‹ La génération universelleChapitre 11 sur 82 · HERMAPHRODISME HUMAIN · texte numérisé non relu

HERMAPHRODISME HUMAIN

drogynes devenus hommes après avoir été femmes, et réciproquement, ou qui étaient l'un et l'autre à la fois, succubes et incubes, ne sont que des fables, des faits mal observés. C'étaient de simples anomalies, des vices de conformation de l'appareil reproducteur, qui se rencontrent parfois chez l'homme et la femme comme chez les animaux. En en altérant la forme, ils en troublent les rapports naturels et nuisent ou s'opposent même parfois à ta génération. Des habitudes vicieuses, des rapports contre nature, peuvent aussi en résulter, d'autant plus que ces êtres imparfaits, incomplets, présentent ordinairement les apparences extérieures opposées de leur vrai sexe. Les hommes sont efféminés avec des formes arrondies, délicates, aux chairs blanches €t molles, la voix grêle, aiguë, caractère timide; au contraire, les femmes ont les formes masculines, la voix grave, rauque, ayant barbe au menton avec toute l'audace et la désinvolture de l'homme. De là un hermaphrodisme apparent pouvant induire en erreur sur le sexe réel à la naissance, car toutes ces personnes ont un sexe distinct, comme de nombreux exemples l'ont prouvé.

Tel était le cas d'un malade entré comme homme, sous le nom de Pagetti, à l'hôpital de Lodi, le 12 août 1878. Agé de 68 ans, il était petit, trapu, robuste et portait une barbe grise assez épaisse. Pris subitement de graves accidents, il succomba dans les vingt-quatre heures. A l'autopsie, les docteurs Arigo et Fiorani constatèrent que, malgré son aspect tout viril, c'était une femme et non un homme,

comme on l'avait cru toute sa vie. Un pénis très apparent existait en effet, mais il était placé très haut et l'on constata aisément que c'était nn simple clitoris très volumineux, imperforé, c'est-à-dire sans canal de l'urèthre ni méat urinairc. Une ouverture vaginale étroite existait au-dessous avec l'urèthre et conduisait dans un utérus vierge, dont lo corps et le col étaient bien conformés, avec ligaments larges, trompes de Fallope et ovaires vierges, sans traces d'ovules ni de menstruation.

Au lieu d'un homme, c'était donc bien une femme à barbe, sans mamelles, avec un clitoris très développé. Ce n'est pas un exemple d'hermaphrodisme vrai, mais de monstruosité par le développement imparfait des organes femelles, inaptes à en remplir les fonctions. C'était un individu neutre, sans sexe, et probablement incapable toute sa vie d'avoir pu exercer ni l'un ni l'autre.

La rétention des testicules chez les jeunes garçons hypospades, c'est-à-dire avec une ouverture smiulant ♦ le vagin, a pu quelquefois les faire prendre pour des filles. iMarie Germain, observée par le grand chirurgien Paré et Montaigne, à Vitry, devint ainsi homme à seize ans, par la descente subite de ses testicules en sautant un fossé. Bien des homnies incomplets ont été baptisés et mariés conmie femmes, dont le vrai sexe n'a été reconnu qu'après leur mort.

L'absence d'ovaires, de matrice et même de vagin chez quelques femmes peut également laire méconnaître leur vrai sexe. Le clitoris est si développé ' chez quelques-unes qu'elles ressemblent à des hom-

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mes. Mais il suffit qu'elles se soumettent à la fécondation pour découvrir l'erreur. Tel lut ce moine d'Issoire qui accoucha dans sa cellule, au rapport de Montaigne, et ce soldat hongrois qui mit un enfant au monde en plein champ.

Il ne faut donc pas confondre ces vices de conformation avec l'hermaphrodisme vrai. Celui-ci est heureusement très rare, et les deux sexes conservent en général, malgré ces malformations génitales, leurs caractères et leurs attributs différentiels. Mais elles déterminent souvent la stérilité sinon l'impuissance chez les deux sexes, comme de nombreux exemples en sont relatés dans nos ouvrages à ce sujet.

Tels sont les mystères de la génération hermaphrodite, regardés autrefois comme des miracles avant que l'observation n'en eût été faite rigoureusement. Des preuves péremptoires en sont fournies surtout par les plantes dioïques qui se reproduisent sexuellement, car c'est par leur perfectionnement graduel que les végétauxse rapprochent davantage des animaux. Les ressemblances deviennent ainsi de plus en plus frappantes entre les deux règnes vivants, et leurs similitudes plus saisissables. On n'aperçoit plus, sur leurs confins, que des transitions insensibles.

