SOSIE
Tout doux.
GLÉANTHIS
Non, je soutiens que cela conclut mal, Ces raisons sont raisons d'extravagantes testes. Il n'est ni vin, ni temps, qui puisse être fatal, A remplir le devoir de l'amour conjugal ;
Et les médecins sont des bestes.
Les hygiénistes s'opposent à l'accomplissement des fonctions génitales au sortir de table. II faut reconnaître cependant que l'excitation produite par un repas copieux est un stimulant génésique très actif. C'est souvent le seul moyen capable de réveiller les natures les plus froides. Il Sera bon, néanmoins, de s'abstenir de tout rappro-
(1) Acte II, scène III.
DE LA COPULATION
chement sexuel à la suite de libations excessives, car il est démontré que les conceptions, faites dans ces conditions, prédisposent les enfants aux affections nerveuses. Afin d'éviter ces conséquences fâcheuses, les anciens ne permettaient pas aux époux de passer ensemble la nuit qui suivait le festin de leurs noces. Pour la même raison, une loi de Carthage interdisait l'usage du vin le jour du mariage.
La loi de Mahomet veut que les Musulmans aillent à la mosquée et accomplissent leur devoir conjugal un jour par semaine, le vendredi, Veneris dies, le jour de Vénus.
Le moment de la journée le plus propice au coït est assez difficile à préciser et varie selon les circonstances. C'est le soir, si l'on en croit Victor Hugo :
Le plaisir, fils des nuits, dont l'œil brillant d'espoir S'éteint vers le matin et se rallume au soir.
Trop de clarté fait peur au doux plaisir, écrit encore Parny. Mais Hippocrate conseille le matin et dit que le sommeil doit passer avant Vénus. Dans le doute, Vauquelin de la Fresnaye, ne s'abstient pas, il accepte le matin et le soir :
Jeanne voulait savoir du médecin Lequel vaut mieux, le soir ou le matin, Au jeu d'amour. Il dit que plus plaisant Etait le soir, le matin le plus duisant Pour la santé. « Lors dit Jeanne en riant, Je le ferai d'un appétit friand, Doncques au soir pour la grand'volupté, Et le matin pour la bonne santé. »
Dans ses Œuvres morales, Plutarque fait discuter cette question entre plusieurs personnages : Quel est le temps propre à connaître une femme ? Les avis sont partagés ; les uns proposent le matin, les autres la nuit, d'autres veulent que ce soit après le repas. Olympius prêche la continence et désire que l'on dise en se couchant chaque soir : « il n'est pas encore temps » et le matin en se levant: « il n'est plus temps ».
^ Venette, qui a étudié à fond le même sujet dans son Tableau de V Amour conjugal, termine son chapitre intitulé : A quelle heure du jour on doit baiser amoureusement sa femme : par cette conclusion
fort judicieuse et qui sera la nôtre : « Pour résoudre donc la question, après avoir dit ce que l'on peut dire sur cette matière, on me permettra de n'observer ni le jour, ni la nuit, ni les heures, ni les moments, mais la seule disposition dans laquelle nous sommes quand nous sentons les aiguillons de Vénus. »
De la rapidité et de la fréquence du coït. — D'après Burdach, la faculté de répéter le coït est presque toujoùrs en raison inverse de la durée de cet acte : « Les papillons diurnes, dit ce physiologiste, restent unis fort peu de temps, mais répètent souvent l'acte, tandis que l'accouplement est long chez les coléoptères, qui ne l'accomplissent qu'une seule fois. La femelle de l'élan s'accouple deux à trois fois dans l'espace d'une heure, et la vache quatre à six. Le coq répète l'acte jusqu'à cinquante fois par jour ; le moineau, la bergeronnette, jusqu'à vingt fois par heure. Le coït est pour ainsi dire instantané chez le cerf, il est si rapide qu'on a cru longtemps qu'il n'était jamais effectué. Au contraire, le kanguroo, le porc, sont très longs à pratiquer la copulation, et les crapauds restent accouplés plusieurs jours.
Dans l'espèce humaine, l'accouplement a lieu, en général, deux fois par semaine. Mahomet qui, au dire de Rabelais, « se vante dans son Alcoran d'avoir en ses génitoires la force de soixante gallefretiers », prescrit un intervalle de huit jours, et Selon de dix. Le droit canon, plus généreux, permettait trois ou quatre rapports sexuels dans la même nuit : « Non peccat negam, quando aller immoderate petite ter aut quater eademnocie. » Venette fixe à cinq par nuit, le nombre des « assauts amoureux ». Quoique déjà fort exagérée, cette limite peut être dépassée de beaucoup. Crucius cite un domestique qui rendit mères dix servantes dans une seule nuit. L'empereur Proculus s'est vanté, dans une lettre adressée à son ami Métianus, d'avoir engrossé, en moins de quinze jours, cent vierges sarmates, qui lui étaient tombées entre les mains. Montaigne nous a transmis l'histoire de cette reine d'Aragon, qui rendit un arrêt contre un Catalan accusé par sa femme d'une ardeur génésique excessive. Cet homme reconnut, en effet, que chaque nuit était marquée par dix « triomphes », et il lui fut défendu, sous peine de mort, d'approcher sa femme plus de six fois par jour. Tardieu a observé des individus, atteints de satyriasis, qui pouvaient répéter l'acte vénérien plus de quarante fois en une nuit. Hercule eut affaire à cinquante filles dans la même nuit, et ce ne fut pas le moins pénible de ses travaux. Les femmes possédées de la fureur érotique sont dans le même cas. Cléopâtre,
DE LA COPULATION
SOUS le nom d'une courtisane romaine, se rendit dans un lieu de débauche et surpassa, dit Venette, en moins d'un jour, de vingt-cinq fois la prostituée que l'on estimait la plus brave en amour ; Messaline supporta, dit-on, les efforts amoureux de cent six hommes sans être assouvie. Montaigne raconte l'histoire de Jeanne, reine de Naples, qui « feit estrangler Andreosse (1) son premier mary, aux grilles de sa fenestre, avecques un laq d'or et de soye, tissu de sa main propre, sur ce qu'aux corvées matrimoniales, elle ne luy trouvoit pas les efforts assez respondants à l'espérance qu'elle en avoit conceué à veoir sa taille, sa beauté, sa jeunesse et disposition, par où elle avait esté prinse et abusée ».
