‹ La génération humaineChapitre 28 sur 45 · Bourgeon maxillaire inférieur · texte numérisé non relu

Bourgeon maxillaire inférieur

6. Oreillette droite. — 7. Foie. — 8. Membre supérieur. — 9. Membre inférieur. — 10. Extrémité caudale.

— 11. AUantoIde.

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a l'épaisseur d'un fîl et il se ûxe à la partie inférieure du ventre qui est fermé. Les oreilles, les narines, les yeux deviennent apparents. La bouche est indiquée par une fente transversale. La lèvre supérieure est formée de trois bourgeons qui se soudent vers le quarantième jour (flg. 172). Qu'un arrêt de développement empêche leur soudure de s'effectuer, il en résultera un bec-de-lièvre, c'est-à-dire une division simple ou double de la lèvre supérieure. Ce vice de conformation se produit ordinairement sur le côté gauche de la lèvre supérieure (flg. 173).

FiG. 172. — Face d'un embryon humain do Fig. 173. — Bec-de-lièvre simple limité

quarante jours. à la fente de la lèvre supérieure.

A. Bourgeon frontal ou incisif. — D, D. Bourgeons maxillaires supérieurs. — E, E. Maxillaire inférieur. — 0, 0. Cavité bueco-pharyngienne. — C, C. Globes oculaires.

La Sacrée Pénitencerie du Saint-Siège a fixé autrefois à quarante jours l'âge précis auquel l'âme prend possession du fœtus.

Troisième mois. — L'embryon mesure 10 centimètres et pèse 75 grammes. A partir de cette époque, le sexe, qui était indifférent (fig. 5), se caractérise. Jusque-là les organes génitaux ne pouvaient être distingués ; ils se composaient d'un tubercule, dit tubercule génital, qui apparaît vers la sixième semaine en avant d'une fente appelée sillon génital, dont les lèvres se soudent à la fin du troisième mois. Si, comme nous l'avons dit, celte soudure vient à manquer, le sujet présente toutes les apparences extérieures de l'hermaphrodisme (fig. 55). Le défaut de soudure de la partie antérieure du sillon génital, chez l'embryon mâle, produit encore les vices de conformation que nous avons décrits sous les noms à'hypospadias et d'épispadias.

Quatrième mois. — L'embryon prend à cette période de la grossesse, le nom de fœtus; il a 18 centimètres de long et pèse 200 grammes. Les cheveux commencent à apparaître et les ongles sont représentés par des plaques membraneuses très minces.

Cinquième mois. — La longueur du fœtus est de 25 centimètres et son poids de 400 grammes. Sa peau est rougeâtre et recouverte d'un léger duvet. C'est ordinairement vers quatre mois et demi que, pour la première fois, la mère perçoit les mouvements du fœtus. Quelques personnes assurent les ressentir plus tôt, mais souvent elles les confondent avec les contractions intestinales. Cette méprise peut même faire croire à une grossesse qui n'existe pas.

Dès que les mouvements du fœtus sont perçus par la mère, le médecin peut les constater par la palpation, et en même temps entendre à l'auscultation les bruits de son cœur. Ce sont, nous le verrons bientôt, les seuls signes certains de la grossesse.

Sixième mois. — Le fœtus a 30 centimètres, il pèse 700 grammes. Les ongles sont cornés à la base. C'est à cette époque qu'apparaît la membrane hymen.

Si l'enfant est expulsé dans le courant du mois, il est incapable de vivre plus de quelques jours. Cependant la loi, pour éviter toute cause d'erreur, lui accorde les bénéfices de la viabilité c'est-à-dire le droit à l'héritage. Entre autres exemples exceptionnels de naissance précoce, on cite celui de Fortunio Liceti,dont la mère accoucha à six mois, pendant la traversée de Reco à Rapallo. « Il était, dit Van Swieten, aussi petit que la main et son père eut recours à la chaleur du four pour l'élever ; il vécut cependant jusqu'à soixante-dix-neuf ans. » Le nain Nicolas Ferry, plus connu sous le sobriquet de Bébé, vint au monde dans les mêmes conditions, mais il mourut à vingt-cinq ans.

Septième mois. — C'est l'âge de la viabilité réelle. La taille du fœtus est de 35 à 40 centimètres, son poids de 1,250 grammes. Sa peau est blanche et se recouvre, au niveau des aisselles et dans le pli des aines, d'un enduit sébacé blanchâtre et onctueux plus ou moins épais. Les ongles sont cornés dans toute leur étendue. Les paupières peuvent s'entr'ouvrir, et si le fœtus naît à cette époque, ses yeux percevront déjà les objets qui l'entourent; chez les petits chiens, au contraire, même à terme, les paupières restent closes pendant quelques jours.

Huitième mois. — Le fœtus a une longueur de 40 à 45 centimètres et pèse 2,250 grammes. Contrairement à l'idée répandue, les enfants qui naissent à cet âge sont mieux conformés et offrent plus de chances de vie que s'ils étaient nés à sept mois.

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Neuvième mois. — A la fin du neuvième mois, le fœlus est dit à terme et présente les caractères que nous allons étudier.

Fœtus à terme, poids et longueur. — Le poids ordinaire d'un fœtus à terme et bien conformé est de sept livres, et sa longueur de 45 à 50 centimètres. Madame Lachapelle a vu un nouveau-né qui pesait quatorze livres, et Cazeaux en a observé un autre qui mesurait 64 centimètres et pesait dix-huit livres. Mais ces cas sont exceptionnels, et il faudra se mettre en garde contre les poids exagérés que l'on se pla'ît à attribuer aux nouveau-nés.

Conformation extérieure du fœtus. — La peau est blanche et duvetée ; elle est recouverte, dans toutes ses parties, d'un enduit sébacé qui facilite le glissement du fœtus à travers le canal vaginal. Au moment de la naissance, le cordon ombilical a, nous le savons, la même longueur que le fœtus, et il s'insère à un ou deux centimètres au-dessous du milieu du corps. Les ongles sont cornés dans toute leur étendue et dépassent l'extrémité des doigts.

Les os du crâne chez le fœtus jouissent d'une grande mobilité ; leurs bords chevauchent les uns sur les autres dans une certaine étendue et permettent à la tête une réductibilité assez considérable, au moment de l'accouchement. Cette particularité est due à la présence des membranes ou sutures (fîg. 174), qui unissent les os du crâne entre eux. Ces membranes forment, à la rencontre de plusieurs sutures, des espaces plus étendus, auxquels on a donné le nom de

FiG. 174,— Crâne du fœlus -vu d'en haut.

FiG. 175. — Crâne vu de profil.

fontaines ou fontanelles. Les sutures et les fontanelles servent de point de repère à l'accoucheur pour apprécier, à l'aide du toucher, la direction de la tête et par suite celle du fœtus.

De toutes les parties du corps, la tête est celle qui présente le plus grand volume et qui, par conséquent, éprouve le plus de difficulté à franchir les ouvertures du bassin. Ainsi tandis que la largeur des hanches est d'environ 11 centimètres et celle des épaules de 12, la tête mesure dans son diamètre droit ou occipito-frontal, c'est-à-dire de la racine du nez au point le plus saillant de l'occipital, 11 centimètres, et dans son diamètre oblique ou mento-occipital, c'est-à-dire de la pointe du menton à la fontanelle postérieure, 13 centimètres et

demi. De là vient la difficulté avec laquelle la tête fœtale traverse le canal pelvien, dont le plus grand diamètre, le diamètre droite qui s'étend du milieu de la concavité du sacrum au milieu de la symphyse pubienne, est de 12 centimètres, en supposant le bassin dépourvu de ses parties molles; mais, chez la femme qui accouche, la cavité du petit bassin est obstruée par la vessie, le rectum et surtout par une certaine quantité de tissu cellulaire plus ou moins chargé de graisse.

En général, la tête des garçons est plus volumineuse que celle des filles, et l'accouchement des premiers est plus FiG. 176. - Peioionnement du fœtus, jaborieux. En effet, les cufants qui

meurent pendant l'accouchement sont, le plus souvent, suivant la remarque de Simpson, du sexe masculin et c'est surtout en donnant le jour à des garçons que les mères succombent aux suites du travail.

Attitude et position du foetus. — Dans l'utérus, le fœtus prend l'attitude qui exige le moins d'espace possible. Le tronc est courbé en avant (fîg, 176), la tête inclinée sur la poitrine, les avantbras croisés sur le thorax, les cuisses appliquées sur l'abdomen et les jambes fléchies sur les cuisses. Le fœtus représente, alors un ovoïde de 0,30 de grand diamètre. Le plus souvent, vingt fois pour une environ, sa position dans l'utérus 'est telle que la tête est placée en bas (fig. 177), le dos dirigé à gauche et le siège dans la région épigas-

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trique. Aussi, dans les derniers mois de la grossesse, les mouvements de l'enfant sont-ils surtout accusés vers la partie supérieure de l'abdomen et du côté droit, où il sont détermines par les secousses éner-

ffiques des pieds.

La position renversée du fœtus est la plus favorable à 1 accouchement et c'est pour la conserver que, d'après Aristote, la nature a donné à la tête fœtale un poids relativement considérable. Mais P Dubois a démontré que l'influence de la pesanteur était nulle, puisqu'on plongeant un fœtus mort dans une baignoire, remplie d'eau,

FiG. 177. — Disposition normale du fœtus dans l'utérus.

toutes ses parties gagnaient le fond en même temps. On admet généralement, avec le professeur Pajot, que la disposition du fœtus dans la cavité utérine dérive du principe suivant : Quand un corps solide est contenu dans un autre, si le contenant est le siège d'alternatives de mouvements et de repos, si les surfaces sont glissantes, le contenu tendra sans cesse à accommoder sa forme et ses dimensions aux formes et à la capacité du contenant. Placez un œuf transversalement sur un coquetier et imprimez à celui-ci de petites secousses : en vertu de la loi précédente, l'œuf changera de position jusqu'à ce que ses parois

se meltent en' contact avec celles du vase ; il en est de même de l'œuf humain dans le bassin de la femme.

