CHAPITRE IV
Verge double chez un monstre .
polymélien. VlFll
De la verge. — L'appareil qui sert à porter le liquide spermatique dans les voies génitales de la femme est la verge ou membre viril.
En latin, il porte les différents noms de menlula, virga^membrum virile, priapus, colis ^ fascinus, mule, verpa hosla et pénis.
La verge estordinairement unique; elle est double dans certains cas exceptionnels (fig. 30) et constitue alors un vice de conformation fort gênant pour l'accouplement.
Flasque et pendante à l'état de repos, la verge s'allonge et se redresse à l'état d'activité.
Ses dimensions varient selon les individus, et ne sont pas toujours prcporLionnées au reste du corps. En général même, la verge des hommes trapus est plus développée que celle des hommes de haute taille.
De tout temps, on a remarqué qu'il existait un certain rapport entre le volume du nez et celui du membre
Noscitur ex naso quanta sit hasta viri (1).
(1) Publius Ovide qui reçut le surnom de Nason, à cause de Ja pro6minence de son nez^ vient à l'appui de cet aphorisme ; il reconnaît lui-même dans le distique suivant, que la nature l'avait bien doué pour l'amour :
Exigere a nobis augustà nocte Corinam Me memini numéros sustinuisse noven.
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dit un axiome des anciens ; Al nazzo cognascete il cazzo, répèle un adage italien, et un poète du seizième siècle a écrit :
Regarde au nez et tu verras combien Grand est cela qui aux femmes convient.
La physiologie nous apprend aussi que le développement de l'appareil vocal est étroitement lié à celui de l'appareil génital et que, jusqu'à un certain point, on peut conclure de l'intensité de la voix au degré de la virilité ; les eunuques, par exemple, ont tous la voix efféminée.
Certaines maladies, comme l'hydropisie et les hernies volumineuses, tendent à diminuer le volume de la verge ; d'autres, au contraire, l'augmentent considérablement, par exemple l'éléphantiasis.
La structure de la verge comprend : 1° les corps caverneux (fig. 20), qui recouvrent la portion spongieuse de l'urètre, et lui servent de tuteurs ; 2° les enveloppes ou fourreau de la verge.
1° Corps caverneux. Leur conformation. — Les corps
caverneux représentent à peu près les deux tiers du volume de la verge. Ils ont la forme de deux cylindres adossés comme les canons d'un fusil à deux coups. Parfois la soudure de ces organes ne s'effectue pas et chacun d'eux conserve son indépendance; il en résulte alors une double verge. L'extrémité antérieure des corps caverneux est coiffée par le gland et leur extrémité postérieure se bifurque en deux branches ou racines divergentes (2,fig.20), qui viennent se fixer aux deux côtés de l'arcade pubienne et assez solidement pour qu'il soit possible de soulever un cadavre par la verge.
Structure des corps caverneux. — Ces organes sont composés d'une masse de tissu propre contenue dans une enveloppe de nature fibreuse. La cavité circonscrite par cette membrane est divisée en deux galeries parallèles, séparées l'une de l'autre par une cloison appelée pectinde (de pecten, peigne), à cause de ses nombreux interstices qui lui donnent une certaine ressemblance avec les dents d'un
Fig. 31. — Coupe de la verge pendant réfection.. — 1. Peau. — 2. Couche musculaire. — 3, 7. Enveloppe fibreuse. — 4. Paroi des corps caverneux.— 5. Cloison des corps caverneux. — 6. Coupe de rurètro. — 7. Coupe de la veine dorsale superficielle de la verge. — 8. Coupe de rartèro dorsale et des veines dorsales profondes.
peigne. Cette cloison semble destinée à limiter l'extension de l'enveloppe fibreuse lorsque la verge augmente de volume.
Le tissu propre des corps caverneux est, comme tous les tissus érectiles, constitué par des fibres s'entre-croisant en tous sens et formant des aréoles ou petites cavernes analogues aux vacuoles d'une éponge. De là leur nom de corps caverneux. Les espaces aréolaires qu'ils renferment communiquent tous entre eux, ainsi qu'on le démontre en poussant une injection d'eau par un point quelconque de l'enveloppe fibreuse. On voit alors la verge se gonfler et prendre le développement qu'elle acquiert pendant Véreclion, « dans l'état où les femmes la demandent», selon l'expression de Dionis.
Chez certains animaux, comme le chien, la baleine, la chauve-souris, etc., la verge acquiert au moment de l'érection, une rigidité considérable, due à la présence d'un os pointu, l'os du pénis (fig. 32), qui est logé dans l'extrémité terminale des corps caverneux.
Fig. 32. — Os du pénis du chien, a, a. Rainure du bord inférieur. — b. Extrémité antérieure. — c. Extrémité postérieure.
2° Enveloppes de la verge. — Les enveloppes de la verge qui servent de fourreau à cet organe sont au nombre de quatre : les enveloppes élastique, celluleuse, musculaire et cutanée.
I. L'enveloppe élastique est la plus profonde; elle unit intimement la portion spongieuse de l'urètre à la partie inférieure des corps caverneux. C'est elle qui, par sa résistance, donne à la verge sa conformation extérieure et limite son extensibilité.