La fréquence du coït ne peut pas être moralement limitée, même d'une façon approximative, car elle varie, non seulement d'un individu à l'autre, mais encore suivant les instants chez le même individu. La véritable règle hygiénique à suivre dans .l'accomplissement des fonctions sexuelles est de s'en rapporter à ses propres forces, sans jamais chercher à les surpasser. Ne quid nimis^ rien de trop, dit Ovide. « La modération est le trésor du sage, » pense Voltaire. On devra donc, comme pour l'alimentation, rester sur son appétit. — « Il faut, dit le Menville de Ponsan, quitter l'autel de l'amour avec la force d'y déposer encore une autre offrande ».
Le plaisir sied très bien au sage, Il ressemble aux vins délicats :
On peut s'en permettre l'usage ; Buvez, ne vous énivrez pas.
On se gardera donc bien de suivre le conseil que donne Goquillard dans les Droits nouveaux:
« Beau sire, si la créature Prent tous les jours, de son mary, Le picotin à grand mesure, Fait-elle mal ? Nenny, nenny ! »
Le D' Dupasquier, dans le Cahier d'un médecin, prouve, par l'anecdocte suivante, que tout ce qui est extrême n'a pas de durée : « Deux amies intimes, mariées le même jour, se faisaient une vi-
(1) André, fils de Charles, roi de Hongrie, que les Italiens appelaient Andreasso.
site de noces. L'une, folâtre et vive, demande à l'autre en secret si son mari est souvent... tendre. — Oui, assez, fit celle-ci en rougissant un peu, il me dit un bonsoir avant de s'endormir. — Peuh ! pas plus ' que ça, reprit l'espiègle d'un ton moqueur : le mien me dit deux fois bonsoir et une fois bonjour...
Ces amies se rencontrent l'année suivante : Hé bien ! interroge la seconde, ton mari te souhaite-t-il toujours deux bonsoirs? — Ah! ma chère, ne m'en parle pas : il a été très malade et depuis ce temps il n'y pense plus qu'une ou deux fois par semaine; et le tien ? — Le mien n'a pas entonné si haut et n'a pas baissé d'un demi-ton.
Dix ans plus tard, ces amies se retrouvent : Où en êtes-vous ? demande encore la seconde. — Hélas! mon mari semble déjà vieux... il en est à la quinzaine, et encore avec peu d'entrain. Et le tien? — Toujours le même : toujours son petit couplet chaque soir. »
Gentil Bernard a donné, dans Varl d'aimer, de sages conseils sur ce sujet :
Mais redoutez, possesseur trop heureux, L'excès fatal du tribut amoureux.
Qu'un salamandre en ses premiers vertiges Tombe épuisé pour conter ses prodiges : Un sage athlète, au combat plus certain, Retrouve au soir ses forces du matin.
Silène a bu ; mais la soif qui lui reste Surnage encore sur sa coupe céleste.
Aimons ainsi ; l'amour doit avec soin Laisser grossir le torrent du besoin.
Enfin, on fera bien de méditer les observations suivantes qu'un vieux médecin adressait à un jeune homme : « Si votre constitution est faible et délicate, fuyez les plaisirs de l'amour ; il y a ici une couche d'épines enfouie sous les roses. Mais l'excitant prolifique vous agite-t-il sans cesse, conduisez-vous selon votre âge. De vingt-cinq à trente-cinq ans, vivez sur le revenu ; de trente-cinq à quarante-cinq, faites des économies; depuis quarante-cinq jusqu'à la fin, gardez précieusement le capital. »
Influence du coït sur l'organisme. — Nous examinerons les modifications passagères ou permanentes que l'usage régulier du coït, ses abus et sa privation ou continence, impriment à l'économie.
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L'exercice modéré du coït détermine une salutaire influence sur l'organisme, tandis que son usage abusif produit un fâcheux effet sur les forces physiques et les facultés intellectuelles (1). Aussi, Caton disait-il que s'il n'y avait pas de femmes, les hommes pourraient converser avec les Dieux. C'était pour entretenir leur force corporelle, qu'autrefois les athlètes, les chanteurs et les guerriers se condamnaient à la continence.
Le coït exerce principalement son action sur le système nerveux et circulatpire ; de là les névroses (palpitations, hystérie, épilepsie) et les affections cardiaques ou vasculaires (hémorrhagie cérébrale, rupture d'anévrysme), qui sont la conséquence fréquente des excès vénériens et qui expliquent les cas de mort subite pendant le coït. C'est pourquoi les anciens, qui divinisaient tout, avaient fait de Libitine la déesse des plaisirs et des funérailles. On sait que Louis-Philippe d'Orléans mourut à cinquante-neuf ans, frappé d'apoplexie, entre les bras de sa maîtresse, la duchesse de Phalaris.
La copulation influe encore d'une façon très manifeste sur la nutrition ; de là, augmentation de l'appétit et, en même temps, amaigrissement chez les individus qui abusent du coït : « Un bon coq est toujours maigre, dit le proverbe. »
La maladie de la moelle épinière, que Duchenne, de Boulogne, a désignée sous le nom d^ataxie locomotrice et qui est caractérisée par une démarche incertaine et des douleurs dites fulgurantes (de fulgur^ éclair), a été attribuée au coït pratiqué dans la station verticale. De Graefe cite le cas d'un jeune homme qui abusa tellement du coït la première nuit de ses noces que, le lendemain, il fut atteint de paralysis agitans.
En dehors des troubles fonctionnels que nous venons de signaler, le coït apporte dans certains organes, comme l'utérus et la glande thyroïde du cou, des modifications particulières. Mnsi cet acte augmente sensiblement les dimensions de la cavité utérine et facilite, par suite, l'écoulement des règles ; d'où le conseil de marier de bonne heure les jeunes filles atteintes de difficultés menstruelles.