Les anciens croyaient que, pendant les six premiers mois de la grossesse, le fœtus restait assis sur l'angle sacro-vertébral et, qu'à la fin de cette époque, il opérait une sorte de culbute pour diriger sa tête en bas. Les recherches de M. Pinard semblent, au moins quant au fond, confirmer la justesse de cette théorie : ce savant accoucheur

a, en effet, trouvé que la tête était, le plus souvent, dirigée en haut dans la première moitié de la grossesse et, en bas, dans la seconde. Mais le fœtus n'exécute pas toujours cette inversion et, dans ce cas, il consei*ve jusqu'à l'accouchement la tête en haut et le siège en bas (fig. 178), comme il advint pour le Roi de Rome. Parfois il n'opère qu'à moitié son mouvement de bascule : la tête se trouve, alors, dans l'un des flancs et le siège dans l'autre (fig. 179).

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S'il s'agit d'une grossesse gémellaire, les jumeaux ont chacun la tête dirigée en bas, ou sont placés tête bêche (fig. 180, 181). Viardel a prétendu que lorsque les jumeaux sont du même sexe, ils sont contenus dans une poche amniotique unique, et que celle-ci est double, quand ils sont de sexe différent, « afin, dit-il, d'inspirer aux hommes, dès le premier moment de leur formation, des lois et des règles pour la chasteté ». Mais il est au contraire reconnu que les jumeaux ont, le

plus souvent, le même sexe et qu'ils sont isolés dans une cavité distincte.

L'énorme distension que donnent à l'utérus les grossesses multiples est la cause qui les fait généralement terminer avant terme.

Conformation intérieure du fœtus. — Vers la fin de la grossesse, un point d'ossification apparaît à l'extrémité inférieure du fémur de l'enfant (fig. 182). La recherche de ce point osseux sur le cadavre d'un fœtus permet au médecin légiste de dire s'il est né à terme ou non. Cependant, ce signe ne saurait être considéré comme

un caractère absolu de maturité du fœtus, car il manque quelquefois.

Avant la naissance, les poumons fœtaux ont une couleur brune foncée ou rouge lie de vin et vont au fond de l'eau ; quand l'enfant a respiré, leur couleur devient rose et ils surnagent. Ces signes sont de précieux indices, dans le cas d'infanticide, pour reconnaître si un enfant est mort-né, ou s'il était vivant au moment du crime.

Fonctions principales du fœtus. Circulation. — La

fonction respiratoire n'étant pas encore établie chez le fœtus, le pla-

OADOUREAU

FiG. 180. — Grossesse gémellaire. Les deux fœtus se présenteut par la tôte.

centa remplit le rôle des poumons et préside au phénomène de l'hématose, c'est-à-dire à la transformation du sang veineux en artériel. C'est par un échange endosmotique, et non par communication directe

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des vaisseaux du placenta avec ceux de l'utérus, que le sang du fœtus emprunte à celui de la mère les matériaux nécessaires à sa nutrition. Le sano- ne passe donc pas directement de la mère au fœtus, comme on le croyait autrefois. Les preuves physiologiques et pathologiques abondent pour démontrer que les circulations fœtale et maternelle

FiG. 181. — L'un des fœtus se présente par la tCte et l'autre par le siège.

sont indépendantes l'une de l'autre. Nous n'en citerons que quelquesunes : le rhylhme différent des battements du cœur, facilement appréciables à l'auscultation ; le volume plus considérable des globules sanguins del'embryon etdu fœtus; la possibilité à une femme exsangue de mettre au monde un enfant très vigoureux ; enfin l'existence d'une maladie éruptive contractée par le fœtus, tandis que la mère est

réfractaire à l'épidémie. Ainsi, Mauriceau raconte qu'il fut lui-même affecté de variole pendant la vie intra-utérine, alors que sa mère n'en fut jamais atteinte : il avait contracté cette maladie de son frère qui en mourut.

On a aussi constaté que, dans l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, le fœtus meurt après la mère. Mais, malgré les exemples de survie de l'enfant, quand une femme enceinte succombe accidentellement et que, pour fixer l'ordre de transmission des héritages, il est nécessaire d'établir lequel des deux, de la mère ou de l'enfant, est mort le dernier, la loi tranche toujours la difficulté en faveur de la mère.

Cependant le D"" Porak a démontré, dans un travail récent, que tous les médicaments donnés à la mère peuvent passer dans la circulation fœtale : le placenta ne constituerait donc pas pour eux un filtre imperméable. Ce fait peut expliquer la fréquence des avortements dans un certain nombre de métiers insalubres.

L'appareil circulatoire du fœtus diffère de celui de l'adulte non seulement par le placenta mais aussi par certains organes supplémentaires qui disparaissent et s'atrophient dès que les poumons entrent en fonctions, c'est-à-dire aussitôt après la naissance. Ces organes sont : 1" les vaisseaux du cordon, comprenant la veine ombilicale qui charrie le sang rouge de la mère au fœtus et les deux artères ombilicales qui rapportent le sang noir du fœtus à la mère ; 2° le canal veineux (K, fîg. 183) qui est formé par la bifurcation de la veine ombilicale (J), à son pas- Fio. 182. — Point d'ossiCca- sago dans le foie, et débouche dans la veine cave l"du Kmu?" inférieure (A), laquelle remonte jusqu'à l'oreillette

droite du cœur (L) ; 3° le trou de Botal (0) qui est percé dans la cloison des oreillettes et établit, par l'intermédiaire d'une gouttière membraneuse, une communication directe entre la veine cave inférieure et l'oreillette gauche ; 4° le canal artériel (E) qui s'étend de l'artère pulmonaire (D) à l'aorte (B), avec laquelle il s'abouche en un point postérieur à l'origine des vaisseaux artériels de la tête et des bras.

Voici maintenant par quel mécanisme s'opère la circulation fœtale : le sang rouge, chargé des éléments nutritifs, part du placenta (M) ; il suit successivement la veine ombilicale (J), le canal veineux (K), remonte la veine cave inférieure (A), passe par le trou de Botal (0), arrive dans l'oreillette gauche (T), tombe dans le ventricule du même côté (V) et de là est lancé dans toutes les parties du corps par l'aorte

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(B) • puis il retourne au placenta par les artères ombilicales (P) pour se régénérer. De plus, le sang noir, qui revient de la tête et des membres supérieurs par la veine cave supérieure (G), est déversé dans l'oreillette droite (L), passe dans le ventricule correspondant (N), s'engage dans l'artère pulmonaire (D), traverse le canal artériel (E) et

FiG. 183. — Figure schématique montrant le système circulatoire du fœtus.

A. Veine cave inférieure. — B. Artère aorte. — G. Veine cave supérieure. — D. Artère pulmonaire. — E. Canal artériel. — F. Carotide droite. — G. Carotide gauche. — H. Veine porte.

— I. Foie. — J. Veine ombilicale. — K. Canal veineux. — L. Oreillette droite. — M. Placenta.

— N. Ventricule droit. — 0. Trou de Botal. — P. Artères ombilicales. — Q. Poumon gauche. — R. Artère pulmonaire. — S. Artère sous-elavière gauche. — T. Oreillette gauche. — U. Artère sous-clavière droite. — V. Ventricule gauche. — X. Artères hypogastriques. — Z. Nombril. — A. Gouttière conduisant le sang de la veine cave inférieure A, dans l'oreillette T, en passant par le trou de Botal 0.

vient ensuite se mélanger au sang que l'aorte distribue au tronc et aux membres inférieurs : de telle sorte que ce vaisseau fournit à la tête et aux membres supérieurs du sang rouge, et au reste du corps du sang mélangé ; c'est ce qui explique le plus grand développement

delà tête et des bras par rapport au tronc et aux membres inférieurs. Comme l'embouchure du canal artériel (E) est peu éloignée de celle de l'artère sous-clavière gauche (S), qui se rend au bras du même côté, i\ s'opère à ce niveau un léger mélange des deux sangs, tandis que l'autre artère sous-clavière (U), qui préside à la nutrition du bras droit, ne charrie que du sang rouge. On a expliqué par ce tte particularité la supériorité du bras droit sur le bras gauche.

L'analogie fonctionnelle qui existe entre le placenta et les poumons est encore démontrée par ce double fait physiologique : la veine ombilicale charrie du sang rouge comme les veines pulmonaires auxquelles elle correspond, et les artères ombilicales, qui sont les analogues des artères pulmonaires, ont comme ces dernières du sang noir.

Nous avons déjà dit qu'après la naissance, tous les organes supplémentaires s'atrophient. Quelquefois, cependant, le trou de Botal persiste et le sang reste mélangé. La peau prend alors une teinte violacée qui fait donner à cette affection le nom de maladie bleue ou cyanose (de xùavo;, bleu).

Sensibilité fœtale. — L'application d'un corps froid sur le ventre de la mère sulfit pour réveiller la sensibilité cutanée du fœtus et provoquer des mouvements plus ou moins violents. C'est un moyen conseillé par les accoucheurs pour établir le diagnostic de la grossesse.

