ORGANES SÉCRÉTEURS DU SPERME
Les organes qui élaborent le sperme sont les glandes séminales. On leur a donné aussi le nom de testicules [de testes, témoins), parce qu'ils
FiG. 1. — Appareil génital do l'homme.
a. Vessie. — b. Portion prostatique do l'urètre. — c. Portion membraneuse. — d. Portion spongieuse. — e. Uretère. — f. Testicule. — g. Tète de l'épididyme. — h. Queue de l'épididyme.
k. Canal déférent. — /. Vésicule séminale. — ?7i. Canal éjai:ulateur. — n. Glandes de Méry
ou de Cooper. — o. Corps cavorneui. — p. Bulbe. — r. Paroi spongieuse de l'urètre. — «. Gland et fosse naviculaire. (Figure tirée de i'Anatomie de M. Fort.)
témoignent de la virilité. Ils sont suspendus à un faisceau membra-
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neux, appelé cordon spermatique, et sont contenus dans une poche à double compartiment dont la forme extérieure rappelle celle d'une figue à grosse extrémité inférieure. Cette poche est composée de plusieurs enveloppes (fîg. 3) qui s'emboîtent et que l'on nomme communément « bourses ». On les a encore comparées à des cloches dont les testicules représenteraient les battants. « Monseigneur, écrit Balzac, si vous y êtes, comme je pense, donnez s'il vous plaist, ung peu plus de volée à vos cloches. »
I. Enveloppes des testicules. — Les cavités que circonscrivent les bourses sont indépendantes entre elles. De la sorte elles isolent les testicules et s'opposent à la propagation des affections de l'une de ces glandes à l'autre.
Chaque cavité communique vers sa partie supérieure avec l'abdomen par un conduit particulier, le canal inguinal (fîg. 2), qui livre
- Trajet du cordon spermatique dans le canal inguinal (Richet).
1. 2, 3. Aponévrose des muscles grand et petit oblique, formant la paroi antérieure dn canal inguinal, — 4, 5. Pilier postérieur et Fascia tranaversalis formant la paroi profonde du canal inguij T ^' «le l'abdomen. — 10. Cuisse droite.— 11. Anse d'intestin grôlo engagée
dans lonGce profond du canal inguinal. — 12. Artère épigastrique. — 13. Artère spermatique. — 14. Artère déférentielle. — 15. Cordon spermatique. — 16. Ligament suspenseur de la verge.
passage au cordon spermatique. C'est par ce trajet que s'engage accidentellement l'intestin dans les hernies dites inguinales (11).
Les parois des bourses sont formées de plusieurs tuniques superposées (fig. 3) qui sont, de dehors en dedans : 1° le scrotum (6, 7) ou peau des bourses ; 2° latunique celluleuse (4, 9) ; 3° \aiunique fibreuse (2, 11), qui est commune au testicule et au cordon spermatique; 4° la tunique vaginale (17), qui est propre à la glande séminale.
1° Scrotum. — Le nom de scrotum ou sac a été donné à la peau
Fig. 3. — Enveloppes des bourses. (Figure schématique d'après M. Fort.)
1, 12. Canaux déférents. — 2, 11. Couche fibreuse. — 3, 10. — Couche musculeuse. — 4, 6. Couche celluleuse. — 5, 8. Dartos. — 6, 7. Peau du scrotum. — 13. Testicule recouvert du feuillet pariétal de la tunique vaginale. — 14. Cavité de la tunique vaginale communiquant encore avec le péritoine et formant avec ce dernier le canal vagino-péritonéal qui s'oblitère à la naissance. — 15. Péritoine recouvrant le cordon spermatique. — 16. Péritoine doublant la couche fibreuse chez le nouveau-né. Le même chiffre à gauche représente une portion du conduit vagino-péritonéal non oblitéré ; c'est là une des origines des kystes du cordon. — 17. Cavité do la tunique vaginale séparée du péritoine.
des bourses, en raison de sa conformation et de ses usages. La peau de cette région se distingue de celle des autres parties du corps, par
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sa coloration foncée, son excessive ténuité et sa grande extensibilité. Cette dernière propriété permet au scrotum, dans certains cas de hernies, d'hydrocèles ou d'éléphantiasis (fig. 4), d'acquérir un déve-
loppement considérable et quelquefois même de descendre jusqu'aux genoux.