Les modifications apportées dans le développement du cou par la glande thyroïde ne sont pas moins sensibles. « Les anciens, écrit Malgaigne, pensaient que le cou grossissait chez la femme immédiatement après les premières approches de l'homme, et cette idée s'est
(1) Le précepte de l'Ecole de Salerne dit :
L'amour est salutaire avec sobriété; Impur, il est fatal et détruit la santé.
conservée dans le peuple jusqu'à nos jours. Ainsi, quelques matrones mesurent encore la circonférence du cou d'une jeune mariée le jour et le lendemain des noces (1) ; d'autres vont plus loin et prétendent pour voir reconnaître la virginité par le procédé suivant. La circonférence du cou étant prise avec un fil à sa partie moyenne, on double lalongueur de ce fil, on en fait tenir entre les dents incisives les deux extrémités et l'on embrasse le sommet de la tête avec l'anse qui en résulte. Si le fil passe librement par-dessus le sommet de la tête, mauvais signe ; si au contraire l'anse se trouve trop étroite, on conclut en faveur de la virginité. Les physiologistes ont dédaigné ces traditions populaires ; je dois dire cependant que, sans leur accorder une grande valeur, elles ne sont pas sans quelque fondement. Ainsi, à moins de goitre ou d'une difformité quelconque, j'ai toujours vu l'anse du fil trop étroite chez des jeunes filles de quinze à vingt ans dont les mœurs ne pouvaient être soupçonnées; chez les femmes mariées depuis plusieurs années, le cou est certainement plus large, et il m'a paru qu'il s'élargissait surtout par l'effet de la grossesse et de l'accouchement. C'est un sujet de recherches qui ne serait pas sans intérêt. »
D'autres signes extérieurs, plus ou moins fantaisistes, ont été indiqués pour reconnaître la défloraison. Michel Scott, en 1283, affirmait que les narines d'une fille montrent si elle est vierge. Le cartilage nasal est solide tant qu'elle est pure ; il devient mou dès qu'elle a été déflorée.
Des personnes douées d'un odorat exquis ont supposé que la perte de la virginité donnait à l'économie une odeur particulière. Le Cat rapporte, dans son Traité des passions, qu'un religieux de Prague distinguait à l'odorat les filles ou les femmes chastes de celles qui ne l'étaient pas. « Je ne sais, ajoute-t-il plaisamment, si un homme aussi savant en ce genre n'aurait pas été dangereux dans la société. » Tous les ouvrages de physiologie citent cet aveugle qui reconnaissait, par le même moyen, les écarts de conduite de sa fille. Démocrite constatait, dit-on, au premier coup d'œil, si une jeune fille était vierge ou
(1) Catulle fait allusion à cette coutume dans ce distique :
Non illam nutrix, orienti hice reviseris, , Uesterno collum poterit circumdare filo.
(Sa nourrice en la revoyant le matin ne pourra plus entourer son cou du lacet de la veille). — Ce prétendu témoignage authentique de la virginité, fait observer à ce sujet le D'F. Monlau, grâce sans doute à la volonté ou l'adresse du mesureur, sinon à l'élasticité du ruban, était ensuite suspendu comme ex-voto, au temple de la Fortune virginale.
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non. « Ce philosophe, observe à ce propos Guy Patin, n'aurait guère reçu de visite en ce pays, on aurait trop appréhendé l'indiscrétion de son art. »
Les Romains étaient sur ce point bien plus avancés que nous. Dans le temple de la Virginité, ils avaient érigé une statue appelée labouche de Vérité. Une jeune fille était-elle suspecte, on la conduisait devant la statue, on lui faisait mettre le doigt dans cette bouche redoutable, et si elle était justement soupçonnée, la déesse ne manquait pas de la pincer fortement.
De la continence et du célibat — La privation absolue de tout rapport sexuel, qu'elle soit volontaire ou forcée, s'appelle la continence. Elle est supportée plus facilement par la femme que par l'homme, car les besoins génésiques sont plus impérieux dans le sexe masculin que dans l'autre. Aussi les religieuses succombent-elles plus rarement aux tentations de la chair que les ecclésiastiques ; et si les couvents de femmes recèlent plus de maladies et d'existences languissantes que les couvents d'hommes, ce n'est pas, comme le veut M. Michel Lévy, parce que le célibat est plus funeste aux femmes qu'aux hommes, mais bien parce que l'organisme des premières offre moins de résistance aux fatigues du cloître. Le plus souvent, la continence n'exerce aucune action fâcheuse sur l'économie ; parfois, il est vrai, elle donne lieu à l'hypocondrie, aux névroses, aux hallucinations comme celles de saint Antoine, et, dans quelques, cas exceptionnels, elle pousse aux tentatives de viol accompagnées ou non d'assassinat. Cependant, les satistiques judiciaires prouvent que dans les accusations d'attentats à la pudeur, les hommes mariés entrent pour une part au moins égale sinon supérieure à celle des célibataires.
On attribue encore à la continence certaines affections cérébrales et même la mort : ainsi périt, dit-on, saint Casimir, fils du roi de Pologne, qui refusa, malgré les conseils des médecins, de chercher dans le mariage un remède assuré. Meyer raconte, d'après Burdach, l'histoire d'un jeune ecclésiastique, rigide observateur de ses vœux, qui fut atteint d'aliénation mentale et ne recouvra la santé qu'après l'accomplissement de l'acte vénérien. Buffon a aussi publié le mémoire que lui adressa un curé de Cours, près de la Réole, et dans lequel cet ecclésiastique décrivait les terribles luttes qu'il eut à soutenir pour résister aux aiguillons de la chair.
Mais ce sont des cas exceptionnels, car il est bien démontré que le célibat continent peut se concilier avec la santé la plus parfaite et n'abrège en rien la durée de la vie. Les ecclésiastiques occupent
même le premier rang dans l'échelle de la longévité. Ainsi, d'après Casper, sur 100 individus de chaque profession arrivés à soixantedix ans, il y a 42 ecclésiastiques, 29 avocats, 28 artistes, 27 professeurs, 24 médecins. Les Encratiens et les Ariens, qui repoussaient le mariage, ainsi que les anachorètes de la Thébaïde, ont eu une existence très longue. Newton mourut vierge à quatre-vingts ans. Des exemples, pris chez les animaux, semblent prouver que la continence, au lieu d'abréger la vie, la prolongerait : Hervieux assure qu'un serin, qui fait des petits chaque année, ne vit pas plus de huit ans; tandis qu'il arrive jusqu'à vingt-deux ans, quand on le lient célibataire. De même, le pigeon, d'après Bacon, ne vit guère que huit ans, « alors que la chaste tourterelle et le fidèle ramier parviennent jusqu'à vingt et même cinquante ans ».
A ces faits. Becquerel oppose la statistique et prétend que la durée de la vie est plus longue chez les femmes mariées que chez les filles. Mais cet hygiéniste ne s'abuse-t-il pas, en voulant faire bénéficier le mariage de cette différence de longévité? Et n'est-il pas plus juste de l'attribuer à cette circonstance que les femmes qui n'ont pu se marier sont précisément celles qui en ont été empêchées par leur état de santé, leur pauvreté ou leur difformité ; autant de causes suffisantes par elles-mêmes pour expliquer la brièveté de la vie? D'ailleurs, les recherches plus récentes du D"" Bertillon prouvent que, de vingt à vingt-cinq ans, les filles n'ont qu'une mortalité de huit au lieu de dix que présentent les épouses, et cela à cause des dangers auxquels les expose le premier accouchement.