Le mouvement ou changement de lieu, qui est en effet le caractère distinctif, fondamental, des animaux, s'observe à l'état rudimentaire chez quelques plantes, comme on l'a vu, et il est en apparence

moins sensible chez certains zoophytes, comme les coraux, les polypes, les éponges fixées au rocher. Leur substance, végétale et animale à la fois, ne manifeste le mouvement que par les cellules ou bourgeons qui s'en détachent spontanément par scissiparité pour aller reproduire un être semblable, absolument comme la spore du champignon ou de Jâ fougère. Ceux-ci tombent sur la terre, les autres dans l'eau, c'est toute leur différence; encore n'est-elle pas absolue, puisque les algues se reproduisent de la même sorte dans l'eau. Beaucoup de zoophytes peuvent être ainsi placés dans les deux règnes à la fois. L'incertitude à cet égard est si profonde aujourd'hui, que les myriades d'infusoires microscopiques sont considérés, par M. Robin, comme des mycoïdes ou champignons, rangés dans le règne végétal par leur seule résistance aux réactifs ; au contraire, M. Pasteur les conserve dans le règne animal, d'après leur mouvement. Toutela différence d'interprétation est donc dans le mode d'envisager la création, soit d'une manière spontanée par la matière, soit d'une manière secondaire et par l'esprit. Ce profond dissentiment entre deux naturalistes aussi éminents montre bien l'intime connexion des deux règnes, d'après leurs caractères physiques. Leurs différences ne s'accusent pas davantage par la génération. Les trois modes leur sont communs, puisque la sporogonie ou scissiparité et le bourgeonnement se manifestent également dans l'un et l'autre sans fécondation apparente. Et de même qu'il y a des acimaux hermaphrodites, on va voir qu'il y a

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des plantes sexuées séparément, comme les animaux vertébrés. La scission entre les deux règnes vivants est aussi insensible dans leurs commencements, qu'elle l'est ensuite entre leurs classes, leurs ordres, leurs familles et leurs espèces, par les nombreuses variétés qui en comblent les transitions». La vie est une et continue, sans intersection absolue.

nétagenèse.

En contradiction avec la loi naturelle, consacrée par une observation générale et séculaire, d'après laquelle tout être vivant reproduit son semblable suivant le mode de génération, sexué ou non, quil'a fait naître, les positivistes modernes ont admis une génération hétérodoxe et hétéromorphe. Basés exclusivement sur la théorie cellulaire, et le sexe n'étant plus représenté pour eux que par les cellules ovulaires et spermatiques, ils ont expliqué ainsi tous les phénomènes anormaux de la génération. A défaut de pouvoir le constater, ils l'ont supposé. Ne pouvant expliquer la formation, l'organisation ou plutôt la naissance de la cellule-mère ou la plastide originelle que par l'agrégation, la fusion génésique d'éléments hétérogènes, ils ont été conduits à considérer la génération par simple division ou scissiparité comme la règle et l'exemple, tandis que la sexualité perfectionnée ne serait plus que l'exception. La parthénogenèse et la génération alternante, distinguées par divers auteurs, ont été ainsi réu-

nies, conlondues, sous ce titre de mélagenèse, par Ri( liard Owen, qui n'en fait plus qu'un même mode d'évolution, particulier à certains êtres organisés, pendant leur développement.

Ce mode de génération consiste en ce fait remarquable qu'un être, né d'un ovule ou œuf, donne naissance à des germes nouveaux, sans être fécondé, privé qu'il est encore d'organes génitaux. Il meurt aussitôt qu'il a fourni ces germes, et ceux-ci, évoluant et se développant d'une manière indépendante, interrompent la série et la ressemblance même avec leurs ancêtres. De là des individus sexués ou asexués, végétaux ou animaux.

On appelle Génération alternante la reproduction de quelques végétaux et animaux très inférieurs par une succession alternative de générations offrant des caractères différents dans la forme, l'organisation et le sexe. Chaque génération diffère de la précédente pour revenir au type primitif, comme dans l'hybridité, après plusieurs évolutions. Krohn paraît avoir observé, le premier, ce phénomène singulier chez les orties de mer : simples animalcules gélatineux, de forme circulaire, rayonnée, flottant sur les mers. Il a vu naître ainsi des individus isolés, solitaires dans une première génération des Salpas, lesquels produisaient des individus agrégés, réunis en groupe, en chaîne, hermaphrodites comme leur ancêtre ; tandis que ceux-ci reproduis.'iont de» individus isolés entre eux, l'un fournissant l'œuf et l'autre le sperme nécessaire à sa fécondation.

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