A l'origine, le scrotum est divisé en deux moitiés latérales, qui lui donnent l'apparence d'une vulve (fig. 5). Aussi est-il difficile, au début de la vie intra-utérine, de reconnaître le sexe de l'embryon. Vers la fin du troisième mois, ces deux parties se réunissent pour former une sorte de couture saillante connue sous le nom de crête (fig. 7) ou raphé (de pàrtTO), je couds). Si un arrêt de développement empêche la soudure de s'effectuer, la fente médiane primitive persiste après la naissance, et l'enfant présente tous les signes extérieurs des deux sexes. Cette conformation constitue, nous le verrons bientôt, l'une des variétés de Vherm aphrodisme.
FiG. 5, G et 7. — Développement des organes génitaux externes. (D'après Ecker.)
Fio. 5. — Embryon do 0ni,27. Etat indifférent. — 2. Tubercule génital. — 3. Gland. — 4. Sillon génital. — 5. Plis génitaux externes (grandes lèvres ou plis scrotaux). — 7. — Anus. — 8. Tubercule coccygien.
Fio. 6. — Embryon de Om.OSl. Type féminin. — 3. Gland du clitoris. — 4. Sillon génital. — 5. Plis génitaux externes (grandes lèvres). — 7. Anus. — 8. Tubercule coccygien. — 9. Petites lèvres. — 10. Sinus uro-génilal.
FiG. 7. — Embryon de la fin du quatrième mois. Type masculin.
La surface du scrotum est couverte de nombreuses rides qui, selon les cas se multiplient ou tendent à disparaître : le froid, la frayeur, le spasme vénérien, ratatinent et rétractent les bourses ; la chaleur, la maladie, la vieillesse, les rendent flasques et pendantes.
La face profonde du scrotum est tapissée d'une couche peu épaisse de fibres musculaires lisses, que plusieurs anatomistes décrivent comme une enveloppe distincte sous le nom de dartos (de Sspoi j'écorche). Ces faisceaux musculaires donnent lieu, en se rétractant, aux plicatures scrotales que nous venons de signaler.
Le scrotum ne reçoit qu'un nombre peu considérable de filets nerveux et de vaisseaux sanguins, ce qui explique la faiblesse de sa sensibilité et de sa vitalité.
Les vaisseaux lymphatiques de la peau des bourses viennent se jeter dans les ganglions de l'aine et ceux des testicules aboutissent
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aux ganglions placés dans la région lombaire de chaque côté de la colonne vertébrale. Voilà pourquoi les affections du testicule sont accompagnées de « douleurs de reins » plus ou moins intenses, tandis que les maladies du scrotum, comme les chancres syphilitiques, déterminent des engorgements de l'aine (fig. 8).
2° Tunique celluleuse. — Le scrotum est séparé des autres enveloppes testiculaires par une lame de tissu cellulaire qui constitue, pour plusieurs auteurs, la tunique celluleuse. Ce sont les mailles de ce tissu qui s'infiltrent de sang dans les contusions, de sérosité dans les hydropisies et d'air dans l'emphysème. Certains conscrits profitent de la perméabilité de ce tissu pour tenter de se faire réformer : imitant le
Fig. 8. — Engorgement des ganglions de l'aine consécutif à un chancre mou des bourses. 1. Adénite ou bubon suppuré, prêt à s'ouvrir. — 2. Bubons suppurés et ulcérés. (Figure tirée de la
Pathologie externe de M. Fort.)
procédé des bateleurs qui produisent des hydrocéphales artificiels en introduisant de l'air sous le cuir chevelu d'un enfant, ils s'insufflent le tissu cellulaire des bourses ; celles-ci augmentent alors de volume et simulent une tumeur qui donnerait le change au conseil de révision, s'il n'était prévenu de ces sortes de supercheries.