Quant aux hommes, le mariage leur est plus favorable qu'aux femmes ; la mortalité des gens mariés est moins grande que celle des garçons et des veufs. Il faut cependant faire une exception pour ceux qui se marient trop tôt. Ainsi, avant vingt ans, les jeunes gens mariés meurent cinq fois plus que les célibataires du même âge ; sans doute par suite des excès vénériens qu'ils commettent.
Le préjudice que le célibat porte à la vie individuelle et à l'accroissement de la population fait que, de tout temps, il a été flétri et le mariage encouragé. Cependant, le Concile de Trente a reconnu que le célibat est préférable au mariage, et quiconque le nie encourt l'anathème. Cette décision était d'accord avec la parole de saint Paul qui, dans son Épître aux Corinthiens, dit : « Il est bon à l'homme de ne toucher point de femme. » Malgré ce passage du Nouveau Testament, la religion protestante a toujours été favorable au mariage. « Enjoindre le célibat, dit Luther, est tout aussi raisonnable que décréter que l'on vivra sans boire ni manger. »
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Les anciens regardaient le célibat comme une'sorte d'opprobre eten faisaient un cas d'inaptitude aux fonctions publiques. Les Romains refusaient aux célibataires le droit de témoignage, et, chez les Spartiates, ils étaient fouettés tous les ans par les femmes, au pied de la statue de Junon. Moïse récompensait les gens mariés en les dispensant du service militaire. César défendait aux femmes, en âge d'avoir des enfants et qui n'étaient pas mariées, de porter des pierreries. « Nous voulons, dit Louis XIV, dans ses Ordonnances^ que dorénavant toijs nos sujets taillables qui auront été mariés avant ou dans la vingtième année de leur âge, soient et demeurent exempts de toutes contributions ou tailles, impositions et autres charges publiques, sans y pouvoir être compris ni employés qu'ils n'aient vingt-cinq ans révolus et accomplis. Comme aussi voulons que tout père de famille qui aura des enfants vivants, nés en loyal mariage, non prêtres, religieux ni religieuses, soit et demeure exempt de la collecte de toute taille et autres impositions, guet, garde et autres charges publiques. Voulons que les gentilshommes et leurs femmes, qui auront dix enfants, jouissent de mille livres de pension par chacun an, et ceux qui en auront douze, deux mille livres. » Actuellement en France, le père de quatre enfants est dispensé du service des vingt-huit jours. Il faudrait encourager la paternité par beaucoup d'autres faveurs. C'est encore pour favoriser l'accroissement de la population que certains législateurs ont proposé d'établir un impôt sur les célibataires.
Le mariage et ses détracteurs. — Quoi qu'on fasse, le mar riage sera toujours en honneur dans l'espèce humaine, parce qu'il est d'accord avec les lois de la nature et répond à deux grands besoins de l'homme : la sociabilité et la conservation de l'espèce. Aussi, cette institution a-t-elle résisté et résistera-t-elle toujours aux épigrammes les plus acerbes.
Nous citerons, à titre de curiosité, quelques-uns des traits dirigés contre le mariage :
Le mariage est une forteresse assiégée ; ceux qui sont dehors veulent y entrer et ceux qui sont dedans veulent en sortir. Proverbe chinois.
Je viens de faire mon testament, disait un mari, et j'ai légué toute ma fortune à ma femme, mais à condition qu'elle se remariera tout
de suite. De cette façon, je suis sûr qu'il existera du moins un homme qui regrettera ma mort.
Ami, je vois beaucoup de bien Dans le parti qu'on me propose Mais toutefois, ne pressons rien, Prendre femme est étrange chose.
Il faut y penser mûrement ; Sages gens en qui je me fie M'ont dit que c'est fait prudemment Que d'y songer toute sa vie.
Maucroix.
Il n'a jamais existé qu'un mariage heureux, celui du doge avec la mer.
On lit dans la Bibliothèque orientale qu'un pauvre Indien s'était présenté à la porte du paradis de Brahma : « Avez-vous été dans le purgatoire ? lui demanda le dieu.
— Non ; mais j'ai été marié.
— Alors entrez, c'est la même chose. »
Un Picard se tenant à la porte du paradis observait que les hommes mariés passaient comme des lettres à la poste ; il prit son courage à deux mains et se présenta devant l'apôtre :
— Avez-vous été marié ? lui dit saint Pierre.
— Deux fois, répond notre Picard triomphant.
Saint Pierre lui referma brusquement la porte au nez :
— Je reçois les malheureux, fit-il, mais pas les imbéciles.
Mari qui a eu une femme mérite une couronne de patience ; mari qui en a eu deux en mérite deux de folie.
La veille de son mariage, Thomas, au père Hilarion,
DE LA COPULATION
Fut demander, selon l'usage, Un billet de confession.
Le pénitent, gai comme un prince, Bien confessé, billet en main.
S'en allait : un remords le pince, Et vite il rebrousse chemin.
Sans doute, c'est par oubliance, Va-t-il dire au père étonné.
Que vous ne m'avez pas donné Le moindre mot de pénitence?
Allez, répond le Franciscain, Allez, vous n'en avez que faire :
Ne m'avez-vous pas dit, mon frère, Que vous vous mariez demain ?
Pons de Verdun.
Quand on est jeune, il n'est pas temps de se marier ; quand on est vieux, il n'est plus temps. Dans l'intervalle... on réfléchit.
Lisimon un jour désira Consulter la sage Laura, Sur les qualités que devra Avoir la femme qu'il prendra.
Voici (cela n'étonnera) La réponse qu'il en tira :
« Belle épouse vous trahira, « Laide, elle vous répugnera, « Pauvre, elle vous ruinera, « Riche, elle vous dominera, « Sotte, bientôt vous ennuiera, « Savante, bien pis ce sera, « Vieille, elle vous dégoûtera, « Jeune, aimable, vous donnera « Fil à retordre... et csetera, « Puis elle vous enterrera :
<' Ainsi, Monsieur se résoudra « A faire ce qui lui plaira. »
« — C'en est assez, se mariera, Reprit Lisimon, qui voudra. »
Ponsardin-Simon.
