HYGIÈNE
maladies, et contre l'impuissance et la stérilité de l'âge inûr. Heureux s^ ce livre peut y contribuer ! Il est ainsi utile d'indiquer ici les règles qui doivent présider à l'exercice de ces fonctions et le» effets à en attendre pendant leur durée.
L'accroissement, l'état et le déclin caractérisent cette fonction aux différents âges de la vie, comme la vie elle-même. Elle s'accroît depuis la puberté jusqu'à la virilité complète. L'aptitude procréatrice des premières années, quand le corps s'accroît, se développe encore, n'est que le prélude de son évolution complète. Elle n'est ainsi dans toute sa force que de 25 à 45 ans chez l'homme, et de 20 à o5 chez la femme. Elle diminue graduellement pour cesser de 55 à 65 ans. Au delà, il n'y a plus qu'une virilité exceptionnelle, douteuse ou de hasard.
Sauf quelques exceptions individuelles tenant au genre de vie ou à la constitution, à la race ou au climat, cette aptitude dure donc 45 ans chez l'homme et 30 seulement chez la femme. C'est le minimum et le maximum absolus pour chaque sexe.
En présence des habitudes et des mœurs actuelles, il est difficile de form.uler les principes et les préceptes de l'hygiène de la reproduction. L'homme a tant exagéré dans tous les sens cette précieuse faculté, en usant et abusant de sa liberté morale qui le distingue entre toutes les espèces animales et l'élève au-dessus d'elles, qu'il est arrivé à en fausser toutes les règles. Il rend la puberté très précoce et
prolonge la vie sexuelle, ou du mpins la sensation des plaisirs qu'elle procure, beaucoup au delà de l'époque fixée par la physiologie et la raison, par les vices de l'éducation, la promiscuité des sexes ou leurs rapports, les spectacles et les chants indécents, les lectures erotiques, les condiments excitants, l'usage des boissons fermentées et distillées et surtout l'affaiblissement des croyances religieuses et le relâchement physique et moral. L'homme a déjà volontairement préparé et consommé en grande partie ce bel œuvre, par le fatal usage des unions anticipées et en abusant systématiquement de l'exercice des fonctions génésiques pour agrandir démesurément le cercle de leur durée et convertir en affaire de plaisir stérile la génération, l'un des plus saints mystères de la nature. Puberté précoce, jeunesse courte et orageuse, virilité valétudinaire, vieillesse prématurée, mort anticipée, générations faibles et rachitiques, domination universelle et constante de la plus scandaleuse prostitulion et d'une sensualité effrénée, telles sont les conséquences des doctrines positivistes régnantes, faites pour abâtardir l'espèce humaine et l'abaisser, du piédestal primitif de la grâce et de la vertu où Dieu l'a placée, au rang des animaux mammifères.
La fameuse doctrine économique de l'Anglais Malthus a surtout introduit, à ce sujet, des principes qui altèrent et pervertissent complètement l'exercice des fonctions génitales. Admettant faussement qu'il fallait restreindre, limiter les naissances, chacun selon son pouvoir et ses facultés, alin de ne
pas réduire les populations à s'épuiser, à périr par les privulions, la misère, la famine et les fléaux qu'elles engendrent : les épidémies et les épizooties, il posa le fatal précepte du moral restraint ou contrainte morale dans la génération. Et devant l'impossibilité d'une abstinence complète et absolue, surtout entre époux chastes et fidèles, chacun comprit aussitôt que, comme le jeûne est la contrainte morale de la faim, par la privation de certains aliments, il s'agissait tout simplement d'amuser et tromper les organes en leur refusant le nécessaire, c'est-à-dire de frustrer cette fonction en la remplissant à demi. De là toutes les fraudes, les artifices et les obstacles imaginés et inventés à cet effet,
n est difficile de pouvoir changer, convertir, même en l'éclairant sur ses plus chers intérêts, cet homme artificiel, sensuel et ami des plaisirs les plus vifs. Comment modifier cette seconde nature, forgée par la volonté et les systèmes de la créature, assujettie aux aveugles aiguillons de la chair? Il est au moins permis d'espérer le trouver plus docile aux conseils hygiéniques concernant sa propre descendance, sa progéniture, lorsqu'il est réduit à chercher dans le mariage, non-seulement la fin élevée de la procréation, mais aussi un moyen autorisé d'apaiser sa concupiscence.
Exereice.
Règle générale : plus une fonction est nécessaire et élevée, plus le plaisir qui en résulte est grand,
afin d'en favoriser l'accomplissement. Il est ainsi logique et naturel que la volupté (jui préside à la génération soit supérieure à tout autre, puisque l'acte qui donne la vie et l'organise est au-dessus de tous les autres. D'après l'ordre général et les lois de la nature, la reproduction de l'espèce est plus importante que la conservation même de l'individu.
Pour prévenir l'exagération de cette loi si douce, une autre non moins absolue lui est adéquate : plus une fonction est transcendante, et plus les troubles, les maux résultant de l'abus de son exercice, sont graves et dangereux. L'émission séminale exténue le corps autant par la soustraction de ce liquide, qui est la quintescence même du sang, comme on l'a vu, que par la secousse, l'ébranlement nerveux qui l'accompagne. L'homme est ainsi languissant, abattu, après le coït, proportionnellement à l'intensité de l'effort convulsif qu'il a consommé en faisant passer une partie de sa vie dans le sein de la femme, avec le liquide fécondant, pour allumer une vie nouvelle. Cet anéantissement, qui touche presque à la mort, est énergiquement exprimé en le comparant à celle-ci, comme il l'a été en tout temps, en tous lieux et en toutes langues. C'est la loi positive de la transmission de l'existence et du plaisir qui l'accompagne. Libitine est ainsi à la fois, dans la mythologie, la déesse des plaisirs et des funérailles ; Venus et Proserpine, la Vénus génératrice qui donne la vie et la Vénus homicide qui l'enlève. On ne peut imaginer un emblème plus vrai de l'acte de la génération.
De là toute l'hygiène de son exercice régulier et opportun.
La règle principale en est la propreté. Nécessaire en tout, elle est ici absolument indispensable, comme nous l'avons déjà indiqué à la description des organes de la copulation.
Sans propreté, l'amour le plus heureux N'est plus l'amour, c'est un besoin honteux.
L'indication la plus formelle en est dans l'odeur fétide et repoussante qui se dégage des sécrétions abondantes des organes génitaux de part et d'autre. Par suite d'une anomalie singulière du goût et de l'odorat, chez certaines personnes, cette fétidité repoussante peut être un délicieux arôme qui excite vivement leurs sens, comme chez les animaux. Henri IV en fut un exemple. Mais c'est une rare exception. Le dégoût qui en résulte pour l'un des conjoints est toujours une cause de froideur, sinon d'impuissance relative, faite pour troubler l'harmonie et l'union sexuelles. Le divorce des deux frères d'Urfé, au seizième siècle, avec Diane de Chàteau- Marand, n'eut pas d'autre cause que son extrême malpropreté. Réunissant tous les dons d'une jeune fille accomplie : richesse, naissance, talent et jeu« nesse, elle les avait séduits et attirés tour à tour. Mais l'auteur de VAstrée fut vaincu, comme son frère, par les mêmes répugnances, et l'amour et
l'intérêt, qui sont les mobiles les plus puissant^ des actions humaines, ne purent en triompher.
La texture fine et délicate des organes génitaux, la sécrétion rare et parcimonieuse de leurs principes de fécondation, aussi bien que l'exiguïle des conduits dans lesquels ils circulent, indiquent assez que ces fonctions doivent, plus que toute autre, s'accomplir avec soin, modération et régularité. Leur défaut d'exercice, comme l'excès, en trouble rapidement le jeu, et, par les sympathies et le profond retentissement qu'elles provoquent sur tout l'or^'anisme, la continence en est aussi préjudiciable que l'abus.
C'est surtout dans l'emploi, l'usage prématuré de ces organes, qu'est le danger. Comme l'estomac du nouveau-né ne peut digérer les aliments ordinaires et exige le lait de sa mère pour sa nutrition et sa vie, la puissance reproductrice ne peut se manifester dans toute sa vigueur que par un exercice graduel, répété, et après le développement de tout le corps. La pensée, l'intelligence et le raisonnement ne se manifestent pas soudainement, tout à coup, et il est aussi dangereux d'en provoquer hàtiveintait l'expression par un travail excessif, exagéré, que de ne pas les cultiver du tout.
Dépenser prématurément la semence fécondante, c'est entraver, chez l'homme, le dével()()pemont de ses organes, de ses muscles, affaiblir la lucidité de son esprit et lui préparer une existence languissante. Le sperme ne se forme qu'avec une extrême
parcimonie, lors de la puberté, laissant tous les matériaux nutritifs de l'organisme à la disposition des autres appareils pour leur achèvement complet et leur perfectionneme«t. Celui de la génération ne doit donc se produire et fonctionner que le dernier.
Le là, l'immense danger de l'onanisme chez les enfants. En excitant la sécrétion du liquide spermatique par des érections artificielles, ils ne peuvent que retarder leur développement physique et porter la plus grave atteinte à leurs facultés intellectuelles. Ce vice entraîne la ruine du corps et de l'esprit. L'attention la plus scrupuleuse des parents doit donc être sans cesse en éveil à ce sujet.
A la facilité que la situation même des organes génitaux externes offre aux enfants d'y porter machinalement la main, plusieurs causes physiques les prédisposent à contracter cette mauvaise habitude. La chaleur de l'été, l'irritation mécanique ou accidentelle de ces parties, leur défaut de propreté et l'accumulation de matière sébacée entre le prépuce et le gland, son âcreté putride, déterminée surtout par l'exubérance du prépuce ou le phimosis, la démangeaison locale causée par des boutons d'herpès, la présence de petits vers blancs dans le rectum, les mauvaises positions, assis ou couché, les aliments stimulants, les boissons fermentées, le défaut d'exercice, le sommeil prolongé dans un lit trop doux, comme la position assise dans un fauteuil, sont les principales, en congestionnant ei en irritant ces organes. D'autres causes prédisposantes sont encore
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l'audition de conversations libres ou ambiguës, de paroles obscènes, la curiosité, la lecture de romans licencieux, la vue de peintures lascives, de spectacles impudiques, les mauvaises compagnies, le mauvais exemple, etc.
Le danger n'est pas aussi grand chez l'adolescent de quatorze à seize ans, qui ne se livre souvent à la masturbation que tourmenté déjà par des érections spontanées, surtout le matin au réveil, par suite de la réplétionde la vessie ou de l'irritation du rectum. De simples précautions hygiéniques suffisent à les faire cesser. Se lever, aussitôt le réveil, en est la meilleure.
Mais il n'en est pas de même chez le masturbateur habituel et vicieux, qui se dénonce par son teint pâle et plombé, ses yeux cernés et enfoncés, son air honteux, triste et défiant. Le pénis développé démesurément, l'élévation subite de la taille, un appétit vorace, une grande maigreur, la démarche mal assurée, l'abandon, la lassitude du corps dans son allure et ses postures, indiquant la faiblesse des reins, un sommeil court, agité, interrompu, la voix rauque, étouffée, l'urine trouble ou sédimentcuse, sont encore des signes de mauvaises habitudes.
On reconnaît encore ces enfants à leur goût pour la solitude, allié à la paresse et la nonchalance, leur attitude timide et mélancolique. Le désordre de leur lit est aussi un indice accusateur, de même que l'animation de la face et la sueur pendant le sommeil. Réveillé subitement, l'innocent reslc tranquille, tandis qu'autrement leur premier soin est de
tirer leurs mains hors du lit, comme pour se justifier de leur vice honteux.
Cet abus des organes reproducteurs dans l'enfance et l'adolescence est d'autant plus blâmable et répréhensible qu'il conduit fatalement ses auteurs aux plus tristes et déplorables conséquences. En provoquant trop souvent un afflux sanguin et la turgescence des parties génitales, ils en déterminent le relâchement, l'affaiblissement. Le varicocèle ou dilatation des veines du cordon en est ainsi la suite fréquente. L'atrophie ou la fonte du testicule peut même en résulter, comme le prouve l'exemple suivant, rapporté par le professeur Gosselin.
Un garçon de vingt-deux ans avait eu, dès l'âge de dix ou douze ans, l'habitude de la masturbation; il s'y adonnait en moyenne deux à trois fois par jour. A diverses reprises, il avait eu du gonflement et de la douleur dans les épididymes. A dix-sept ans, une inflammation un peu plus vive qu'à l'ordinaire fit disparaître peu à peu son testicule droit. Néanmoins, il continua à se masturber plusieurs fois par jour. Quelques années plus tard, le testicule gauche devint douloureux et se gonfla, puis diminua et s'amoindrit au moment de la résolution. Il a complètement disparu ensuite, en même temps que les érections et les désirs vénériens ont cessé. Il y a donc des raisons très sérieuses de penser que cette fonte n'est point causée par l'hérédité, mais que l'inflammation des testicules est entièrement due aux excès de la masturbation.
Cette fatale habitude de l'adolescence et de la
jeunesse, en se prolongeant de 18 à 20 ans parfois, a les plus funestes conséquences sur la virilité future. Les jeunes gens blonds, pâles, lymphatiques ou nerveux, en ressentent les plus t;ri\ves effets. Pas un impuissant, avant l'âge physiologique, ne s'est offert à mon observation sans avouer s'être livré plus ou moins tard à la masturbation ou à des abus, des excès vénériens. Un militaire de 52 ans, grand et mince, à la fine moustache blonde, était dans ce double cas. Ses érections étaient si légères et instantanées que, marié depuis dix-huit mois à une jeune femme qu'il aimait beaucoup, il n'avait pu encore parvenir à la déflorer coinj)lètement, malgré tous les stratagèmes employés. Certains sujets impressionnables, sensibles, sont particulièrement énervés par cette pratique anonuale et semblent privés du vrai sentiment de l'amour qu'ils n'ont jamais goûté.
La spermatorrhée ou les pertes séminales en résultent infailliblement, et, par la faiblesse et la frigidité de leurs organes, c'est ordinairement l'impuissance et la stérilité à bref délai. Ces malheureux sont ainsi entraînés souvent à rechercher ensuite leurs plaisirs solitaires avec des acolytes et à con tracter des goiitset des habitudes contre nature qui en font plus tard les pires ennemis du goure humain. (Y. Onanisme seul et à deux.)
L'union précoce des sexes, dès les premières manifestations de la puberté, est également contraire
aux lois physiologiques de la génération. Elle est aussi préjudiciable aux deux conjoints qu'a leursf produits, comme nous l'avons déjà indiqué à Puberté. L'exemple en est offert par les animaux et jusque dans le règne végétal. Un jeune arbre à fruit n'en porte pas, et s'il en vient de trop bonne heure, ce fruit est imparfait. Aussi le jardinier a soin de cueillir les fleurs ou de réséquer la plupart des tiges de ce fruit à peine noué; car trop abondant, il nuit essentiellement à l'accroissement de l'arbre et à sa fertilité future. Un accouplement anticipé du bétail, à l'état de liberté, ne donne aussi que des produits inférieurs ou défectueux, et c'est pourquoi les éleveurs, en les retardant, en ont obtenu les meilleurs résultats pour leurs intérêts. La même circonspection est donc bien plus nécessaire, quand il s'agit du développement de l'espèce humaine.