3° Tunique fibreuse commune. — Cette tunique sert de gaine aux éléments du cordon s-permatique et au testicule recouvert de sa tunique vaginale. Sa face extérieure donne insertion à de nombreuses fibres musculaires qui, au niveau du cordon, prennent le nom de crémaster (de /pcfiaw, je suspends) et, au niveau du testicule, de tunique éryihroïde (de IpuOpô;, rouge, et eTSo;, aspect).
Ces fibres musculaires ont pour usage de rétracter le testicule vers l'abdomen par un mouvement d'ascension brusque et saccadé, bien différent des contractions lentes et vermiculaires du scrotum. Toutes les causes qui font contracter les muscles abdominaux, telles que la toux, l'effort, le coït, etc., agisseiit aussi sur les crémasters. Les contractions de ces derniers peuvent encore être provoquées sous des influences purement psychiques : Arnaud cite l'exemple d'un conseiller au Parlement, dont les glandes séminales remontaient dans le canal inguinal, chaque fois qu'il était en présence d'une dame.
4° Tunique vaginale. — La tunique vaginale (de vagina, gaine) est la plus profonde des enveloppes du testicule ; elle a pour fonction de faciliter les mouvements de cet organe. Comme toutes les membranes séreuses de l'économie, la tunique vaginale représente un sac sans ouverture, formé de deux feuillets qui adhèrent l'un au testicule et l'autre à la tunique fibreuse commune.
Ces deux feuillets limitent une cavité virtuelle (17, fîg. 3), à l'intérieur de laquelle peut s'accumuler du sang ou de la sérosité, comme on l'observe dans Vhématocèle (de aT[xa, sang, et /.^'Xr], tumeur) et Vhydrocèle (de (îScop, eau).
II. Testicules. Anorchidie. — «Les testicules, dit Galien, sont plus précieux que le cœur lui-même : le cœur n'est utile que pour vivre, tandis que les testicules le sont pour bien vivre ». Ces organes sont au nombre de deux : de là le nom de didymes (de oi'ouijloç, double) qui leur a encore été donné. Le testicule gauche descend un peu plus bas que le droit, ce qui évite leur froissement dans le rapprochement des cuisses.
Les glandes séminales. peuvent faire défaut et cette anomalie constitue V anorchidie (de av, privatif et op/tç, testicule). Leur absence n'est le plus souvent qu'apparente; lorsqu'elle est réelle, elle entraîne non seulement la stérilité, mais encore l'impuissance. Cependant on a pendu pour viol un soldat que Gruber, lors de l'autopsie, a reconnu anorchide.
Quant aux sujets qui subissent la castration (de castratus, châtré)
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après la puberté et deviennent accidentellement anorchides, ils perdent aussi l'aptitude à la fécondation (1), mais ils peuvent encore accomplir le simulacre de l'acte vénérien. Cette particularité était autrefois appréciée des dames romaines ad securas libidinaliones. Le passage suivant de Juvénal en fait foi : « Il en est qui se délectent dans les' molles caresses des eunuques; point de barbe à redouter, nul besoin de drogues abortives. L'ingénieuse recherche de la volupté ne livre l'adolescent au médecin qu'alors que son membre mûri s'est ombragé d'un poil noir. Jusque-là, on attend, on laisse croître les testicules, et lorsqu'ils commencent à peser deux livres, Iléliodore les ampute; le barbier seul y perd. »
De la castration. Eunuques. — La castration a été pratiquée de tout temps et pour des causes différente . Ainsi, Sémiramis faisait châtrer les enfants contrefaits, afin de les rendre incapables de perpétuer leur race. C'est dans le même but que quelques médecins contemporains ont proposé de faire subir aux crétins cette cruelle mutilation. Le fanatisme religieux joue aussi un grand rôle dans l'histoire de la castration. A l'exemple des prêtres de Cybèle, Origène se fit émasculer pour mieux observer le précepte de la continence. De nos jours, les Skoptzy en Russie, prenant à la lettre d fférents passages des livres sacrés (2), se mutilent comme autrefois les Valériens. Voici le procédé chirurgical qu'ils emploient : on app ique sur les bourses du néophyte un cataplasme de bouse de vacite, pour les rendre pendantes; puis on le fait tourner rapidement sur lui-même, pendant qu'un prêtre l'exhorte en criant sans cesse : Attrape celui que tu poursuis, jusqu'à ce qu'il tombe étourdi et comme anesthésié par ce genre d'exercice; le cataplasme est aussitôt enlevé, les bourses sont
(1) Dans son Manuel de médecine légale, Sédillot raconte qu'un homme (châtré par Boyer) était fort inquiet devoir sa femme enceinte et vint consulter ce chirurgien qui, pour ne pas troubler la paix du ménage, répondit que (!'étnit possible ; mais il ajouta en regardant fixement la femme que c'était son dernier enfant et que s'il en survenait un autre, il pouvait être assuré qu'il ne lui a|ipartenait pas.