Un philosophe disait qu'un homme qui se marie met la main dans un sac où il y a quatre-vingt-dix-neuf vipères et une couleuvre. Celui qui se marie fait bien; mais celui qui ne se marie pas fait encore mieux. Saint Paul.
Le mariage, tel qu'il se pratique aujourd'hui, dit Balzac, me semble être une prostitution légale.
Georges Sand appelle, dans Valentine, le mariage le plus monstrueux des viols.
Homme qui femme prend se met dans un état Que de tous, à bon droit, on doit nommer le pire. Fol étoit le second qui fit un tel contrat ; A l'égard du premier, je n'ai rien à lui dire.
La Fontaine.
Un proverbe anglais dit : qui se marie par amour a belles nuits et mauvais jours.
Un vieux proverbe français assure 'que les bonnes femmes sont toutes au cimetière.
Le mariage est né de l'amour comme le vinaigre du vin. Lord Byron.
Le mariage est un piège que la nature nous tend. Schopenhauer.
De mille hommes, j'en ai trouvé un bon, et de toutes les femmes pas une. Salomon.
DE LA COPULATION
Quand un mari, quand une femme
Vivent de telle sorte entre eux,
Que ce n'est qu'un corps et qu'une âme,
Il n'est point d'état plus heureux.
Mais si l'on s'en rapporte à ceux
Qui sont sous la loi conjugale :
C'est la pierre philosophale
De n'être qu'un quand on est deux.
Desmarets.
Le mariage est souvent une sottise faite à deux, puis une galère à trois et plus. Shakspeare.
Dans le mariage, il n'y a point d'amour, parce qu'on ne peut aimer où il n'y a point d'obstacle. Si Laure avait été la femme de Pétrarque, il n'aurait point passé sa vie à rimer des sonnets. Lord Byron.
Un mari qui voudrait seul posséder sa femme serait regardé comme un perturbateur de la joie publique et comme un insensé qui voudrait jouir de la lumière du soleil à l'exclusion des autres hommes. Montesquieu.
Dorante, las du célibat.
Las de passer ses jours dans le libertinage
Crut qu'il fallait changer d'état Et se soumettre enfin au joug du mariage.
On lui proposa deux partis,
Une femme grosse et dodue.
Une autre petite et menue ; C'est de quoi contenter les divers appétits.
Toutes deux étaient fort de mise :
Il choisit la petite et dit d'un ton railleur :
« Ma foi de cette marchandise, Le moins qu'on en peut prendre est toujours le meilleur ».
Le mari de la femme la plus sage et la plus vertueuse est moins heureux que celui qui n'en a point. Salomon.
— Deux moines, chemin faisant, Se demandaient : « Dans le monde Lequel est le plus plaisant D'avoir une femme brune ou blonde? »
— « Frère, dit Tun, Blonde ou brune, c'est tout un ; Le poil ne fait point la femme; Mais pour résoudre le cas, La meilleure, sur mon âme, Est celle que l'on n'a pas. »
L'amour et l'hyménée sont frères, dit-on, mais assurément ils ne sont pas du même lit. Sophie Arnould.
Vénus, une belle et bonne dame, était la déesse de l'amour; Junon, une terrible mégère, était la déesse du mariage, et toujours elles furent ennemies mortelles. Swift.
Le mariage aujourd'hui n'est, à proprement parler, qu'une adjudication à la bougie éteinte; le dernier qui a parlé se couche. Lemontey.
Les affaires de mariage ressemblent à une foire de village, où chacun vient vendre sa vache enragée et son cheval boiteux et où chacun vient chercher une bonne, saine et utile bête. Ph. Gerfaut.
Qu'est-ce que le mariage moderne ? Des espérances dans l'avenir et des regrets tout de suite.
Le lit, dit Balzac, est tout le mariage.
Contre Job, autrefois, le démon révolté Lui ravit ses enfants, ses biens et sa santé; Mais pour mieux l'éprouver et déchirer son âme Savez-vous ce qu'il fit? Il lui laissa sa femme.
DE LA COPULATION 237
Le lien de l'amour s'use si promptement dans le mariage qu'on n'en voit bientôt plus que la corde. Sylvain Maréchal.
La dot est, dans le mariage, la sauce qui fait manger le poisson.
Mari qui a eu une femme mérite une couronne de patience; mari qui en a eu deux en mérite deux de folie.
Rien n'est plus beau que la noce d'un autre. Gustave Pons.
« La première nuit de mes noces, dit lord Byron, je m'éveillai en sursaut; la lampe était allumée, éclairant les rideaux rouges dont le reflet jetait sur les draps une lueur de flamme. Je me crus bonnement en enfer, et j'allais discuter avec le diable, lorsquej'aperçus mafemme. Je n'étais pas encore damné ! C'était bien pis, j'étais marié ! »
De toutes les sottises qu'un homme peut faire, c'est encore le mariage que je lui conseillerais le plus volontiers, c'est du moins la seule qu'il ne peut recommencer tous les jours. Alex. Dumas, fils.
On lisait à Rome l'inscription suivante sur le tombeau de deux époux : « Arrête, passant, et vois la merveille! Un homme et sa femme qui ne se querellent pas ! »
Piron composa, pour la sienne, une épitaphe analogue :
Ci-gît mafemme. Ah I qu'elle est bien, Pour son repos et pour le mien !
Autre épitaphe :
Cher objet de ma pitié, Reçois de moi, chère moitié,
Ce tombeau qu'aucun ne t'envie, Je dois bien justement te rendre cet honneur; Car le dernier jour de ta vie Fut le premier de mon bonheur.
La même idée sur l'amour conjugal forme le sel du quatrain] suivant :
Hier, un époux radieux
S'écriait en ouvrant sa porte :
Ma femme s'en vient de me rendre heureux. Vite, on cherche sa femme... elle était morte.
Il y a deux jours qui viennent trop vite : celui où l'on se marie et celui où l'on doit être pendu. Thackeray.
L'enfer est pavé de langues de femmes. L'Abbé Guyon.
La femme est l'organe du diable. Saint Bernard.
En apercevant une femme pendue à un arbre, Diogène s'écria : « Par Jupiter ! il serait bien à désirer que tous les arbres portassent de tels fruits. » A. Ricard.
La mer renferme moins de poissons et le ciel d'étoiles que la femme de méchanceté. Codrus.
Une femme bonne est plus introuvable qu'un corbeau blanc. Saint Grégoire.