Les premiers rapports d'une puberté précoce sont rarement féconds, aussi bien dans le mariage que dans le libertinage et l'abus, surtout dans les climats chauds, où la chaleur en est le principal excitant. En se livrant avec trop d'ardeur et de fréquence i ces premiers exploits novices et inexpérimentés de l'amour qui les enflamme, les jeunes gens font souvent naître et déterminent de part et d'autre, sur ces organes tout neufs, des irritations, rougeurs ou érosions, et des écoulements blancs, essentiellement nuisibles à la génération, d'autant plus que le sperme, imparfaitement élaboré dans ces coïts répétés, est impropre à la fécondation.
A cette stérilité passagère succède souvent une
impuissance précoce chez les Orientaux. Il est trè' commun dans le Levant, au rapport des voyageurs, de rencontrer des hommes de 35 ans frappés d'impuissance par suite des excès du jeune âge. Leurs organes sont plongés dans l'atonicité et ne peuvent se réveiller que par des excitants artificiels énergiques.
De là la condamnation des mariages précoces ou prématurés, dans les limites d'âge fixées par la loi. Ils sont préférables sans doute, pour la santé de l'homme surtout, à cette vie vagabonde de libertinage et de débauche, où tant de jeunes gens usent leurs plus belles années. Le sens génésique y trouve au moins une satisfaction normale, complète et régulière. Mais c'est le contraire pour la femme, dont la grossesse et l'allaitement d'aussi bonne heure altèrent souvent la constitution et la santé. Le? maladies de la matrice, l'engorgement des ovaires, en sont fréquemment la conséquence, et l'on risque ainsi d'épuiser les facultés génératrices chez l'un et chez l'autre et de les conduire à une impuissance prématurée.
Le célibat prolongé des jeunes gens, surtout dans les grandes villes, en les entraînant aux liaisons dangereuses, compromettantes pour l'avenir, ou aux habitudes de la Vénus errante, crée de bien plus redoutables dangers, pour la santé de l'homme, par les maladies vénériennes qui en sont presque inévitablement la conséquence. Tels sont l'orchite on engorgement des testicules et les rétrécissements de l'urèthre, qui mettent si souvent obstacle à la fécondation, quand ce n'est pas une infection syphili-
tique empoisonnant la source même de la génération pour l'avenir.
Les jeunes gens ne doivent donc se laisser aller, qu'avec une extrême réserve, à la prostilution publique, clandestine ou privée. En ne satisfaisant qu« les sens, elle fait contracter des habitudes de dépravation et d'immoralité détestables, abominables, et laisse un vide profond dans le cœur de celui qui l'a sensible et bien placé. L'amour est le plus impérieux besoin de la jeunesse. Aimer et être aimé, c'est le souverain bien, l'ineffable bonheur. Chacun peut et doit le rechercher légitimement, naturellement, puisque c est l'unique condition pour être heureux.
Victimes de ces funestes habitudes ou vaincus paf la honte et le dégoût, la satiété qu'elles inspirent, beaucoup de lecteurs du. Mariage, ne pouvant se marier faute de ressources, m'ont demandé une Hygiène du célibataire. Devant l'impossibilité de la continence et ses dangers, ils eussent désiré connaître les moyens de satisfaire leurs sens génésiques et leur cœur, sans encourir ni charges ni dangers. 11 n'en est pas et il ne saurait y en avoir moralement que dans une union légitime avec tous les devoirs qu'elle impose. C'est pourquoi ils n'ont pas reçu de réponse comme l'unique solution. Toutes les autres ne sont que des subterfuges, souvent bien plus difficiles et coûleux à accomplir que le mariage même.
Tout homme, ayant encouru des obstacles à la génération, ne devrait jamais se marier sans s'être préalablement assuré, par l'avis du médecin, qu'il est radicalement guéri. La syphilis notamment, qui
se communique par le mariage et se transmet aux enfants, devrait être une cause d'empêchement absolu, tant que la guérison n'est pas bien constatée par le temps. Beaucoup de médecins — disait récemment le docteur Carie de Montélimar, d'après un fait d'empoisonnement de la mère, de l'enfant et de la nourrice — sont encore aujourd'hui trop faciles pour permettre le mariage à leurs malades syphilitiques. On ne saurait être trop prudent quand il s'agit d'interdire l'entrée de la famille à ce terrible fléau, et ce n'est pas trop d'attendre, pour contracter mariage, qu'une année au moins se soit passée sans manifestations de la maladie. [Lyon me'dica/.) Ajoutons que l'usage des bains sulfureux est encore nécessaire, comme pierre de touche, pour confirmer une guérison complète.
La continence absolue, que les prêtres et les religieux des deux sexes sont tenus d'observer par leurs vœux de célibat et de chasteté, ne les préserve pas davantage d'accidents, du moins pour ceux qui l'observent. Toute fonction, dans l'organisme, a sa raison d'activité quand les organes sont sains et normaux. La nature n'a rien créé sans but. Un organe sans emploi, une fonction physiologique sans utilité, répugnent à l'esprit et ne se voient pas dans l'orgatisuie. Dieu a fait de l'accomplissement de ces fonctions la condition même de la vie et de la santé. Cell©s-ci résultent seulement de leur exercice normal et hygiénique. Les deux sexes sont donc soumis aux méineâ lois, dans quelque position qu'ils se trouvent ;
les vœux n'y font rien. Prétendre que la continence absolue est possible, en vertu même de l'état religieux, n'est ni physiologique, ni sérieux, c'est de la casuistique. Les différences individuelles de constitution, de tempérament, de position, le genre de vie, le régime même, peuvent seuls en modifier les exigences, sans en empêcher jamais absolument la manifestation. Provoqués par la sécrétion séminale qui s'opère insensiblement en dehors de la volonté, les organes sexuels ne sauraient échapper à cette loi ; ils ont une impulsion soudaine et spontanée, nécessaire à son excrétion. Cette fonction peut être contenue, diminuée parla vie du célibat, du cloître et du monastère, comme elle est excitée, augmentée par les conditions opposées de la vie sociale et conjugale; elle n'est jamais suspendue ni arrêtée. Elle doit donc s'exécuter normalement comme les autres, d'autant plus que son rôle important la rend plus impérieuse. Autrement, elle produit ces rétentions dangereuses ou ces pertes involontaires, donnant lieu aux accidents redoutables énumérés plus loin. Soutenir, comme le docteur A. Mayer, que l'ingtinct erotique peut être refréné par la volonté, sans péril ni préjudice pour la santé, c'est se montrer homme de système et de parti pris, plutôt que physiologiste, observateur et médecin. Car donner en preuve la continence observée par les jeunes gens des deux sexes, avant le mariage et dans le célibat prolongé, civil et religieux, c'est présenter l'exception pour la règle, sans tenir compte de la pudeur, la limiJilb <)t riguor<inot£ x^arAClérisliqucs de la jeu-
nesse; c'est méconnaître les habitudes vicieuses, les accidents et les maladies provo{|uées par cette prétendue continence, cette chasteté du corps, sinon de l'esprit.
Lunion dans le mariage, selon le cœur et l'esprit, est la condition la plus favorable pour l'exercice normal et salutaire des fonctions génératrices. Elles trouvent une heureuse excitation dans le bonheur, la joie, l'allégresse d'un amour réciproque ; les chagrins, les soucis, la crainte, la frayeur et les préoccupations de l'amour errant et vagabond, les paralysent. L'appareil génital subit la plus grande influence du moral et de l'imagination, et le consensus intime qui en éveille et anime le sens spécial, est dans l'àme, dont les sentiments et les faculté» sont toujours décisifs, pour ou contre son activité. Elle est favorisée par la tendresse, l'affection, comme la froideur, la répulsion, en éteignent l'ardeur et en glacent les voluptés. Il en est de même des passions, qui ne sont que les facultés de l'âme surexcitées et élevées à leur plus haute puissance d'expression.
L'accomplissement normal, la satisfaction complète de cette fonction importante et son but même ne se réalisent guère dans ces manifestations extrêmes et opposées. Un amour violent, longtemps réprimé dans ses désirs, plonge tout l'organisme, au moment de sa réalisation, dans une espèce d'extase; l'âme, concentrant en elle toute force et toute vitalité, ne réagit plus sur les organes qui lui servent d'ordinaire pour transmettre et exécuter ses voli-
lions. «J'en sçay, dit Montaigne, à qui il a servy d'y apporter le corps même, demy rassasié par le désir, pour endormir l'ardeur de cette fureur. »
Un mariage bien proportionné — conclu suivant les règles et les conditions d'âge, de constitution, de fortune, d'éducation et de santé, décrites dans notre Traité du Mariage — est la plus sûre garantie que cette fonction physiologique sera remplie convenablement. C'est seulement dans une union bien assortie qu'elle trouve son parfait accomplissement. Mais il est nécessaire d'observer, au point de vue spécial de la génération, certaines précautions, utiles à rappeler ici, pour que le mariage ne soit pas une occasion de troubles et de maux réels.
L'origine et la nécessité de ces précautions préliminaires sont indiquées dans la coutume des nuits probatoires existant au moyen âge et dont les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux font mention. Elles duraient, disent les historiens, jusqu'à ce que les deux parties aient pu acquérir la certitude de leur aptitude génitale ou jusqu'à ce que la femme fût devenue enceinte. Alors seulement avaient lieu les démarches pour le mariage, qui se célébrait en général aussitôt. Rarement la jeune fille était abandonnée par celui qui l'avait rendue mère, car il se serait attiré la haine et le mépris de tout le village.
Il faut donc s'assurer d'abord que l'un et l'autre sont aptes au mariage. L'union des cœurs, des esprits même, ne suifit pas; il faut que l'union physique
puisse s'opérer normalement. Si le jeune homme peut toujours le savoir d'avance et ne le sait souvent que trop, la jeune fille l'ignore le plus souvent. L'existence de la menstruation ne suffit pas à prouver son aptitude à la fécondation. Des lésions et des difformités locales latentes, ignorées, peuvent s'y opposer en constituant des obstacles réels à la copulation.
Telle est la présence d'un hymen dense et épais, musculeux, comme il s'en rencontre parfois chez les vieilles filles, et offrant, quoique perforé, une résistance invincible à l'intromission. L'absence de douleur permet ordinairement de forcer l'entrée en le déchirant avec le doigt.
Ce fut le cas d'une fille de 59 ans, observée par le docteur Bergeret. Craignant que son beau-frère, dont elle connaissait les goûts erotiques, ne déshonorât la mémoire de sa sœur par son libertinage, elle l'épousa après quinze mois de veuvage. C'était un petit vieillard très vif, fort lubrique, âgé de 65 ans. Ses tentatives de défloration avaient produit une vulvite intense, mais il n'avait pu pénétrer par la résistance de l'hymen, tant les progrès de l'âge en avaient augmenté la rigidité.
Le vaginisme est un obstacle plus insurmontable par l'extrême sensibilité de la vulve, ne permettant pas le moindre attouchement sans les plus vives douleurs, une souffrance aiguë arrachant des cris. Cette hyperesthésie névralgique de la muqueuse vaginale est causée souvent par l'irritation chronique de cette membrane. Cet obstacle se rencontre parti-
culièrement chez les jeunes filles nerveusos, hystériques et souvent tourmentées par les plus violents désirs. Une cuisson locale, la démangeaison ou prurit, sont parfois des indices de ce redoutable accident pour les nouveaux mariés.
Cet obstacle est donc la négation même du mariage. Tenu secret au début et laissé sans traitement actif et rationnel, comme c'est ordinairement le cas par l'ignorance où l'on est de sa nature et de sa gravité, il est la source des plus redoutables conséquences. Il ne saurait disparaître devant les tentatives mesurées, timides et incessamment renouvelées qui ont lieu pour le vaincre. Au contraire, le spasme local et l'hyperesthésie augmentent. La raison succombe bientôt à ce supplice de Tantale chez de nouveaux mariés. A l'irritation succèdent la tristesse, le chagrin, sinon les reproches, les dissensions, le désespoir. La santé de la femme surtout s'altère, on la voit pâlir et maigrir, en proie à des accidents nerveux et des douleurs intolérables. La chaîne du mariage a été traînée ainsi de longues années par des époux n'ayant jamais pu le consommer.
Cet accident se produit parfois durant le mariage, après l'accouchement même, par les fissures, les crevasses résultant des déchirures du vagin. C'est une forme différente produite par l'irritation locale. Elle se guérit surtout par le repos et la dilatation croissante avec des mèches de longs fils de charpie enduites d'une pommade belladonée. Mais le plus sûr moyen, découvert récemment, sont les badigeonnages de cocaïne, rendant le coït possible aussitôt.
Les luisitatioiis, les ménagements, employés réciproquement, dans ce cas, pour prévenir ou diminuer la douleur, sont plus propres à l'augmenter et l'entretenir qu'à la faire disparaître, en excitant les papilles nerveuses par la titillation des parties douloureuses, hyperesthésiées. Le coït complet est ainsi rendu impossible de part et d'autre. Il ne faut pas tâtonner, au contraire, et franchir d'abord l'obstacle avec décision, sauf à n'exercer ensuite ni mouvement ni frottement, s'ils sont douloureux, en ne réjiétant cette opération qu'à un intervalle de plusieurs jours. Le mari peut donc être le meilleur chirurgien, d'après l'exemple même de celui-ci, dans le cas de fissures à l'anus ou d'hémorrhoïdes douloureuses produisant le ténesme et des douleurs parfois atroces. Introduisant hardiment ses deux indicateurs ou ses deux pouces adossés dans le rectum, il le8 écarte subitement en déchirant la muqueuse, et dès lors le spasme du sphincter est vaincu et guéri.
Ces divers états morbides, heureussment fort rares, constituent donc autant de cas d'impuissance réelle de la femme au mariage. Il y aurait anachronisme à s'y appesantir ici pour les faire mieux connaître et apprécier. Les développements nécessaires à cet effet et les exemples à l'appui sont mieux à leur place dans V Impuissance physique et morale chez les deux sexes. Aussi renvoyons-nous à cet ouvrage pour l'indication des moyens curatifs de ces deux infirmités. C'est aux jeunes filles, susceptibles d'en être atteintes ou à leurs mères, de de-
mander l'examen du médecin avant le mariage. Il
^urra d'aiùact mieux faire disparaître ces obstacles que le mari ne sera pas là pour en troubler la guérison, comme c'est souvent le cas.
On devrait toujours constater aussi l'aptitude de la femme pour l'accouchement, surtout chez les filles petites, délicates, boiteuses, difformes ou rachitiques, car, si elles sont propres à la fécondation comme les autres, elles ont souvent le bassin mal conformé ou rétréci. Or, comme au-dessous de trois pouces de diamètre antéro-postérieur le bassin rend l'accouchement impossible par les voies naturelles, la Yie de la femme et celle de l'enfant sont gravement compromises, surtout si celui-ci vient à terme. L'amour et la prudence des parents ont donc à suppléer au silence de la loi qui a déjà fait tant de victimes.
Il y a aussi à prendre en considération la dimenlion de la tête et des épaules de l'homme, car une grande disproportion de taille entre les époux expose les enfants, les garçons surtout, à ne pouvoir venir à terme, en raison de leur volume, ou à ne pouvoir naître par les seules forces de la nature.
Les filles nerveuses, hystériques, sont très impropres à la génération sous ce rapport. Par l'hérédité' de leur maladie, elles sont condamnées, sauf de rares exceptions, aux avortements et à des accouchements laborieux. Elles engendrent souvent des enfants scrofuleux et rachitiques qui meurent dans une proportion considérable, soit 60 pour 1 00 dès la première année. Quant aux survivants, le même sort que celui de leur mère est réservé aux filles.
