles persistent parfois très longtemps en dépit de tous les efforts tentés pour les l'aire disparaître; mais elles cèdent le plus souvent aux premiers rapports sexuels normaux. C'est d'ailleurs le remède que Rousseau conseille à Emile : « Si les fureurs d'un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Emile, je te plains ; mais je ne balancerai pas un moment, je ne souffrirai pas que la fin de la nature soit éludée. S'il faut qu'un tyran te subjugue, je te livre par préférence à celui dont je veux te délivrer : quoi qu'il arrive, je t'arracherai plus aisément aux femmes qu'à toi. »
FiG. 149. — Appareil contre Tonanisme pour les petites filles.
Sur le milieu do la ceinture est fixée une plaque en métal ayant la forme des organes génitaux externes. Le modèle destiné aux garçons ne diffère de ce modèle que par la forme de la plaque.
D'après Bœrner, les souverains du Pérou imposaient l'infîbulation à tous les jeunes gens comme moyen préventif de l'onanisme.
Si la surveillance, la persuasion et l'hygiène sont inefficaces pour faire cesser le libertinage solitaire, on doit avoir recours à certains moyens coercitifs et mécaniques qui donnent souvent de bons résultats. Nous citerons, entre autres, l'application de liens sur les mains et l'usage de ceintures munies d'une boîte métallique (fîg. 149) qui se moule sur les organes externes. Gloquet a imaginé, dans le même but, un masque de fil de fer, dont les mailles sont assez rapprochées pour empêcher le passage des doigts. Mais, trop souvent, le
DE l'appétit vénérien
masturbateur réussit à déjouer toutes les précautions. Ainsi Réveillé-Parise a vu une petite fille qui parvint à se masturber, malgré sa ceinture, à l'aide d'une plume qu'elle glissait dans les interstices de l'appareil.
Pour les cas où, chez les jeunes filles, tous les moyens échouent, des chirurgiens ont préconisé l'excision du clitoris, dont nous avons déjà parlé, mais c'est un remède barbare auquel il ne faut recourir qu'à la dernière extrémité.
De la pédérastie. — On appelle pédérastie (de Tual';, enfant, et spaatri;, amourcux), tout attentat contre nature commis par un homme sur un sujet de l'un ou de l'autre sexe. On disait autrefois sodomie, par allusion à la ville de Sodome (1) où ces habitudes étaient invétérées. De nos jours, ce terme n'est guère usité que dans le style ecclésiastique, et les auteurs étrangers le réservent pour désigner les actes de bestialité commis par l'homme sur les animaux.
La pratique du coït anal remonte aux premiers temps de la civilisation ; on en retrouve la trace chez tous les peuples de l'antiquité. Il y est fait allusion dans plusieurs passages delà Genèse : « Le Seigneur, dit Moïse dans le Deutéronome, vous frappera de l'ulcère de l'Egypte, et la partie de votre corps qui sert à l'évacuation des excréments sera affeotée de gale et de démangeaisons incurables. » Sainte Fabiole, au dire de saint Jérôme, divorça avec son premier mari parce qu'il avait des habitudes sodomiques. Le serment d'Hippocrate, que devaient prononcer les médecins avant d'entrer en exercice, contient l'engagement suivant : Dajis quelque maison que faille, fy entrerai pour r utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves. En Grèce, cette licence s'étalait au grand jour ; elle y était pour ainsi dire autorisée, comme le prouve cette traduction de deux vers que Voltaire attribue au législateur Solon :
Tu chériras un beau garçon, Tant qu'il n'aura barbe au menton.
De là le nom à'amour grec donné par les anciens à cette passion contre nature. Ce vice est encore bien invétéré en Orient ; dans un
(1) Les habitants de Sodome avaient voulu abuser des étrangers, auxquels Loth donnait l'hospitalité. Et, cependant, Loth leur avait dit : j'ai deux filles qui sont encore vierges : je vous les amènerai et vous ferez d'elles ce qu'il vous plaira pourvu que vous ne touchiez pas à ces hommes. {Genèse j II, 8.)
procès récent, l'organe du ministère public, en parlant du premier ministre dubey de Tunisie, Mustapha-Ben-Ismaïl dit« qu'il donnait à son souverain, le jour et la nuit, des preuves de son attachement. »
Ces habitudes corrompues passèrent bientôt de la Grèce en Italie, où elles s'étalaient au grand jour. N'a-t-on pas vu, par exemple, un Gracchus se marier publiquement avec un autre homme ? « Calmetoi, dit Juvénal (1), lu trouveras toujours pratique à Rome, tant que les sept collines seront debout. C'est là le rendez-vous où accourent en voiture, en bateau, tous ces gens qui se grattent la tête d'un seul doigt. » Ce geste passait à Rome pour être un des signes caractéristiques des débauchés : il était habituel à Jules César. Ces pratiques honteuses expliquent l'épigramme de Jean Dorât sur la ville de Rome :
Roma, quod inverso delectaretur amore, Nomen ab inverso nomine fecit amer (2).
Elles s'y invétérèrent à ce point, qu'encore aujourd'hui, d'après Tardieu, dans les principaux ports d'Italie, des proxénètes offrent ouvertement aux voyageurs une jolie fille ou un beau gaçoon.
Les Gaulois, en pénétrant dans Rome, y trouvèrent des habitudes conformes à leurs appétits brutaux ; « malgré la beauté de leurs femmes, dit Diodore, ils ont très peu de commerce avec elles, mais se livrent à la passion la plus absurde pour le sexe masculin, et couchés à terre sur des peaux de bêtes sauvages, ils ont d'habitude, de chaque côté, un compagnon de lit. Mais ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'au mépris de toute pudeur naturelle, ils prostituent ainsi, avec insouciance la fleur de la jeunesse; loin de trouver rien de honteux dans un pareil commerce, ils se croient déshonorés, si l'on refuse les faveurs qu'ils offrent. » Quoique peu répandue en France, la pédérastie s'y rencontre assez souvent et surtout dans les grands centres. Ainsi Tardieu fut appelé à visiter, dans un seul jour, quatre-vingt-dix-sept pédérastes qui faisaient partie de la même société.
