‹ La génération humaineChapitre 21 sur 45 · HYGIÈNE DU COÏT · texte numérisé non relu

HYGIÈNE DU COÏT

Nous examinerons successivement : 1° l'âge auquel il convient de pratiquer le coït; 2" l'époque de l'année et le moment de la journée les plus propices à l'accomplissement de cet acte; 3° le nombre de fois qu'il peut être pratiqué; 4" les modifications passagères ou permanentes qu'il imprime à l'organisme.

Mais avant tout, l'odeur fétide qui se dégage des organes génitaux nécessite les plus grands soins de propreté.

Sans propreté, l'amour le plus heureux N'est plus l'amour, c'est un besoin honteux.

« Par suite d'une anomalie singulière du goût et de l'odorat, chez certaines personnes, écrit le D"" Garnier dans sa Génération universelle, cette fétidité repoussante peut être un délicieux arôme qui excite vivement leur sens, comme chez les animaux. Henri IV en est un exemple bien connu (1). Le dégoût qui en résulte pour l'un des conjoints est toujours une cause de froideur, sinon d'impuissance relative, faite pour troubler l'harmonie et l'union sexuelles. Le divorce des deux frères d'Urfé, au seizième siècle, avec Diane de Château-Maraud, n'eut pas d'autre cause que son extrême malpropreté. Réunissant tous les dons d'une jeune fille accomplie : richesse, naissance, talent et jeunesse, elle les avait séduits et attirés tour à tour. Mais l'auteur de VAslrée fut vaincu, comme son frère, par les mêmes répugnances, et l'amour et l'intérêt, qui sont les mobiles les plus puissants des actions humaines, ne purent en triompher. »

De l'âge auquel il convient de pratiquer le coït. — L'époque à laquelle le coït peut être pratiqué efficacement est celle de la nubilité (de nubere, se marier). Elle ne saurait avoir rien d'absolu, car

(1) Ce prince avait, du reste, un faible pour toutes les odeurs fortes ; ainsi il appréciait beaucoup les andouilles à cause de leur odeur d'excréments et leur goût particulier qu'il appelait a le goût du terroir ».

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elle est subordonnée à la constitution de chaque individu. Il faut, avant tout, que l'appareil génital ait atteint son complet développement. Or, nous savons que les physiologistes fixent cette époque à la vingtième année pour les femmes et à la vingt-quatrième pour les hommes. Mais ces limites sont souvent dépassées. Ainsi, sur le territoire français, l'âge moyen du mariage est de trente ans et demi pour les hommes et de vingt-six pour les femmes.

Les lois civiles de presque tous les pays ont exigé un minimum d'âge qui correspond à la puberté dans les deux sexes. Il est établi, en France, à dix-huit ans pour les hommes et à quinze pour les femmes. Ainsi que le constate le Code en vers :

Avant d'avoir fini sa dix-huitième année, L'homme ne peut prétendre aux nœuds de l'hyménée; Et la femme, à son tour, ne le peut point non plus Avant d'avoir atteint ses quinze ans révolus.

Il est intéressant de connaître l'âge auquel on peut se marier dans les différents Etats de l'Europe :

Autriche: 14 ans, pour les deux sexes; — Allemagne : hommes, 18 ans; femmes, 14 ans; — Belgique : hommes, 18 ans; femmes, 15 ans; — Espagne : hommes, 14 ans; femmes, 12 ans; — Grèce: hommes, 14 ans; femmes, 12 ans ; — Hongrie : catholiques et orthodoxes : hommes, 14 ans ; femmes, 12 ans ; protestants : hommes, 18 ans; femmes, 15 ans ; — Italie : hommes, 18 ans ; femmes, 15 ans ; — Portugal : hommes, 14 ans ; femmes, 12 ans ; — Russie : hommes, 18 ans ; femmes, 15 ans; — Roumanie : hommes, 18 ans ; femmes, 16 ans; — Saxe : hommes, 18 ans ; femmes, 16 ans ; — Suisse, selon les cantons : hommes, de 14 à 20 ans ; femmes, de 12 à 17 ans; — Turquie : à la puberté.

Comme on le voit, il n'y a aucune concordance entre l'âge physiologique et l'âge légal des époux ; c'est une lacune qui porte le plus grand préjudice à la santé publique. Les Gaulois, au dire de Montaigne, étaient, sur ce sujet, plus raisonnables que nous; « ils estimaient, dit-il, à extresme reprosche d'avoir eu accointance de femme avant l'âge de vingt-cinq ans. »

Aucun article du Code n'interdit le mariage passé un certain âge, il est difficile d'assigner une limite maximum à l'exercice du coït, attendu que la période d'aptitude à la reproduction est fort variable. De nombreux exemples, et nous en avons déjà cité quelques-uns, prouvent que la vieillesse n'est pas toujours l'indice de l'impuissance

et que certains individus, avancés en âge, sont encore capables, comme le dit Montaigne, «d'estrenner la couche nuptiale.» Le D'' Garnier parle dans sa Génération universelle d'un célèbre médecin de Paris, le D-" Piorry, sans doute, qui convola en troisièmes noces, à l'âge de soixante-dix-huit ans, avec une femme de trente-cinq ans, laquelle est devenue mère d'un enfant sept mois après. Il fut plus heureux que le vieillard dont parle l'épitaphe bien connue :

Ci-gît qui pour avoir enfans,

Prit femme à quatre-vingt-quatre ans.