Sur 220 filles, nées de 100 hyslciiques, 124 le sont devenues et 5 ont eu des convulsions.
Le devoir des parents et des familles est ainsi 4'empêcher l'union entre des jeunes gens entachés par hérédité des mêmes tares organiques. Permettre de confondre, d'unir de simples dispositions maladives, c'est favoriser le développement d'affections d'autant plus rapides et graves qu'elles rencontrent un terrain vierge, disposé à les féconder et les perpétuer.
Les cachexies, comme le cancer, la tuberculose, le rachitisme et la syphilis surtout, qui se reproduisent fatalement par la génération, entraînent une prohibition absolue, ainsi que la folie, car leur marche inéluctable amène à bref délai la disparition de familles entières. Tels sont les effets héréditaires de la génération, indiqués plus loin. Il ne s'agit ici que de les prévenir, les atténuer dans l'exercice de cette fonction.
Un croisement intelligent des constitutions est le plus sûr moyen d'amoindrir ces effets et d'en conjurer le développement. L'homme ne se soumet guère, il est vrai, à la sélection qu'il applique, avec tant de succès, aux plantes et aux animaux. Lors même qu'il s'agit des enfants à naître, il ne s'inquiète pas de la santé, dans la plupart des mariages. Et cependant les plus heureux effets en pourraient résulter, comme chez les grands mammifères domestiques. La passion de Frédéric-Guillaume et de Frédéric il
pour les hommes de haute taille dans leur garde, et qu'ils mariaient souvent, de gré ou de force, avee les plus grandes filles, suffit à former, par cette sélection, une population d'une taille supérieure dans les environs de Postdam. Un village d'Alsace, séjour d'un prince de Deux-Ponts qui partageait ces goûts, présentait la même particularité.
Le choix d'un conjoint sain est le remède le plus efficace à opposer aux prédispositions héréditaires, sinon pour la personne même qui en est entachée, du moins pour sa progéniture. Les résultats ohtenus par le croisement des animaux domestiques ou la sélection naturelle en sont la démonstration expérimentale. L'axiome bien connu du contraria contrariis curanlur a une application plus sûre en hygiène qu'en thérapeutique. La dissidence deMercado et l'harmonie d'opposition de Virey sont applicables» ici. « Au point de vue physique, dit Micliel Lévy, les mariages devraient au moins être combinés de manière à neutraliser, par l'opposition des constitutions et des tempéraments, les éléments d'hérédité morbide que l'on peut craindre dans les deux époux. Il faudrait défendre l'union de deux lymphatiques, comme de deux sujets éminemment nerveux. Deux' familles également prédisposées aux affections de poitrine ne devraient jamais s'allier ni mêler leur sang; même danger dans l'union de deux sujets frappés de débilité générale. »
La prédisposition à des affections analogues constitue une autre incompatibilité d'union, d'alliance. Scrofule et phtisie formeront une sordide pépinière.
tandis qu'une fille issue de parents tuber .uleux, mariée à un homme robuste et sain, peut fl:.venir l'heureuse mère d'une génération valide. Croisée à son tour avec un sang de bon aloi, celle-ci produira une autre génération tout à fait irréprochable. La propension aux maladies héréditaires s'épuise par des croisements bien entendus. Plusieurs faits démontrent la disparition spontanée d'une maladie de familie, d'une difformité, l'extinction de germes héréditaires par des alliances de ce gonre.
Ce croisement des races, des individus et des tempéraments dans l'exercice de la génération, établit une sorte de compensation entre les qualités négatives de l'un des organismes et l'excès en sens contraire de l'autre : d'oîi résulte une pondération profitable à la constitution de la progéniture, dit Chauffard. Il croyait même que c'est l'unique voie employée spontanément par la nature niédicatrice pour l'épuisement et Textinction de la scrofule, du cancer, de la phtisie et autres maladies ordinairement incurables, comme il l'a si éloquemment exprimé dans ses Études et problèmes sur la vie. « Les fécondations successives, dit-il, qui enfantent la suite dts familles, tendent par des efforts latents à restituer à celles-ci l'intégrité saine, le type primitif et inaltéré. Les familles se régénèrent en vertu de cette loi supérieure qui veut que l'humanité subsiste, se reconstitue d'âge en âge, de famille en famille, au lieu de finir dans une lente, mais inexorable décomposition; l'humanité saine surgit d'une humanité corrompue, le mal est vaincu [»ar l'énergie
salutaire et réparatrice que tout homme porte en lui, cfue tout malade recèle en son sein dévasté. » i^aris, 1878.)
Des objections tirées du microscope et de l'expérimentation sont faites, il est vrai, à cetle interprétation vitaliste, par les positivistes contemporains. C'est la neutralisation résultant d'actions antagonistes entre les conjoints. Aussi la nature aide-t-elle merveilleusement à cette fin, si l'on y regarde bien, car l'affectionnivité et la sympathie sexuelles s'établissent presque toujours naturellement entre des organisations contrastant au physique et au moral : Vénus épousa Vulcain. Ainsi précisée, l'explication est moins vague sans être différente, car la neutralisation des éléments anatomiques ou des réactions vitales ne se démontre guère mieux que la réaction médicatrice. Le système ou point de vue est changé ninsi que l'explication, et voilà tout; mais l'effet est le même et n'a pas varié. On l'attribuait à un ordre supérieur, providentiel, une volonté divine, tandis que l'on n'y voit plus que l'action et la réaction aveugles, fatales, des molécules et des cellules vivantes entre elles, s'opérant au hasard d'après les lois de la matière.
Telle est l'heureuse influence, sur la génération, des différences de constitution et de tempérament entre les conjoints, comme elle s'observe physiquement entre l'homme et la femme. Les constitutions aibles, délicates, molles, aux tissus pâles, peu tour-
mentées de désirs et qui remplissent cette fonction avec nonchalance et comme un devoir, sans grande volupté, ne peuvent engendrer que des produits imparlaits. L'apathie générale dont ils sont frappés dans cet acte peut même déterminer la stérilité de leur union. De là les mauvais résultats des unions consanguines ou entre parents à un degré rapproché, du même sang. N'apportant dans l'acte de la génération que des éléments semblables de force et d'or ganisation, avec des défauts ou des qualités identiques, il n'en peut résulter qu'un produit égal, sinon diminué, amoindri, dégénéré. Au lieu des facteurs différents que deux étrangers y apportent par la diversité des matériaux, des forces et des sentiments, il n'y en a qu'un, sans influence réciproque de réaction ni de modification des uns sur les autres, ni, par conséquent, de changement dans la nature du produit. Une graine toujours semblable, semée d'une manière uniforme et dans la même terre, ne tarde pas à donner des fruits inférieurs et dégénérés. 11 en est tout autrement dans les alliances entre étrangers. La réaction des éléments contraires, opposés, tend à neutraliser, annihiler, les germes morbides. La cellule saine, normale, douée d'une plus grande vitalité que la cellule altérée, affaiblie,- malade, tend naturellement à proliférer, à s'accroître, à augmenter, au détriment de l'autre, condamnée à s'atrophier, se résorber et disparaître. Telle est du moins la loi physiologique, et tous les médecins ont observé que les affections chroniques héréditaires, (es difformités même d'une fiiniille, s'éteignent et
disparussent, dans les générations successives, par des croisements bien faits.
Une grande différence d'âge, comme les unions disproportionnées entre vieux et jeunes, est ordinai rement préjudiciable à l'exercice de la génération Entre époux qui ont vieilli ensemble, les désirs s'éteignent à l'unisson. La jeunesse les réveille d'autant plus violents qu'ils étaient endormis ou éteints. Leurs manifestations brutales, maladives, ne produisent que des effets diamétralement opposés. Comment un jeune mari répondra-t-il aux caresses provocantes et renouvelées d'une vieille femme sans charmes ni beauté, s'il n'est un libertin?
C'est encore pis pour la jeune fille alliée à un vieux. Tout est contraste au physique et au moral entre eux. Les amours du vieillard sont ridicules et hideuses et inspirent une répulsion comparable à l'idée de l'inceste. La chasteté est forcément absente, dans ces ébats où la brutalité des sens n'est ni amortie ni poétisée par les élans passionnés du cœur.
Les tempéraments sanguins, nerveux, bilieux, ont la plus heureuse influence stimulante sur le tempérament lymphatique. Une femme vive, forte, ardente, passionnée, réveillera toujours efficacement l'homme froid et indifférent, et récii)ro(jueu;ent.
Les professions ont aussi une influence analogue. Mariez ensemble, comme cela arrive trop souvent, ces ouvriers et ouvrières, aux occupations sédentaires, malsaines, enfermés dans des pièces manquant d'air et de lumière et souvent sans mouvement ni exercice, dans des positions assises, gênées,
M8 LÀ GËNÉRATinH
«omme les tailleurs, les couturières, les cordonniers, les tapissiers, et«., et vous n'aurez qu'une fécondité limitée et une génération rabougrie, souffreteuse et débile. Voyez au contraire ceux qui vivent au grand air, dans un mouvement continuel, comme les agriculteurs, et vous observerez tout l'opposé. Ainsi se prolongeront les facultés procréatrices de l'un et de l'autre, avec une nombreuse et saine progéniture.
On obtient surtout ce résultat dans les meilleures conditions, quand la femme s'impose le devoir d'allaiter et d'élever elle-même ses enfants. En en limitant le nombre, elle ne s'expose pas à ces grossesses coup sur coup qui, en fatiguant, en affaiblissant la constitution outre mesure, finissent souvent par l'altérer et déterminer une infécondité précoce.
Si l'homme avait seulement pour lui et sa descendance les mêmes soins et les mêmes précautions qu'il prend pour l'accouplement de ses animaux, toutes ces règles principales seraient observées avant le mariage et y présideraient.
L'art de prévenir le mal ne consiste souvent qu'à le prévoir, et on l'empêche en équilibrant les fonctions. C'est en négligeant ce qui peut contribuer surtout à sa régénération, en faisant tout le contraire de ce qu'il devrait en vue de la procréation, que l'homme est atteint de tant de dégénérescences physiques et morales dont la disparition, l'extinction pourrait être complète en moins d'un siècle, s'il le Toulait bien.
D'autres accessoires ne sont pas davantage à négliger. C'est la durée des fiançailles. Entre jeunes gens épris d'un ardent amour l'un pour l'autre et qui se voient tous les jours, il y a un danger réel à la prolonger outre mesure. La seule idée de la possession de l'objet aimé suffit à enflammer les sens bien longtemps avant que le moment tant désiré arrive. L'imagination, volant sur les ailes du désir, fait à l'avance goûter des voluptés ineffables en représentant des beautés que l'on ne possède point encore. L'excitation génitale parvient, dans ces conditions spéciales, à un tel paroxysme qu'il n'est pas rare d'observer chez des jeunes gens faisant à leur fiancée la cour obligatoire, que nos mœurs rendent pourtant si réservée, de véritables crises nerveuses plus ou moins graves, dont le point de départ réside dans un éréthisme génital presque permanent sans conclusion. Il est produit à la fois par la vue et la fréquentation quotidienne de la jeune fille, le souvenir des charmes entrevus et l'idée de leur possession future. On les voit ainsi maigrir, pâlir, dépérir, surtout la jeune fille, après deux mois de ces entrevues quotidiennes, véritables épreuves incompatibles avec la continence. C'est là un signe pressant de conclure l'union pour leur santé, sinon pour leur vertu.
Le jour même du mariage doit être fixé avec réflexion. Il n'est pas de mère qui ignore cela. Mais combien de jeunes fiUee ne s'en inquiètent pas assez! De graves inconvénients peuvent en résulter, s'il est mal choisi, sans tenir compte de l'avance que les
fatigues, les plaisirs et l'excitation inséparables de cet acte peuvent amener dans la menstruation. Le moment le plus favorable est le milieu de l'époque.
Bien d'autres précautions hygiéniques sont à observer, eu ce jour d'émotion et de fatigue, pour les nouveaux mariés. Leurs vêtements sont souvent trop légers pour la saison; les excès de table o\ de danse leur sont aussi préjudiciables. Ils doivent user de tout avec modération, et, s'il y a lieu qu'ils se dérobent aux regards curieux auxquels la jeune fille est surtout exposée, ce ne doit jamais être pour partir immédiatement en voyage, comme l'habitude s'en répand dans les grandes villes.
Beaucoup de jeunes époux partent en voyage aussitôt après la bénédiction nuptiale, pour une durée de quelques semaines ou plusieurs mois, sui* vant la position, la iortune. Ce départ subit, en séparant la jeune fille de sa mère, de ses parents, de sa famille, ressemble à un enlèvement autorisé, un rapt légitime par le mari victorieux. Bientôt le chemin de fer les a emportés, à des distances considérables, en France ou à l'étranger. Quelle fatigue et quelle gêne, ajoutées à celles du matin! On recherchait l'isolement, et c'est le tête-à-tête continu avec des inconnus qu'il faut subir. Quelle inquisition des regards et quels commentaires curieux et désobligeants parfois sur la tenue et les caresses des inconnus ! Mieux eût valu mille fois se rendre dans le petit nid préparé à cet effet.
Arrivés au lieu fixé, on descend à l'hôtel, exposés k tous les soucis des voyageurs. Et la jeune fille, à
qui peut-être on a prononcé à peine le mot d'amour, dont, il y a huit jours, son fiancé n'avait pas encore serré la main, se voit désormais livrée à cet homme, dont la brutale violence peut compromettre en une seconde le bonheur de toute la vie! Et le soir venu, quelle impression ne doit pas produire sur l'esprit d'une jeune fille pure, tremblante, délicate, nerveuse, cette grossière attaque? Quelle image de l'amour va se graver dans son esprit? Il en est pour qui cette sauvage prise de possession a inspiré une telle horreur, qu'elles en sont restées frappées d'incurables souffrances, et que ce souvenir seul éloigne de leur mari. C'est pis encore si une hémorrhagie ou d'autres accidents imprévus analogues se présentent comme dans les cas précités.
Une jeune institutrice malade me rappelait encore cet événement avec effroi, après cinq à six ans de mariage. Une extrême réserve, sans brusquerie du mari, doit donc présider à cette prise de possession. Sans tenir compte de ses nouveaux droits, il doit continuer son rôle d'amant jusqu'au bout et ne rien prendre qui ne soit librement consenti, accordé. Cette agression nocturne ne doit avoir rien de brutal ni de soldatesque.
« Est-ce ainsi que, dans le monde, s'approchera de la jeune femme l'homme qui tentera de lui plaire? Est-ce sous cette forme qu'il lui représentera l'amour? Comment pourra-t-elle résister alors, en rencontrant des regards pleins de respect, en entendant des paroles suppliantes et prononcées tout bas, en voyant des transports de joie et des larmes de recon-
naissance pour une fleur donnée ou un serrement ie main, si son mari a agi brutalement? Alors, étonnée, enivrée, vaincue par la surprise même, elle se trouve sans défense contre le sentiment qu'elle calomniait : c'est le mari qui aura préparé le triomphe de l'amant, dit M. Legouvé. »' {Du Mariage.)