Tous les individus qui s'adonnent à la pédérastie n'y sont pas toujours poussés par une perversion génésique. Beaucoup ne se livrent à ces pratiques dégoûtantes que dans un intérêt de lucre ou de
(1) Sat. IX.
(2) Eoma (Rome) qui se réjouissait dans l'amour i\ rebours a fait amor (amour) de son nom retourné.
chantage, en exploitant la passion des vrais pédérastes. Dans certains cas même la pédérastie a servi de prétexte à l'assassinat. On peut dire, avec M. le baron A. de Saint-Didier, que, dans Paris, la pédérastie est l'école à laquelle se forment les plus habiles et les plus audacieux criminels.
Ce vice est fréquent chez les individus qui vivent en commun, et sont voués à un célibat prolongé, comme les soldats et les marins. Quelques femmes sont aussi la complice inconsciente de la dépravation da maris pervers, qui abusent de leur innocence pour satisfaire leur ignoble passion. C'est ce qui constitue « la sodomie conjugale », crime prévu et puni par la loi. D'autres époux obligent leur femme à pratiquer le coït buccal. Dussac cite, par exemple, le cas d'une jeune femme qui, en 1874, obtint à Tours, pour ce motif, la séparation de corps. Sur le conseil de sa mère, elle avait eu soin de mordre profondément la verge de son mari pour obtenir une preuve de l'outrage subi.
Les sodomistes ne se recrutent pas toujours dans la lie de la population ; ils appartiennent, souvent même, à la haute société. Dans son journal, publié par Casper, le comte de Gaylus a consigné ses aventures amoureuses, et il avoue s'être livré à des hommes pendant vingt-six ans, deux ou trois fois par jour. Mérimée raconte, dans ses Mémoires, qu'un marquis de X... fort lancé dans le grand monde des jeunes gens, « paraît pénétré du principe grammatical : le masculin s'accorde avec le masculin. Il a écrit au jeune Z.... une lettre fort touchante -.Ocrudelis Alexi! nihil mea carmina curas ; ou quelque chose de semblable. Z... a montré le billet doux à ses amis et a donné rendez-vous rue du Colysée, à une heure du matin.
« M. le marquis est venu et a fait sa déclaration en forme sur le trottoir, devant une jalousie baissée à un rez-de-chaussée, derrière laquelle se trouvaient une douzaine de membres du Jockey-Club. Tout d'un coup ces messieurs sortirent en masse, rossèrent un peu X..., puis le transportèrent dans le bassin des Champs-Elysées.
» Sorti de là fort refroidi, il alla prier le comte de M... de porter un cartel à Z...; M... ne voulut pas s'en mêler]; mais alors il s'est adressé à la justice et a porté plainte contre ses baigneurs. Presque en même temps, un turco tuait aux Tuileries un de ses camarades, son rival, auprès d'une cuisinière. Vous voyez que les barbares se civilisent et que les civilisés s'abrutissent... Je crains que la fin du monde ne soit proche. »
Une autre personnalité importante, le comte de G..., dont nous avons déjà parlé, fut pris plus tard en flagrant délit dans un urinoir
des Champs-Elysées avec un nommé Ghouard, la lie de la population; c'est ce scandale qui inspira au docteur Camuset un de ses meilleurs sonnets :
Courbé sous le fardeau de son désir dififormc, Sinistre, l'œil au guet, plus craintif que le faon. Le soir il va le long des berges. — C'est Alphand Qui sur les bords déserts a fait verdoyer l'orme. —
Là vient encore cet être hybride dont la forme A des rondeurs de femme et des maigreurs d'enfant, Dont la casquette et le pantalon éléphant Trahissent un organe infundibuliforme.
Une honteuse ardeur qu'aiguise le danger
Les poussant l'un vers l'autre, ils s'en vont échanger
D'effroyables baisers dans l'ombre des latrines.
Enfln, l'homme, assouvi, sort d'un pas inégal, Rasant les murs, chargé d'âcres odeurs d'urines, Qu'il préfère aux parfums du foyer conjugal.
Parmi les personnages illustres que l'histoire accuse de s'être adonnés à l'amour grec, nous nommerons Armodius et Aristogiton ; Nicomède, roi de Bilhynie ; Philippe, roi de Macédoine; Socrate et son disciple Alcibiade ; Hédyle, si l'on en croit Athénée, se tua par amour pour un nommé Glaucus ; Néron, qui épousa ses deux affranchis Doryphore et Sporus ; Tibère, dont un des plaisirs consistait à lier les parties génitales à un homme et à lui faire boire beaucoup de vin pour assister aux angoisses causées par la rétention d'urine ; Auguste, qui, dit-on ne fut adopté par César, son grand-oncle maternel, que parce qu'il avait été l'instrument docile de ses débauches : c'est ce dernier que Curion appelle le mari de tant de femmes et la femme de tant de maris; Héliogabale, qui créa pour Sœmias un Sénat de femmes vouées à Vénus; il épilait lui-même ses favoris et baisait avec volupté leurs organes sexuels. Quel est l'empereur Romain qui a échappé à cette accusation, depuis Caracalla jusqu'à Commode, en passant par Galba, Othon, Vitellius, Trajan, Adrien, Titus, Domitien ?
Dans les temps modernes, nous citerons : le duc de Vendôme, Frédéric le Grand, le philosophe Vanini, Jacques I", roi d'Angleterre, le fils du maréchal de Villars, surnommé VAmi des hommes. Le maré-
DE l'appétit vénérien
chai de Retz qui fut pendu et brûlé à Nantes, en 1440, pour crime contre nature. Henri III et le duc de Guise qui eurent plusieurs mignons. On sait qu'à la suite d'un duel fameux entre les favoris de ces deux princes, plusieurs furent tués et enterrés dans l'église Saint- Paul ; d'où est venu le nom de Sérail des mignons que le peuple donnait à cette église. « Ces beaux mignons, dit l'Estoile, portaient les cheveux longuets, frisés et refrisés par artifice remontant par-dessus
leurs petits bonnets de velours comme font les p , et leurs fraizes
de chemise de toile d'atour empesez et longues de demi-pied, de façon qu'à voir leurs testes dessus leurs fraizes, il semblait que ce fut le chef de saint Jean dans un plat. » Leur seigneur et maître Henri III est représenté en femme dans la description de Visle des hermaphrodites^ avec ce sixtain :
Je ne suis mâle, ni femelle, Et si je suis bien en cervelle Lequel des deux je dois choisir.