La compression trop forte de l'abdomen produit le même résultat. Dans l'un et l'autre cas, ces mouvements provoqués sont l'indice d'un certain malaise et démontrent que, pendant la grossesse, il faut tenir le ventre chaudement et éviter de le comprimer.

Sécrétions du fœtus. — Les produits de sécrétion du fœtus sont peu abondants, par suite de l'inaction de ses fonctions digestives. Vers la fin de la grossesse, l'intestin se remplit d'une matière épaisse d'un noir verdâtre, formée d'un mélange de bile et de mucus intestinal. L'analogie de couleur et de consistance que cette matière offre avec le suc de pavot lui a fait donner le nom de méconium (de (j-tixcov, pavot). Elle n'est expulsée que dans les premiers jours de la naissance et les nourrices disent que l'enfant « se vide ». Sa présence dans les eaux de l'amnios, au moment de l'accouchement, indique la mort ou, au moins, la souffrance de l'enfant.

L'urine est aussi sécrétée par le fœtus, mais en faible quantité, et elle se répand dans le liquide amniotique, avec lequel elle se mélange. La miction dû fœtus est généralement contestée; ceux qui l'admettent

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s'appuient sur l'existence de l'urée dans les eaux de l'amnios et sur les cas de rupture de la vessie, quand l'urètre imperforé laisse accumuler l'urine à l'intérieur de ce réservoir. Suivant le D"" Porak, on rencontre peu de matières extractives dans l'urine du fœtus dont le placenta est le véritable rein. La sécrétion urinaireest peu abondante: et on ne peut arguer, des cas de rétention d'urine qui sont des cas pathologiques, aux cas normaux et physiologiques. Même dans la rétention, l'urine ne dépasse pas un litre, ce qui est peu pour les neuf mois de la vie intra-utérine.

L'enduit sébacé ou vernis caséeux, dont se couvre la surface du corps, est une sécrétion qui provient des glandes sébacées de la peau. Elle protège le fœtus contre la macération et facilite son passage au moment de l'accouchement.

Anomalies du développement de l'œuf. Monstruosités.

— Sous l'influence d'un état morbide particulier de l'œuf, ou, d'après

FiG. 184. — Coloboma de l'iris. Fig. 185.— Pied bot varus.

quelques auteurs, à la suite d'une vive impression morale ressentie par la mère au début de la grossesse, le produit de la conception peut subir un arrêt de développement de telle ou telle partie du corps et vient au monde avec un vice de conformation indélébile, comme le bec-de-lièvre (fig. 173) ; le coloboma de l'iris (fig. 184) ; les pieds bots (fîg. 185); l'hydrocéphalie (fig. 187); le spina-bifida (fig. 186); les doigts palmés (fig. 189); bifurqués (fig. 188), surnuméraires; l'hermaphrodisme (fig. 56) ; l'inversion de tous les organes splanchniques, qui donne alors raison à Sganarelle plaçant le foie à gauche et la rate

à droite (l) ; l'avortement d'un ou de plusieurs membres, comme le peintre Louis Ducornet qui, privé de ses bras, tenait son pinceau avec les pieds.

Le même œuf peut encore contenir deux germes qui se fusionnent ou s'accolent par un point quelconque du corps : de là, ces monstres à une tête sur deux troncs (fig. 190); à deux têtes sur un seul tronc (fig. 191) ; ces fœtus réunis, soit par le front, soit par le thorax, comme l'étaient les frères siamois Ghang et Eng ; soit par les reins à

Fig. 186. — Hydro-raohis. Fig. 187. — Hydrocéphale.

l'exemple de Millie et Christine (fig. 193) ; soit encore par les fesses, à la façon des sœurs hongroises Hélène et Judith.

A côté de ces monstruosités, se placent naturellement les cas où l'un des jumeaux, incomplètement développé, s'insère sur le ventre

(1) Un invalide qui présentait cette anomalie inspira à Leibnitz le quatrain suivant :

La nature peu sage, et sans doute en débauche, Plaça le foie au côté gauche, Et de même, viccversa, Le cœur à la droite plaça.

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de l'autre (fig- 192, 193), ou reste inclus dans une partie de son corps. C'est ainsi que s'explique l'anomalie suivante observée à Verneuil,

Fis. 188. — Pouce bifurqué. Fig. 189. — Doigts palmés.

dans le département de l'Eure. En 1804, un enfant nommé Bissieu portait dans le flanc gauche, dès les premiers temps de son existence,

Fio. 190. — Monstre à une tête sur deus troncs.

FiG. 191. — Monstre à deux têtes sur un seul tronc.

une petite tumeur qui, vers l'âge de treize ans, augmenta subitement de volume en déterminant des accidents fébriles très intenses. En

même temps, l'enfant rendit par les selles des matières putrides, de longs cheveux et il tomba dans un état de consomption qui le fît

FiG. 194. — Millie-Christine dont la vulve est double et l'anus unique.

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succomber un an après. A l'autopsie, on trouva dans son ventre une poche renfermant les débris d'un autre enfant, tels que des portions d'os, des cheveux, des ongles et des dents.

Les embryologistes donnent à ces productions singulières les noms de kystes fœtaux ou pileux. Il en est dans lesquels on a trouvé plus de

FiG. 195. — Kyste pileux de l'ovaire.

1. Paroi incisée. — 2. Trois dents. — 3. Une touffe de cheveux émanant d'un tubercule. — Les dents et le tubercule chevelu sont implantés sur la paroi du kyste.

trois cents dents. Ces kystes se rencontrent encore dans la queue du sourcil, dans le scrotum ; chez la femme, ils se développent principalement au voisinage de l'ovaire (fîg. 195). La naissance de Minerve, qui sortit tout armée de la cuisse de Jupiter, semble faire allusion à ces cas de duplicité monstrueuse par inclusion.

De la superfétation. — On entend par superfétation la fécondation d'un second germe dans le cours d'une grossesse ; mais ce phénomène n'est généralement pas admis et les exemples que l'on cite en sa faveur, sont l'objet de vives contestations. Planque dit avoir accouché une femme successivement de cinq enfants dans l'espace de quinze jours. Sédillot rapporte le cas de Benoîte Franquet qui accoucha le 20 janvier 1780 d'une fille de sept mois, et mit au monde, cinq mois après, une seconde fille à terme.

D'après Robin, la plupart des cas de superconception peuvent se

rapporter à l'un de ces quatre ordres de faits : 1° grossesses doubles, dans lesquelles l'un des fœtus, mort longtemps avant terme, s'est conservé dans les membranes, jusqu'à la naissance de celui qui avait continué de vivre; 2° grossesses de jumeaux inégalement développés et nés à des termes différents ; 3° grossesses extra-utérines qui n'ont pas empêché la gestation naturelle ; 4° cas d'utérus bicorne, c'està-dire partagé en deux cavités, comme on l'observe chez certaines espèces animales.

La double conception n'est possible que si les deux fécondations différentes s'effectuent le même jour, ou à un court intervalle. C'est ce qui constitue la superfécondation. Ainsi s'explique le cas, rapporté par Buffon, d'une femme de Charlestown qui mit au monde, en 1714, deux jumeaux, de couleur différente, à la suite de rapports avec son domestique nègre, peu après la mort de son mari, lequel était blanc.

La législation romaine admettait la possibilité de la superfétation ; aussi reconnaissait-elle la qualité d'aîné à celui des jumeaux qui venait au monde le dernier, parce que, disait-on, étant conçu le premier, il avait dû être refoulé au fond de la cavité utérine lors de la conception du second. Notre jurisprudence, en matière de recrutement ou de succession, considère, au contraire, comme l'aîné celui qui naît le premier. Les Hébreux pensaient de même ; ainsi Esaû avait le droit d'aînesse à l'égard de son frère Jacob, parce qu'il fut le premier à qui Rébecca donna le jour. Mais, scientifiquement, il n'y a pas lieu d'établir une différence d'âge entre les jumeaux, puisqu'ils sont conçus au même moment.

§ IL — Phénomènes observés chez la femme.

Pendant la grossesse, les femmes éprouvent de si nombreuses incommodités, qu'on a appelé cette époque une maladie de neuf mois. « Ce n'est pas, écrit Rousseau, quand on est condamné à être malade au moins douze fois par an, et quand le remède à cette maladie est une autre maladie de neuf mois, qu'il convient de prendre des airs de souveraineté et d'aspirer à soumettre les hommes. » Mauriceau a comparé la grossesse à une mer orageuse sur laquelle voguent l'enfant et la mère durant neuf mois.

Les modifications qui surviennent dans l'organisation maternelle, par le fait du développement de l'œuf, sont de deux sortes ; elles se produisent: soit dans l'appareil générateur et ses annexes (utérus, vagin, mamelles) ; soit dans les fonctions principales de l'économie.

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telles que la digestion, les sécrétions, la circulation, la respiration et l'innervation.

Modifications du vagin pendant la grossesse- — La

muqueuse vulvo-vaginale prend, dès le premier mois de la grossesse, et surtout chez les brunes, une coloration ardoisée caractéristique ; elle sécrète, vers la fm de cette période, des glaires abondants, destinés à lubrifier et à assouplir les parois du vagin pour faciliter le glissement de l'enfant.

Modifications des mamelles. — Les seins se gonflent au début de la gestation, et des picotements douloureux se manifestent dans ces organes. Vers le quatrième mois, l'aréole et le mamelon

FiG. 196. — Modifications de la mamelle pendant la grossesse.