(2) « Il y en a qui sont eunuques dès le ventre de leur mère; il y en a qui ont été faits eunuques par les hommes, et il y en a qui se sont faits eunuques eux mêmes pour le royaume des deux. Que celui qui peut entendre, entende (S. Mathieu, XIX, 12). — Et l'eunuque ne doit pas dire : Voilà que je suis un arbre sec. Car le Seigneur a dit à l'eunuque : Ceux qui observent mon sabbat, et font ce qui m'est agréable et gardent fidèlement mon alliance, je lenr donnerai une place d.-ns ma maison et entre mes murs et un nom meilleur; ils seront mes fils et mes filles ; jt- leur dounerai un nom éternel et qui ne passera point (Isaïe, XVI, 3. 4 et 5). »
Il est vrai que Moïse dit dans le Deutérnnome : « Celui qui est eunuque, soit pour avoir été froissé, soit pour avoir été taillé, n'entrera pas dans l'assemblée de l'Etemel ».
liées et coupées au-dessus de la ligature et l'on applique sur la plaie un onguent particulier. Mais souvent l'opération se termine par une hémorrhagie mortelle.
Assez souvent, la castration n'a d'autre mobile que la vengeance : l'exemple d'Abélard, la victime du chanoine Fulbert, est le plus connu. « Bien que l'ablation de la verge et des testicules ait été complète, dit Zimmermann, en lisant ses lettres à Héloïse, elles sont d'un homme qui a aimé, qui aime encore, qui l'avoue, et qui ne sait consoler sa maîtresse qu'en lui racontant tout ce qu'il souffre, tout ce qu'il lui en coûte d'être séparé d'elle. » Chez les Romains, il était permis aux maris trompés de se faire justice eux-mêmes et de châtrer, séance tenante, ceux qu'ils trouvaient en flagrant délit d'adultère avec leurs femmes. C'est à cette coutume que Plante fait allusion dans ce passage : « Il me tarde de trancher l'objet de ce libertin, afin que je le lui pende au cou, comme les grelots qu'on met aux enfants». Il paraît que les sauvages de l'Afrique centrale ont aussi l'habitude d'émasculer immédiatement leurs prisonniers.
Les cas de castration maniaque ne sont pas moins fréquents. P. Menière a vu apporter à l'Hôtel-Dieu, dans le service de Dupuytren, un hypocondriaque qui s'était mutilé pour punir sa femme de ses débordements. Le poète Lucilius parle d'un fou qui agit de même pour se venger des méfaits de sa femme :
Prsecidit caudam, testesque una amputât ambo.
Brachet a publié, dans la Gazette des Hôpitaux, le cas d'un Italien affecté de manie délirante et qui fut placé à Bicêtre, en iPil, dans le. service de Lisfranc. Un jour, il se promenait dans la cour de la maison et y vit, ce qui était assez ordinaire, plusieurs aliénés se livrer avec fureur à la masturbation, malgré la surveillance la plus active. « Que de marchandise perdue ! s'écria-t-il ; combien une femme ici ferait bien ses affaires! si je me faisais femme, ce serait moi qui profiterais de tout cela. » Cette idée lui sourit et lui inspire le projet de se retrancher les appendices qu'il croit être seuls un obstacle à sa métamorphose. Armé d'une méchante lame de couteau, il va dans les latrines et, à force de scier, il enlève très ras les organes génitaux ; puis il vient triomphalement se promener au milieu de ses camarades d'infortune, pensant attirer bientôt leurs hommages.