Mais qu'importe à qui on ressemble, Il vaut mieux les avoir ensemble.
On en reçoit double plaisir.
Quelques papes débauchés ont aussi acquis une triste célébrité dans ce genre de dépravation : Sixte IV et ses deux fils les cardinaux Pierre et Jérôme Riario ; Paul III et ses enfants, dont l'un viola publiquement Côme Gheri, évêque de Faenza; Jules 'III, Innocent X et Jean XXIII. Nous terminerons par l'abbé Desfontaines que Voltaire traite de sodomiste : «Un de mes amis, écrit-il, qui n'est pas un sot, sachant que le sodomiste Desfontaines avait osé blasphémer l'attraction de Newton, m'a envoyé ce petit correctif :
Pour l'amour antiphysique Desfontaines flagellé A, dit-on, fort mal parlé Du système newtonique.
Il a pris tout à rebours La vérité la plus pure ; Et ses erreurs sont toujours Des péchés contre nature.
Plus tard on adressa aux jésuites, au moment de la clôture du collège de Louis-le-Grand, cette épigramme significative :
Vous ne savez pas le latin :
Ne criez pas au sacrilège, Si l'on ferme votre collège ; Car vous mettez au masculin Ce qu'on ne met qu'au féminin.
De la tribadie. — La dépravation du sens génital qui pousse certaines femmes à rechercher les caresses des personnes de leur sexe constitue la /n6adfe (de TpiSs'.v, frotter). C'est surtout par l'onanisme lingual qu'elles satisfont leurs instincts pervers. Cette débauche féminine est assez répandue de nos jours dans toutes les classes de la société ; elle a servi de thème à plusieurs romans célèbres comme Justine ou les Malheurs de la vertu du marquis de Sade, Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier, Mademoiselle Giraudma femme et la Femme de feu de A. Belot.
A Rome, sil'on en croit différents passages des poètes satiriques (1), la tribadie était fort commune, et, chez les Grecs, on donnait le nom de Tribades aux jeunes Lesbiennes qui, à l'exemple de Sapho, avaient fait vœu de sacrifier à Vénus sans le concours des hommes. De là les noms de saphismes et de lesbiennerie employés comme synonymes de tribadie.
Influence des agents physiques et chimiques sur l'appétit vénérien. — On a l'habitude de diviser les agents modificateurs du sens génésique en deux classes, les aphrodisiaques et les antiaphrodisiaques, suivant qu'ils aiguisent ou paralysent l'appétit vénérien.
Leur nombre en est très grand; mais, à quelques exceptions près, leur réputation est usurpée.
1° Des aphrodisiaques. — Il n'y a pas, à proprement parler, de véritables aphrodisiaques, et suivant la remarque judicieuse de Ricord, tous les moyens prônés pour réveiller les sens épuisés et re-
(l) Par exemple Martial, Liv. I, Ep. 91, Contre la trihade Bossa : « Comme je ne voyais jamais dans ta société, Bassa, personne de l'espèce masculine ; comme la chronique ne te donnait aucun amant ; comme ce n'était que de ton sexe, sans le mélange d'un seul homme, que tu recevais les services dont tu as besoin, je l'avoue, tu passas à mes yeux pour une Lucrèce ; et cependant, ô crime ! Bassa, tu étais un ardent débauché. Tu oses associer ensemble deux ceintures de Vénus ; et ta passion, par une espèce de prodige, te fait jouer le rôle d'un homme. Tu as créé un monstre digne de la sagacité du héros de Thèbes, en commettant un adultère sans le concours d'un être masculin. »
DE l'appétit vénérien
lever l'homme de sa déchéance, ne sont que des agents factices : la jeunesse, la santé, un régime sobre de vie, sont les vrais et seuls aphrodisiaques. A ces aiguillons naturels du sens génital, nous pouvons joindre l'attrait de la nouveauté, le changement fréquent de liaisons qui, de même que la variété des mets pour l'estomac, excite l'appétit vénérien et permet à Joconde de courtiser tour à tour « la brune et la blonde », comme au volage Pyrrhus de passer impunément
De la fille d'Hélène à la veuve d'Hector.
Ce stimulant génésique fait nécessairement défaut dans le mariage, excepté au début, pendant « la lune de miel » ; aussi les transports amoureux sont-ils, le plus souvent, bannis des unions légitimes. De là ce dicton : Le mariage est Véteignoir de Vamour. « L'habitude, dit Properce, rend fastidieuses les jouissances de tous les jours. »
Cependant, on attribue communément des propriétés aphrodisiaques à un certain nombre d'agents physiques et médicinaux. Parmi les premiers nous citerons : l'électricité ; la flagellation ; l'application de sinapismes sur le périnée ; l'usage de la ventouse ou congesteur de Mondât, qui enveloppe la verge et y provoque une érection extemporanée. On a encore utilisé la propriété excitante du doïc cuisant ou pois à gratter.
La liste est longue des agents médicinaux qui passent pour surexciter le sens génésique : les anesthésiques; les cantharides ; le phosphore; le haschisch; le satyrion ; le safran; certaines substances comestibles telles que la truffe, l'ail, les écrevisses, les poissons, le sel et le poivre ; mais leur réputation est le plus souvent surfaite, comme celle des sachets de l'anodine mauve qui, à en croire Xénophon, inspiraient de l'amour aux femmes les plus rebelles.