IL L'enveloppe celluleuse ne contient jamais de graisse; aussi dans l'obésité, la verge est-elle la seule partie du corps qui conserve un volume normal. Cette enveloppe donne à la peau du pénis sa grande mobilité et lui permet de smvre toutes les variations des corps caverneux. Elle est l'analogue du tissu cellulaire sous-cutané des autres régions, et ses mailles s'infiltrent de sérosité dans les hydropisies qui s'étendent à la verge.
IIL L'enveloppe musculaire, ou muscle péri-pénien, a la même structure que le darios des bourses : elle est constituée par des fibres circulaires nombreuses, qui deviennent de plus en plus obliques à me-
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sure qu'elles se rapprochent de l'extrémité antérieure de la verge. C'est à'I'action de ces fibres que M. Sappey attribue la rétraction considérable de la peau de la verge lorsqu'elle est incisée.
IV. L'enveloppe cutanée a la finesse, la couleur et l'élasticité de la peau des bourses. Elle est dépourvue de poils qui, s'ils existaient, rendraient les rapports sexuels douloureux.
La peau de la verge est sillonnée en tous sens d'innombrables vaisseaux lymphatiques qui aboutissent, comme ceux du scrotum, aux ffanfflions de l'aine ; aussi les chancres du fourreau de la verge (fig. 33)
FiG. 33. — Bubons du chancre syphilitique. (D'après Cullerier.) 1. Chancre du fourreau de la verge. — 2. Pléiade ganglionnaire.
déterminent-ils l'engorgement de ces glandes ou adénites inguinales (de ocSîjv, glande), vulgairement appelés fcw&ons (de pouSwv, aine), La peau de la verge est, on le sait, le siège de prédilection des premiers accidents de la syphilis. Cette maladie ne se propage qu'à la suite d'un contact sexuel avec un sujet infecté, mais non à distance, comme on le pensait autrefois. Ainsi, le cardinal Wolsey atteint de syphilis fut accusé, en 1529, d'avoir voulu la communiquer à Henri VIII, en lui parlant bas à l'oreille, et cité, pour ce méfait, devant la Chambre haute.
Prépuce. Herpès préputialis. — A l'extrémilé de la verge, les enveloppes celluleuse, musculaire et cutanée se replient sur ellesmêmes pour former au gland une gaine protectrice appelée calotte du gland ou prépuce [deprœ, avant elpulium, membre viril). Après s'être réfléchie de la sorte, la peau revêt les caractères d'une membrane muqueuse et vient se terminer à la base du gland, où elle se confond avec l'enveloppe de cet organe. Il résulte de cette jonction un cul-desac circulaire dans lequel s'accumule, chez les personnes peu soigneuses, une matière blanchâtre qui a la consistance du fromage mou et une odeur très fétide ; cette matière est connue sous le nom de smegma préputial. Elle est sécrétée par les glandes du prépuce qui s'ouvrent dans ce sillon. Ce produit de sécrétion irrite parfois la muqueuse préputiale et détermine une éruption de vésicules d'herpès qui laissent en se crevant, de petites excoriations prises souvent pour des ulcérations syphilitiques. U herpès préputialis peut aussi survenir à la suite d'un accès fébrile, comme on l'observe pour V herpès labialis^ appelé communément « bouton de fièvre », qui occupe le pourtour des lèvres.
Le prépuce adhère à la portion spongieuse de l'urètre par un repli triangulaire nommé frein ou filet. S'il remonte jusqu'au méat urinaire, il s'oppose au « décalottement » du gland et doit être excisé. Le plus souvent, l'opération est inutile, et il se déchire de lui-même pendant le premier rapprochement sexuel, en déterminant une petite hémorrhagie.
De l'infibulation. — Les religieux turcs calenders se passaient à travers les lèvres de l'orifice préputial un anneau de fer qui les obligeait à la continence. De môme à Rome, on appliquait Vinflbulation (de fibula, boucle) aux jeunes gens pour empêcher la masturbation et le coït prématuré, aux gladiateurs et aux chanteurs pour conserver leur vigueur ou leur voix.
Les dames romaines étaient, paraît-il, très friandes des acteurs et tenaient beaucoup à les défîbuler^ dans l'espoir, dit Broca, de recueillir tous les profits de la continence longue et forcée qui leur était imposée. Elles faisaient aussi infibuler leurs esclaves pour être assurées qu'ils ne se fatigueraient pas avec d'autres femmes.