La castration n'éteint pas complètement les désirs vénériens, surtout lorsqu'elle a été pratiquée à l'âge adulte. Le docteur Fauvel rapporte que l'eunuque en chef du Sultan possède un harem, et qu'il
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consacre à ses femmes une grande partie de son temps. « Mais en vérité, ajoute ce médecin, je ne saurais dire ce à quoi il l'emploie. » Putiphar était attaché à la cour de Pharaon comme eunuque, et cette qualité ne l'empêchait pas d'avoir une femme pleine d'ardeur, à en juger par son aventure avec Joseph. Récemment, un prêtre se fit une double Castration pour se délivrer de ses érections importunes. « Or, dit M. Ledentu, qui a observé le fait, d'après les renseignements que je tiens de cet ecclésiastique, il a encore, de temps à autre, des érections nocturnes. »
La castration exerce une influence particulière sur l'appareil vocal, en conservant à l'enfant sa voix de soprano et en élevant d'un octave celle de l'adulte ; aussi a-t-elle été pratiquée longtemps en Italie afin d'obtenir de belles voix, et l'on façonnait des chantres pour la chapelle Sixtine et pour les théâtres, alors qu'il était interdit aux femmes d'y chanter. Les castrats de cette espèce étaient désignés sous le nom de Musico.
La bulle pontificale de Clément XIV défendit « toute préparation au chant ayant pour but de donner une voix artificielle aux jeunes garçons » ; mais bien des parents, par cupidité, n'en continuèrent pas moins à faire mutiler leurs enfants. Louis XIII attacha un certain nombre de castrats à la chapelle du palais ; la cour les appelait les « incommodés ». On raconte que Grescentini, un des derniers castrats qui aient joui d'une grande renommée, a fait verser des larmes à Napoléon P"" en chantant Roméo et Juliette. L'admiration de l'empereur pour son talent était sans bornes : il le fît chevalier de la Couronne de fer, ce qui donna lieu à quelques réflexions incongrues. Quand, dans un salon, quelqu'un demandait :
— Pourquoi donc l'Empereur a-t-il décoré ce chanteur? Une autre personne répondait avec un malin sourire :
— Mais, pour.... sa blessure.
Il paraît que, dans sa jeunesse, le ténor Dupré eut à résister aux instances de son maître Chéron qui l'engageait à se faire châtrer pour augmenter l'étendue et la beauté de sa voix. Ce maestro, beaucoup trop enthousiaste de son art, ignorait sans doute que la castration est un crime puni par la loi (1). La margrave de Bade donna le même conseil au chirurgien J.-P. Frank et le général Diego, son protecteur, eut beaucoup de peine à faire renoncer la princesse à son projet.
(1) Code pénal, art. 316. — Toute personne coupable du crime de castration subira la peine des travaux forcés à perpétuité, — Si la mort en est résultée avant l'expiration des quarante jours qui auront suivi le crime, le coupable subira la peine de mort.
Au XVII» siècle, la castration était pratiquée par des empiriques pour guérir les maladies les plus diverses : la lèpre, la folie, les hernies, etc. Dionis rapporte qu'un de ces spécialistes ambulants nourrissait son chien des testicules qu'il enlevait. Ambroise Paré s'éleva contre cet abus de couper « ce qui fait la paix de la maison », et, en 1776, l'Académie de médecine n'autorisa que les chirurgiens diplômés à pratiquer la castration.
Aujourd'hui, cette opération n'est indiquée que dans les cas d'affections organiques des testicules, telles que le cancer et les tubercules.
En dehors de ces cas morbides, l'ablation des testicules ne se fait plus qu'en Orient, chez les eunuques (de ëijvr), lit et s'y Etv, garder) préposés à la garde du sérail.
FiG. 9. — Eunuque complet.
T R P. Clou en plomb. — I. Clou maintenant l'urètre ouvert. — H. Ficelle pour tenir le clou
(d'après Godard, Egypte et Palestine).