A. Mamelon. — B, Tubercules de Montgomery. — C. Taches de l'aréole mouchetée avec point noir au centre, représentant l'orifice d'une glande sébacée, — D, Vergetures,

prennent une coloration brune d'autant plus prononcée que le teint de la femme est plus foncé. En même temps, de petites saillies arrondies, les tubercules papillaires (fîg. 196), apparaissent sur l'aréole. Plus tard, se dessine une autre aréole, excentrique à la première et dite mouchelée, parce qu'elle est parsemée de petites taches blanches.

Ces modifications de l'aréole ont une grande importance; pour preuve, nous rapporterons, avec Tarnier et Chantreuil, le fait sui-

vant: Un jour qu'on apportait à l'amphithéâtre un cadavre de femme, Hunter fut frappé de la coloration des aréoles et annonça que ce cadavre contenait un fœtus ; l'interne lui fit observer que la membrane hymen existait encore, et malgré cela il ne changea pas d'opinion. L'ouverture du cadavre vint confirmer l'assertion du professeur et démontra, en effet, la présence dans l'utérus d'un enfant de cinq mois.

Dans les derniers mois de la grossesse, on peut exprimer des seins un liquide jaunâtre, nommé colostrum, qui ne disparaît que quelques jours après l'accouchement. Ce liquide purge l'enfant et l'aide à se débarrasser de son méconium; mais il altère le lait d'une nourrice enceinte et oblige de suspendre l'allaitement. Quandl'examen microscopique permettra de découvrir des globules de colostrum dans le lait d'une nourrice accouchée depuis plusieurs semaines, on pourra donc conclure à l'existence d'une nouvelle grossesse.

Modifications de l'utérus. — Sous l'influence de la gestation,

FiG. 197. — Déviation du col utérin en haut et en arrière dans les derniers mois de la grossesse.

le col et le corps de l'utérus subissent d'importantes modifications dans leur situation, leur forme, leur consistance et leur volume.

I. Modifications du col. — Dans les trois premiers mois de la grossesse, le col s'abaisse et devient plus accessible au toucher ; mais

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dans les trois derniers mois, il est tellement élevé et refoulé en arrière (fio-. 197) qu'il devient très difficile à atteindre: aussi les praticiens inexpérimentés croient-ils souvent à une dilatation complète et à un eno-ao-ement de la tête recouverte de ses membranes, alors que leur index a rencontré au fond du vagin la paroi antérieure du segment inférieur de'l'utérus. Cette erreur a été commise, à Paris, par un ancien interne des hôpitaux qui appliqua le forceps sur la matrice ellemême dont il fît l'extirpation complète.

Le col d'jjne vierge, nous l'avons vu, est de forme conique ; il présente un orifice externe très étroit et offre, au toucher, une consistance analogue à celle qu'éprouve le doigt appliqué sur le bout du nez. Or,

FiG. 198. FiG. 199. FiG. 200.

Figures indiquant la perméabilité graduelle du col chez les multipares au début, au milieu et à la

fm de la grossessCi

la grossesse modifie ces différents caractères. Dès le premier mois, l'extrémité inférieure du col se ramollit, et la sensation éprouvée à ce moment a été comparée à celle que donne une table recouverte d'une bande de caoutchouc que l'on presse du doigt; plus tard, le ramollissement envahit tout le col et la sensation de mollesse qu'il procure au toucher rappelle celle des lèvres. Dans les quinze derniers jours de la grossesse, lorsque le corps de l'utérus a atteint son maximum de développement, le col diminue insensiblement de longueur jusqu'à ce qu'il s'efface complètement.

Pendant toute la durée de la gestation, l'orifice externe du col utérin

reste fermé chez les primipares ; mais chez les multipares, il s'entrouvre de plus en plus et permet au doigt, dans la dernière quinzaine, d'atteindre les membranes de l'œuf (fîg. 200). Aussi Cazeaux et Pajot

FiG. 201. — Paroi abdominale en dehors do la grossesse. A. Uléru>. — B. Vagin. — G. Sacrum. — D. Pubis.

ont-ils comparé le col des multipares, pendant la grossesse, 1' entonnoir, l'autre à un éteignoir.

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II. Modifications du corps. — Les modifîcalions du corps utérin consistent dans des changements de direction et dans l'augmentation de poids et de volume. Au début de la grossesse, le corps de l'utérus

FiG. 202. — Paroi abdominale distendue par le fait de la grossesse. A. Utérus gravide. — B. Vagin. — C. Sacrum. — D. Pubis.

subit un abaissement très sensible qui, nous l'avons dit, rend son col plus accessible au toucher et détermine un certain aplatissement de l'abdomen. De là le dicton « à ventre plat, enfant il y a ». En se déve-

loppant, le fond de l'utérus s'incline à droite et le col à gauche ; celte déviation latérale semble produite par l'habitude de se coucher sur le côté droit. Outre cette inclinaison, l'utérus subit sur son axe un mouvement de rotation, qui fait regarder à droite sa face antérieure et à gauche sa face postérieure. Aussi, dans l'opération césarienne, avant d'ouvrir l'utérus, doit-on prendre soin de ramener en avant la face antérieure de cet organe; sans cette précaution, on s'exposerait à blesser les gros vaisseaux qui longent ses bords. Ces vaisseaux sont le siège d'un bruit particulier, dit souffle utérin^ qui s'entend pendant la grossesse. Il se perçoit plus distinctement à gauche, précisément à cause de la torsion de l'utérus, qui rend les vaisseaux de ce côté plus superficiels que ceux du côté opposé.

Avant la grossesse, l'utérus pèse environ 42 grammes ; aussitôt après l'accouchement, 1 kilogramme; et au bout de plusieurs semaines, 55 grammes, poids qu'il conserve dans la suite. L'augmentation considérable du poids de la matrice après la parlurition explique la fréquence des engorgements de l'utérus et les déviations de cet organe chez les nouvelles accouchées qui se lèvent trop tôt.

Un utérus à terme est onze ou douze fois plus volumineux qu'à l'état normal, son accroissement se fait d'une façon progressive: à trois mois, le fond de cet organe affleure les pubis ; à six mois, il dépasse un peu l'ombilic ; à neuf mois, il atteint la région épigastrique. Huit ou quinze jours avant l'accouchement, le fond de l'utérus s'abaisse d'une certaine quantité, par suite de l'engagement de son segment inférieur dans le petit bassin; on dit alors que « le ventre est tombé ».

La compression que l'utérus exerce, pendant la grossesse, sur les organes voisins a pour conséquences :

1° La distension progressive des parois abdominales (fig. 202) et la formation des vergetures (1) qui sillonnent la peau du bas-ventre;

2° La constipation due à l'aplatissement du rectum ;

3<* La rétention d'urine et les envies fréquentes d'uriner provoquées par le refoulement de la vessie ;

4» L'engourdissement et les crampes des extrémités, les hémorrhoïdes, les varices de la vulve et des membres inférieurs, l'œdème ou infiltration des jambes, par suite de la compression des nerfs ou des vaisseaux situés dans le bassin. Ces nombreuses complications disparaissent le plus souvent après l'accouchement, à l'exception des vergetures qui sont indélébiles. Quelquefois, la peau de l'abdomen perd

(1) Pajot désigne sous le nom de « ventre en persionne » le cas où la peau est considérablement altérée par de nombreuses vergetures.

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son élasticité, au point de former des replis multiples et persistants qui caractérisent le ventre dit « en besace ».

Modifications de la digestion. — C'est sur les fonctions digeslives que la grossesse exerce sa principale influence : ou elle les affaiblit, ou elle les exagère, ou bien encore elle les pervertit. Ainsi, pendant la gestation, l'appétit peut cesser {anorexie), s'exagérer [boulimie) ou se pervertir {pica, malacia). Dans certains cas, le goût subit une dépravation telle qu'il fait rechercher des substances non comestibles et repoussantes comme la craie, le charbon, la terre, les poux, les araignées, les matières fécales, des croûtes arrachées à des varioleux, etc. Baudelocque parlait, dans ses cours, d'une femme enceinte qui mangeait avec plaisir des poissons crus volés, et d'une autre qui dévorait du foin dérobé à une voiture.

Le plus souvent, les troubles digestifs se bornent à desimpies nausées ou à des vomissements qui ont lieu surtout dans la matinée. Quelques femmes sont assez heureuses pour atteindre le terme de leur grossesse sans éprouver le moindre dérangement dans les fonctions digestives. Néanmoins, quand ces troubles existent, ils disparaissent généralement vers le quatrième mois ; à cette époque, l'économie finit par se prêter au développement de l'utérus. Parfois, les vomissements ont une fréquence et une gravité telles qu'ils mettent en danger les jours de la femme et obligent le médecin de recourir à l'avortement ou à l'accouchement prématuré.

Modifications des sécrétions. — La salive est sécrétée, en grande abondance, pendant les premiers mois de la grossesse et donne lieu auptyalisme (de TztuaXov, salive), qui occasionne des crachotements incessants. Cette sécrétion est quelquefois excessive : ainsi Dubois a observé une dame qui avait imbibé de salive mille quatre-vingts mouchoirs dans l'espace d'un mois.

L'urine d'une femme grosse se reconnaît à la pellicule irisée, dite kyestéine (de -/iriCTi?, grossesse), qui recouvre sa surface lorsque ce liquide a séjourné deux ou trois jours dans un vase. Cette pellicule est parsemée de petits points brillants et son aspect rappelle celui de la couche blanchâtre du bouillon refroidi. La présence de l'albumine dans l'urine d'une femme enceinte est une complication sérieuse qu i doit faire craindre les convulsions de Véclampsie (de ^xXoJ(x:r£tv, faire explosion).