Electricité. — Au dire de ses partisans, l'électricité donnerait des résultats merveilleux. A Londres, en 1780, le D'" Grahamfit construire un magnifique hôtel qu'il appela le Temple de la Santé et dans lequel il ranimait la virilité chancelante à l'aide du fluide électrique. Voici, d'après le Courrier de VEurope^ cité par Debay, quelques détails curieux sur les procédés de cet habilô spécialiste :
« Les personnages les plus distingués et les plus instruits avouent qu'ils n'ont jamais rien vu de comparable à l'élégance qui règne dans ce temple, où l'on entend de délicieuses symphonies, où la lumière réfléchie produit de charmants effets et où l'on respire les parfums les plus exquis. Le D"" Graham recommande surtout beaucoup de mo-
dération dans les sacrifices offerls au Dieu de ce temple, qui est l'hymen. Des lits merveilleux, nommés lits magnético-électriques, destinés à réveiller les organes endormis et à provoquer les jouissances trop tardives, sont dressés dans de somptueux appartements jonchés de tapis de Perse, et garnis de peintures voluptueuses. Ces lits sont supportés par six pieds de cristal et couverts de satin pourpre, frangé de bleu céleste. Dans une pièce voisine se trouve la machine d'où émane le feu céleste que des conducteurs invisibles dirigent sur les lits; les personnes qui y sont couchées se sentent embrasées d'une flamme si vivifiante, que les femmes les plus froides tressaillent sous l'aiguillon des désirs, et les hommes qui sont tombés dans l'épuisement et l'anéantissement des forces viriles par l'abus des plaisirs, reprennent leur première vigueur ; enfin les couples stériles y trouvent la fécondité, et les couples maltraités par les années y éprouvent les brûlantes ivresses du jeune âge... «
Tout en faisant, dans ce récit, la part des exagérations, on conçoit qu'une pareille mise en scène ait pu, indépendamment de l'électricité, stimuler l'imagination la plus indifférente aux plaisirs de l'amour.
Flagellation. — La flagellation (de flagellum^ fouet) qui, autrefois, était infligée comme châtiment ou comme pénitence (1), est rangée, de nos jours, parmi les excitants de la volupté. On emploie, à cet effet, un balai de verges de bouleau dont on frappe avec énergie la région postérieure et inférieure du torse. La flagellation peut encore être pratiquée avec des feuilles d'orties et devient alors Vurlication. Ce moyen violent est connu depuis longtemps, et Pétrone en constate l'efficacité dans ce passage : « Cette partie de mon corps, par laquelle j'étais autrefois un Hercule, tomba morte et plus froide que la glace; elle semblait retirée au fond de mes entrailles, lorsque Enothée, prêtresse de Vénus, armant ses mains d'une poignée d'orties vertes, m'en frappa légèrement, et la partie défaillante reprit tout à coup sa première vigueur. »
On cite souvent l'exemple de Tamerlan, le célèbre conquérant asiatique, qui grâce à la flagellation, entretint l'ardeur de ses facultés viriles jusqu'à un âge fort avancé et fut, dit-on, le père de cent enfants. Lucien nous a transmis l'hi-toire de Pérégrinus qui se fustigeait avec une férule, pour s'exciter à commettre en public l'acte honteux
(1) Louis le Débonnaire accepta la discipline de la main des évêques ; Henri II, roi d'Angleterre, la subit pour expier le meurtre de Thomas Becket.
DE l'appétit vénérien
que les philosophes de la secte des Cyniques appelaient la « chose indifférente » et qu'on a si souvent reproché à Diogène.
A Rome, pendant les Saturnales, les hommes et les femmes se fouettaient mutuellement de verges pour échauffer leurs désirs. C'est encore ce que l'on observe, de nos jours, dans les Indes, au moment des fêtes religiéuses de Sahty-Poudja, instituées en l'honneur de la fécondation. L'action stimulante que la flagellation exerce sur le sens génital pourrait bien ne pas être étrangère à l'enrôlement de certains personnages dépravés, comme Henri III et ses mignons, dans la confrérie des Flagellants. On sait que cette secte fanatique dut disparaître après avoir provoqué les excès les plus scandaleux.
La fustigation est d'ailleurs signalée parles médecins comme propre à développer les habitudes onanitiques. De là le conseil de ne fouetter les enfants qu'avec circonspection. Ainsi Sénèque rapporte que la maîtresse de Cornélius Gallus, l'ami de Virgile, était beaucoup plus passionnée les jours où son père la fustigeait pour son inconduite. De même J.-J. Rousseau raconte dans ses Confessions, qu'étant enfant, il ressentait une sensation agréable chaque fois que mademoiselle Lambercier lui administrait une correction :
« Assez longtemps, dit-il, elle s'en tint à la menace, et cette menace d'un châtiment tout nouveau pour moi me semblait très effrayante ; mais, après l'exécution, je la trouvai moins terrible à l'épreuve que l'attente ne l'avait été; et ce qu'il y a de plus bizarre, c'est que ce châtiment m'affectionna davantage encore à celle qui me l'avait imposé. Il fallait même toute la vérité de cette affection et toute ma douceur naturelle pour m' empêcher de chercher le retour du même traitement en le méritant ; car j'avais trouvé dans la douleur, dans la honte même, un mélange de sensualité qui m'avait laissé plus de désirs que de crainte de l'éprouver derechef par la même main. A une seconde correction, ajoute le même auteur, mademoiselle Lambercier s'étant aperçue à quelque signe, que ce châtiment n'allait pas à son but, déclara qu'elle y renonçait. »
Le Roubaud préconise la flagellation contre l'atonie des organes génitaux. Il a fait construire, à cet usage, un balai métallique formé d'une centaine de fils flexibles qui, par la diversité de leur composition (cuivre, laiton, fer, platine, etc.), dégageraient une certaine quantité d'électricité dont l'action stimulante s'ajouterait à celle de la flagellation.