Ceuji-ci se divisent, d'après M. Siredey, en quatre classes : 1° les spadones^ qui ne sont privés que d'un testicule et peuvent, par conséquent, se marier ; 2" les thadiai^ dont on écrasait les glandes séminales avec les doigts, comme le font les vétérinaires dans le bistournage : mais ce procédé n'atrophie pas toujours complètement les testicules et permet quelquefois la fécondation : Pithias, l'amie d'Aris-
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tote, était fille d'un eunuque de ce genre ; 3° les eunuques auxquels on a enlevé les deux testicules sans toucher à la verge : tels étaient ceux auxquels Juvénal fait allusion dans le passage que nous avons cité précédemment ; 4° les eunuques que l'on prive des testicules et de la verge (fig. 9) : ils sont seuls chargés actuellement dans les harems de la surveillance des femmes.
Influence de la castration sur l'économie. — La castration n'élève pas la tonalité de la voix chez tous les animaux comme dans l'espèce humaine : le coq, par exemple, en devenant chapon, cesse de chanter. Des modifications particulières dues à la castration, la plus manifeste est, sans contredit, la perte d'énergie morale (1). Il semble, dit Virey, qu'on ait coupé aux eunuques le nerf de la pensée. Six esclaves, raconte Escayrac de Lauture, appartenant au Kachef d'Aboukaras dans le Kordofan, furent émasculés à la suite d'un complot tramé contre la vie de leur maître. Tous étaient pubères au moment de cette mutilation, aucun d'eux ne mourut. Leur caractère changea entièrement et la soumission qu'ils montrent aujourd'hui diffère, d'une façon remarquable, de l'esprit de rébellion et de vengeance qui les animait précédemment. Un seul eunuque semble avoir conservé toute sa vigueur morale, le célèbre général byzantin Narsès, à qui l'impératrice Sophie envoya, par dérision, une quenouille et un fuseau. On a prétendu que Boileau avait été châtré par un dindon, mais ce fait est inexact.
Les animaux châtrés perdent aussi la plus grande partie de leur ardeur : le cheval hongre est plus docile que l'étalon, le bœuf plus facile à conduire que le taureau et le coq chaponné devient craintif comme une poule.
La castration prédispose encore à l'engraissement les animaux qui l'ont subie ; c'est ainsi que le coq devient chapon, le verrat cochon et le taureau bœuf.Mais, quoi qu'en pense J.-J. Rousseau, qui signale «l'embonpoint dégoûtant » des eunuques, la castration ne semble pas, chez 1 homme, agir d'une façon sensible sur la production du tissu graisseux. . Lorsqu'on perd les attributs de l'homme, on prend souvent ceux de la femme et en particulier des mamelles assez volumineuses. M. E. Martin parle d'un soldat chez qui l'ablation des organes génitaux externes, par un éclat d'obus, développa les glandes mammaires, fit tomber la barbe et modifia la voix.
(1) On sait qu'un castrat n'est pas admis comme prêtre; d'abord parce qu'il n'aurait aucun mérite à résister à l'aiguillon de la chair, et ensuite parce qu'il perdrait la vigueur morale dont il a besoin pour accomplir son ministère.
Volume, consistance et direction des testicules. Inversions. — Les testicules varient de volume suivant les âges : à l'époque de la puberté, ils prennent un accroissement notable et s'atrophient dans la vieillesse. Chez l'adulte, leur grosseur moyenne est celle d'un œuf de perdrix. Dans certaines maladies, ils acquièrent un volume considérable : dans la syphilis, par exemple, ils peuvent atteindre la grosseur du poing.
La consistance du testicule fournit au toucher une sensation toute spéciale, assez semblable à celle que perçoit le doigt en pressant sur les parois d'un kyste rempli de liquide. Ainsi s'explique l'erreur de cet étudiant qui, d'après M. Richet, ponctionna le testicule d'un de ses camarades, pensant opérer une tumeur kystique.
Les anciens comparaient le testicule à une fève, et c'est pour cette raison, a-t-on dit, que Pythagore défendait ce légume à ses disciples. Mais il est plus juste de rapprocher la forme du testicule de celle d'un œuf légèrement aplati qui serait dirigé obliquement de haut en bas, d'avant en arrière et de dehors en dedans. Il peut subir sur son axe transversal une rotation plus ou moins complète, qui tend à placer en bas son extrémité supérieure.
Ces anomalies comprennent de nombreuses variétés et sont connues sous le nom dHnversions.