Les CELLULES PiGMENTAiRES, qui donnent à la peau sa coloration foncée, s'accumulent sur différentes parties du corps pour y former

des taches brunes caractéristiques. Indépendamment de la coloration foncée des seins, que nous avons déjà signalée, on remarque sur l'abdomen la ligne brune ventrale, qui s'étend du nombril au mont de Vénus, et les vergetures bleuâtres du bas-ventre, qui se propagent, assez souvent, jusqu'à la partie supérieure des cuisses. Le visage peut aussi se recouvrir de taches de rousseur, ou éphélides, qui forment le masque des femmes enceintes. Ces taches pigmentaires disparaissent ordinairement avec le retour de la menstruation ; et ce qui semble prouver l'influence de cette fonction sur leur production, c'est qu'elles se rencontrent encore chez des personnes mal réglées et qui n'ont jamais conçu.

Modifications de la circulation. — Pendant la grossesse, la composition du sang éprouve des changements notables ; les globules rouges, le fer et l'albumine diminuent, tandis que l'eau augmente. Cet appauvrissement du sang est accompagné d'une série de malaises, maux de têtes, vertiges, palpitations, et même syncopes, qui autrefois étaient attribués à un état congestif dû à l'accumulation du sang des règles dans l'économie. De là cette funeste habitude qu'avaient les femmes de se faire saigner plusieurs fois dans le cours de leur grossesse.

On a, de plus, remarqué que la proportion de fibrine augmente pendant les derniers mois, et rend le sang plus coagulable. Cette particularité, d'après Tarnier, concourt avantageusement à modérer l'hémorrhagie qui accompagne toujours la délivrance.

Indépendamment des modifications que la grossesse fait subir aux parties constitutives du sang, il en est d'autres qui atteignent l'appareil circulatoire lui-même. Nous avons déjà signalé les hémorrhoïdes, les varices et l'enflure des jambes qui sont produites par la compression des troncs veineux du bassin. Les parois du cœur augmentent aussi d'épaisseur et donnent lieu à une véritable hypertrophie cardiaque qui, selon Larcher, imprime à la circulation une énergie plus considérable et permet à l'organisme de pourvoir à l'existence de deux êtres. Mais la fréquence de cette hypertrophie a été contestée (1).

Modifications de la respiration. — L'essoufflement qui incommode la femme enceinte, surtout dans la seconde moitié de la grossesse, dépend en grande partie de la gêne du diaphragme qui se trouve refoulé par l'utérus.

(1) Porak. Influence réciproque des maladies du ccetir et de la grossesse, 1880.

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Vers la fin de la grossesse, la respiration devient plus libre, par suite de l'abaissement de la matrice, qui commence à s'engager dans le petit bassin.

Modifications du système nerveux. Des envies. — Les

principales modifications fonctionnelles que subit le système nerveux pendant la grossesse sont : les névralgies dentaires indépendantes de la carie, les dépravations du goût, l'intolérance de l'odorat, le changement profond du caractère et les antipathies inexplicables pour des personnes ou pour des choses qui, auparavant, étaient indifférentes ou même sympathiques. Les facultés intellectuelles sont souvent atteintes ; quelquefois, au contraire, elles subissent d'heureux changements : Goubelly et Tarnier ont connu des folles qui n'avaient le jugement sain que pendant leur grossesse ; mais, en général, la raison est pervertie et fait naître des idées bizarres, comme celle de voler ou même de tuer.

Marc a rapporté l'histoire d'une dame enceinte qui ne put résister au désir de prendre une volaille à l'étalage d'un rôtisseur, Gustave Lebon cite une femme delà Haute-Marne, mère de neuf enfants, qui, à chaque grossesse, avait un désir irrésistible de tuer son mari, bien qu'elle l'aimât beaucoup. Goulard assure que, dans un village voisin d'Andernac, sur les bords du Rhin, une paysanne enceinte eut la fantaisie de manger son mari ; elle le tua, en dévora une partie et sala le reste.

Quant aux envies des femmes grosses, elles consistent dans la recherche de certains mets, d'objets de toilette, de bijoux, ou encore de distractions de toute sorte. C'est à la suite d'un caprice semblable qu'une femme de province, venue à Paris pour visiter l'Exposition de 1878, voulut monter dans la nacelle du ballon captif des Tuileries et y accoucha. On cite encore le fait, suivant : la femme du docteur Hamberger étant enceinte, et revenant un jour du marché avec des œufs, entra dans le cabinet de son mari en soupirant ; le médecin attendri lui demande quelle est sa peine : elle avoue, en lui montrant les œufs, qu'elle est tourmentée du désir irrésistible de les lui casser l'un après l'autre sur la face. Le docteur aimait sa femme, et craignant les suites d'un refus, il s'enveloppa le visage et la laissa faire.

Bien que l'état de grossesse puisse réellement apporter dans les facultés affectives et intellectuelles de la femme des troubles plus ou moins sensibles, ces perturbations psychiques sont beaucoup plus rares qu'on ne le croit communément.

L'idée, fort accréditée, qu'il ne faut pas contrarier les désirs d'une

femme enceinte, contribue pour beaucoup à les faire naître. II est fréquent de voir des personnes profiter de cette croyance populaire pour remonter leur garde-robe, satisfaire leurs goûts luxueux et même commettre des vols. Mais, en présence de ce dernier délit, les magistrats n'admettent que bien rarement l'état de grossesse comme une circonstance atténuante. Gapuron va plus loin et n'ajoute aucune foi à ces prétendues aberrations de la femme grosse : « On ne croira pas facilement, dit-il dans sa Médecine légale relative aux accouchements, que la grossesse altère ou dérange la raison, au point de faire méconnaître à la femme les lois les plus sacrées de la nature, les lois fondamentales de toute civilisation, l'humanité, la justice, la propriété... En vain on objectera les envies extraordinaires des femmes enceintes, leurs appétits désordonnés, bizarres, dépravés... Qu'une femme enceinte ait envie de manger des fruits verts, du poivre, du sel, du plâtre ; qu'elle boive plus qu'à l'ordinaire du vin pur, de l'eau-de-vie, du café ; qu'elle dérobe des friandises : il y a loin de là jusqu'au désir de voler, de mordre un jeune homme au cou, comme Languis en rapporte un exemple, ou de tuer son mari. »

Les aliénistes sont moins exclusifs sur la question des désirs irrésistibles des femmes grosses ; ainsi, Legrand du Saulle pense qu'en présence d'un acte en complet désaccord avec la moralité antérieure, les habitudes ordinaires et la position sociale de l'accusée, il y a lieu de s'assurer si l'état mental n'a point été réellement atteint. L'examen médico-légal est très difficile, et l'expert doit formuler ses conclusions avec circonspection.

Influence de l'imagination maternelle sur le fœtus.

— On croit généralement que de vives émotions morales peuvent exercer sur le produit de la conception des modifications organiques plus ou moins importantes. C'est ainsi que l'on explique la production des signes et des taches sur le corps du fœtus. « Ces taches, dit Bonnet, sont comme les nues ; on y trouve tout ce qu'on y cherche. »

La coloration et la forme de ces stigmates indélébiles rappelleraient, suivant ce préjugé, tantôt une envie, c'est-à-dire un objet vivement convoité par la mère : comme du café ou des lentilles, pour les taches brunes; du vin, pour les taches violettes ; des cerises, des mûres, des groseilles ou des framboises, pour les taches rouges ; tantôt un spectacle émouvant comme un incendie, une plaie saignante dans les cas de taches rutilantes ; tantôt un animal repoussant comme une chenille, un crapaud, une vipère, dont on retrouverait la silhouette dans la conformation de ces anomalies cutanées. Mais une grande complai-

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sance est nécessaire pour constater ces prétendues ressemblances et, dans cette voie, l'imagination peut conduire aux appréciations les plus inattendues. Ainsi, le Journal des savants de février 1677 a publié la description très détaillée d'un navet qui offrait une ressemblance parfaite avec « une femme nue assise sur ses pieds et ayant les bras croisés au-dessous de la poitrine. » On montre à Constantinople un bloc de marbre brut qui représenterait saint Jean-Baptiste recouvert d'une peau de bête.

De même, on a voulu établir entre certaines monstruosités humaines et divers animaux une comparaison que rien ne justifie : Pline raconte qu'une dame romaine, nommée Alcippe, mit au monde un éléphant ; Julius Obsequens cite deux italiennes qui accouchèrent, en 1471, l'une d'un chien, l'autre d'un chat ; Bayle assure qu'une femme fit un chat noir et qu'il fut brûlé par ordre du Saint-Office parce que le Diable devait en être le père ; A. Paré parle d'un cochon napolitain qui portait une tête d'homme sur le corps. Le chirurgien Saint-André s'en était laissé imposer par une nommée Godalmine, qui disait avoir mis au monde un lapin, mais cette femme fut prise en flagrant délit d'imposture par Sarah Stone, accoucheuse de Londres.

Ce qui prouve que l'imagination de la mère n'est pour rien dans la production des difformités fœtales et dans celle des taches de la peau, c'est que, d'une part, on observe des anomalies analogues chez les plantes et chez les animaux, veaux à deux têtes, moutons à cinq pattes, becs-de-lièvre, et que, d'autre part, le nombre des enfants qui naissent avec des signes ou des vices de conformation est relativement très restreint par rapport à celui des femmes qui, pendant leur grossesse, ont eu des peurs, des envies ou des regards. En outre, il est des femmes qui donnent le jour à des monstres sans avoir éprouvé aucune impression fâcheuse, et d'autres qui accouchent d'un enfant bien conformé, après avoir été bouleversées par une forte émotion.