Le voyage de noces consiste ensuite en courses folles, en chemin de fer, à cheval ou à âne, en excursions pénibles dans les montagnes, en visites fatigantes dans la campagne, excitées par la curiosité, ou en veilles fréquentes et prolongées, en s'abandonnant à tous les entraînements de la passion. De là la dépression des forces et l'abaissement de la résistance organique aux influences morbides. Ainsi surmenés, les voyageurs s'exposent à contracter les maladies endémiques et épidémiques régnantes dans les lieux oîi ils passent et s'arrêtent. La femme surtout, soumise à cette vie nouvelle, à des excitations incessantes de l'utérus, peut y trouver une source de maux graves et persistants. C'est donc une erreur et un danger de sacrifier à cette funeste mode, qui, sous prétexte d'une fausse pudeur, s'est introduite dans les mœurs.
Si difficile qu'il soit pour le jeune époux aimant sa femme et dont il est aimé de ne pas mésuser de leur liberté de se le témoigner réciproquement, il ne doit pourtant pas abuser de sa nouvelle possession, comme il arrive si souvent, sous peine de se préparer des déceptions et des remords. L'isolement îi le désœuvrement, l'oisiveté où sont placés les nouveaux mariés, pendant leur voyage de noces, est
un danger de plus à cet égard. Le plus court et le meilleur est de reprendre ses occupations.
La fougue de la lune de miel passée et le gâteau de la noce mangé, l'homme doit consulter son âge, son tempérament, sa constitution, sa complexion individuelle, ses occupations et son alimentation, ses habitudes et toutes les circonstances de sa vie, pour se livrer au plaisir de la copulation. Comme la faim est le grand assaisonnement des repas, une continence raisonnable est celui du plaisir génésique. Un désir vif le rend plus complet, et obéir sans retard à la voix intérieure de la salacité, c'est l'unique moyen de ne pas ébranler sa santé; mais l'appétit ne suffit pas sans la vigueur de le satisfaire et un prompt résultat prolifique.
La copulation est l'acte des hommes forts et robustes. Malavisé est celui qui méconnaît cette vérité! Beaucoup d'hommes s'exagèrent la nécessité de cette fonction et, entraînés par la passion, dominés par la luxure, une imagination pervertie ou des habitudes fatales, prennent pour une nécessité irrésistible ce qui est simplement l'effet d'excitations passagères ou artificielles, peu en harmonie avec leur constitution. C'est une folie de demander au désir, si vif et capricieux soit-il, ce que les conditions organiques refusent de lui octroyer. Il est cependant tristement certain que beaucoup d'imprudents persistent ainsi dans leurs excès et ne pensent à se ménager que quand il n'est plus temps.
La femme se ressent aussi des excès erotiques, malgré son rôle moins actif. Les secousses nerveuses
qu'elle éprouve et rirritation locale des parties, leur coiilusioiî même, déleniiinent souvent les effets les plus fâcheux. Les épouses prudentes et réservées doivent toujours se contenter de ce que les forces et l'état du mari lui permettent et modérer même son ardeur, quand il abuse de sa vigueur, en lui rappelant les dangers qu'il encourt.
Ce rôle est particulièrement dévolu aux femmes lymphatiques que leurs maris ne doivent jamais contrarier brutalement sous ce rapport. Éminemment nerveuse, délicate, sensible et même capricieuse, la femme devient facilement indifférente à toute idée d'érotisme à la moindre contrariété, à la plus petite impertinence, comme à la plus légère indisposition. Une passiveté impatiente et forcée répondrait seule à leur ardeur. Maris et femmes doivent donc se convaincre réciproquement qu'économi&er ses plaisirs, c'est les doubler.
Le mariage est ainsi le meilleur correctif et le plus sûr régulateur de l'exercice libre des fonctions génésiques. En éteignant la violence du prurit, le feu du sang, qui est l'amour physique, l'amour sensuel, a dit Proudhon, il fait naître et régner l'amour vrai qui est le principe de la tendresse et de l'harmonie conjugales. L'épigrammc qui en fait ironiquement le tombeau de l'amour est donc une sentence populaire profondément vraie, car i'amour, dès qu'il est déterminé et ûxé par le mariage, tend à s'affranchir de la tyrannie des organes. Dans sa chasteté native et sa délicatesse infinie, le peuple n'a pas voulu révéler le secret de la couche nuptiale ; il a
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laissé à chacun le soin de pénétrer le mystère et de faire son profit de l'avertissement, car la sagesse vulgaire sait que l'amour vrai naît quand l'amour sensuel meurt. {Système des contradictions.)
Ce n'est pas lorsqu'il est provoqué par des excitations et des caresses indiscrètes que l'homme doit se laisser aller à l'instinct de la reproduction, comme l'indique Balzac dans sa Physiologie du mariage. La lubricité, dit Burdach, dépend plus souvent d'une tête vide ou inoccupée que de la rcplétion des testicules. La meilleure indication de l'union sexuelle, d'après Pythagore, est quand on éprouve le besoin d'une grande perte.
L'homme doit se garder de toute vanité dans l'exercice de cette fonction, et ne pas croire aux paradoxes qui se débitent à ce sufet. Il existe, sans doute, de véritables athlètes conjugaux, des colosses de virilité, émules d'Hercule et de Procule. Exemple ce mari dont les exigences furent telles, que, sur la plainte de sa femme, la reine d'Aragon rendit un arrêt pour limiter à six le nombre des copulations par jour. Ces exceptions sont très rares, sinon fabuleuses,' et se rapportent à des hommes dominés par un tempérament morbide et dont la pensée est exclusivement influencée par l'appareil génital. Il faut se garder de les imiter.
Solon, le grand législateur grec, avait prescrit des règles sur la fréquence à observer dans les rapports conjugaux, suivant leg âges et les professions, en pre-
nant |iour base la fatigue inhérente à chacune. La sensualité et la liberté actuelles les rendraient inapplicables, avec d'autant plus de raison qu'il n'y a en ceci rien de général ni d'absolu, tout est individuel ou relatif.
La physiologie et l'expérience enseignent que le petit volume des testicules, la ténuité des conduits fiéminifères et une éjaculation peu abondante — dès qu'elle est répétée à court intervalle — indiquent une sécrétion raréfiée du sperme, exigeant une continence mesurée, pour que la copulation soit complète et fécondante. En la répétant trop souvent, on s'expose à déterminer ces |iaroxysmes convulsifs, épilepliformes et stériles, déjà signalés.
La copulation est aussi beaucoup plus débilitant* dans les climats extrêmes, chauds et froids, que dans les pays tempérés. Le printemps et l'automne y sont ainsi plus favorables que l'été et l'hiver, surtout dans la jeunesse florissante et l'âge de la virilité, comme nous l'avons indiqué à ce mol.
Les aliments succulents ou très épicés, le café et les liqueurs, lorsqu'ils sont digérés, en provoquant une excitation générale, favorisent aussi la turgescence génitale et prédisposent à user indiscrètement de la copuliition, surtout au printemps. De même des bains tièdes, suivis de frictions, d'onctions ou du massage, provoquant la dilatation des petits vaisseaux sanguins externes qu'ils entretiennent. Ils portent immodérément au coït, surtout sous l'influence de la chaleur du lit. L'oisiveté, les lectures erotiques, les spectacles obscènes sont aussi des sti-
mulants à éviter pour conserver sa force et sa santé.
Au contraire, les températures extrêmes de froid et de chaleur, en hiver comme en été, sont des anaphrodisiaques qui empêchent l'érection, comme les bains froids, les travaux intellectuels trop intenses, l'extrême fatigue corporelle. Le café pur et très fort est, pour certains tempéraments, le meilleur anaphrodisiaque, comme le thé, le vin, les liqueurs même. Ces boissons agissent plutôt comme calmants que comme excitants de l'appareil génital. Cet effet est général surtout quand elles ne sont pas digérées.
L'ivresse complète empêche l'érection, comme la plénitude de la vessie ou la réplétion du gros intestin. L'usage prolongé du camphre, de l'opium ou de la morphine, des préparations arsenicales, des bromures, de la digitale, la ciguë, la belladone et même du tabac, peut aussi affaiblir, diminuer et même paralyser le sens génésique.
L'interdiction du coït prescrite par la loi juive pendant la menstruation de la femme, est hautement ratifiée par l'hygiène. A ce point de vue, l'écoulement sanguin, avec ses avant-coureurs et ses suites, forme la limite naturelle de cette prohibition. Il commande aussi formellement l'abstention que toutes les maladies spéciales de la femme et celles Je l'homme.
Sans être immorale ni susceptible de produire des enfants lépreux, difformes ou monstrueux,
comme saint Thomas la proscrivait faussement au nom de l'Ei^lise, la copulation, pratiquée dans ces conditions, est sans but et essentiellement nuisible au cours normal et régulier de cette fonction mensuelle. Des liémorrhagies redoutables en sont souvent la suite.
Les dangers en sont d'autant plus graves que beaucoup do gens croient encore à l'infécondité absolue de la femme durant cette période. Ils en profilent alors pour se livrer à des rapports complets et sans restriction. Rien n'est plus commun, dans ces conditions, que le développement de 1 inflammation consécutive des parties : l'uréthrite chez l'homme, la vaginite chez la femme. Et comme la gcnératiou peut en être également la conséquence, la déception en est d'autant plus amère et cuisante.
A bien plus forte raison la grossesse proscrit-elle les familiarités conjugales par le double danger de nuire à la mère et à l'enfant. C'est remuer la terre quand elle est ensemencée et que le blé commence à germer, dit Raulin. Rien de plus facile, en effet, dans l'exlase du plaisir, qu'une pression immodérée ou un frottement aillent retentir sur la matrice et en troubler les fonctions. Une hémorrhagie peut fin résulter et déterminer l'avortement. Une forte convulsion ou contraction de la matrice suffît à altérer la direction des os encore mous du fœtus, déformer sa tète ou dévier sa colonne vertébrale, et des parents bien conformés peuvent, par ces imprudences, donner le jour à un enfant difforme, estropié.
Le poète a donc eu raison de dire :
Pour conserver le fruit de vos premiers plaisirs, Réprimez désormais vos amoureux désirs.
Au feu qui vit en vous un nouveau feu peut nuire, Et ce qu'amour a fait, amour peut le détruire.
La continence est surtout de rigueur dans les trcas premiers et les trois derniers mois de la grossesse, notamment cliez les femmes prédisposées aux hémorrhagies et à l'avortement. L'excitation insolite et passagère, que la démangeaison, le prurit vulvaire, détermine chez quelques femmes, comme une conséquence de leur état, doit être réprimée, calmée par des lotions, le soir en se couchant, avec une solution de chloral ou de bromure de potassium.
Le moindre excès peut être aussi dangereux pendant les suites de couches sans allaitement que pendant l'allaitement. L'exercice de cette fonction devrait toujours se limiter naturellement dans les conditions qui rendent la génération impossible, comme celles oîi elle est défendue par la loi.
Ces différentes périodes où l'utérus malade, occupé, neutralisé sympathiquement par la menstruation et l'allaitement, forme un obstacle à la fécondation, ont été précisément indiquées, par un médecin, comme les plus favorables pour se livrer sans crainte ni contrainte à une copulation normale, complète et... stérile. Reconnaissant l'immoralité des fraudes et des artifices de l'onanisme conjugal et leur danger pour la santé, le docteur A. Mayer, juif et malthusien n'a pas craint de conseiller ces époques anormales
antiphysiologiques, à ceux qui veulent frustrer la génération ou limiter à volonté leur progéniture. Appuyé sur la doctrine de l'ovulation de Pouchet, il prescrit exclusivement, pour eu bel œuvre, l'intervalle des règles, à commencer douze ou quatorze jours après, jusqu'aux signes de leur réapparition, et pendant toute la durée de la grossesse et de l'allaitement. Cette découverte est son principal titre de gloire et de distinction.
On sait déjà tout ce que la grossesse et l'allaitement imposent de réserve et de modération pour ne pas nuire à l'enfant. La nature l'a assez clairement indiqué par la froideur de la mère. Toutes ses pensées et ses fonctions sont dirigées vers son enfant, iès qu'elle a conçu, le surplus n'est qu'un devoir qu'elle accomplit. Les maris le savent bien et les séducteurs aussi. Ceux-ci délaissent leurs victimes dès qu'ils s'en aperçoivent, et quant aux maris encore amoureux de leurs femmes, ils envoient leurs enfants en nourrice. Ces périodes sont donc aussi peu favorables aux amours qu'à la fécondation, bien que les nourrices réglées, les jeunes surtout, deviennent facilement enceintes.
Reste la période intermenstruelle. La durée en est si variable chez les femmes, surtout par les excitations sexuelles dont elles sont l'objet, qu'il y a peu à se fier sur leur infécondité absolue pendant cet intervalle. Le retentissement que ces excitations intermittentes exercent sur les ovaires, dont la vitalité et l'ovulation varient aussi à l'infini, ne permet pas d'y compter. Il n'y a donc pas de garantie certaine,
ni de sécurité précise, positive, contre la fécondation durant cette période ; c'est une simple probabilité, ayec d'autant moins de chances de réalisation qu'on se livre seulement alors à une copulation naturelle, complète, sans réticences, avec abstention absolue le reste du temps. La question est résolue dans la plu part des ménages qui, malgré toutes ces pi écautions et bien d'autres artifices, ont vu leur famille s'accroître d'année en année.
Ce manège est d'ailleurs à peu près impraticable dans la plupart des ménages, à moins de se séparer dans l'intervalle, de s'isoler et de faire lit à part, sous peine de s'oublier. Tous n'en ont pas les moyens, et c'est là une véritable contrainte. Dès qu'il faut choisir l'époque et le moment favorables pour « ne rien omettre de ce qui peut rendre l'union féconde », étant résolu d'avance qu'elle ne doit pas l'être, il Ti'y a plus rien de spontané dans cet acte, et tout ce |ui en fait le charme, et peut-être la fécondité, disparaît et s'évanouit. Tout est prévu, calculé, prémédité d'avance, c'est-à-dire froid et stérile. C'est donc là une immoralité patente. Vouloir allier la morale à l'observation réciproque des devoirs conjugaux, en faisant prédominer la raison sur l'inslinct génésique pour prévenir la génération même, est une morale de casuiste. C'est tenter l'impossible. La vraie morale et l'hygiène réprouvent le choix de ces époques comme propices à une copulation libre et stérile; elles sont bien plus justement indiquées comme celle de l'abstinence volontaire et naturelle.
4e« LA GÉNÉRATION.
La cohabitation intime et continuelle d'une personne saine avec une autre qui ne l'est pas engendre de nombreux inconvénients et de graves dangers. Si le mariage est l'égoïsme à deux, comme l'a dit Mme de Staël, il est aussi la santé ou la miladie à deux. Par la solidarité physiologique et morale créée entre les époux, il est difficile que l'un d'eux soit malade, sans que l'autre en éprouve, en ressente les effets. Outre les affections contagieuses qui se transmettent ainsi, et surtout celles des organes de la génération, plusieurs maladies, comme la phtisie, les dartres, peuvent se contracter de la sorte.