Évolution des testicules. Ectopie. — Au début de la vie, les glandes séminales sont situées près des reins ; elles ne descendent dans les bourses qu'au moment de la naissance.
L'évolution des testicules peut être incomplète, et ces glandes restent alors incluses dans l'abdomen, ou s'arrêtent dans un point de leur parcours : c'est ce qu'on appelle ectopie (de Ix, hors et tôtioç, lieu) ; si cette anomalie existe d'un seul côté, ce qui est le plus fréquent, le sujet est monorchide (de [xèvo?, seul et ô'pxtç, testicule), comme l'était Sylla le dictateur ; si elle est double, elle constitue la cryptorchidie (de /pu7CT£tv, cacher et ô'pxtç, testicule). Kiche cite le cas d'un paysan qui, pour se faire exempter du service militaire, était parvenu à simuler une cryptorchidie, en maintenant ses testicules dans le canal inguinal, à l'aide d'un bandage approprié.
Cet arrêt des testicules à l'anneau inguinal est la cause de nombreuses erreurs de diagnostic. Un de nos plus habiles chirurgiens a cru, dans un de ces cas, à l'existence d'une double hernie. Un autre n'a reconnu son erreur qu'après avoir mis à découvert le testicule qu'il avait pris pour une hernie étranglée.
L'ectopie testiculaire double entraîne le plus souvent, avec elle,
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l'inaptitude à la fécondation. C'est pourquoi, scion Voltaire, le Parlement de Paris rendit un arrêt, le 8 janvier 1865, sur la nécessité de deux testicules apparents et décida que sans eux on ne pouvait contracter mariage.
Déjà, en 1587, le pape Sixte-Quint avait déclaré, par sa lettre du 25 juin, à son nonce en Espagne, qu'il fallait démarier tous ceux qui n'avaient pas de testicules.
Il existe cependant de nombreux exemples de cryptorchidie qui n'étaient pas accompagnés de stérilité. On cite même celui d'une famille dans laquelle ce vice de conformation était héréditaire. A la suite d'un choc violent ou d'un mouvement brusque des cuisses,
les testicules peuvent rentrer dans le canal inguinal et même dans le ventre : il n'est pas rare de voir des enfants se faire un jeu de ce genre de déplacement.
Structure du testicule.—
Le testicule comprend dans sa texture : 1° une coque fibreuse, la tunique albuginée [de albugo, tache blanche), ainsi appelée à cause de son aspect blancnacré; 2° un tissu propre, lapulpetesticulaire ; 3° des vaisseaux et des nerfs qui président à sa nutrition et à son innervation.
1° Tunique albuginée. — Cette enveloppe est inextensible, comme toutes les membranes fibreuses ; elle est très épaisse, parce qu'elle doit protéger la pulpe testiculaire contre les froissements elles chocs extérieurs.
Elle présente sur son bord supérieur un epaississement [nommé corps d'Hygmore, d'où rayonnent une foule de cloisons membraneuses, qui divisent la cavité de cette coque en un nombre considérable de petites loges prismatiques.
FiG. 10. — Pulpe testiculaire.
1. Lobules du testicule montrant les canalicules spermatiques flexueui. — 2, 3. Rete testis. — 4. Cônes efférents.6. Tfite de répididyme.— 6. Corps de l'épididyme.— 7. Vas aberrans.— 8. Queue de répididyme. — 9. Canal déférent.
2° Pulpe testiculaire.
— Chacun des compartiments, dont nous venons
^de parler, renferme un ou plusieurs tubes très fins, enroulés sur eux-mêmes, et appelés canaliculesspermatiques. Les pelotons formés par ces tubes ont reçu le nom de lobules et leur ensemble constitue la pulpe iesticulaire (fig. 10). On compte environ 275 lobules par glande séminale. Rabelais semble avoir entrevu cette conformation des testicules qu'il appelle quelque part des « pelotons ».
M. Sappey estime qu'un seul testicule contient près de 1,100 tubes séminifères. Or, comme ceux-ci mesurent, en moyenne, 75 centimètres, on peut évaluer leur longueur totale, en les supposant placés bout à bout, à un kilomètre.