Enfin, si les désirs avaient une influence certaine sur le produit de la conception, les femmes pourraient à leur gré engendrer des garçons ou des filles, et la laideur ainsi que la bêtise disparaîtraient de ce monde.

Les partisans de l'influence morale de la mère sur le développement des difformités fœtales citent plusieurs exemples qui semblent plaider en faveur de leur opinion. On connaît l'histoire des troupeaux de Jacob. La Genèse nous apprend qu'il existait entre Laban et Jacob une convention par laquelle le premier aurait tous les agneaux nés d'une seule couleur et le dernier, ceux qui naîtraient tachetés. Jacob plaça au fond des vases, où les brebis en rut allaient boire, des petits

bâtons dépouillés par endroits de leurécorce. Il n'y a pas encore bien longtemps qu'une société savante a conseillé de teindre en blanc ou en noir la toison des béliers, avant de les faire saillir, pour obtenir des chevreaux de l'une ou de l'autre couleur. Galien parle d'un petit homme laid et bossu qui, craignant d'avoir une postérité contrefaite, plaça, près de son lit, le dessin d'un enfant bien conformé que sa femme devait fixer dans certaines circonstances. Le procédé réussit et cette dame accoucha d'un enfant qui ressemblait au portrait qu'elle avait eu devant les yeux. Il paraît que Denys, tyran de Syracuse, fit mettre le portrait de Jason devant le lit de sa femme, pour que>on enfant eût la beauté du chef des Argonautes. Les Grecs ornaient le gynécée de gracieuses statues que leurs femmes devaient contempler, comme le dit l'auteur des Ternaires :

De beaux marbres mirant leur front dans un bassin Epurent, en passant, les yeux des jeunes mères

Qui moulent le fruit de leur sein

Sur ces merveilleux exemplaires.

Montaigne rapporte, dans ses Essais, l'histoire d'une jeune fille présentée à un roi de Bohême « toute velue et hérissée, que sa mère disoit avoir esté ainsi conçue à cause d'une image de sainct Jean- Baptiste pendue à son lict ». Albrecht a parlé d'une femme qui, étant enceinte, fut ensevelie sous les décombres d'une maison incendiée, puis accoucha à terme d'un enfant noir comme du charbon. On a attribué la mémoire du cardinal du Perron à l'envie que sa mère avait eue d'une bibliothèque pendant sa grossesse. Sterne explique le caractère distrait de Tristram Shandy par cette circonstance que, lorsqu'il fut conçu, sa mère interrompit l'auteur de ses jours par cette exclamation : Je crois, mon ami, que tu as oublié de remonter la pendule. Pline attribuait les dissemblances des enfants d'une même mère à la mobilité d'esprit de la femme, et la ressemblance physique et morale des jumeaux, à ce qu'ils sont conçus sous l'influence des mêmes perceptions. Van Swieten raconte qu'il reçutun jour la visite d'une jeune fille, dont le cou portait l'empreinte d'une chenille si bien faite qu'il s'apprêtait à la retirer : ce signe provenait, au dire de cette personne, de la peur qu'éprouva sa mère, pendant sa grossesse, en sentant une chenille sur son cou. « J'examinai ce stigmate, dit cet auteur, et je reconnus, à ne pouvoir m'y méprendre, les poils droits et les couleurs de l'insecte, et je puis dire que la ressemblance d'un œuf à un œuf n'était pas plus parfaite. Il y a des gens qui riront de ma crédulité ;

DE LA GROSSESSE

mais je voudrais bien que ces messieurs me disent s'ils se croient en état de rendre raison de tant d'autres phénomènes que nous savons avoir lieu dans l'œuvre de la génération. »

Malebranche fait mention d'une femme qui, ayant assisté au supplice de la roue, fut tellement affectée de ce spectacle, qu'elle mit au monde un enfant, dont les membres étaient rompus à l'endroit où le bourreau avait frappé le condamné. Ghaussier a aussi constaté sur le corps d'un nouveau-né jusqu'à cent treize fractures, et cependant la mère de cet enfant n'avait vu rompre les membres d'aucun criminel. Collin de Plancy raconte qu'une femme enceinte, jouant aux cartes, s'aperçoit que, pour faire un grand coup, il lui manque l'as de pique; comme la dernière carte qu'elle reçoit est justement celle qu'elle désire, une joie immodérée s'empare de son esprit et l'enfant qu'elle mit au monde eut une prunelle présentant la forme de l'as désiré. Mais cette anomalie résultait tout simplement d'un arrêt de développement de l'iris, appelé co^oèoma (fîg. 184), qui donne, en effet, à la pupille une certaine ressemblance avec l'as de pique.

Nous avons vu à Ermont, près de Paris, un enfant qui naquit avec un bec-de-lièvre et une oreille toute recroquillée. Sa mère attribuait ces difformités à la vive impression qu'elle ressentit, vers le quatrième mois de sa grossesse, à la vue d'un de ses jeunes lapins dont un chat avait dévoré une oreille ; or, comme nous l'avons déjà expliqué, le bec-de-lièvre ne peut se former que dans les trois premières semaines de la vie intra-utérine.

Haller assure que la femme d'un Éthiopien accoucha de plusieurs enfants blancs, parce qu'elle avait chez elle une statue de marbre blanc. Par contre, Hippocrate a sauvé du supplice une femme, accusée d'adultère, dont l'enfant était noir, bien qu'elle et son mari fussent de race blanche; il attribuait cette anomalie à un portrait d'Éthiopien pendu près du lit des époux. La possibilité d'une faute conjugale, dans les deux cas, serait, il nous semble, une explication plus rationnelle.

Is. Geoffroy Saint-Hilaire rapporte, dans son étude sur les monstres, plusieurs observations qui semblent démontrer l'influence des émotions morales sur l'origine de quelques malformations congénitales. Il cite trois exemples d'acéphalie (de « privatif, et xeoaX^], tête) : il attribue le premier à l'évanouissement qu'eut une femme enceinte, à la nouvelle de la mort de son mari dans un incendie ; le second, à la frayeur qu'éprouva la femme, pendant sa grossesse, à la vue d'un crapaud; le troisième est celui d'une fille qui, violée par un Juif, fut, à partir de ce moment, tourmentée par des esprits infernaux.

On a VU, dit Bouchut (1), en l'an III de la République, à Valenciennes, une femme accoucher d'un enfant ayant un bonnet phrygien au sein gauche ; c'était une patriote exaltée. Cette curieuse anomalie valut à cette femme une pension de 400 francs de la part du gouvernement. Une femme accouchée par le D'-Trepant, de Nesle, le 10 juillet 1879, mit au monde un enfant mâle auquel il manquait l'avantbras gauche ; or, étant enceinte de deux mois, elle fut fort épouvantée d'un accident arrivé, en sa présence, à un jeune homme qui subit l'amputation de l'avant-bras. De même, une princesse, citée par Gaharliep, accoucha d'un manchot parce qu'elle fut saisie d'effroi en voyant abattre, d'un coup de sabre, la main d'un homme.

Nous trouvons, dans le Journal de médecine et de chiruryie pratiques, d'autres observations que peuvent encore invoquer les partisans de l'influence morale de la mère sur le fœtus. Une femme de vingt-quatre ans, mère de deux enfants bien conformés, voit avec terreur un chat hydrocéphale et accouche, huit mois après, d'un enfant présentant la même difformité. Une femme, enceinte de deux mois, voit passer un condamné à mort, la tête inclinée à droite, et accouche à terme d'une fille qui naît avec une inclinaison semblable. Enfin, une mère de quatre enfants bien constitués, au troisième mois d'une cinquième grossesse, désire des moules ; une fille vient à terme avec une tache violacée sur la jambe, ayant l'étendue et l'aspect d'une moule.

On a dit aussi que les émotions morales de la mère, au moment de la conception ou pendant la grossesse, influaient sur le caractère de l'enfant. La frayeur que, toute sa vie, Jacques 1" (2), roi d'Angleterre, ressentait à la vue d'une épée était attribuée à la crainte qu'éprouva Marie Stuart, sa mère, lorsqu étant enceinte de ce prince, elle vit assassiner David Rizzio devant elle. Saint-Simon raconte qu'un fils de madame de Montespan, « conçu dans une crise de larmes et de remords, provoquée par les cérémonies religieuses du jubilé, garda toute sa vie un caractère de tristesse qui le fit nommer V enfant du jubilé ». Hésiode conseillait de ne point engendrer d'enfant un jour de funérailles, mais après avoir assisté à des comédies joyeuses.

Nous pourrions multiplier à l'infini les exemples de ce genre ; mais quel que soit leur nombre, nous, devons les considérer comme autant de coïncidences curieuses, dont le véritable caractère a été méconnu.

(1) Hygiène de la première enfance.

(2) Les caricatures du temps le représentent souvent avec un fourreau sans épée.