Anesthésiques. — Les anesthésiques sont des substances volatiles que l'on utilise dans les opérations chirurgicales pour supprimer
la douleur. Les plus employés sont le chloroforme, l'éllicr el le proloxyde d'azole. Ils domient souvent lieu à des rêves erotiques qui provoquent parfois les confidences les plus inattendues. Les sensations voluptueuses qu'ils produisent sont si vives, qu'au réveil, certaines personnes conservent encore le souvenir de l'impression ressentie et restent convaincues que l'opérateur a abusé d'elles pendant leur sommeil. La Revue de thérapeutique médico-chirurgicale de 1874 cite une femme qui, anesthésiée au moment de son accouchement, porta une accusation semblable contre le médecin qui l'assistait; mais fort heureusement pour celui-ci, le mari était présent à l'opération. De même une jeune femme, anesthésiée par Gerdy à l'hôpital, fut persuadée que, pendant son sommeil, elle avait eu des relations coupables avec l'interne de service. Aussi les médecins ne devront-ils jamais administrer les anesthésiques chez les femmes, sinon en présence d'une autre personne, dont le témoignage, au besoin, pourra être invoqué.
Cantharides. — De toutes les substances aphrodisiaques, celles qui exercent l'action la plus énergique sur l'appareil génital sont les cantharides (fig. 150). « C'est, dit Grévin, une espèce de mouche, laquelle a esté ainsi nommée par les Grecs à cause de la semblance avec l'escarbot, que les Grecs nomment canthare. Elle est resplendissante comme or, et fort belle à voir, à raison de sa couleur azurée meslée parmy le jaune. » Selon l'expression d'A. Paré, les cantharides excitent « au déduit vénérique ». Déranger a célébré leurs vertus éro tiques dans ces vers :
Meurs, il le faut; meurs, ô toi qui recèles Des dons puissants, à la volupté chers ! Reuds à l'amour tous les feux que tes ailes Ont à ce Dieu dérobé dans les airs.
Elles agissent par la violente irritation qu'elles déterminent sur l'appareil génilo-urinaire.
Les douleurs vésicales, souvent fort pénibles, qui accompagnent l'application des vésicatoires et celle des pommades épispastiques destinées à les entretenir, sont dues aux cantharides qui forment la base active de ces topiques (1). Loys Guyon a cité le cas d'une cour-
(1) C'est pourquoi plusieurs médecins, M. le professeur Germain Sée, entre autres, ont renoncé à l'usage du vésicatoire.
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tisane de Paris « laquelle, se faschant d'estre bruneLle, s'adressa à un certain charlatan, pour la rendre blanche, lequel luy appliqua sur le visage et col un cataplasme, dans lequel entroyent beaucoup de cantharides, qu'elle garda douze heures : de ce la fièvre la saisit, et trois jours après mourut. Elle fut ouverte et furent trouvez ses reins, matrice et vescie gangrenez et trez-puants. »
Chez les femmes, l'absorption des cantharides peut, en outre, provoquer l'avortement. D'après le D"^ Galippe, c'est un moyen que les dames romaines employaient si souvent, qu'on a été obligé de faire la loi Gornélia pour mettre fm à cette pratique.
Les cantharides entrent dans la plupart des préparations aphrodi- , siaques, telles que les fameux philtres d'amour connus sous les noms de diablotins d'Italie et de pastilles vénitiennes. On a accusé la Montespan de faire prendre à Louis XIV, pour entretenir l'ascendant de ses charmes sur ce prince, des breuvages érotiques préparés par la Voisin et .dans lesquels entrait une certaine quantité de cantharides. Le marquis de Sade, de cynique mémoire, eut un jour
l'idée de donner un grand bal et d'offrir à tous ses invités, au moment du souper, des pastilles de chocolat à la vanille qui furent trouvées délicieuses. « Tout à coup, raconte le D»' Moreau, de Tours, d'après les Mémoires du iemps^ les convives se sentent brûlés d'une ardeur impudique : les cavaliers attaquent ouvertement leurs danseuses. Les cantharides, dont l'essence circule dans les veines de ces infortunés, ne leur permettent ni pudeur, ni réserve dans les voluptés impérieuses : les
FiG. 150. — Canlharide. < . i - • j » i i p x
excès sont portes jusqu a la plus luneste extrémité ; le plaisir devient meurtrier ; le sang coule, et les femmes ne font que sourire à cet horrible effet de leur rage utérine... Plusieurs dames titrées sont mortes des suites de cette nuit de dégoûtantes horreurs. »
Absorbées à trop forte dose, les cantharides produisent des désordres graves et même l'empoisonnement. « Brûlant élixir de vie, dit Michelet, où l'amour se change en poison. » C'est à leur abus que l'on attribue la mort de Lucullus, du poète Lucrèce, de Ferdinand le Catholique, de l'acteur Molé, du compositeur Isouard, dit Nicole et du D"- Cloquet, médecin du shah de Perse. Cabrol parle d'un homme d'Orgon, en Provence, qui, sur le conseil d'une sorcière, avait pris, pour se guérir d'une fièvre quarte, une potion où entraient deux drachmes
de cantharides, « ce qui le rendit si furieux à l'acte vénérien que sa femme nous jura son dieu qu'il l'avoit chevauchée dans deux nuits quatre-vingts et sept fois, sans comprendre plus de dix qu'il s'étoit corrompu, et mesme dans le temps que nous consultasmes le pauvre homme spermatisa trois fois à notre présence, embrassant le pied du lit, et agitant contre iceluy, comme si c'eust été sa femme. Ce spectacle nous estonna, et nous hasta àlui faire pour abattre cette furieuse chaleur ; mais quel remède qu'on lui s'ceut faire, si passa-t-ilpas. » Ambroise Paré a rapporté l'histoire d'une courtisane qui, pour exciter l'ardeur d'un abbé, saupoudra ses aliments d'une telle quantité de poudre de cantharides « qu'après l'avoir chevauchée soixante-dix fois dans la nuit, » ce malheureux mourut au milieu des plus affreuses douleurs.