Toute femme vaut un hommage, Bien peu sont dignes d'un regret.
Beaumarchais .
DE LA COPULATION
Pour un Orphée qui fut chercher sa femme dans l'enfer, combien de veufs, hélas ! qui n'iraient pas même en paradis, s'ils pensaient y retrouver la leur. J. Petit-Senn.
C'est à bon droit que l'île d'Ithaque est restée célèbre : une femme y fut fidèle. Sthal.
« Marié, lui! fait dire Antiphanes à l'un de ses personnages, moi qui l'avais laissé si bien portant. »
En France, les maris ne parlent presque jamais de leurs femmes ; c'est qu'ils ont peur d'en parler devant des gens qui les connaissent mieux qu'eux. Montesquieu.
Pour rendre un mariage heureux, il faudrait que le mari fût sourd et la femme aveugle. Alphonse d'Aragon.
Pythagore, ayant donné sa fille en mariage à l'un de ses plus grands ennemis, en rendit une étrange raison à ceux qui en demandaient la cause : « Je ne pensais pas, dit-il, lui faire davantage de mal, ni lui donner rien de pire qu'une femme. » Le P. du Bosc.
Après la lune de miel, le mariage fait l'effet d'une tartine de confitures dont on a mangé le dessus. A. Ricard.
Qu'un homme d'esprit ait des doutes sur sa maîtresse, cela se conçoit ; mais sur sa femme !... il faut être par trop bête. Montesquieu.
Le mariage n'est souvent qu'un échange de grognements réciproques durant le jour, et de ronflements pendant la nuit. G'estde l'ennui à deux. Gommerson.
Comme toute médaille, tout mariage a deux faces : la face que l'on montre au public, face brillante ; la face que les intéressés seuls peuvent apercevoir, face grimaçante et sombre. Robert Grey.
Une femme donne à son mari deux jours de bonheur : celui où il l'épouse et celui où il l'enterre. Hipponax.
L'oranger est le symbole ironique du mariage : les fleurs en sont blanches, mais les fruits en sont jaunes (1).
ARTICLE VI
DE l'impuissance
L'impuissance ou anaphrodisie est l'incapacité d'accomplir le coït. Elle se distingue de la stérilité en ce que celle-ci consiste dans l'inaptitude à féconder ou à être fécondé. Tous les [impuissants sont donc stériles, mais tous les stériles ne sont pas impuissants. Ainsi le mulet, malgré son infécondité, est très porté aux ardeurs génésiques. De même, les individus opérés de la castration ^sont incapables [de procréer et peuvent cependant pratiquer ,1e simulacre^ du coït, parce
(1) On pourrait encore noircir du papier avec les citations des auteurs qui ont médit du mariage ; ceux qui voudraient compléter leurs recherches trouveront de nombreux documents dans les ouvrages de Larcher et Martin : Les femmes jugées par les méchantes langues ; Satires et Diatribes sur les femmes, l'amour et le mariage et le Mal que les 'poètes ont dit des femmes. Nous citerons enfin les stances du mariage de Ph. des Portes, écrivain satirique du XVI* siècle, dont voici le début :
De toutes les fureurs dont nous sommes pressez, De tout ce que les cieux ardamment courroucez Peuvent darder sur nous de tonnerre et d'orage, D'angoisseuses langueurs, de meurtre ansanglanté, De soucis, de travaux, de faim, de pauvreté, ' Eien n'approche en rigueur la loy de mariage.
DE LA COPULATION
que l'érection ne leur est pas impossible. Nous avons déjà dit que les dames romaines recherchaient les castrats
Qui donnent le plaisir sans la fécondité.
On sait que le général Ganymède, qui fut l'amant de la plus jeune fille de Ptolémée, était un eunuque de cette sorte.
L'impuissance peut s'observer dans l'un et l'autre sexe, mais elle est plus fréquente chez l'homme que chez la femme.
De l'impuissance chez l'homme. — Elle dépend tantôt d'une anomalie congénitale ou acquise de la verge, tantôt d'un défaut d'érection.
L'absence de la verge, sa brièveté, une trop grande minceur, ou son excessive grosseur, sont les conformations vicieuses qui font ordinairement obstacle au coït. Un jeune soldat, dont parle Fodéré, avait la verge réduite à un simple turbercule qui, disait-il, « se gonflait quelquefois en présence des personnes du sexe ». Orfîla a fait acquitter un individu, atteint du même vice de conformation, et qui était accusé de viol. Roubaud cite le cas d'un Brésilien dont la verge, à l'état d'érection, n'excédait pas la grosseur d'un piquant de porcépic; il faisait usage d'un manchon en caoutchouc, qui en augmentait le volume et lui permettait de coïter d'une façon complète.
Il est rare que la verge soit trop développée pour s'opposer à la copulation. P. Zacchias, dans ses Questions de médecine légale^ parle d'une courtisane qui tombait en syncope chaque fois qu'elle avait des rapports avec son amant, parce que la verge de celui-ci était trop volumineuse. Il paraît, dit Casper, qu'au xvii^ siècle, un tribunal ecclésiastique de Suède « fixait les dimensions du pénis pour que la fécondation pût avoir lieu ».
Le phimosis (fig. 36) peut être une cause d'impuissance en s'opposant à l'éjaculation; Louis XVI en était atteint et, sur les instances de Joseph II, il finit par se laisser opérer.
Entre autres conformations vicieuses qui entraînent l'impuissance, nous signalerons les hernies volumineuses et le développement excessif du ventre; c'est pourquoi l'ancienne jurisprudence admettait l'obésité comme un motif valable de dissolution du mariage.
La perte des oreilles a été rangée, mais à tort, au nombre des causes qui produisent l'impuissance. Ainsi Dulaurens parle d'un jurisconsulte qui a conseillé de couper les oreilles des voleurs pour les empêcher de transmettre leurs vices. « Un soldat robuste, rapporte
Planque, dans sa Bibliothèque de médecine, et père de trois enfants, eut les oreilles coupées pour différents crimes, et fut chassé hors de la ville; depuis ce temps-là, il ne se sentit plus aucun désir charnel. »
Toutes les circonstances qui s'opposent à l'érection empêchent nécessairement la copulation. Telles sont les maladies de l'appareil génital. L'impuissance des Scythes a été attribuée à des pertes séminales occasionnées par une équitation forcée. Les opérations pratiquées sur les voies urinaires peuvent aussi être suivies d'anaphrodisie, ainsi qu'il advint à Pierre III après avoir subi la lithotritie. Enfin, les affections morales dépressives, comme les préoccupations de l'esprit, la mélancolie et le dégoût, sont des causes fréquentes d'impuissance passagère.