L'hygiène de la génération s'étend surtout aux enfants. Dans la vie qu'ils donnent, les parents ne devraient jamais oublier qu'ils retrouveront les conditions mêmes oii ils étaient au moment de la fécondation. Ils ne doivent jamais s'y exposer dans de mauvaises conditions. Le chagrin, le deuil, l'inquiétude, l'ivresse ou la maladie, une conscience abattue par la crainte ou tourmentée par le remords^ l'esprit préoccupé d'affaires, contre-indiquent la copulation. Ces divers états exercent une inlluence décisive sur la nature physique et morale du produit qu'ils appelleront, avec autant de vérité que de tendresse, le fruit de leurs entrailles. On ne saurait le méconnaître quand on voit une simple affection morale, une passion véhémente, une surprise, déteiminer instantanément la jaunisse ou l'ictère, troubler ou arrêter la sécrétion du lait de la nourrice. L'enfant engendré dans un moment de mauvaise humeur ou de disposition fâcheuse, d'incommodité, doit donc s'en res-
sentir, à bien plus forte raison, et en reproduire, en rappeler les manifestations physiques ou morales.
Il en est de l'image vivifiée par la lumière magique de notre existence comme de la photographie, a dit le docteur Prosper Lucas. L'éclair qui la propage et la réfléchit ne transmet pas seulement la marque ou le sceau du type physique et moral de notre être : il transmet aussi l'expression latente de la physionomie qu'il surprend dans la vie, au moment où le plaisir féconde son extase. Seulement la copie et la ressemblance ne paraissent, ne se découvrent ici qu'après un certain temps.
Si donc l'enfant est la photographie des parents dans l'acte de la procréation, il y a bien Heu d'y mettre autant de soin et de précaution que pour aller chez le photographe par un beau jour de gaîté et de tranquillité, avec quelque recherche dans sa toilette et dans sa personne. C'est en faisant tout le contraire que le célibataire, la vile prostituée et l'infâme adultère produisent de si funestes résultats, en empoisonnant le sang le plus pur par leur source impure.
L'exercice normal, régulier, des fonctions reproductrices, est parfois impossible entre les deux sexes. Des difformités corporelles, la malformation des organes, leur déplacement, une disproportion exagérée de leur volume ou de leurs dimensions, certaines maladies, peuvent être un obstacle à leur rapprochement immédiat et s'opposer à la fécondation. Il ne
s'agit pas de leur absence, à Laquelle rien ne peut su])])lôer, mais des défauts ou vices de conformation qu'il suffit de connaître pour les neutraliser. En modifiant, en variant la position naturelle, l'art intervient utilement pour faciliter la copulation et la rendre féconde.
C'est une erreur de toujours compter sur l'intelligence et l'adresse des intéressés pour obvier à ces obstacles et en surmonter les difficultés. Le besoin impérieux qui préside à cette fonction secrète, intime, et l'attrait du plaisir, de la volupté, qui s'y trouve attaché pour les deux sexes, ne suffisent pas toujours à les guider normalement. Il en est qui commettent ie grossières erreurs de lieu, comme des exemples m sont cités à Copulation. La moindre souffrance, DU la douleur en résultant, suffit d'ailleurs à paralyser les organes et l'imagination. Le vaginisme constitue ainsi une énigme redoutable pour les nouveaux mariés. Beaucoup d'unions restent stériles, faute d'en savoir la cause, et le secret, le mystère, attachés à tout ce qui se rapporte à cet acte de la génération, empêchent souvent de s'éclairer par une fausse honte ou une pruderie mal entendue.
La rougeur, l'érythèmc, les déchirures, les fissures résultant de la consommation de l'union conjugale, en rendent souvent les suites douloureuses, insupportables. Une sage continence, le repos, des bains de siège et des onctions, de part et d'autre, avec du cérat de Galien opiacé, suffisent à pallier ces petits accidents.
Ils sont, en général, déterminés par l'excès de
Tolume du pénis, obstacle fréquent et réel à l'accomplissement du mariage, mais rarement durable et presque jamais absolu. Au contraire, sa longueur excessive est assez souvent une cause de soufirances telles, que le coït en est insupportable. Il est même impossible, si l'utérus est abaissé, et cette difformité constitue alors un véritable vice de conformation dont il importe de pallier les redoutables effets. Le gland hyperémié, congestionné, en heurtant constamment le fond du vagin et le col utérin, en détermine peu à peu la congestion, la fluxion mécaniques; l'ulcération même ne tarde pas à s'ensuivre. Plusieurs femmes restent stériles par cet excès de puissance qui les énerve et les trouble.
Un moyen simple a été imaginé pour raccourcir cet excès de longueur du pénis, sans en rien retranther. C'est un anneau creux, en caoutchouc, qui se place avant l'érection à la racine de la verge et dont le volume est proportionné à son excès de longueur. Plusieurs hommes ne peuvent exercer un coït normal que munis de cet appareil.
De même que la grossesse, surtout dans les derniers mois, est un obstacle sérieux à la copulation naturelle, faisant instinctivement recourir à la position latérale ou de côté, plusieurs infirmités, comme une obésité extrême ou une hernie volumineuse, l'exstrophie ou saillie de la vessie à la partie inférieure du ventre, sont aussi une indication de l'employer. Elle serait peut-être un moyen de vaincre plus sûrement le vaginisme, d'après l'observation d^j Marioa-
Sims. Le rapport des organes ét.'int changé, leur contact moins intime et la position plus libre et moins fatigante, on comprend que l'hésitation de la femme soit diminuée, tandis que l;i force et la vigueur de l'homme en sont augmentées. La volupté en est, au contraire, toujours incoinplète. Le rétrécissement ou l'étroitesse vaginale en sont aussi justiciables comme moyen de dilatation.
On peut aussi l'essayer dans tous les cas de stérilité sans cause connue, ni vice apparent de conformation. En permettant de varier facilement l'émission du sperme, suivant la posture que l'on prend, le jet peut atteindre plus sûrement le col de la matrice. Que son ouverture soit trop étroite, inclinée, déjelée à droite ou à gauche, en avant ou en arrière, sinon élevée trop haut pour l'exiguïté du pénis, et la leçon. dation pourra se réaliser en se prêtant mutuellement à toutes les altitudes possibles de cette position. Elle peut encore être une ressource, lorsque certaines brides ou courbures verticales du pénis empêchent la copulation autrement.
Mais ce n'est là qu'un procédé empirique, un succès de hasard. Le plus sur, quand la stérilité d'une union sexuelle normale se manifeste sans difformité ni maladie apparente, est de se soumettre réciproquement à l'examen du médecin. Seul, il peut découvrir les lésions, les déplacements caches, et indiquer la position rationnelle à prendre pour y obvier.
La fécondation exigeant le rapport direct des iein ouvertures correspondantes de l'émission du liquide fécondant et de sa réception, il suflit que l'une ou
l'autre ait une directiorx anormale pour l'empêcher, la rendre impossible. Que l'urèthre, chez l'homme, s'ouvre au-dessus ou au-dessous du gland, ou que son ouverture normale soit obstruée par le prépuce exubérant, un filet trop court ou le froncement, les cicatrices du raphé, et la position seule pourra rétablir le parallélisme des deux ouvertures. Il en sera de même, si celle du col de la matrice est dérangée de son axe central ; ce qui arrive beaucoup plus souvent {ue chez l'homme. Il s'agit donc de constater le déplacement pour savoir la position favorable à prendre.
L'urèthre s'ouvrant très bas sous le gland, comme chez les hypospades, se trouve plus en rapport immédiat dans la position renversée, c'est-à-dire en changeant les rôles. Elle convient de même quand le corps de la matrice, en rétroversion, fait basculer l'ouverture en haut et en avant. L'homme placé dessous l'atteindra ainsi plus facilement, tandis qu'il passera constamment sous le col, dans la position ordinaire, et ira se perdre inévitablement dans le cul-de-sac vaginal.
Cette attitude, usitée dans beaucoup de ménages pour éviter la fécondation, est donc susceptible de la réaliser plus sûrement au contraire dans certaines conditions. Cette fécondation est d'autant plus désirable contre ce déplacement de l'utérus, que la grossesse en est le plus sûr moyen de guérison. En relevant la matrice, la gestation la rétablit souvent dans sa position normale, quand elle n'a pas contracté d'adhérences vicieuses qui la fixent dans son déplacement primitif.
C'est à la position à rcty^o, ou en arrière, commf les animaux, qu'il faut souvent recourir dans les conditions opposées, quand l'urètlire est au-dessus du gland ou le col fortement porté en arrière. Soutenue sur ses genoux plies et ses coudes, la femme, ayant le bassin élevé, peut ainsi recevoir l'homme et la fécondation s'ensuivre plus facilement que dans la position naturelle. Si artificielle, répugnante et pénible que soit cette situation, il y a lieu de s'y prêter sans contrainte quand elle est nécessaire à la fécondation. Elle est également indispensable dans plusieurs accouchements laborieux.
La position debout, employée dans les coïts frauduleux, dérobés, pour éviter la fécondation, la réai lise souvent plus sûrement quand l'utérus est abaissé et que l'ouverture béante se trouve près de la vulve, comme deu^x exemples en sont relatés page 360. Les femmes ayant eu des enfants sont surtout exposées à cette mésaventure. L'homme encourt des accidents plus graves par les efforts, les mouvements qu'il est obligé de faire, la gêne et la fatigue qu'il en éprouve. Des ruptures des tendons, des déchirures musculaires, des hernies, des paralysies, en sont parfoir a conséquence, sans compter la courbature considérable qui en est la suite inévitable. « Les yeux en sont éblouis, la tête en pàtit, l'épine du dos en souffre, les genoux en tremblent et les jambes semblent succomber à la pesanteur de tout le corps, dit Venette; c'est la source de toutes nos lassitudes, nos gouttes et nos rhumatismes. » Avis aux libir dineux et aux libertins.
On comprend dès lors que beaucoup d'unions, restées stériles pendant de longues années par ces diverses causes ou d'autres, deviennent fécondes tout à coup, sans miracle ni coopération étrangère. Il suffit que le mécanisme de la copulation, laissé au fiasard, soit exécuté une fois dans ces conditions favorable». Un mouvement involontaire, une convulsion, en imprimant aux organes une direction spéciale, même dans la position ordinaire, au moment de l'éjaculation, peuvent établir instantanément le parallélisme de leurs ouvertures. Dans ces unions stériles, oii le coït s'exécute naturellement avec une femme réglée, c'est en changeant, en variant, en modifiant les situations, les attitudes, les mouvements dans tous les sens et les directions, soit d'un commun accord, soit à l'insu l'un de l'autre, que les conjoints ont chance d'obtenir la réalisation de leurs vœux, surtout si leufs rapports ont lieu aux époques et dans les conditions les plus favorables à la fécondation. Tout est permis, en pareil cas, dès que le but est a vouable. Aucun stratagème n'est honteux quand il est employé en vue de la reproduction. Si artificiels qu'ils puissent être, mieux vaut encore y recourir entre soi, même à posteriori, que d'employer le concours d'un tiers, celui du médecin, par exemple, pour opérer la fécondation artificielle. La copulation par l'anus ou l'urèthre est ainsi légitime, quand il n'y a pas d'autre ouverture pour la réaliser.
470 LA GÉNÈUAIION.
Erretn.
L'hygiène la plus sévère des organes de la génération par des soins, des précautions minutieuses, une propreté extrême, est insuffisante à en prévenir les accidents, les lésions, dès qu'ils ne sont pas sains ou normalement conformés. Leur contact est si intime et leurs rapports étroits, quil esta peu près impossible, l'un étant lésé, dérangé ou malade, que l'autre n'en souffre, surtout si leurs fonctions sonj exagérées, troublées, désordonnées. Telle est la dé* licalesse, la sensibilité de ces fonctions, que tous les excès, les abus, les fraudes, commis dans leur exercice, entraînent infailliblement des troubles généraux, sinon des lésions locales, lors même que les organes sont intacts. Combien de gens troublent ainsi à plaisir la source des plus pures jouissances, à défaut d'en user avec modération et régularité !
Il suffit du moindre excès pendant la menstruation, surtout chez les femmes abondamment réglées ou atteintes de flueurs blanches, pour que l'irritation locale des parties en résulte avec boutons, érythème de la muqueuse ou de la peau, écorchures ou érosions donnant lieu ensuite à des ulcérations. Beaucoup d'écoulements ou urélhrites n'ont pas d'autres causes et ne sont nullement spécifiques. Aussi convient-il de ne pas s'en effrayer outre mesure, et il suffit du repos, de la continence et de simples moyens hygiéniques, pour voir disparaître
et guérir toutes ces lésions, parfois si dangereuses et graves en apparence.
L'une des meilleures preuves de cette étiologieest l'apparition ordinaire de ces accidents sur des organes neufs, chez des novices n'ayant pas l'habitude de leur usage. Ils s'en servent alors jusqu'à extinction des forces naturelles, sans réserve ni mesure, comme des apprentis, et c'est ainsi qu'ils se blessent. Les jeunes gens des deux sexes, nouvellement mariés ou non, ont à y faire attention, à moins d'encourir ces dangers. De là la distinction de ces effets, si divers et si nombreux, en normaux et anormaux, ceux-ci étant de beaucoup les plus fréquents et lei plus graves.
L'abus de la copulation détermine la flacciditi des organes génitaux, des pertes séminales inyolon* taires, l'atrophie des testicules, des rétentions d'urine par la paralysie de la vessie ou l'engorgement de la prostate, c'est-à-dire l'impuissance et la stérilité. Et commje ces désordres locaux sont toujours précédés d'inappétence, de digestions pénibles ou laborieuses, de palpitations, d'anémie s'accusant par la pâleur et la faiblesse, tous les sens se pervertissent bientôt, notamment la vue, la mémoire et la raison. Les affections nerveuses y succèdent et même des affections organiques des principaux viscères : l'estomac, le cœur, les poumons, le cerveau, la moelle épinière ou colonne vertébrale. Que de paralysies et de folies causées par le goût immodéré de
'amour et les pertes séminales en résultant! Et Joutes ces phtisies aiguës, galopantes, se développant chez les nouveaux mariés et les libertins, n'estce pas la consomption dorsale déterminée par ces excès? Combien de maladies mystérieuses, véritables énigmes pathologiques, se rencontrent, dans les grandes villes surtout, dont la solution est dans l'exercice immodéré de cette fonction secrète ou dans des habitudes conjugales vicieuses qu'il est si délicat d'interroger!
Les effets de ces excès dans les fonctions génésiques ont été admirablement saisis et résumés par Lallemand dans son parallèle de l'Orient polygame et sensuel et l'Occident monogame et spiritualiste. Polygamie, harems, sérails d'un côté, avec les excès vénériens, les mutilations barbares, la sodomie dégoûtante, une population réduite, inactive, indolente, ignorante et par conséquent misérable et victime de tous les despolismes. Du côté de la monogamie, au contraire, l'austérité chrétienne et la répartition plus égale de la félicité domestique, l'augmentation progressive des lumières, de la liberté, de l'égalité et du bien-être, la multiplication rapide et une population agglomérée, active, laborieuse, entreprenante, osée, se répandant et se mouvant par impulsion et par nécessité. A quoi donc attribuer ces différences sociales, si ce n'est à l'influence de la génération suivant la liberté ou les restrictions qui la régissent?
Si les sens, en relation étroite avec la fonction génitale par l'intermédiaire du cerveau, sont eificâ-
cément excités, stimulés par son exercice régulier, ils sont aussi les premiers à se ressentir de ses dépravations et de ses excès. La vue, qui éveille et exalte le sens génésique en portant à l'âme l'image de l'autre sexe, diminue et s'affaiblit rapidement sous l'influence des excès vénériens et surtout de l'onanisme. Les pupilles se dilatent, le regard se ternit et un cercle bleu et profond cerne l'œil. On reconnaît les maslurbateurs et les pédérastes à ce caractère.