DE LA. GROSSESSE

Signes de la grossesse. — Il a existé de tout temps des moyens empiriques et des recettes puériles pour reconnaître la grossesse. « On ne se contente pas, dit Venette dans le Tableau de U amour conjugal^ d'avoir des signes communs, on fait encore quantité d'expériences, à l'imitation de l'antiquité, pour découvrir la grossesse d'une femme. Les uns frottent au rouge les yeux de celle que l'on soupçonne grosse; et, si la chaleur pénètre la paupière, on ne doute plus après cela que cette femme ne soit enceinte. — Les autres tirent de son corps quelques gouttes de sang, et, après les avoir laissées tomber dans l'eau; ils conjecturent.qu'elle est grosse si le sang va au fond. — Quelques-uns, après avoir mis dans ses parties naturelles une gousse d'ail, ou fait brûler de la myrrhe, de l'encens, ou quelque autre chose aromatique, pour lui en faire recevoir la vapeur par le bas, croient qu'elle est grosse, si elle ne ressent point quelque temps après à la bouche ou au nez l'odeur de l'ail ou des choses aromatiques. — Il y en a encore qui font diverses expériences sur l'urine. Ils considèrent cette liqueur dès qu'on la rend, et après l'avoir trouvée troublée et de couleur de l'écorce de citron mûr, avec de petits atomes qui s'y élèvent et qui y descendent, ils disent qu'elle a conçu. — D'autres laissent l'urine pendant la nuit dans un bassin de cuivre, où l'on a mis une aiguille fine; et, s'ils observent le matin quelques points rouges sur l'aiguille, ils ne doutent plus de la grossesse. — Quelques autres prennent parties égales d'urine et de vin blanc : si l'urine, après avoir été agitée, paraît semblable à du bouillon de fèves, ils assurent que la femme est grosse. — Les autres laissent pendant trois jours reposer à l'ombre, dans un vaisseau de verre bien bouché, l'urine d'une femme; et, après l'avoir coulée par un taffetas clair, s'ils rencontrent de petits animaux sur le taffetas, ils ne font pas difficulté d'affirmer que la femme est grosse. »

Les signes positifs de la grossesse sont très nombreux, mais ils n'ont pas tous une égale valeur : les uns manquent quelquefois ou peuvent être produits par quelque cause étrangère à la grossesse, ce sont les signes de probabilité; les autres, en très petit nombre, révèlent la présence du fœtus dans l'utérus : ils sont appelés les signes de certitude.

^ Les signes de probabilité comprennent les changements qui surviennent dans l'organisation de la mère pendant la gestation. Nous les avons tous indiqués précédemment. Le plus important est la suppression des règles. Bien que ce symptôme puisse s'observer dans certains états morbides, comme la chlorose et la phtisie pulmonaire, c'est lui qui, le premier, attire l'attention de la femme et lui donne

l'idée de la grossesse, tant il est rare de le voir manquer pendant cette période. De là ce précepte obstétrical : «Quand une femme, dit Pajot, qui se prétend enceinte et près de son terme a ses règles égales en quantité, qualité et régularité, à ce qu'elles sont ordinairement, la première pensée de l'accoucheur doit être que la grossesse n'existe pas ».

Le D"" Porak vient de découvrir un nouveau signe de probabilité de la grossesse : lorsque, chez une femme enceinte, on gratte avec l'ongle certaines régions de la peau, en particulier les cuisses et le basventre, on détermine une anémie locale par l'excitation des nerfs vasomoteurs qui contractent les vaisseaux capillaires; il se produit alors, dans toute la région excitée, une raie blanche plus ou moins persistante. Ce phénomène peut s'observer dans certains états fébriles comme dans la fièvre typhoïde; mais il est rare chez les personnes bien portantes, en dehors de la grossesse.

Les signes de certitude sont au nombre de trois : 1° le ballotement ; 2° les mouvements actifs de l'enfant ; 3" les bruits du cœur fœtal.

On constate le ballotement en communiquant une impulsion légère au col utérin, à l'aide de l'indicateur introduit dans le vagin. Aussitôt, on sent un corps mobile qui se déplace et retombe peu après à son point de départ. Le choc en retour, que la pulpe digitale perçoit alors, a été comparé à celui que l'on éprouve en refoulant du doigt un morceau de glace plongé dans un verre d'eau. Le ballotement n'est considéré, par la grande majorité des accoucheurs, que comme un signe de demi-certitude.

Pour constater les mouvements actifs du fœtus, il sulfit d'appliquer les deux mains sur le ventre de la femme. S'ils tardent à se produire, on peut les provoquer en mettant un corps froid en contact avec la paroi abdominale. Ces mouvements ne sont généralement perçus qu'à quatre mois et demi, au milieu de la grossesse.

Ce n'est aussi que vers la même époque qu'une oreille exercée peut entendre distinctement les bruits du cœur fœtal ; le stéthoscope (fig, 203) en facilite la recherche. Le D"" Routh prétend les percevoir dès les premières semaines de la grossesse, à l'aide de son instrument le vaginoscope^ qu'il applique immédiatement sur le col de l'utérus.

Les pulsations cardiaques du fœtus se reproduisent, en moyenne, 140 fois par minute, tandis que le pouls de la mère ne bat que 72 fois dans le même temps. On les a comparés au tic-tac d'une pendule qui ne serait pas d'aplomb ou à celui d'une montre enveloppée de linge. Le siège de ces bruits varie avec la position du fœtus : dans la pré-

DE LA GROSSESSE

sentation ordinaire du sommet, on entend leur summum d'intensité au-dessous de l'ombilic et à gauche ; dans le cas de présentation du siège, leur maximum se localise au-dessus de l'ombilic.

Si la grossesse est gémellaire, il va sans dire que l'on percevra autant de bruits cardiaques qu'il existera de fœtus ; mais celte recherche n'est pas toujours facile.

Bien que la constatation des bruits du cœur soit un signe certain que la femme est enceinte, leur absence ne permet pas de nier la grossesse, ni même la vie de l'enfant.

Il n'y a donc que deux signes de certitude absolue de la grossesse : les bruits du cœur fœtal et les mouvements actifs de l'enfant perçus par l'accoucheur, et ces signes ne peuvent être nettement distingués que vers le milieu de la gestation. En général, ces signes sont faciles à constater, mais, dans quelques cas, la difficulté du diagnostic de la grossesse est telle, qu'elle a FiG. 203. — stéthoscope, fait Commettre de graves erreurs aux praticiens

les plus expérimentés. « J'ai vu, dit le professeur Pajot, une grossesse de quatre mois prise pour un abcès et ouverte avec le bistouri introduit dans le vagin par un de mes anciens maîtres, des plus instruits et des plus vénérés. Tout le monde sait l'histoire d'un utérus gravide de huit mois ponctionné dans un grand hôpital. »

Hygiène de la grossesse. — Certains préceptes hygiéniques doivent être observés par la femme enceinte pour prévenir l'avortement, ménager sa santé et améliorer la constitution de l'enfant, a Dans la nature, a dit Hippocrate, l'enfant s'identifie tellement avec la vie de sa mère que la santé de l'une fait la santé de l'autre. »

Régime alimentaire. — Le régime alimentaire mérite une attention toute spéciale, parce qu'il exerce sur le produit de la conception une action des plus manifestes. Ainsi, dans les cas de rétrécissement du bassin, on parvient à diminuer le volume de l'enfant et par suite à rendre son passage plus facile au moment de l'accouchement, en soumettant la mère, durant toute la grossesse, à une diète très sévère. Hoffman a signalé une épidémie d'avortements pendant le siège de Leyde, et Nœgelé a fait la même observation lors de la famine de 1816. Le siège de Paris, en 1870, a produit les mêmes résultats.

L'Église, connaissant les fâcheux effets de l'abstinence sur la grossesse, dispense la femme enceinte du jeûne, comme les malades.

Rien ne doit être changé dans le régime de la femme enceinte. Seales les substances indigestes ou nuisibles et les mets pour lesquels elle éprouve de la répugnance devront être éloignés. Il faut, d'après le conseil d'Hippocrate, laisser les femmes prendre ce qu'il leur convient, quod sapit nutrit (ce qui plaît, nourrit).

Une grande sobriété est de rigueur, surtout au début de la grossesse, contrairement à la croyance qu'une femme enceinte doit manger pour deux.

Air. — L'air pur, le pabulum vitœ (l'aliment de la vie) comme l'appelaient les anciens, est indispensable à tout le monde et en particulier aux femmes grosses. Elles devront surtout éviter, dans la crainte de syncope et même d'avortement, les lieux où l'air est vicié soit par une trop grande agglomération d'individus, comme les bals et les théâtres (1) ; soit par des émanations délétères, telles que les gaz qui se dégagent du charbon incandescent. Mauriceau cite le cas d'une blanchisseuse qui fît un avortement parce qu'elle avait conservé dans sa chambre un réchaud allumé. Les professions qui exposent aux poussières des composés de plomb ou aux vapeurs du sulfure de carbone devront être abandonnées.

La respiration d'un air pur n'est pas moins utile à l'enfant ; aussi la suspension momentanée de cette importante fonction provoquet-elle, chez le fœtus, les mouvements désordonnés qui sont l'indice d'un certain malaise. C'est même un moyen proposé par Jacquemier pour solliciter les mouvements fœtaux qui tardent à se produire. « Les plus beaux enfants naissent au sein des campagnes, dit Munaret, par la même raison que les arbres en plein vent produisent des fruits moins hâtifs, mais plus gros, plus colorés que ceux qui languissent sous les vitres d'une serre énervante. » De toutes les fleurs, a écrit d'autre part Michelet, la fleur humaine est celle qui a le plus besoin de soleil.

Exercice. — L'exercice, surtout au grand air, est très utile à la femme enceinte. Celle-ci devra éviter avec soin tout choc ou mouvement violent qui communique au corps un ébranlement trop considé-

(1) L'homme, a dit J.-J. Eousseau, est, de tous les animaux, le moins propre à vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très peu de temps. L'haleine de l'homme est mortelle il ses semblables.