Un exemple curieux d'impuissance morale causée par la répugnance est celui de Lulli. « Au temps de ses folies, raconte le D"" Garnier dans le Mariage, il devint éperdûment amoureux d'une jeune Vénitienne, appelée Eléonore, qui se trouvait à Palma. Dédaigneuse et froide au début, l'étrangère, après un siège incessant, s'attendrit et laissa échapper le secret de son amour. « Mais ne me demandez rien de plus, ajouta-t-elle, car vous n'obtiendrez de moi en vie que les joies ineffables de l'âme et du cœur. » Le jeune Lulli parut satisfait et fît mille protestations de discrétion qu'il oublia successivement. Enfin, désespéré devant l'inutilité de ses fougueuses suppliques, de ses larmes ardentes et même de ses menaces pour vaincre l'inflexibilité d'Eléonore, il tenta un effort suprême. Armé d'un poignard, il se présenta, un jour, à elle, en lui déclarant qu'il allait se tuer. La tremblante Eléonore, arrêtant le bras de Lulli et s'abandonnant à ses caresses, s'écria : « Ah! Raymond, puisses-tu ne pas te repentir! » et aussitôt Lulli, en se reculant, pâlit, et ses organes restèrent soudainement comme frappés de paralysie; en découvrant le sein d'Eléonore, un cancer ulcéré était apparu. Cette aventure mit fin à toutes les extravagances de Lulli, qui, sous l'habit de franciscain, commença dès lors à étonner le monde par son talent et ses vertus. »
La timidité ou la crainte d'insuccès sont de fréquentes causes d'impuissance, que l'on attribuait autrefois aux sortilèges des noueurs d'aiguillette. Cette superstition est très ancienne. Ovide se demandait déjà si l'impuissance dont il était atteint ne devait pas être attribuée aux sorciers ?
Quid vetat et nervos magicas torpere per artes (1) ?
(1) Pourquoi les nerfs ne pourraient-ils pas être relâchés par quelques charmes magiques ?
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« Plus d'une fois, dit Tibulle, je serrai une autre femme dans mes bras, mais au moment heureux, Vénus me rappelait Délie et trahissait mon ardeur. Alors cette belle abandonnait ma couche, disant qu'on m'avait jeté un sort, et, j'en rougis, elle racontait ma honteuse aventure. »
Saint Augustin croyait aussi qu'on pouvait nouer l'aiguillette par des invocations : Certum est corporis vires incaniationibus et carminibusvinciri{l]. Stendhal, Hunter et Montaigne rapportent plusieurs exemples curieux de cette croyance. Ce dernier raconte, d'après le récit d'Hérodote, « qu'Amasis, roy d'Egypte épousa Laodice, très belle fille grecque : et lui, qui se monstrait gentil compagnon partout ailleurs, se trouva court à jouir d'elle, et menaça de la tuer, estimant que ce fut quelque sorcière ». De même, Aimoin nous apprend que Théodoric, roi de Bourgogne, se vit dans un semblable embarras avec Hermenberge, fille du roi d'Espagne, parce que la reine Brunehaut, mère de ce roi, lui avait malicieusement noué l'aiguillette.
Au moyen âge encore, on ajoutait foi à la puissance des noueurs d'aiguillette et on les brûlait comme sorciers. A cette époque, les juges de Riom condamnèrent à être pendu et réduit en cendres le R. F. Vidal de la Porte, qui fut accusé d'avoir noué l'aiguillette « tant aux jeunes garçons de son endroit, qu'aux chiens, chats et autres animaux domestiques, de sorte que la propagation de ces espèces avait été sur le point de manquer dans le canton ».
De nos jours, on ne croit plus guère aux noueurs, ni aux délieurs d'aiguillette. Cependant, un opuscule paru récemment, à l'usage des confesseurs, et dont nous avons déjà parlé, accorde quelque créance à ce préjugé en admettant l'impuissance par maléfice : « Lorsqu'il est prouvé qu'il y a maléfice, dit cet ouvrage, on peut employer les exorcismes, mais seulement avec la permission de l'évêque. »
Le D'" Brachet raconte, dans sa Physiologie, qu'il a vu une famille venir lamentablement consulter un de ses confrères en lui présentant deux jeunes époux bien épris l'un de l'autre. Cependant le mariage n'avait pu être consommé, quoique la célébration eût eu lieu depuis un mois. On en attribuait la cause à un prétendant malheureux qui, pour se venger, avait, par un sort, noué l'aiguillette du rival préféré. Le confrère prit, sans rire, un ton solennel, examina scrupuleusement le jeune homme et son épouse, et, les trouvant l'un et l'autre bien conformés, il annonça qu'il avait découvert le siège du mal, et qu'ayant
(1) Il est certain que les forces du corps peuvent être enchaînées par des incantations et des formules magiques.
un sort plus puissant, il allait le délivrer de celui qu'on lui avait jeté. Alors il se livra à toutes les pratiques les plus bizarres : les cercles magiques, les postures variées, les gestes, les coups de baguette, les mots entrecoupés, le baragouin le plus absurde, les invocations, les contorsions, tout fut mis en usage, pendant plus d'une demi-heure. Il finit par prononcer, avec un accent profond et comme avec peine, ces paroles : Enfin, le sort est levé, retirez-vous, et, la nuit prochaine, tout sera consommé. Huit jours après, la même famille revint en grande joie témoigner sa reconnaissance au médecin habile qui avait su si bien lever le sort.
Ces pratiques, en apparence puériles, s'adressent plus directement à la cause du mal, c'est-à-dire à l'imagination, que les raisonnements les plus sérieux. Aussi est-ce à de semblables moyens qu'il faudra recourir dans des cas analogues. Montaigne guérit, de la sorte, un comte de ses amis, qui craignait de ne pouvoir faire honneur à son sexe la première nuit de ses noces : il lui appliqua sur les bourses une médaille « où estoyent gravées quelques figures célestes contre le coup de soleil et pour oster la douleur de teste ». « Ces singeries, ajoute judicieusement l'auteur des Essais, sont le principal de l'effect, nostre pensée ne se pouvant démestre, que moyens si estranges ne viennent
Fia. 152. — Tuteur de la verge contre rimpuissance.
de quelque obstruse science, leur inanité leur donne poids et révérence. Somme il feut certain, que mes characlères se trouvèrent plus vénériens que solaires, plus en action qu'en prohibition. »
De même, l'efficacité des nombreux remèdes indiqués contre le nouement de l'aiguillette n'était due qu'à l'influence qu'ils exerçaient sur l'imagination : à quoi pouvait servir, par exemple, d'enchâsser
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des yeux de belette dans une bague, de faire uriner le maléficié à travers un anneau ?