Il la prit jeune et jolie

Afin de caver au plus fort.

Mais ô triste et malheureux sort!

En cherchant à donner la vie,

Le bonhomme a trouvé la mort.

Tel fut le sort de Louis XII, à cinquante-deux ans, usé de goutte et de fatigues, il épousa en troisièmes noces une sœur du roi d'Angleterre Henri VIII, âgée de 16 ans, légère et galante : « il vivoit, dit Fleuranges, d'un merveilleusement grand régime, lequel il rompit quand il feust avecques sa femme ; et lui disoient bien les médecins que s'il continuoit, il en mourroitpour se jouer. » De même le D'' Jean Manardi, de Ferrare, qui, à soixante-quatorze ans, épousa une jeune fille et mourut peu de temps après. « Ce Manardi, raconte Bayle, s'étant marié fort vieux avec une jeune fille, fit des excès qui le tuèrent. Les poètes ne manquèrent pas de plaisanter là-dessus, et principalement ceux qui sçurent qu'un astrologue lui avait prédit qu'il periroit dans un fossé. Ce fut le sujet du distique de Latomus:

In fovea qui te periturum dixit aruspex Non est mentitus: conjugis illa fuit.

« Le Devin qui a prédit que tu périras dans une fosse ne t'a pas trompé : c'était celle de ta femme ». On a tant brodé la pensée de ce distique que l'on est venu jusques à dire que Manardi, pour éviter la prédiction, s'éloignoit de tous les fossez. Il ne songeoit qu'au sens littéral et ne se déficit point de l'allégorique; mais il reconnut par expérience que ce n'est pas toujours la lettre qui tue, et que l'allégorie est quelquefois le coup mortel. »

Il sera donc sage, passé la soixantaine, de s'abstenir de toutes rela-

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tions sexuelles, à cause des accidents redoutables qui peuvent en résulter. Car, selon le poète,

On ne se servira que d'un même flambeau Pour te conduire au lit, et du lit au tombeau.

« La couronne de myrthe n'est pas faite pour les têtes chenues, » dit avec justesse un de nos vieux auteurs. « Ce qu'il y a de pire pour un vieillard, disait le médecin Tsabet-ben-Gora (IX'' siècle), c'est un bon cuisinier et une jeune femme ». Et l'abbé Maury écrivait à son ami Portai : « Chaque fois qu'un vieillard se livre au plaisir de l'amour, c'est une pelletée de terre qu'il se jette sur la tête. » « La vieillesse, dit encore Térence, est déjà une maladie; si vous lui donnez une femme, ce sera la mort. » Enfin, La Rochefoucauld prétend que la vieillesse est un tyran qui défend, sous peine de vie, tous les plaisirs de la jeunesse.

Malgré les autorités nombreuses que nous venons de citer, si le vieillard ne s'expose pas à abréger sa vie, en voulant sortir des habitudes de son âge, il fera bien, néanmoins, de s'abstenir dans la crainte de ne pouvoir tenir ses promesses et de ne s'exposer au ridicule ; qu'il médite ce quatrain de Lainez :

Ce vieillard qui veut prendre une jeune compagne Doit, en se mariant, craindre quelque faux pas.

Quand il neige sur la montagne,

Il fait froid dans les pays bas.

Le plus sage sera de suivre l'exemple de Philippe d'Herbelot, qui mourut à cent quinze ans. Quelque temps avant sa mort, il fut admis à offrir un bouquet à Louis XIV, pour sa fête. Ce monarque le félicita sur sa longue vieillesse et lui demanda comment il avait fait pour l'atteindre : Sire, répondit malicieusement le vieillard, dès Vâge de cinquante ans, j'ai fermé mon cœur et f ai ouvert ma cave. Louis XV, déjà vieux, témoignait à son premier médecin des craintes fort sérieuses sur le délabrement de sa santé : Ah! je le vois bien, lui disaitil, il faut que f enraye. — Sire, répondit le docteur, vous feriez encore mieux de dételer. Enfin, d'après Gicéron, Sophocle répondait à quelqu'un qui lui demandait si, étant vieux, il usait encore des plaisirs de l'amour : « Que les Dieux m'en préservent, je lésai abandonnés aussi volontiers que f eusse quitté un maître sauvage et furieux. »

Autrefois, on cherchait à soutenir et à ranimer les forces chancelantes des vieillards en les faisant coucher à côté de jeunes et jolies filles. Ainsi, ce remède, qui est peut-être plus dangereux que le mal, fut appliqué d'abord au roi David, qui recouvra, dit-on, sa vigueur dans les bras de la jeune Sunamite Abisag. Plus tard, Barberousse, parvenu à une extrême vieillesse, employa le même procédé, sur les conseils d'un médecin juif. De même Boerhaave fit coucher un vieux bourgmestre d'Amsterdam entre deux jeunes filles.