Voici, d'après Celse, le mode opératoire de cette pratique singulière : « On perce le prépuce avec une aiguille chargée d'un fil ; on noue ensuite les deux bouts de ce fil qu'on a soin de mouvoir tous les jours, jusqu'à ce que les bords des trous qu'on a ouverts soient cicatrisés. Alors, on ôte le fil qu'on remplace par une boucle qui sera d'autant meilleure qu'elle sera plus légère. »
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L'infibulation est encore pratiquée dans les temps modernes, comme le prouve l'observation suivante rapportée par Marx, dans la Gazette de santé, de 1822:
« Il y a quelques dizaines d'années, Dupuytren fut appelé' par le D"^ Pétroz auprès de M. M..., chef de l'une des plus importantes manufactures de France. Celui-ci, âgé pour lors d'environ 50 ans, d'une bonne et forte constitution, avait depuis long-temps un écoulement abondant et fétide par l'extrémité de la verge, il n'urinait qu'avec difficulté et douleur; le prépuce, considérablement tuméfié, était consistant, dur et ulcéré en plusieurs endroits. Le rétrécissement situé à l'entrée, le gonflement et l'induration étaient l'obstacle à l'écoulement des urines. Jusque-là le cas n'offrait rien qu'on ne voie assez souvent ; mais ce qui fixa l'attention et qui étonna tout à la fois, ce fut de trouver le prépuce percé et même traversé çà et là par des ouvertures et des conduits revêtus dans leur entrée et dans leur intérieur d'un tissu cutané parfaitement organisé.
« Avant d'aller plus loin et surtout avant de rien entreprendre, Dupuytren voulut connaître la cause de ce mal et la nature des perforations qu'il avait sous les yeux. Il apprit alors que le malade, jeune encore, avait fait un voyage et un séjour de plusieurs années en Portugal, que là il s'était lié avec une femme jeune, vive, passionnée et jalouse; que cette jeune femme dont il était éperdument épris, avait bientôt acquis un empire absolu sur lui, et qu'au milieu des transports d'un amour réciproque, il s'était un jour senti légèrement piqué au prépuce, mais que rassuré et distrait par les caresses de son amante, il n'avait pas même examiné d'où provenait la sensation désagréable qu'il venait d'éprouver. C'est seulement en sortant de ses bras qu'il s'était trouvé affublé d'un petit cadenas d'or artistement travaillé et dont elle avait gardé la clef.
« Quelque désagréable, quelque incommode, quelque humiliante même que cette précaution dût paraître à un homme, la jeune femme fit valoir tant de raisons, de caresses et de protestations d'amour et de dévouement, que non seulement elle obtint qu'il ne se fâchât pas, mais encore qu'il ne retirât pas le cadenas, et qu'elle réussit presque à le lui faire regarder comme un ornement. Elle fit plus ; elle obtint que le cadenas fut renouvelé toutes les fois que la peau qu'il traversait paraissait altérée. Elle parvint même, chose incroyable, à en placer deux à la fois. C'est dans ce dernier état que M. M... passa quatre ou cinq ans pendant lesquels il porta un ou deux cadenas appendus au prépuce, et dont sa maîtresse garda soigneusement la clef.
« Est-ce à cette singulière, à cette extraordinaire pratique qu'il
faut attribuer la dégénérescence du prépuce ? Pétroz et Dupuytren n'hésitèrent pas à le penser.
« En effet, le nombre des infibulations qui ne s'élevaient pas à moins d'une vingtaine, les tractions sur le prépuce par le poids des cadenas, par les efforts de distension résultant des érections, paraissent des causes plus que suffisantes pour entraîner cette dégénération, et ce qui achève de prouver que telle avait été la cause de la maladie de M. M..., c'est qu'à dater de son retour de Portugal, il n'avait cessé d'avoir le prépuce irrité, tuméfié, douloureux.
« Il n'y avait pas à hésiter : l'engorgement du prépuce était cancéreux ou prêt à le devenir. Il fallait enlever cette partie sous peine de voir se continuer les indispositions de M. M..., ou de le voir périr un jour d'un cancer à la verge. Le prépuce fut enlevé en entier par une sorte de circoncision. Le malade fut pansé et remis aux soins de Sanson, qui, en moins de trois semaines, conduisit la plaie à parfaite cicatrice. »
Phimosis et Paraphimosis. — L'orifice du prépuce est parfois trop étroit (fig. 36) pour permettre au gland de se découvrir : cet état caractérise le phimosis (de <pi[Aoa), je serre). 11 paraît que Louis XVI était atteint de ce vice de conformation. Si, à la suite d'efforts plus ou
moins violents, chez un sujet affecté de phimosis , l'orifice préputial a été ramené en arrière du gland, cet organe subit un étranglement qui le fait augmenter de volume et empêche le prépuce de revenir à sa place primitive :
d'où l'affection connue sous le nom de paraphimosis (de Ttapà, au delà et çtfjLow, je serre). On réduit le paraphimosis en cherchant, de la main gauche, à ramener le prépuce en avant, pendant que le pouce de la main droite refoule le gland en arrière (fig. 34).
Le phimosis est souvent compliqué de halano-poslhite (de pâXavoç, gland et tosOt], prépuce), par suite de l'accumula-
brassôe. — 2. Main droite repoussant tioU du SmCgma préputial Ct de la Stag-
s'*"*'- nation prolongée de l'urine dans la cavité
du prépuce. Il peut encore s'y déposer des graviers qui, quelquefois, finissent par acquérir un volume considérable : Duméril en a vu un
Fio. 34. — Réduction du paraphimosis.