Avant de demander aux préparations aphrodisiaques un excitant factice du sens génésique, qu'on se souvienne de ces exemples et des avertissements de Poumet : « Ils se promettaient des plaisirs nombreux et durables, un bonheur inconnu, des jouissances inouïes, et ils n'ont trouvé que tourments, douleurs, tortures, angoisses inexprimables ! Le flambeau d'une vie nouvelle devait se rallumer pour eux, et je les vois glacés dans les bras de la Mort ! Et l'autel qu'ils avaient élevé à ce fantôme d'une volupté imaginaire, est devenu pour eux le linceul de la tombe. » De même le poète a dit :
Garde-toi de puiser dans ce philtre perfide La vigueur que réclame un amoureux congrès; Le myrthe qu'a piqué l'ardente cantharide Se change en funèbre cyprès.
Les Égyptiens attribuaient au bupreste sacré des vertus analogues à celles des cantharides : « On voit cet insecte, dit le D'" Bossu, sculpté dans les tombeaux de Thèbes, laissant tomber de son bec une humeur dans la bouche d'un homme dont le pénis en érection projette des petits enfants. »
Phosphore, — Le phosphore a été préconisé contre l'impuissance ; mais il est d'un emploi si dangereux et d'une efficacité si contestable que les médecins l'administrent rarement aujourd'hui.
Certaines substances alimentaires, comme les œufs, la cervelle et les poissons, ont depuis longtemps la réputation d'exalter le sens génital ; elles la doivent, sans doute, à la faible quantité de phosphore qu'elles contiennent. Piaule met en scène, dans Casine, un vieillard
DE l'appétit vénérien
amoureux qui recommande à son esclave d'apporter du marché « des seiches, des patelles, des soles, des limandes ». D'après Hérodote, les prêtres égyptiens ne devaient pas faire usage des produits de la mer à cause de leurs propriétés aphrodisiaques.
La religion catholique ne semble pas tenir compte de ces propriétés génésiques, en ordonnant le-régime icthyaque dans les couvents, pour réfréner, comme dit Rabelais, la concupiscence charnelle, et au moment du carême, en signe de pénitence. On est d'ailleurs en droit de se demander avec G. Husson, si « ce ne serait pas plutôt les assaisonnements avec lesquels les traiteurs en renom relèvent leurs mets qui deviendraient les grands excitants. » Quoi qu'il en soit, Brillât- Savarin pense que le poisson éveille, chez les deux sexes, l'instinct de la reproduction et il rappelle, à ce propos, l'histoire suivante : « Le sultan Saladin, voulant éprouver jusqu'à quel point pouvait aller la continence des derviches, en prit deux dans son palais, et pendant un certain espace de temps les fit nourrir des viandes les plus succulentes. Bientôt la trace des sévérités qu'ils avaient exercées sur eux-mêmes s'effaça, et leur embonpoint commença à reparaître. Dans cet état, on leur donna pour compagnes deux odalisques d'une beauté toute-puissante, mais elles échouèrent dans leurs attaques les mieux dirigées, et les deux saints sortirent d'une épreuve aussi délicate, purs comme le diamant de Visapour.
« Le sultan les garda encore dans son palais, et pour célébrer leur triomphe, leur fit faire pendant plusieurs semaines une chère également soignée, mais exclusivement en poisson. A peu de jours, on les soumit de nouveau au pouvoir réuni de la jeunesse et de la beauté ; mais cette fois, la nature fut la plus forte, et les trop heureux cénobites succombèrent... étonnamment.»
Haschisch. — Le haschisch est obtenu par la distillation des pistils du chanvre. Les Orientaux en font un usage journalier, comme les Chinois de l'opium, et les Européens des boissons alcooliques. Cette préparation produit sur l'économie une ivresse particulière, dont les caractères varient selon les individus ; aux uns elle donne des rêves voluptueux, aux autres des cauchemars pénibles ; elle provoque chez ceux-ci des idées gaies, réveille chez ceux-là les plus mauvaises passions. Parfois même, elle détermine des troubles cérébraux qui peuvent conduire à la folie ou au crime. On a rapporté plusieurs assassinats commis par des musulmans qui avaient fumé du haschisch ou kiff et mangé de la confiture de chanvre indien ou maadjaun.
C'est, paraît-il, à l'aide d'un breuvage dont le haschisch formait la
base, que Hassan-ben-Sabah-Homaïri, personnage célèbre du temps des croisades, plus connu sous le nom de Vieux de la Montagne, grisait ses sectateurs et surexcitait leur fanatisme. Ceux-ci étaient alors appelés tîachischins, d'où l'on fait dériver le mot assassin.
Safran. — Le safran a été rangé parmi les aphrodisiaques végétaux, bien qu'en réalité il n'exerce aucune action stimulante sur les désirs vénériens. Dans le midi, il sert à la confection de nombreuses sauces culinaires.
Autrefois, il entrait dans la composition de plusieurs filtres fameux tels que le bers des Égyptiens et le philonium des Romains.
Truffe. — La truffe « n'est point un aphrodisiaque positif, dit Brillât-Savarin, mais elle peut, en certaines circonstances, rendre les femmes plus tendres et les hommes plus aimables. »
La propriété spécifique qu'on attribue à ce précieux comestible est, en effet, contestable et doit être rapportée, comme pour le poisson, aux condiments, à la nourriture substantielle et généreusement arrosée, qu'il accompagne toujours.
L'anecdote suivante en peut être la preuve : Un jour, le duc de Richelieu toujours vaillant, galant et gourmet, s'attristait devant son médecin de ne pouvoir plus digérer les truffes. — Mangez des cannetons, lui dit celui-ci, ils ont la même vertu que la truffe! Le soir même, le maréchal duc de Richelieu soupait avec la Monteil dans sa petite maison de Gharonne et mangeait des cannetons : l'expérience fut concluante.
Noix vomique. — La noix vomique a été préconisée par Trousseau pour réveiller l'ardeur génitale. « Sous son influence, dit-il, les érections nocturnes et diurnes deviennent incommodes, même chez ceux qui, depuis longtemps, avaient perdu quelque chose de leur virilité. Les femmes, elles-mêmes, éprouvent des désirs vénériens plus énergiques, et nous avons, à cet égard, des confidences qui ne permettent pas d'en douter ».
