DE ALLAITEMENT
position, ce qui permet d'en nettoyer un pendant qu'on se sert de l'autre.
L'allaitement au biberon est une pratique très ancienne : les Romains l'employaient déjà, et ils appelaient assœ nutrices, nourrices sèches, les femmes qui se chargeaient de ce soin. De nos jours, ce mode d'alimentation est encore fort répandu, et l'on vient d'installer à l'hospice des Enfants-Assistés une nourricerie modèle pour les nombreux enfants que l'Assistance publique recueille et que, faute d'un nombre suffisant de nourrices, elle doit faire allaiter au biberon avec du lait de chèvres. Un essai du même genre a été fait par le D"" Saint-Clair Monribot, qui a créé, près de Villiers-sur-Marne, un établissement appelé la Pouponnière, et destiné à l'allaitement artificiel.
Néanmoins, beaucoup de médecins se sont élevés contre la pratique du biberon. D'après Trousseau, sur quatre enfants allaités artificiellement, il en meurt au moins un, et les autres risquent d'être rachitiques. « La diarrhée verte et les coliques, dit Lorain, les vomissements, le choléra infantile, l'émaciation, le faciès sénile, l'entérite et le muguet; la mort enfin en sont trop souvent la conséquence. » Ce n'est donc pas sans raison que les cultivateurs appellent le biberon « la rente du médecin ».
S'il est vrai que, dans les grands centres, l'alimentation artificielle est à peu près impraticable, il faut pourtant reconnaître qu'elle donne à la campagne, où l'air est pur et le lait de bonne qualité, des résultats moins défavorables. Mais, quoi qu'il en soit, le biberon ne vaut pas une nourrice digne de ce nom, et nous pensons avec le poète que :
Le meilleur biberon, c'estle sein d'une mère.
Du sevrage. — On ne saurait assigner de terme absolu à l'allaitement; sa durée est subordonnée à certaines conditions individuelles comme l'état de santé de la mère et celui de l'enfant. Ce sera surtout le travail de la dentition qui devra déterminer cette époque et, comme l'a dit Trousseau, le sevrage n'est pas une question d'almanach, mais une question de dentiste. Galien avait déjà écrit : « Puellus, quoad primores dentés emiserit, solo lacle nlendus. » L'enfant devra être nourri exclusivement de lait jusqu'à l'apparition des premières dents. Il est, en effet, nécessaire que l'enfant ait un certain nombre de dents, sinon toutes, pour prendre, sans inconvénient, les aliments solides qui doivent faire partie de son nouveau régime, et il sera sage d'attendre, par exemple, l'éruption des douze premières dents, qui est complète
du douzième au quinzième mois. M. Bouchul ne supprime l'allaitement qu'après la sortie des dents canines, c'est-à-dire vers le vingtième mois. Baumès va plus loin, et il est d'avis qu'il ne faut sevrer les enfants qu'après l'éruption totale des dents de lait, ce qui retarderait le sevrage jusqu'au delà de la deuxième année. Il est vrai que, chez les Israélites, la durée de l'allaitement était de trois ans, ainsi que le prouve ce passage de la Bible : « Mon fils, aie pitié de moi, qui t'ai porté neuf mois dans mon sein, qui t'ai allaité trois ans et qui t'ai nourri et élevé jusqu'à l'âge où tu es. » D'après Buffon, les sauvages du Canada allaitent leurs enfants pendant cinq ou six ans. Mais, sans tomber dans ces exagérations, le terme du sevrage peut être fixé, comme nous venons de le dire, entre le douzième et le quinzième mois.
« On sèvre trop tôt tous les enfants, dit J.-J. Rousseau. Le temps où l'on doit les sevrer est indiqué par l'éruption des dents, et cette éruption est communément pénible et douloureuse. Par un instinct machinal, l'enfant porte alors fréquemment à sa bouche tout ce qu'il lient pour le mâcher. On pense faciliter l'opération en lui donnant pour hochet quelque corps dur, comme l'ivoire ou la dent de loup. Je crois qu'on se trompe. Les corps durs, appliqués sur les gencives, loin de les ramollir, les rendent calleuses, les endurcissent, préparent un déchirement plus pénible et plus douloureux. Prenons toujours l'instinct pour exemple. On ne voit point les jeunes chiens exercer leurs dents naissantes sur des cailloux, sur du fer, sur des os, mais sur du bois, du cuir, des chiffons, des matières molles qui cèdent et où la dent s'imprime. » On calme les enfants en leur donnant un nouet qu'ils s'introduisent dans la bouche ; et, pour éviter la fermentation de son contenu, il sera bon de le renouveler fréquemment.
Le sevrage ne doit pas s'effectuer brusquement, mais graduellement. On débute, un mois avant l'époque fixée, par supprimer l'allaitement de la nuit, puis on arrive peu à peu à cesser celui du jour, en augmentant progressivement la dose des aliments, tels que bouillies de froment, panades de biscotes, potages au pain, au tapioca, au sagou, au racahou, farine lactée, ou glands doux, etc., auxquels l'enfant a dù être habitué dès le sixième ou septième mois.
L'été est une mauvaise saison pour le sevrage, parce que les affections abdominales, que peut amener la modification du régime, sont plus fréquentes à cette époque qu'à toute autre.
Si l'enfant fait quelque difficulté à se séparer du sein, on a coutume d'étendre sur le mamelon une solution d'aloès, de quinine, de coloquinte ou simplement de moutarde ; mais un moyen plus efficace est
DE l'allaitement
l'éloignement de la nourrice pendant plusieurs jours. Parfois, tous ces artifices sont inutiles et l'enfant abandonne spontanément le sein, surtout quand l'allaitement s'est prolongé au delà du terme ordinaire. Ainsi, raconte Vogel, je donnais un jour des soins à une dame américaine qui continuait toujours d'allaiter son fîls âgé de deux ans et demi, jusqu'à ce que ce dernier, enfant très éveillé et très avancé sous le rapport de l'intelligence, vint un jour à dire très gentiment à sa mère : Aferci, chère maman^ cela rn'ennuie de teter.