De même de l'ouïe, si influencée par le coït, qu'elle ne supporte pas ensuite le moindre bruit. Des bourdonnements d'oreilles et parfois la surdité sont aussi la conséquence des excès de cet acte.
Par ses rapports étroits et connexes avec les organes de la génération, la glande prostate ressent le contre-coup de tous les excès et les abus vénériens. Adjacente aux vésicules séminales et aux canaux éjaculateurs qui la traversent, elle est surtout influencée par l'émission du sperme : l'éjaculation. Le fluide visqueux et comme huileux qu'elle sécrète s'écoule ainsi dans l'urèthre pour le lubrifier et servir de véhicule au sperme épaissi, condensé dans ses réservoirs par la continence. L'éjaculation trop fréquente, répétée, forcée, violentée, retentit directement sur celte glande. Des hémorrhagies et des pertes séminales involontaires pourront bien être la conséquence immédiate de cette surexcitation des réservoirs du sperme et de ses canaux éjnculateurs, tandis que la prostate, indirectement influencée par ces spasmes violents et répétés, manifeste ses alté-
rations plus tard. Elle s'irrite et s'engorge lentemont, diHcit, grossit sourdement, jusqu'à quintupler de volume. De la grosseur normale d'une noix, elle acquiert parfois celle du poing.
C'est dans l'âge mûr et la vieillesse que se manifestent ordinairement ces résultats des excès de la jeunesse. Le gonflement, l'hypertrophie de cette glande, en comprimant le col de la vessie, diminue, ralentit le jet de l'urine et, souvent même, en cause la rétention. L'éjaculation en est également troublée par la difficulté et la douleur en résultant. Il est lera[)s alors de recourir au médecin pour éviter des accidents plus redoutables, comme les abcès, les fistules, et de s'abstenir absolument des plaisirs de Vénus.
Son défaut d'exercice entraîne souvent de graves accidents chez la femme, lorsque ses besoins physiques et moraux d'érotisme et d'affectionnivité naturelle ne sont pas satisfaits. La jeune fille perd ainsi sa fraîcheur et sa gaieté, la chloro-anémie en résulte avec pâleur, maigreur, tristesse et indifférence, et l'onanisme, une affectionnivité clandestine, peuvent même en être les funestes conséquences, si le mariage ne les prévient pas.
La continence agit principalement sur la menstruation en la diminuant par le défaut d'excitation de l'utérus. Centre de l'activité vitale chez la femme, de 20 à 40 ans au moins, cet organe reste ainsi comme engourdi, assoupi, paralysé. De là des ce-
liques utérines à chaque époque, de l'aménorrhée, et le sang, en se portant ailleurs, provoque de» congestions souvent fatales par la suite. Dans la jeunesse, il produit l'éclosion de ces phtisies qui font tant de ravages dans les couvents; plus tard, les seins s'engorgent et des tumeurs de mauvaisô nature y apparaissent vers le retour d'âge.
L'abstinence complète des plaisirs vénériens nuit plus à l'organisme entier chez la femme que chei l'homme, d'après Burdach. « Les femmes non mariées sont fréquemment atteintes, dit-il, de désordres des règles, de chlorose et d'écoulements muqueux; elles ont une grande propension à la mélancolie et sont sujettes à succomber sous les atteintes de quelques maladies graves. Ce n'est qu'en s'occupant l'esprit, lorsqu'elles trouvent à se satisfaire dans une sphère d'action en harmonie avec leurs facultés, que leur eanté se maintient. » {Traité de physiologie.)
A moins de conditions physiques spéciales et toutes particulières, l'homme ne résiste jamais impunément aux lois de la nature. L'abstention du rapprochement des sexes peut produire dans l'organisme les plus graves perturbations et une influence déplorable sur la santé. L'effet du repos prolongé des organes est surtout sensible chez l'homme, tandis qu'il se manifeste sur le moral chez la femme. Le désir, le besoin de l'union sexuelle ne se révèlent pas chez elle par ces dehors fougueux habituels à l'homme. C'est un feu concentré qui couve sous la cendre et n'en porte que des atteintes plus graves à la sensibilité nerveuse. D'où la fréquence
des affections nerveuses et de la folie, comme con- ■équence directe de la continence forcée.
En vain le docteur Duffîeux a soutenu, pour justifier le célibat religieux institué par l'Église catholique, que les pertes séminales nocturnes — observées chez les hommes qui gardent une continence Absolue — étaient, comme la menstruation chez les femmes, une excrétion providentiellement ordonnée pour favoriser la chasteté et la virginité. « Dieu n'a pas voulu, dit-il, que la maladie ni la mort fussent la punition de ceux qui observent le célibat autorisé par la nature elle-même, puisqu'elle débarrasse ainsi l'économie des matériaux de la génération et prévient les accidents pléthoriques de la continence. » {Nature et Virginité, Lyon, 1854.)
Les adhérents les plus décidés du célibat religieux ont dû désavouer cette interprétation antipliy- Biologique et sacrilège. «Eh quoi! s'écrie le docteur Mayer, la nature, dans le retour si régulier du phénomène, n'aurait eu pour but, Pénélope nouvelle, que de détruire en un jour ce qu'elle a mis un mois à accomplir? Appelez alors du nom d'excrément ce pollen flottant dans les airs, lettre chargée que la nature saura bien faire parvenir à son adresse! Taxez de vile décharge cette multitude d'œufs que la femelle des poissons épanche annuellement sur le sable! Libre à vous de n'y voir qu'une précaution providentiellement ordonnée pour lui faciliter la continence. Nous qui remarquons que le mâle ne tarde guère à passer après elle, nous soupçonnons que ce pourrait bien être dans un tout
autre but que celui de vous fournir un argument. » {Des rapports conjugaux, p. 187.)
Mieux inspiré, le P. Debreyne, médecin trappiste distingué, en reconnaissant aussi que ce besoin sexuel est l'ennemi secret, le fléau des prêtres et des célibataires religieux, leur prescrit les moyens suivants, dans sa Mœchialogie, pour le combattre : c Si ces pensées déshonnêtes, devenues très importunes, sont le produit d'une imagination légère et mobile ou de certains souvenirs qui se retracent vivement dans la mémoire, on s'appliquera à y faire diversion en forçant l'esprit par quelque travail intellectuel, comme un calcul difficile et compliqué, qui absorbe toute l'attention. Si les mauvaises pensées proviennent d'un tempérament erotique oû d'une pléthore spermatique, les meilleurs moyens sont ceux tirés de l'hygiène physique et morale ; la pratique de la tempérance, une sobriété régulière, le travail manuel, l'exercice corporel, une occupation matérielle ou mécanique incessante, la fatigue, même la chasse, ont produit les meilleurs et les plus étonnants résultats. Diane est l'ennemie née et naturelle de Vénus.
« Un exercice violent étouffe les sentiments erotiques en faisant naître des sensations plus impérieuses encore, celle d'une faim excessive avec une propension irrésistible au repos physique. »
C'est donc bien à ces pertes séminales intermittentes, à ces pollutions nocturnes s'opérant au railieu de rêves et de songes lascifs, d'idées lubriques et d'images amoureuses, que sont réduits, de l'aveu
478 LA GÉNÉRATIOri.
même des plus intéressés à le cacher, ces pauvres continents, les nieillenrs prêtres et les plus chastes religieux! De là la déception, la tristesse et la honte du réveil. C'est au prix de cette excrétion matérielle et immonde que l'organisme s'exonère de la cause puissante de stimulation qui le tourmentait. Il faut que le vœu de la nature soit satisfait pour que le calme renaisse, et l'on préfère le conseiller et l'obtenir ainsi, plutôt qu'en suivant la loi naturelle des pures et légitimes jouissances de l'amour.
Les conséquences de cet état et cette vie anormale sont faciles à prévoir. Au lieu de cette tranquillité d'esprit et du corps, cette douce paix de l'âme et du cœur attribuée à la vertu du célibat ecclésiastique, comme une condition nécessaire de ^'accomplissement des fonctions et des devoirs sa crés, quels orages, quels troubles, le sens génifel, ainsi perturbé et révolté, ne doit-il pas soulever entre le cœ.ur et la conscience du pauvre prêtre et du religieux ! Eux seuls pourraient en faire la description, mais la discipline le leur défend, et la plupart sont réduits à les endurer en silence ou à y chercher un remède en violant leurs vœux. On ne sait que trop les excès, les crimes oîi se laissent aller ceux que leurs désirs emportent, pour juger du reste.
Celui qui vit le plus chastement, dit Maffeï, est le plus exposé aux tourments de l'amour. « Qui vive piii castamcnte è piii soltoposto alVamore. » Le témoignage en est dans les cruelles hallucinations de saint Antoine, malgré le jeûne et les macérations
dont la légende vulgaire a traversé les siècles. Celles du curé de Cours, publiées par Buffon d'après la relation qu'il en avait reçue en 1774, en sont un exemple plus triste par les accidents nerveux qui firent succomber ce vertueux prêtre à 32 ans, dans un véritable accès de délire erotique. Enfin le crime de Léger, condamné à mort en 1854 pour avoir enlevé et violé une jeune fille et s'être repu de son sang, n'était que la suite d'une continence forcée. Telles en sont les redoutables conséquences.
Dans l'impossibilité de recueillir ni d'énumérerles attentats aux mœurs dont les prêtres et les congréganistes se rendent coupables, il suffit de constater, d'après les annales de la justice criminelle, qu'ils en commettent six fois plus que le commun des mortels, sans compter tous ceux qui restent inconnus et qu'ils parviennent à cacher bien mieux que personne.
Les plus vertueux et les plus chastes sont souvent les victimes de ce régime forcé, imposé, comme les médecins ont tant d'occasions de le constater. En augmentant de consistance, d'épaisseur, par sa rétention, son accumulation dans les vésicules séminales, le sperme s'épaissit et se concrète dans ces' réservoirs, au point de se solidifier et se transformer en calculs spermatiques. Ce sont des sympexions qui, en oblitérant les canaux éjaculateurs, provoquent de violentes douleurs lancinantes au périnée, sous forme de coliques. Elles se renouvellent avec élancements en allant à la garde-robe, en urinant, par l'érection, la pression, au point de ne pouvoir rester
assis. Deux cas en ont été observés par le docteur Reliquet sur un coiffeur de 35 ans, en 1874, et à l'autopsie d'un supplicié de 25 ans, exécuté dix heures auparavant. Des opérations graves sont parfois rendues nécessaires pour leur extraction. {Acad. de médecine.)
A ce nouveau danger de la continence s'ajoutent bien d'autres altérations locales résultant de la rétention du sperme. Les maladies de la prostate et de la vessie, la gravelie et la pierre ne sont pas rares parmi les religieux, non plus que la goutte, le rhumatisme parmi les prêtres, et bien d'autres accidents nerveux. De là une mortalité plus considérable que dans la vie civile.
Sur 100 individus pris aux deux périodes extrêmes de la vie génitale, dont la moitié étaient des religieux des deux sexes et l'autre des ouvriers laïques exerçant diverses professions, le docteur Mayer a constaté la mortalité suivante :
BXUGIEnX. OUVRIERS.
De 16 à 25 ans. . . . 2,68 1,48 De 31 à 40 ans. . . . 4,40 2,74
Cette différence, conforme à celle indiquée par Deparcieux en 1746, indique assez clairement la nocuité du célibat continent. Si dans certains ordres, les chartreux et les trappistes, par exemple, les religieux meurent de vieillesse, l'âge avancé auquel ils prononcent leurs vœux, leur vie active et leur régime sévère peuvent en rendre compte, comme la vie publique des prêtres et des religieux
enseignants qui, par cela même, rentrent da\iantage dans la vie commune à tant d'autres célibataiires civils.
Dominée par son système nerveux et la sensibilité, l'affectionnivité, qui en sont les attributs, la femme a surtout les plus grands dangers à redouter de cet état contre nature. Le célibat est aussi contraire à son essence morale, douce, affectueuse et aimante, que la conuu^nce est opposée à son organisation physique, destmeo spécialement à la génération et la maternité. Elle a a.asi essentiellement besoin de sacrifier à l'amour, de se donner, se dévouer. En dehors de ses parents, un man, des enfants, peuvent seuls satisfaire son cœur. Il ne peut ^ne se dévoyer autrement avec son exaltation naturelle. Pe là tant d'affections nerveuses, tant de perversions morales chez les filles. La folie atteint particulièrement les religieuses, en raison de leur isolement. Sur 1726 aliénées à la Salpêtrière, en 1822, on comptait 1276 filles.
Les convulsions, l'hystérie sévissent surtout parmi elles. Les récentes épidémies d'hystéro-déraonopathie de Morzine en Savoie et de Verzenis en Italie en sont des preuves comme celle de Montmartre. Une jeune fille prise d'une attaque semblable à l'église Saint-Pierre, pendant les vêpres, en 1861, communiqua rapidement des crises analogues chez douze de ses compagnes. Épilepsie, mysticisme et dévotion vont souvent ensemble, dit Legrand du Saulle.
La folie lubrique se rencontre presque toujours
chez (les fous sortant des couvents, d'après l'observation d'Esquirol, et Leuret assurait que le nombre des fous et des folles erotiques fournis par ces asiles de paix, devrait effrayer ceux (|ui entrent en religion. Leur raison s'aliène d'autant plus facilement que l'esprit est faible et opprimé par le tourment des sens.
A la femme incombe tout le poids des effets prin- Mpaux de la génération, dont elle remplit le premier rôle. Celui de l'homme est fini, dès qu'il a fourni le fluide fécondant. Qu'il serve ou non, l'acte est consommé pour lui, dès que l'abattement, la prostration qui en est la suite immédiate, est dissipée. Il a allumé par cette étincelle le tcu d'une vie nouvelle, et c'est désormais à la femme de pourvoir à son entretien, de l'alimenter. L'impulsion subite et la stimulation énergique que l'utérus en a Teçues font entrer immédiatement cet organe dans une direction nouvelle. Il sort de sa torpeur, son engourdissement, et sa fonction jusque-là isolée, obscure, cachée, va retentir aussitôt sur celles de l'organisme entier pour les appeler à son aide et les forcer de coopérer à l'œuvre immense qui lui est dévolue, afin de mieux l'accomplir.
Une révolution complète s'opère ainsi chez la femme fécondée, dès qu'elle a conçu, et il est rare qu'elle n'en éprouve pas des sensations spéciales, en s'observantbien. D'abord générales, elles se manifestent particulièrement dans la sensibilité, l'im-
pressionnabilité du système nerveux. Le caractère change, et des femmes gaies, douces et aimables deviennent subitement tristes, mélancoliques, revêches, intraitables , sans savoir pourquoi. Des modifications, des chiingemcnts s'observent surtout dans l'organe ou la fonction les plus excitables. Le gonflement, la douleur des seins au toucher, en sont souvent le premier indice. Les yeux perdent de leur vivacité, leur éclat, les traits se tirent, la pâleur s'accuse et souvent l'appétit change, se modifie ou disparaît. Il y a mal de tète ou d'estomac. Mais ces premiers >ignes sont si vagues et légers que la plupart des femmes n'y attachent pas trop d'importance et ne pensent même pas à leur état.