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rable, tels que l'équitation, la danse, la course, les promenades dans une voiture mal suspendue ou sur des routes inégales. Il ne faudrait donc pas imiter Jeanne d'Albret qui, vers la fin de son neuvième mois, entreprit un voyage de quinze jours, pour venir de Gompiègne à Pau accoucher de Henri IV. De même, la reine de Pologne, vers la fin de sa grossesse, accompagnait dans les camps, son mari, le roi Sobieski.

Rien n'est, en effet, plus fatal que le préjugé qui recommande aux femmes, dans les derniers mois de leur grossesse, un surcroît d'exercice pour faciliter leurs couches; Liebaut allait même jusqu'à conseiller un voyage en coche ou une promenade sur un cheval de trot. Il est vrai que la grossesse peut suivre son cours régulier malgré les secousses les plus violentes. Ainsi, Cazeauxcite une femme qui se jeta d'un troisième étage et accoucha à terme d'un enfant vivant. On connaît le procès de madame Lemoine qui, pour faire avorter sa fille, enceinte de son cocher, Jean Fétis, lui fit faire des chutes assez élevées sans y parvenir et brûla l'enfant venu à terme. Un médecin de nos amis a accouché une jeune fille, qui avait réussi à tromper sur sa grossesse ses parents et l'un des homœopathes les plus achalandés de Paris. Celui-ci avait attribué la suppression des règles, le développement du ventre et des mamelles à la chloro-anémie et conseillé pour tout traitement l'équitation. La jeune fille fit un véritable abus de cet exercice dans l'espoir de se faire avorter ; mais, contrairement à ses vœux et malgré les secousses de l'équitation, la grossesse arriva à terme.

Chez certaines femmes, au contraire, la plus faible commotion morale ou physique est souvent cause d'avortement ; aussi ne doit-on faire subir à une femme grosse aucune opération, fut-ce même l'extraction d'une dent, à moins d'urgence extrême. Baudelocque nous apprend, dans VArt des accouchements^ qu'après l'explosion de la poudrière de Grenelle, il fut appelé auprès de soixante-deux femmes en péril et en état d'avorter.

On est quelquefois obligé de condamner à un repos absolu la femme enceinte qui a déjà fait une fausse couche. Mais, à part ce cas exceptionnel, une vie trop sédentaire n'est pas moins préjudiciable, pendant la grossesse, que l'exercice prolongé jusqu'à la fatigue. G'est à cette dernière influence et non à celle de l'air trop vif, comme le veut Saucerotte, qu'il faut attribuer la fréquence de l'avortement chez les femmes du sommet des Vosges.

Il est encore fort nuisible pour la femme enceinte de se mettre à genoux, car, dans cette position, l'œuf subit une compression latérale.

plus OU moins énergique, résultant de la tension exagérée des muscles psoas-iliaques (fig. 11).

Vêtements. — Les vêtements ne doivent pas entraver le libre développement du ventre et des mamelles. C'est dire que les femmes enceintes laisseront de côté les robes fourreaux et les corsages cuirasses, si en faveur à notre époque. « Elles fermeront l'oreille, dit Prudhon, aux réclamations tyranniques de cette mijaurée qu'on appelle la Mode. » Une jeune fîlle, citée par Baudelocque, eut une hémorrhagie utérine foudroyante en se serrant la taille outre mesure pour dissimuler sa grossesse. Un corset trop étroit refoule, en effet, le foie sur les intestins et s'oppose à l'ampliation de la matrice ; il a en outre l'inconvénient de comprimer les mamelons, ce qui peut être, plus tard, un obstacle à l'allaitement. De plus, en serrant fortement la taille, le corset refoule l'estomac et gêne la digestion. Sœmmering a vu un estomac partagé en deux loges par l'usage abusif de cet objet de toilette.

Les anciens observaient mieux que nous, sur ce point, les lois de l'hygiène; ainsi, le mot enceinte, qui signifie en latin sans ceinture, vient de l'habitude qu'avaient les Romaines de quitter, dès le début de leur grossesse, le fascia mamillaris, sorte de bandelette en laine dont elles se serraient la taille au-dessous des seins, comme du temps du Directoire. Lycurgue obligeait aussi les femmes enceintes à porter des vêtements larges. C'est le conseil que donne Sacombe :

Je voudrais qu'une femme enceinte eût de tout temps Des vêtements légers, autour du corps flottants, Tels que chez les Hébreux en portaient les Lévites.

Elles pourraient encore suivre l'exemple de madame de Montespan qui, pour dissimuler ses grossesses, adopta ces robes drapées sur les hanches d'où est venue plus tard l'idée des paniers.

Sans aller aussi loin que Joseph II d'Autriche, qui proscrivit l'usage du corset dans ses états, nous ne voyons aucun inconvénient à ce que la femme enceinte porte un demi-coFset peu serré ou des bretelles qui soulageront les hanches et feront supporter aux épaules le poids des jupes. Comme la proéminence de ces dernières expose les parties inférieures du corps à l'impression du froid, on remédiera à cet inconvénient avec un caleçon de toile ou de laine, suivant la saison.

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Vers la fin de la grossesse, on pourra soutenir le ventre au moyen d'une ceinture abdominale élastique.

Enfin, on devra rejeter l'usage de jarretières trop serrées qui gênent la circulation de retour, ainsi que celui des chaussures à hauts talons qui exposent aux faux pas et, par suite, à des ébralements plus ou moins considérables de l'œuf. DéjàMauriceau critiquait, de son temps, l'emploi des talons élevés :« les femmes grosses, disait-il, doivent porter des talons bas et larges d'assiette. » C'est à propos de cette mode dangereuse que l'on fit le quatrain suivant :

Nos mignonnes sont si très hautes, Que pour sembler grandes et belles, Elles portent pantoufles hautes A vingt et quatre semelles.

Bains. — Les bains de propreté peuvent être pris sans inconvénient pendant la grossesse, pourvu toutefois qu'il ne soient ni trop froids, ni trop chauds (33° environ), ni trop prolongés (vingt minutes de durée). Cependant il sera plus prudent de s'en abstenir durant les deux ou trois premiers mois, surtout si la femme est sujette aux avortements.

Les bains de mer sont aussi très favorables, à condition de ne pas se livrer aux exercices de la natation. L'hydrothérapie ne présente pas non plus d'inconvénients. Mais les injections vaginales, les bains de siège et les pédiluves chauds doivent être proscrits. Et pourtant, combien de jeunes filles coupables, dans l'espoir de cacher leur faute, ont eu recours à ce dernier moyen, mais sans succès.

Quant aux lavements, on peut en faire un usage journalier. Ils sont même très avantageux dans la grossesse, si l'on en croit l'auteur de la Luciniade :

Les lavements sont sains, je consens qu'on les donne

A toute femme enceinte, Albinus les ordonne

Contre ces fils d'Éole, abhorrés en tout temps,

Et d'un impur séjour importuns habitans.

Qu'à grands coups de piston, il faut chasser sans cesse,

Comme ennemis jurés de l'état de grossesse.

Rapports sexuels. — Les secousses qu'un coït trop impétueux ou trop répété communique à l'utérus, chargé du produit de la conception, déterminent souvent l'avortement. Telle est la cause la plus

fréquente des fausses couches chez les nouvelles mariées et les filles publiques.

Chez les animaux, la femelle fuit instinctivement les approches du mâle pendant toute la durée de la gestation. « Les bestes sus leurs ventrées, dit Rabelais, n'endurent jamais le masle masculant. » Mais il n'en est pas de même dans l'espèce humaine. « Une femme, écrit Joubert, est toujours de bon appoinlement, et se trouve en tout temps, preste de bien faire, voire fust-elle grosse jusques à la gorge.» Ainsi lorsqu'on demandait à Julie, fille d'Auguste, pourquoi ses enfants ressemblaient à Agrippa, malgré les nombreuses infidélités qu'elle lui faisait, elle répondait qu'elle n'admettait de passager dans sa barque que quand elle était pleine.

Quoi qu'en dise Dionis, qui eut vingt enfants et se vantait de n'avoir pas négligé un seul instant ses devoirs conjugaux, il ne faudra se livrer au coït, pendant la grossesse, qu'avec la plus grande modération ; le poète l'a dit :

Épouses, je vous dois un conseil salutaire, Quand vous aurez conçu n'allez pas à Cythère. Pour conserver le fruit de vos chastes plaisirs. Réprimez désormais vos amoureux désirs; Au feu qui vit en vous un autre feu peut nuire, Et ce qu'amour a fait, amour peut le détruire. La nacelle à Vénus, sur les flots amoureux, Peut souvent rencontrer des écueils dangereux.

Les Pères de l'Église recommandaient la continence au début et à la fin de la grossesse. Et ils avaient raison, « car, dit Galien, le fruit se détache d'autant plus facilement qu'il est plus tendre et plus mûr. » Mais les rapports sexuels sont principalement dangereux pendant les deux ou trois premiers mois de la grossesse. « C'est, d'après la comparaison de Raulin, remuer la terre quand elle est ensemencée et que le blé commence à germer. »

La continence, pendant toute la durée de la grossesse, est de rigueur chez la femme qui est exposée aux fausses couches.

Préparation des seins. — Si les femmes qui veulent nourrir ont un mamelon trop petit ou trop enfoncé, il sera utile de le façonner dans le dernier mois de la grossesse par des succions journalières, à l'aide de divers appareils (fig. 204, 205) destinés à cet usage. Dans tous les cas, on fera des lotions fréquentes sur les mamelons avec du vin

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