Enfin, une variété d'impuissance assez commune est due à une érection incomplète qui s'oppose au coït. C'est pour remédier à un cas de ce genre que M. Mathieu a imaginé un appareil spécial (fîg. 152), destiné à jouer le rôle de tuteur de la verge et à faciliter l'accomplissement de l'acte sexuel. Fabre d'Eglantine, le farouche conventionnel, semble avoir été atteint de cette indisposition et paraissait avoir l'imagination plus vive que le tempérament. Illyrine prétend « qu'il ne pouvaif se promener dans les bocages d'Amathonte qu'à l'aide d'une béquille ; cette particularité, ajoute-t-elle, ne nuisit pas à notre affection. D'autres célébrités ont été accusées d'impuissance. Le duc de la Ferté, soupçonné de cette faiblesse, ne laissait pas échapper l'occasion de s'en défendre. Il rencontra Benserade, qui l'avait souvent raillé là-dessus. » Monsieur, lui dit-il, nonobstant toutes vos mauvaises plaisanteries, ma femme vient d'accoucher. — Monsieur le duc, répliqua Benserade, on n'a jamais douté de Madame votre femme. »
On connaît l'épigramme que l'abbé Ménage fit sur le mariage du président Cousin :
Le grand traducteur de Procope Faillit à tomber en sincope, Au moment qu'il fut ajourné, Pour consommer son mariage.
Ah, dit-il, le pénible ouvrage, Et que je suis infortuné!
Moi qui fais de belles harangues, Mois qui traduis en toutes langues, A quoi sert mon vaste savoir, Puisque partout on me diffame De n'avoir pas eu le pouvoir, De traduire une fille en femme.
De l'impuissance chez la femme. — En dehors des tumeurs volumineuses de l'appareil génital et de celles qui, situées dans son voisinage, peuvent, par leur développement exagéré, s'opposer à l'intromission du pénis, il n'y a, à proprement parler, que deux causes d'impuissance chez la femme : l'absence du vagin ou son oblitération.
Jean-Louis Petit cite une jeune femme qui, ayant un vagin imperforé extérieurement, mais communiquant avec le rectum, permit à son amant de s'unir à elle par l'anus et accoucha à terme, par la môme voie, d'un enfant bien constitué. L'approbation que ce chirurgien
donna à ce mode de rapprochement lui attira la colère des théologiens et lui valut une excommunication majeure. Cette interdiction fut levée par le pape Benoît XIV, qui, àl'encontre de ses prédécesseurs, pensait avec les PP.Gucufeet Tournemine qu'une fille, privée delà vulve, devait trouver dans l'anus le moyen de remplir le vœu de la reproduction. Pougens étend cette décision et pense que les jeunes femmes stériles devraient tenter les deux voies, pour s'assurer de la véritable route de la propagation. Dans ce cas, comme le fait remarquer le D''Roubaud, Pougens répudie cette maxime de la sagesse des nations : Dans le doute ^ abstiens-toi.
Du congrès. — Sous l'ancienne législation, l'impuissance était un cas de nullité de mariage et l'époux sur lequel pesait cette accusalion pouvait demander à se justifier par une épreuve particulière, dite le congrès (de congressus, coït), que Boileau a ridiculisée dans ces vers :
Jamais la biche en rut n'a, pour fait d'impuissance, Traîné, du fond des bois, un cerf à l'audience; Et jamais juge, entre eux ordonnant le congrès, De ce burlesque mot n'a salit ses arrêts.
Ce mode scandaleux de procédure consistait à faire coucher les deux époux dans un lit préparé à cet effet, et à les laisser seuls pendant deux heures ; après quoi, les matrones et les chirurgiens experts venaient constater « s'il y avait eu émission de liqueur séminale, où elle avait été faite et quelle en était la nature ». Les insuccès, constatés de la sorte, n'avaient souvent d'autre cause qu'une impuissance morale déterminée par la crainte d'un échec. Tel fut le cas du marquis de Langey qui, ayant échoué dans cette épreuve, fut séparé de sa femme. Or ce personnage épousa quelque temps après Diane de Montault-Navaille dont il eut sept enfants, pendant que, de son côté, sa femme donnait trois filles àmessire Pierre de Caumont, son nouveau mari. Ces circonstances contribuèrent pour beaucoup à ébranler le crédit que l'on accordait alors au congrès en matière juridique, et cette épreuve fut définitivement abolie par un arrêt de la Cour rendu le 18 janvier 1677.
Ce procès inspira les vers suivants :
Vainement la riche Emilie Plaide, requiert, conclut et veut
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Que, d'avec un Jean qui ne peut, Un prompt divorce la délie :
Les experts ayant affirmé Que répoux est bien conformé, Quoiqu'on lui la nature dorme, Les choses, de manière iront Qu'il l'emportera sur la forme, Quoiqu'il n'ait pas droit dans le fond.
Dans lâ jurisprudence actuelle, en raison même du scandale et surtout de la difficulté qu'offrait l'établissement de la preuve, le Code civil n'admet, que dans des cas exceptionnels, l'impuissance comme cause de nullité de mariage, de séparation de corps, ou de désaveu des enfants nés pendant le mariage. Ainsi le sieur Darbousse, d'Alais, qui avait épousé un hermaphrodite masculin, inscrit sur les registres de l'état civil sous les noms d'Anne-Justine Jumas, n'obtint sa séparation qu'après plusieurs années de démarches judiciaires.
Au moyen âge, la coutume des nuits probatoires, mentionnée dans les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux, était une précaution contre les désappointements et les troubles que l'impuissance amène souvent dans le mariage. « Ces nuits, raconte le Di" Garnier dans la Génération universelle, duraient jusqu'à ce que les deux parties aient pu acquérir la certitude de leur aptitude génitale ou jusqu'à ce que la femme fût enceinte. Alors seulement avaient lieu les démarches pour le mariage. Rarement la jeune fille était abandonnée par celui qui l'avait rendue mère, car il se serait attiré la haine et le mépris de tout le village. »