Nous pensons, cependant, que Trousseau s'est fait illusion, car aucun des malades auxquels nous avons administré la noix vomique, n'a ressenti de pareils effets.
Épices. — Les épices, comme le poivre, la muscade, la girofle, la cannelle, le gingembre, le laurier, communiquent aux aliments, dont ils servent à rehausser la saveur, leur action excitante sur le sens
génésique. C'est surtout au goût relevé de leur assaisonnement que les homards et les écrevisses doivent leur renommée aphrodisiaque. Certaines écrevisses, il est vrai, stimulent directement l'appareil génital quand elles se sont nourries decanlharides, tombées des frênes dans les ruisseaux qu'elles habitent.
A côté des épices, nous pouvons citer le céleri et la roquette dont Martial reconnaît déjà les vertus :
Excitât ad Venerem tardas eruca maritos (1).
Satyrion, Mandragore et Hippomane. — Enfin, nous mentionnerons le satyrion ou orchis (de op/j;, testicule), la mandragore, ressemblant à un homme (fîg. 151), et l'hippomane (de [xavta, fureur, et tTtTîoî, cheval), qui jouissaient d'un grand crédit auprès des anciens.
L'odeur spermatique du satyrion et la ressemblance de son bulbe avec la glande séminale ont surtout contribué à établir sa réputation.
Les anciens, croyant à la vertu génésique de la mandragore, lui ont donné le nom de pomme d'amour et, pour la même raison, à Vénus le surnom de mandragaritis. L'empereur Julien, dans son épitre à Calixène, dit qu'il boit du jus de mandragore pour s'exciter au jeu de l'amour.
Quant à l'hippomane, c'était une humeur sécrétée par les organes générateurs de la jument. Pline lui attribuait une telle puissance que, suivant ce trop crédule auteur, « jetée dans la fonte d'une figure d'airain représentant une jument d'Olympie, elle excite le rut le plus furieux chez les étalons qui en approchent ». Il y avait aussi une autre sorte d'hippomane préparée avec la membrane amnios, que les poulains entraînent avec eux en naissant. C'est à cette préparation spéciale que Virgile fait allusion dans V Enéide^ lorsqu'il montre les efforts de Didon pour retenir son amant : « En même temps, elle répandait des eaux funèbres pour simuler celles de l'Averne ; elle avait coupé, au lever de la lune, avec une faux d'airain, les herbes naissantes, dont elle exprimait le suc noir et le lait impur; elle y joint l'hippomane, arraché du front du coursier naissant et dérobé à son avide mère. » Ecoutons encore Juvénal (2) : « Ne va pas jusqu'à la folie furieuse, comme cet oncle de Néron, ce Caligula, à qui Césonia fit boire tout l'hippomane recueilli sur le front d'un jeune poulain. »
(1) La roquette excite les maris peu portés aux plaisirs de Vénus.
(2) Sat. VI.
FiG. 151. — La Mandragore. D'après dom Calmet.
2° Des antiaphrodisiaques. — Les anaphrodisiaques les plus vantés sont: Vagnus castus, le nénuphar blanc, làcigitè,
DE l'appétit vénérien
le tabac, le café, le nitre, Viode, le sel, le camphre, le bromure de potassium et le houblon.
L'agnus castus ou vitex, encore appelé poivre des moines, servait aux Athéniennes pour parer leurs lits pendant les fêtes de Cérès, afin d'éloigner les rêves voluptueux. Arnaud de Villeneuve attribuait à cette plante une vertu si active qu'il suffisait, disait-il, de porter sur soi un couteau dont le manche était fait avec le bois de cet arbrisseau pour « apaiser les aiguillons de la chair ».
Le NÉNUPHAR ou lijs des etoîi^'S jouissait, comme le précédent, d'une renommée très ancienne et fort peu justifiée. Pline assure que ceux qui en prendront pendant douze jours se trouveront incapables de contribuer à la propagation de l'espèce. Cependant, les paysans suédois ont l'habitude de mêler du nénuphar à leur farine, sans que leurs facultés viriles en éprouvent la moindre atteinte.
L'agnus castus et le nénuphar entraient dans la composition de Vélectuaire de chasteté', qui était autrefois fort employé dans les couvents.
La LAITUE doit sa réputation à la légende d'après laquelle Vénus aurait enseveli Adonis sous les feuilles de ce légume. Les anciens, qui croyaient à ses propriétés aphrodisiaques, la désignaient sous le nom significatif d'£ijvoijx.tov.
La GIGUE possédait aussi le privilège de déprimer les fonctions génésiques. Au dire de saint Jérôme, les hiérophantes d'Athènes en faisaient usage, et saint Basile affirme avoir vu certaines femmes qui éteignaient leurs désirs les plus furieux en buvant de la ciguë.
Le TABAC affaiblit insensiblement les fonctions génitales, et l'usage en est, pour cette raison, recommandé aux ecclésiastiques. Il est assez fréquent d'observer des employés des manufactures de l'État qui perdent, sous son influence, leur aptitude génésique.
Le CAFÉ est considéré, par les uns, comme un excitant de l'énergie virile et, par d'autres, comme un déprimant.
A l'appui de cette dernière assertion, on raconte l'histoire de la femme de Mahmud Kasnin, roi de Perse et grand amateur de café. Cette sultane vit un jour, de sa terrasse, un cheval que l'on allait châtrer, et dit à ceux qui le conduisaient : Cest bien de la peine inutile, faites-lui prendre du café, et vous le rendrez aussi indifférent que le roi. On sait que Linné appelait le café « la liqueur des chapons ».
Le NITRE ou nitrate de potasse fut mis à la mode en Angleterre par le chancelier Bacon ; on en fit alors un véritable abus. Ce sel était employé comme une panacée universelle, il guérissait toutes les maladies. « Mais, dit un auteur du temps, les femmes proscrivirent
bientôt ce remède. Elles trouvèrent que leurs maris étaient moins portés à satisfaire leurs désirs, depuis qu'ils en usaient. Elles s'en prirent au chancelier qui l'avait répandu. Quelques-unes, apparemment plus sensuelles que raisonnables, allèrent même jusqu'à crier à la sorcellerie, au maléfice ! »
Autrefois, au contraire, on regardait le nitre comme un excitant génésique des plus actifs, et Sénèque lui attribue la fécondité des Égyptiennes.