L'absence de la menstruation, à son époque, est ordinairement le premier signe positif de la groslesse, lorsqu il s'accompagne du cortège ordinaire des phénomènes indiquant l'occupation de la matrice par un embryon qui en change la vitalité et la circulation. L'altération des traits du visage, les troubles digestifs et l'amaigrissement sont les principaux. L'étroite sympathie de l'utérus avec l'estomac fait entrer celui-ci en révolte, dès que l'autre est troublé, surexcité. De là les nausées ou maux de cœur, les aigreurs, envies et vomissements des femmes enceintes, avant tout autre signe. Ils sont caractéristiques quand il s'y joint une salivation abondante.
Des saignements de nez, des crachements de sang résultent parfois de cette brusque cessation des règles, chez les femmes fortes, robustes, pléthoriques.
comme oWes le sont à la campagne. Ils ont une signification plus grave chez les habitantes pâles et maigres des villes. Au lieu d'indiquer une petite saignée, comme chez les premières, une bonne nourriture et le séjour à la campagne, à la ferme, en est le meilleur traitement.
L'activité de la circulation, provoquée par la présence du fœtus, augmente le pouls de force et de fréquence, ainsi que la température du corps et toutes les sécrétions. Les femmes grosses supportent mieux le froid que les autres, leur transpiration est plus abondante et dégage, comme l'urine, une certaine odeur.
L'urine est un signe précoce de grossesse, quand elle se trouble et laisse un nuage ou un dépôt au fond du vase, peu d'heures après son expulsion. Ce signe mérite d'être contrôlé avec soin, surtout chez les jeunes femmes enceintes pour la première fois. n doit être surveillé avec attention, si les pieds sont enflés le soir. C'est une menace de l'enflure albuminurique qui détermine souvent l'éclampsie, les convulsions et même la mort lors de l'accouchement.
L'apparition d'éphélides ou taches jaunes spéciales sur la face, qui forme le masque des femmes grosses, est sans aucun danger. Il résulte de la cessation des règles et souvent de la compression du foie, troublé dans ses fonctions. L'accouchement les fait disparaître, si les femmes sont bien réglées. Elles persistent au contraire chez les nourrices qui ne le sont pas. D'où l'inutilité d'employer des lotions pour les
effacer, quand elles sont produites par une menstruation irrégulière ou insuffisante.
Beaucoup de femmes, ayant de belles et bonnes dents, en souffrent atrocement à chaque grossesse et les perdent. Les gencives s'enflamment et détiennent rouges, gonflées, tuméfiées, surtout en dehors, de manière à former un véritable bourrelet. Les dents sont douloureuses ensuite et s'ébranlent, au point d'empêcher la mastication. De là leur carie et leur chute. La génération est le plus grave écueîl d'une bonne denture.
Mais un traitement simple peut conjurer ces redoutables accidents, si on l'emploie au début. C'est de badigeonner les gencives, deux à trois fois pai jour, avec une forte solution de chloral dans partie égale d'eau de cochléaria. La cautérisation est même parfois nécessaire. Sur 75 femmes observées à la clinique d'accouchements de Paris en 1876, 45 furent atteintes de cette gingivite spéciale, dont 25 guérirent en moins de quinze jours par ce traitement.
Le plus fatal accident de la grossesse est l'avortement ou fausse couche, puisqu'il est la destruction de la génération et sa négation même. Ses causes déterminantes dépendent néanmoins plus souvent des procréateurs eux-mêmes que de coups, chutes ou blessures extérieures. Il se produit assez souvent d'une manière spontanée, dès le début de la première grossesse, par le défaut d'extensibilité de la
matrice, surtout chez les jeunes et vieilles primipares. C'est ainsi que les mariages tardifs y prédisposent L'irritabilité de cet organe, comme ses maladies et ses déplacements, k riroduisent de même. L'abus des rapports conjugaux, à cette période, le provoque souvent aussi, surtout de la part des ivrognes. Lipich a calculé que le produit d'un mariage d'ivrogne n'est que de 1,3 d'enfants. L'ivresse étouffe donc en germe les deux tiers de la génération humaine. La syphilis et toutes les affections atteignant l'organisme d'une manière profonde et durable, comme la scrofule, y prédisposent, ainsi que la fécondation opérée dans l'épuisement ou la convalescence d'une maladie quelconque, c'est-àdire l'appauvrissement de la puissance génésique et sa dégénérescence. Celle de l'homme est surtout fatale, car, si des femmes scrofuleuses, phtisiques, cancéreuses même, peuvent être fécondées sainement par un homme bien portant, il n'y a pas d'exemple qu'une femme saine ait eu des enfants bien portants d'un homme qui ne l'était pas. Une jeune femme mariée à un vieillard avorta plusieurs fois; devenue veuve et remariée à un homme d'âge proportionné, elle accoucha heureusement à terme. De là l'influence des mariages précoces, tardifs et disproportionnés sur l'avorlement. Une fécondation saine et normale est la plus sûre garantie d'une bonne génération.
Les varices et les hémorrhoïdes sont un des effets les plus communs de la grossesse, par l'obstacle que
la réplétion de la matrice met à la circulation abdominale dans les derniers mois. La compression de5> vaisseaux empêche le sang veineux de remonter au cœur, et de là ces dilatations des veines apparaissant à l'anus et aux jambes, avec enllure, surtout chez les femmes fortes et qui restent debout. L'usage d'une ceinture hypogastrique bien faite, la position couchée ou horizontale, l'entretien de la liberté du ventre par un régime convenable, contribuent à atténuer ces effets.
Le système nerveux et cérébral de la femme est si impressionnable et disposé aux aberrations que son moral est encore plus exposé que le physique à ressentir l'influence de la génération. La plupart en éprouvent des modifications sensibles. En dehors des simples excentricités ou envies, de véritables manies se manifestent dans le boire ou le manger, sinon dans la possession de tel ou tel objet. Une impulsion irrésistible en conduit au vol et d'autres actes répréhensibles, sinon criminels. Il en est qui perdent entièrement la raison et deviennent folles.
Ces troubles de l'esprit sont parfois déterminés par l'albuminurie ou altération du sang se décelant par la présence de l'albumine dans l'urine et l'enflure. L'anémie, l'épuisement résultant de la grossesse en est souvent la cause, et comme conséquence, on voit la manie aiguë, les convulsions éclamptiques, se manifester soudainement, avec une intensité épouvantable, au moment de l'accouchement.
De là l'indication de ne pas irriter le moral des femmes enceintes ni d'exciter leur système nerveux par des contrariétés, des émotions, des frayeurs. L'impression, la peur en résultant peut déterminer une crise, convulsion ou contraction spasmodique qui, en agissant sur l'enfant, produisent ces difformités ou monstruosités présentées à la naissance et attribuées communément à l'imagination. Elle joue un si grand rôle dans l'accomplissement des fonctions génératrices qu'il semble naturel d'y rapporter tous les résultats de la génération même. Les enfants difformes ou monstrueux, portant des traits d'animaux, comme le bec-de-lièvre, le pied-bot ou de cheval, des verrues, des poils, des signes de fleurs ou de fruits, des taches de vin, sont ainsi considérés comme des effets de l'imagination. Mais l'impuissance de la volonté sur la fécondation et la formation du sexe prouve assez que l'imagination ne peut avoir une telle influence. « En vérité, dit Venette, l'imagination des hommes a ici plus de force que celle des femmes, et ce n'est que celle des premiers qui a inventé ces sortes de raisonnements.» {De la génération, Cologne, 1696.)
Le progrès des sciences, en discréditant le surnaturel et le merveilleux, ne permet plus de croire à toutes les fables citées à ce sujet. La tératologie a tué l'imagination. En voyant chez les animaux qui en manquent et sur les plantes mêmes les difformités et les monstruosités de l'espèce humaine, force est bien de les attribuer à des causes naturelles et appréciables. C'est donc là qu'il faut les rechercher.
L'accouchement:... Qu'il soit naturel ou artiticiel, spontané ou laborieux, prématuré, à terme ou retardé, c'est certainement la plus rude épreuve que la génération impose à la femme. A tous les malaises, les souffrances, qu'elle a déjà endurés pendant de longs mois, pour former et fortifier ce fruit de ses entrailles, en diminuant sa vie pour assurer la sienne, quelles cruelles douleurs lui sont réservées pour le mettre au jour ! Et surtout si c'est un fils le premier, car on sait que l'accouchement des garçons, par le volume de leur tête, est généralement plus long, difficile et laborieux que celui des filles. Mais l'espoir la soutient et son désir d'être mère lui permet de se résigner tranquillement devant le souverain arrêt, cruel et terrible de la loi : «Tu enfanteras avec douleur ! » Son courage est à la hauteur de l'épreuve qui l'attend, et son calme 3st d'autant plus grand que ses espérances sont partagées. Elle compte le jour, le moment du terme, et s'y prépare avec joie, en sentant battre, palpiter d'avance, dans son sein, l'enfant qu'elle sera si heureuse de voir, de connaître et d'embrasser.
Tout se présente d'ailleurs pour la rassurer. Huit à quinze jours avant, la matrice, qui s'élevait jusqu'à l'estomac, s'abaisse sensiblement et paraît s'éargir. L'oppression diminue, l'estomac moins com- )rimé digère plus facilement, les nausées et les /omissements cessent, et la femme devient ainsi plus Jerte et lé^^ère, elle marche plus facilement. C'est
ordinairement dans cet état que les douleurs la surprennent.
Comme fonction naturelle, l'accouchement n'a pas lieu d'effrayer ni d'inquiéter, malgré les douleurs atroces qu'il comporte pour s'opérer. Il faut absolument que tous les orifices du canal vulvo-utérin se dilatent, cèdent ou s'écartent, par le ramollissement des tissus, pour livrer passage au produit de la conception. Et ce n'est qu'en tournant, en s'inftéchissant, en s'allongeant, pour se mouler plus exactement dans leurs détroits, que la tète peut y passer. De là la lenteur du travail. C'est la meilleure garantie contre le traumatisme, les déchirures, les frac* tures même. Mais dès que la femme est bien conformée, que son bassin n'est ni dévié ni rétréci et que l'enfant se présente normalement, elle doit s'armer de courage et de patience surtout. L'accouchement ne s'accomplit guère qu'nprès des heures 2t parfois des jours et des nuits de cruelles souffrances. Avec la certitude que leur fréquence et leur intensité croissantes en marquent aussi le terme, elle les supporte mieux. Elle redouble de force et d'énergie |)Our les dernières, en sentant que sa délivrance approche.
Et c'est ainsi que d'efforts en efforts, au dernier cri de la pauvre femme, un autre cri a répondu : celui du nouveau-né. Son premier vaiiissement annonce la fin de ses souffrances. C'est le triomphe de la vie sur la mort, car des affres de celle-ci la femme passe sans transition à une jubilation délirante aux cris de son enfant. C'est le trait qui impose le i)lus
impérieusement l'admiration, le respect pour un sexe qui les mérite déjà à tant d'autres titres.
Ce n'est pas que tous les dangers de la génératio» soient alors écartés : les suites de couches sont soijvent plus graves que l'accouchement. La fièvre ai lait, les tranchées utérines, la péritonite ou fièvre puerpérale et bien d'autres accidents sont encore à craindre. Mais l'allaitement de l'enfant par sa mère en est le plus sûr préservatif. C'est la suite et le complément indispensable de la génération, autant pour assurer la santé de la mère que la vie de l'enfant. Le confier à une autre, c'est le perdre, le ro nier, car la nourrice est la vraie mère par tous le* soins qu'elle doit lui prodiguer. En les assujettissant l'un à l'autre, pendant une année environ, cette fonction crée entre eux les plus doux liens de tendresse et de reconnaissance. Une mère n'est parfaite qu'en nourrissant ses enfants, et si tant de mères ont de mauvais enfants, leur faute en est de ne pas les avoir allaités. Une impossibilité absolue est la seule excuse légitime, et encore faut-il plutôt recourir à l'allaitement artificiel que de le confier à une nourrice mercenaire, même sous ses yeux. La mauvaise santé de la mère ou sa prédispositioiv. marquée, évidente, à des affections héréditaires, comme la folie, la scrofule, la phtisie, le cancer, doivent seules la dispenser d'allaiter son enfant. Avec son lait elle continue la transmission, l'inoculation de la fatale tendance qu'elle lui a déjà com-
muniquée par la conception et la grossesse à être atteint plus lard de sa maladie. L'allaitement d'abord, l'éducation ensuite, puis la profession, la nourriture, le climat, sont les seules conditions physiques et morales laissées à la liberté des parents pour combattre et neutraliser la prédisposition morbide qu'ils ont transmise involontairement par la génération.
L'activité des fonctions de l'utérus et de ses annexes, résultant de la génération, chez les femmes mariées, les expose à plus de troubles, de lésions, de maladies, de déplacements de ces organes, que les célibataires. Us sont presque inhérents à îa grossesse, l'accouchement, l'allaitement et tous les accidents qui peuvent les compliquer. Les fausses couches, l'avortement et ses suites, les crevasses et les abcès du sein, et une infinité d'autres conséquences morbides, sont un tribut dont on s'exonère sûrement par le célibat.
Mais en se privant des joies du cœur, de la satisfaction des sens et de la plénitude de la vie que donnent l'amour, la maternité et la famille, les célibataires encourent bien d'autres maux. En ne soumettant pas leurs organes au jeu naturel, à l'emploi physiologique qui leur est dévolu, elles s'exposent à en troubler, en entraver la vitalité. Ils sont trop exigeants et impérieux pour se laisser exclure absolument de leur rôle, sans se plaindre par de vives et cruelles souffrances. Leur fonction est trop nécessaire à la santé de la femme, indispensable à sa vie comme à la société, à l'humanité, pour être sup-
primée ainsi à volonté, souvent par caprice, sans qu'il en résulte des suites funestes. Si elle peut rester impunément sans emploi chez quelques filles délicates, faibles, lymphatiques et froides, ce n'est certainement pas sans orages ni souflrances chez la plupart des autres.
Privés de l'influence excitante de la fécondation, les ovaires n'exécutent qu'imparfaitement et irrégulièrement leur ovulation mensuelle; leur mouvement fluxionnaire reste incomplet. Des perturbations s'ensuivent dans le système nerveux : d'où les névr'^ses, les névralgies, les névropalhies multiformes dont les célibataires d'un certain âge sont si souvent atteintes. La génération ne pouvant s'accomplir, la vie de ces organes se trouble, se dévie par leur excès même. De là des proliférations morbides, des hyperplasies, des végétations sous forme de polypes ou tumeurs fibreuses de l'utérus. Par suite de l'insuffisance ou les troubles de la menstruation, les vésicules de Graaf, non fécondées, se transforment en ces énormes kystes de l'ovaire qui mettent la vie en si grand danger, malgré l'excision qu'on leur oppose. La mortalité des filles célibataires est ainsi supérieure à celle des femmes mariées, pendant la période normale de reproduction et l'âge de retour.
L'un des effets les plus constants de la génération est la ressemblance morale et physique des enlants aux parents, ils héritent également de leurs qualités
494 LA GÉNÉhÂTlON.
et de leurs défauts tant du corps que de l'esprit^ c'est-à-dire organiques et psyclioloyiques. Les facultés, les aptitudes n'échappent pas plus à la transmission héréditaire, comme nous l'avons montré à Hérédité, que les difformités extérieures et la prédisposition aux maladies. C'est pourquoi les médecins actuels interrogent avec tant de soin leurs malades sur les antécédents morbides de leurs parents, comme la source la plus précieuse de renseignements et la base la plus sûre pour asseoir leur diagnostic et surtout leur pronostic. Ainsi se transmettent les vices organiques et les monstruosités primordiales, comme l'obésité, la cécité, la myopie, le strabisme, le bégaiement, la surdi-mutité, l'imbécillité, l'idiotisme, le bec-de-lièvre, les hernies, l'absence d organes ou leur multiplicité. Un pèrg ayant douze doigts et douze orteils transmit la même difformité à son fils, d'après Burdacli, et quarante membres d'une famille espagnole étaient porteurs de doigts surnuméraires. Le phimosis, la rétention des testicules, se transmettent aussi des pères aux fils, comme la mamelle surnuméraire chez la femme et plusieurs autres difformités des organes de la génération.