Après avoir constitué les pelotons de la pulpe testiculaire, les canalicules spermatiques traversent le corps d'Hygmore d'arrière en avant et forment, dans son épaisseur, un réseau anastomotique, dit rete vasculosum testis (2, 3). De l'extrémité antérieure de ce réseau partent les cônes ejférents (4) qui viennent déboucher dans le canal de Vépididyme (5, 6, 8), lequel aboutit à son tour dans le canal déférent (9).
3' Vaisseaux et nerfs du Testicule. Varicocèle. — ■ Les artères qui se distribuent aux lobules delà pulpe, testiculaire sont les artères spermatiques (3, fig. 12). Ces vaisseaux viennent de l'artère aor^e (12, fig. 11) ; ils se distinguent par la longueur de leur trajet, qui est en rapport avec la migration des testicules, primitivement situés au niveau des reins.
Les VEINES (27, fig. 11) partent des testicules et accompagnent les artères spermatiques en s'entrelaçant avec elles, pour former un lacis vasculaire, a^Tpelé plexus pampini forme (4, 5, fig. 14), à cause de sa ressemblance avec les pampres de la vigne. Les dilatations morbides de ces veines constituent les varices des bourses ou varicocèle (de varix, varice et y.rfXr], tumeur). Au toucher, ces dilatations variqueuses donnent la sensation d'un paquet de vers ; elles provoquent souvent des douleurs intolérables qui en nécessitent la ligature (fig. 12, 13).
Les deux groupes de veines spermatiques, qui composent les plexus pampiniformes, ont une origine commune, mais une terminaison différente. Celui du côté droit se rend directement dans la veine cave inférieure (24, fig. 11) ; celui du côté gauche suit un parcours plus long : il vient se jeter à angle droit dans la veine rena/et correspondante (25) après avoir passé sous la portion du gros intestin, appelée colon iliaque, qui le comprime plus ou moins. Ces différentes particularités favorisent la stagnation du sang dans ce réseau veineux et expliquent la fréquence du varicocèle à gauche.
Les NERFS des glandes séminales émergent du plexus rénal, qui
ORGANES GÉNITAUX DE l'iIOMME
innerve en même temps la plus grande partie de l'appareil urinaire. La connexion qui existe entre cet appareil et les testicules occasionne
FiG. 11. — Cavité abdominale.
1. Diaphragme. — 2. Œsophage. — 3. Aorte. — 4. Veine cave inférieure. — 5. Muscle carré dos lombes. — 6. M. psoas. — 7. M. iliaque. — 8. M. transvorso. — 9. M. couturier. — 10. M. du fascia lata. — 11. M. droit antérieur. — 12. Artère aorte. — 13. A. iliaque primitive. — 14. A. iliaque interne. — 15. A. iliaque externe. — 16. Tronc coeliaque. — 17. A. mésentérique supérieure. — 18. A. rénale. — 10. A. spormatique. — 20. A. mésentérique inf. — 21. A. circonflexe iliaque. — 22. A. épigastrique. — 23. A. sacrée moyenne. — 24. Veine cave inférieure. — 26. V, rénale. — 26. V. iliaque. — 27. V. spermatique. — 28. Rein. — 29. Capsule surrénale. — 30. Uretère. — 31. Rectum. — 32. Vessie. — 33. Cordon spormatique. — 34. Veine saphèuo interne. — 35. Ligament suspenseur do la verge. — 36. Arcado crurale. — 37. Nerf crural. — 88. Nerf génito-crural. — 39. Angle sacro-vertébral ou promontoire.
toujours dans les coliques néphrétiques de la gravclle, des douleurs très vives s'irradiant jusqu'aux bourses. D'autre part, le siège du plexus rénal dans la région lombaire rend compte des « douleurs de
FiG. 12. Fio. 13.
Opération du varicocèle par la ligature. — A. Scrotum. — B, B'. Ligatures passées dans la rainure du porte-ligature, C. — D. Vis autour de laquelle s'enroulent les fils. — F. Canal déférent. — G. Epididyme. — H. Vaisseaux sanguins du cordon.
reins », que déterminent les tumeurs du testicule, parle tiraillement qu'elles exercent sur les filets nerveux émanant de ce centre d'innervation.
ARTICLE II