Le SEL OU chlorure de sodium était considéré, par les anciens, comme propre à calmer les ardeurs amoureuses. Aussi, faisaient-ils naître de l'écume de la mer, Nephthis, la déesse de la stérilité. Quand ils détruisaient une ville, ils répandaient du sel sur son emplacement, afin de rendre le sol à jamais stérile. Dans la langue hébraïque, le mot melehah, qui veut dire salé, est synonyme d'infécond.
Il est vrai que, d'un autre côté, le sel passait pour un aphrodisiaque, comme semble l'indiquer le terme- salacité, qui vient du mot latin sal, le sel. Son usage était interdit aux prêtres Égyptiens.
L'iode et ses dérivés, par leurs propriétés fondantes, affaiblissent les facultés viriles en atrophiant les glandes séminales.
Le bromure de potassium, l'AciDESALicYLiQUEetses sels, I'hydrate DE chloral, la morphine et les autres dérivés de l'opium s'emploient, en thérapeutique, comme sédatifs de d'appareil générateur.
Le CAMPHRE a été appelé ligatura et vinculum Veneris. L'École de Salerne a prôné ses vertus anaphrodisiaques dans ce précepte :
Le camphre respiré, par son odeur subtile, Au mâle ôte à jamais sa puissance virile.
Son action est fort contestable, bien que, de nos jours, les médecins l'ordonnent contre les érections douloureuses et en fassent saupoudrer la surface des vésicatoires, pour atténuer l'irritation produite par les cantharides sur les voies urinaires.
Le HOUBLON, par le lupulinqn'ii renferme, exerce sur l'appétit vénérien une dépression manifeste ; on peut s'en convaincre en buvant de la bière. Mais il en est de l'influence de cette boisson sur le sens génésique comme de celle du café sur le sommeil : l'usage journalier finit par en atténuer les effets physiologiques ; ainsi, les Allemands, qui sont de grands amateurs de bière, ont généralement une nombreuse progéniture.
Il n'y a donc pas de véritables substances antiaphrodisiaques. Les seuls moyens capables d'apaiser les désirs génésiques appartiennent
tous à l'hygiène. Ce sont : 1» L'abstinence : « Vénus, dit Rabelais, se morfond sans la compaignie de Gérés et de Bacchus » Sine Baccho et Cerere friget amor (1).
2° Les OCCUPATIONS soutenues de l'esprit : Res âge, tutus eris (2), a dit Ovide. « Le travail est le plus puissant de tous les antiaphrodisiaques, pensait Proudhon.
3° Les EXERCICES DU CORPS, tels que l'escrime, l'équitation, la danse, la marche, la chasse, etc. La passion que Charles X avait pour la chasse a été le sujet d'une chanson qui avait pour refrain significatif:
Six enfants! ô le malheureux père.
Qu'on lui donne encore un lapin.
« On a fait Diane ennemie de Vénus, écrit l'auteur des Confessions, et l'allégorie est très juste; les langueurs de l'amour ne naissent que dans le doux repos, et un exercice violent étouffe les tendres senti-
(1) Madame Deshouillières a fait, sur ce texte, une ballade assez agréable :
Dans ce hameau, je vois de toutes parts . De beaux atours mainte fillette ornée : Je gagerais que quelque jeune gars Avec Catin unit sa destinée ; Elle a l'œil doux, elle a les traits mignards. L'air gracieux, l'humeur point obstinée ; Mais grand défaut gâte tous ses attraits : Point n'a d'écus . . . Pour belle qu'on soit née, « L'Amour languit sans Bacchus et Cérès. »
De doux propos et d'amoureux regards On ne saurait vivre toute l'année ; Jeunes maris deviennent tôt vieillards.
Quand leur convient jeûner chaque journée, Soucis pressants chassent pensers gaillards ; Tendresse alors est en bref terminée ; S'il en paraît, ce n'est qu'ad honores ; Par maints grands clercs l'affaire examinée, « L'Amour languit sans Bacchus et Gérés . >-
L'âtre entouré d'un tas d'enfants criards.
De créanciers, la porte environnée.
D'un triste hymen tous les autres hasards,
Font endurer peine d'âme damnée,
Et donnent joie aux voisins babillards.
Myrtes dont fut la tête couronnée,
Voir on voudrait transformer en cyprès ;
D'un tel désir point ne suis étonnée :
« L'Amour languit sans Bacchus et Gérés. »
(2) Occupe-toi, tu seras tranquille.
ments. » Standhal dit, d'autre part : « J'ai beaucoup vécu ces temps derniers avec les danseuses du théâtre del Sol, à Valence. L'on m'assure que plusieurs sont chastes; c'est que leur métier est très fatigant. Cela me rappelle Rousseau, qui prescrit de faire beaucoup marcher Emile. »
Ovide propose, comme un préservatif infaillible contre l'amour, de faire rire la jeune fille mal dentée. Certes, une brèche-dent n'est pas faite pour inspirer une forte passion; mais aujourd'hui, les progrès de la prothèse dentaire ont détruit, dans la plupart des cas, l'efficacité de ce remède.
Nous signalerons, enfin, la saignée qui a été rangée au nombre des moyens propres à modérer l'ardeur génitale. Balzac partage cet avis dans sa Physiologie du mariage et Sterne rappelle, dans Tristram Shandy, la pratique des anciens Scythes qui guérissaient « les appétits les plus désordonnés de nos sens » en tirant quelques onces de sang au-dessous des oreilles. Autrefois, les saignées étaient fréquemment pratiquées dans les monastères; c'est ce qui s'appelait «affaiblir le moine », minuere monacum, laminution. L'abus de cette pratique dans les couvents et monastères obligea saint Louis à imposer aux religieuses un maximum de six saignées par an : à Noël, le mercredi des Cendres, Pâques, la Saint-Pierre, la mi-août et la Toussaint.