La satisfaction du besoin génésique a été souvent conseillée comme remède de diverses affections morales et même physiques ; nous avons déjà cité les exemples d'Antiochus Soter, de Juste et de Perdiccas.

Lorsque Louis VIII, fut atteint de la maladie qui le conduisit au tombeau, « les médecins, raconte Mézeray, ayant déclaré que le mal du roi n'était occasionné que par un excès de continence, lui proposèrent un remède réprouvé par la loi de Dieu (1). On imagina, pendant son sommeil, de placer près de lui, dans son lit, une jeune demoiselle qui, à son réveil, lui exposa le motif pour lequel elle y avait été placée : iVon, ma fille^ lui dit Louis, faime mieux mourir que sauver ma me par un péché mortel. Il appelle en même temps Archambaud de Bourbon, qui avait conduit celte intrigue, et lui ordonne de marier honorablement cette jeune personne. »

Déjà du temps de Martial, la satisfaction du plaisir des sens était indiquée dans les névroses :

Hystericam vetulo se dixerat esse marito,

Et queritur futui Leda necesse sibi.

Sed flens atque gemeus tanti negat esse salutem,

Seque refert potiùs proposuisse mori.

Vir rogat ut vivat, virides nec deserat annos ;

Et fieri, quod jam non facit ipse, sinit. Protinùs accedunt medici, medicœ que recedunt,

Tolluntur que pedes : ô medicina gravis !

« Léda vient de déclarer à son vieux mari qu'elle est hystérique : elle se lamente de la nécesité de recourir au remède qu'on lui a conseillé; elle pleure, elle gémit et proteste qu'elle n'achètera pas si cher

(1) C'est encore l'opinion de Mgr Ange-Antoine Scotti : « il n'est pas permis, dit-il, en bonne conscience, au médecin de proposer le susdit remède, à moins de choisir des enfants d'un âge si tendre qu'il fut absolument impossible de concevoir le moindre soupçon, j)

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saguérison, qu'elle aimerait cent fois mieux mourir. L'époux la conjure de se laisser vivre, de ne point sacrifier la fraîcheur de son âge ; il lui permet de laisser faire par d'autres ce qu'il lui est impossible d'exécuter. Médecins aussitôt se présentent en foule; les commères disparaissent; on entre en danse... ô le fâcheux remède. »

Si le mariage est quelquefois utile contre certains troubles fonctionnels, il ne faut cependant pas en faire un remède applicable à toutes les affections physiques :

On dit : « Le mariage arrangera cela »

La panacée est bonne. On connaît celle-là;

La future est trop maigre, un mariage engraisse ;

Trop grasse, il la maigrit ; bossue, il la redresse ! (1)

De l'époque et du moment favorables au coït. — Chez les animaux, l'union sexuelle s'accomplit à certaines époques périodiques, dites époques du rut; mais, dans l'espèce humaine, l'accouplement n'est assujetti à aucune influence semblable. « Boire sans soif et faire l'amour en tout temps, dit Beaumarchais par la bouche d'Antonio, c'est ce qui distingue l'homme des autres bêtes. »

Toutefois, chez la femme, le besoin génésique se fait surtout sentir vers la fin des règles ; c'est aussi, nous le verrons bientôt, le moment le plus favorable à la fécondation. Mais le coït, pendant la période menstruelle, devra être évité avec soin, parce qu'il expose l'un et l'autre sexe à des accidents que nous avons déjà signalés.

Les rapprochements sexuels sont, nous l'avons constaté déjà, plus fréquents au printemps et surtout au mois de mai ; c'est du moins ce que démontre la statistique des accouchements et des attentats aux mœurs pour la France. Le D"" Monlau recommande une grande discrétion génésique pendant les chaleurs, dans tous les mois sans r (2), comme pour les huîtres, parce que les évacuations spermatiques débilitent davantage à cette époque de l'année. « En juin et juillet, dit un refrain espagnol, ni femme, ni caracol. » Les jours caniculaires passaient aussi dans l'ancienne médecine pour être funestes à l'acte vé-

(1) Les Faux Ménages.

(2) C'est ce que l'hygiéniste Roullin a exprimé dans ces mauvais vers :

Aux quatre mois qui n'ont point d'R, Laisse ta femme et prends le verre; Au mois en R, pour ta raison, Laisse le verre, prends le jupon.

nérien. D ans V Amphitryon (1), de Molière, Gléanthis fait bonne justice de ce préjugé :

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