Par cette tendance de l'organisme à renouveler le type primitif dont il est issu, se réalise également la disposition à contracter les maladies ou l'affection morbide dont le principe, la virtualité lui a été transmise par la fécondation. Triste et dernière preuve de la solidarité ascendante qui lie entre elles les générations d'une même famille! La prédisposi-
tionaiix inflnmmntions du cerveau, de la poitrine et de l'abdomen, aux hémorrhagies, à l'apoplexie, aux calculs, aux dartres, au rhumatisme, à la goutte ou arthritis, s'affirme par des exemples journaliers. Elle est devenue proverbiale par la fréquence de sa réalisation dans les maladies nerveuses, comme la chofée, l'hystérie, les convulsions, l'épilepsie surtout. Les unes sont particulières aux garçons, les autres aux filles. La cataracte atteint parfois des familles entières. Une opérée de Nélaton avait connu onze membres de sa famille atteints comme elle. Tous les hôpitaux d'aveugles accusent cette fatale tendance.
Plus une maladie est chronique, organique et constitutionnelle, et plus son hérédité est probante, sa transmissibilité marquée. L'obésité est une maladie, de famille, comme la scrofule, le rachitisme, la syphilis. Le cancer et la phtisie ou tuberculose sont essentiellement redoutables par leur transmissibilité, car elles entraînent la disparition des familles à bref délai. Sur 106 cancéreux examinés par le docteur Veyne, 80 étaient héréditaires. Un jeune phtisique, que sa haute taille avait fait placer dans les carabiniers à cheval, mourut en 1843 au Val-de- Grâce. Il était le cinquième fils de parents morts phtisiques et les quatre autres avaient succombé de la même manière. Il n'est pas rare de rencontrer ainsi des familles décimées par la même maladie, en raison de sa nature héréditaire.
Sans cliangei de nature, ces maladies varient souvent de siège aux différents âges. Les ganglions mésentériques se tuberculisent ainsi de préférence
dans l'enfance, chez les sujets prédisposés, comme les poumons dans la jeunesse. C'est le carreau. Sur 312 cas signalés en France chez des enfants, les poumons étaient intacts chez 47 victimes, tandis que sur 302 exemples de tuberculose infantile observés en Allemagne, les glandes du bas-ventre étaient prises 299 fois. C'est donc le siège d'élection de la phtisie à cet âge, chez les enfants qui en sont menacés héréditairement.
La folie ou aliénation mentale, sous ses différentes formes, est dans le même cas. Sur les 431 aliénés observés par Esquirol, 357 l'avaient reçue par hérédité. Une démence héréditaire infecta quatre générations successives, au rapport de Storck. Haller cite le cas de demoiselles nobles qui, malgré leur idiotisme, ayant trouvé à se marier à cause de leurs riches dots, ont eu des enfants et des petits-enfants idiots comme elles. Tous les rois de la branche des Valois ont donné des signes plus ou moins évidents de folie ou de troubles de l'esprit, dont l'histoire de France montre les traces.
La même forme de folie, le suicide notamment, se reproduit souvent dans la même famille. Voltaire cite un homme qui se tua à l'âge oii son père et son frère s'étaient également suicidés. Le docteur Lévy a vu à Toulouse un jeune homme entraîné au suicide et qui comptait déjà trois suicidés dans sa famille. Sur les 4595 suicides étudiés par M.Brierre de Boismont, il y avait 265 cas de folie suicide, dont 109 avec miluence héréditaire directe ou par atavisme.
A voir ces maladies sévir inégalement à tous les âges sur les membres d'une même famille, dans l'enfance, la jeunesse, comme dans l'âge mûr, frapper les filles à l'exclusion des garçons, et réciproquement, ou ne faire qu'une ou deux victimes sur un grand nombre d'enfants, on a pu douter qu'elles fussent héréditaires. La raison en est que leurs manifestations sont favorisées, suivant leur nature, par les diverses phases décroissance ou de déclin de l'or, ganisme. Et comme chaque âge imprime un caractère particulier de vitalité à certains organes, la même maladie, sous diverses formes, peut ainsi se développer différemment. Le cerveau prédomine organiquement dans l'enfance, la poitrine durant la jeunesse et les organes abdominaux pendant la virilité. La scrofule et la syphilis héréditaii-es se manifestent ainsi dans l'enfance. La méningite tuberculeuse, le carreau sont à craindre chez les enfants nés de parents poitrinaires, tandis que la plupart succomberont de 20 à 35 ans. Passé cet âge, l'hérédité en est comme annihilée, tandis que le cancer, le rhumatisme, les dartres, n'apparaissent ordinairement que plus tard. D'après ces lois, l'hygiène combat et prévient souvent, par des mesures prises aux différents âges, l'éclosion des maladies héréditaires qui en font le principal danger, suivant le sexe et le tempérament.
Contre ces effets de l'hérédité, l'homme peut lutter avec avanlngo par divers moyens. L'allaitement
m LA GÉNi'RATION.
bt la nourriture ensuite, réduciilion et le genre de vie, la profession et surtout le milieu, le climat, exercent la plus grande influence. Transportez à la campagne, dès sa naissance, un enfant né à la ville, élevez-le dans des conditions opposées à celles de ses parents, et il deviendra, pliysiqueinent du moins, un véritalile paysan. Le plus sûr moyen de conserver les enfants prédisposés héréditairement à devenir poitrinaires est d'en faire ainsi de petits paysans. Le contraire s'observe de même. Coinbien de campagnards forts et robustes, les femmes surtout, sont tous les jours victimes de l'air et des habitudes des villes pour être devenus des citadins trop accomplis !
L'extérieur du corps et la face surtout sont les premiers à subir ces changements, sous l'influence âe l'air et du soleil. De même que la face des femmes blondes se couvre de taches de rousseur au moindre coup de soleil, des voyageurs européens, des soldats français ont vu leur teint se bronzer, leurs cheveux noircir et se boucler après un court séjour en Afii(iue. Piuner-Bey avait, après trois mois de séjour en Arabie, une apparence toute différente qu'à son départ. Un séjour prolongé rend ces changements durables. Le docteur Burguières, que nous avions connu interne à l'hôpital Saint-Louis en 1840, n'était plus reconnaissable à son dernier voyage à Paris, après une trentaine d'années passées dans les échelles du Levant, comme médecin sanitaire. En sa qualité de bey, sinon de pacha, il avait tout l'extérieur des Turcs d'Europe.
Le nègre, trnnsporté jeune en Europe, voit aussi son teint s'éclaircir, en commençant toujours par les parties les plus saillantes : les oreilles et le nez. L'interprète d« Cortcz, Jérôme de Aguilar, après huit années d'esclavage chez les Yucatèques, ne pouvait plus être distingué des indigènes dont il avait adopté les mœurs et le costume. Un matelot anglais, après plusieurs années de séjour à Noukahiva, était devenu absolument semblalde aux Polynésiens. Un individu peut donc acquérir toutes les apparences d'une race différente de la sienne. Il peut même en revêtir le type dans ses descendants, après quelques générations successives. Démonstration évidente de l'unité de l'espèce humaine, pouvant ainsi se reproduire malgré la diversité des individus et des climats.
L'Africain, arrivant aux Antilles avec tous les caractères du nègre et se reproduisant avec une négresse, a, sous l'influence seule de la différence du climat, des enfants dont les caractères sont atténués dès la première génération. La face, en particulier, perd le caractère de museau. Les cheveux et la couleur persistent, mais, sous tous les autres rapports, le nègre créole se rapproche de ()lus en plus du blanc. Dans les Etats du Sud des Etats-Unis, où l'élevage des nègres se faisait, au temps de l'esclavage, comme celui des moutons et des bœufs ailleurs, on a constaté que, sans aucun mélange de race, la tête et le corps des nègres, se propageant exclusivement entre eux, se rapprochaient à chaque génération du tyj)0 de leurs maîtres blancs. A la Louisiane,
en parliculior, leur peau est rarement d'un noir velouté, bien que tous les ancêtres aient été achetés sur la côte de Guinée; ils n'ont pas les pommettes aussi saillantes, les lèvres aussi épaisses, le nez aussi épaté, la laine aussi crépue, la physionomie aussi bestiale, ni l'angle facial aussi aigu que leurs frères de l'ancien monde. Dans l'espace d'un siècle et demi, ils ont franchi, quant au physique, un bon quart de la distance qui les sépare des blancs. {Types of mankind.)
Leut constitution change même aussi. Le docteur Vésinié a constaté que le sang du nègre d'Amérique devient plus fluide et plus pâle, tandis qu'en Afrique il est plus épais et plus foncé que chez l'Européen. Leur intelligence participe à ce mouvement. Malgré les précautions prises au Brésil pour tenir les nègres dans l'ignorance, le nègre créole est, dès les premières générations, bien plus intelligent que U souche originelle. Leur progrès est donc constant, physiquement et intellectuellement. Le contact habituel avec les blancs et l'amélioration du régime ont sans doute une grande part à ce résultat. Il s'est ainsi formé, sous ces nouvelles influences ajoutées à celles de la génération, une race nègre américaine dérivée du type nègre d'Afrique.
Des modilications analogues se sont établies et s'observent, parmi les races blanches, dans les colonies qu'elles ont fondées. Les Anglais transportés en Amérique ont formé le type yankee, dont les caractères distinctifs sont l'allongement du cou, la diminution du tissu graisseux et de tout l'appareil glan*
dulaire. Il y a ainsi une différence très sensible dans les traits et le caractère de certaines familles de New-York et de la Pensylvanie, dont le sang est demeuré pur, et les populations anciennement établies dans le Kentucky et les bords du Mississipi. A part la civilisation européenne qui les a suivis, on retrouve chez les uns, avec l'angle facial, la fierté et l'esprit de ruse de l'Iroquois, et chez les autres, avec l'extérieur, la rudesse, la franchise et l'.t dépendance de rillinois et du Cherokee. Le milieu américain a donc modifié profondément le type anglo-saxon, au point d'en faire une race à part dont voici les principaux traits :
Système glandulaire très peu développé, peau sèche comme du cuir et sans couleur ni chaleur. La rougeur des joues est remplacée chez l'homme pai une teinte limoneuse et une pâleur fade chez la femme. La tète se rapetisse et s'arrondit ou devient pointue, en se couvrant de cheveux lisses et foncés en couleur. Cou allongé. Développement considérable des os des pommettes et des muscles masséters servant à la mastication. Fosses temporales profondes, mâchoires massives. Yeux profondément enfoncés dans les orbites, rapprochées l'une de l'autre, avec iris foncé, regard perçant et sauvage. Os des membres très allongés, ceux des membres supérieurs surtout et les doigts en particulier, tellement que des gants spéciaux sont fabriqués en France et en Angleterre, en raison de la forme allongée et pointue des ongles. Ce sont donc là des caractères très différents du pori»"*!! anglais.
502 LA GÉNEMATION.
D'aiilrps exemples analogues pourraient être pris ailleurs pour démontrer l'influence antagoniste du milieu Mir l'hérédité. Si deux siècles et demi, soit douze à Iroize générations, ont suffi pour substituer le Yankee à l'Anglo-Saxon, et l'AIsacien-Français au pur Allomaiid, il est permis de prévoir des modifications otlinologiques bien plus sensibles dans notre colonie algérienne, d'ici à un ou deux siècles. L'action incessante d'un milieu différent avec les institutions, les mœurs et les habitudes spéciales qui en sont inséparables, peut donc, conjointement avec l'hérédité organique, changer la nature physique et morale de l'individu.
Aux conséquences naturelles et inévitables de la «énération, on trouve bien des inconvénients avec
jes idées po.-itives et sceptiques du jour. Grossesses multipliées, accouchements répétés, fatiguent, épuisent, défornient le corps et ruinent la santé, disent les femines, et de nombreux enfants coûtent cher, ajoutent les maris ; il faut les élever, les éduquer, les établir, ce sont là de trop lourdes charges. Et avec le goût dominant de rester libre et de s'amuser vieux comme jeune, de jouir de la vie chacun pour soi et à son aise, de ne travailler que pour devenir riche ou pour paraître et briller dans le monde, on évite de former de nombreuses et robustes familles. On contracte des unions clandestines, que l'on stérili^e à volonté ou que l'on brise de mdme, et l'on ne se marie tardivement que pour faire une
fin, de manière à avoir un ou deux enfants, trois au plus. Les pauvres seuls en ont maintenant davantage, et c'est ainsi que le paupérisme, moins étendu en France par la diminution des mariages et de la population, n'en est que plus hideux où il se manifeste.
Il est aussi dificile et dangereux de façonner et transformer à son gré, dans la vie publique et la société, une fonction organique, physiologique et naturelle, comme la génération, que de la supprimer dans le cloître et au couvent. Le célibat du prêtre catholique dans le monde, et surtout au confessionnal, est ainsi la plus grave atteinte aux lois physiques et morales. C'est ce que font tous lei époux et les amants qui prétendent satisfaire leurs sens en limitant à volonté leur progéniture. Si tout élan, toute émotion du cœur, amour, aflection ou amitié, sont absents ou supprimés chez celui qui a recours à la Vénus errante, à la prostituée, comment ces nobles sentiments pourraient-ils laisser place aux sens, avec cette réserve préméditée de la prudence et de la raison? L'un implique l'autre dans un acte si spontané. Autrement il est toujours incomplet et anormal. C'est, d'une manière quelconque, l'onanisme à deux, et si cette immoralité révoltante est admise et autorisée implicitement dans le pre mier cas, elle doit être avouée et reconnue explicitement dans le second. Ce n'est que cela dans tous les deux.
Dès qu'il s'agit d'empêcher la fécondation, il faut en effet, de auelque manière que l'on s'y prenne, le
504 LA GÈNËIIATIOW.
consentement mutuel des deux conjoints et leur action récipi'0(|ue. Que l'éjaculation ait lieu au dehors comme manuellement, ou in vaso indebito, comme disent les théologiens, la copulation n'en est pas moins frustrée et incomplète. Il en est de même, si l'ouverture de la matrice est obstruée, bouchée par une éponge ou tout autre corps étranger, ou si une enveloppe imperméable, le condom, recouvre le pénis pour empêcher son contact immédiat et l'émission du sperme. Dans toutes ces pratiques et bien d'autres, comme le changement de position, renversée, postérieure ou latérale, il n'y a pas à argutier ni à épiloguer : c'est bien l'onanisme à deux, avec ses plus fâcheuses conséquences.
Tous ces obstacles, ces fraudes et ces artifices abominables, déguisés ordinairement sous les euphémismes de précaution, prudence ou tricherie, sont aussi contraires à la nature qu'à la morale. Et en admettant que l'on arrive toujours — chose impossible — à stériliser l'union de l'homme et de la femme, il en résulte des accidents et des maladies mille fois plus redoutables que la grossesse et l'ac couchcmcnt. Tous ces coïts frustres, à sec, après l'excitation, l'ébranlement, la stimulation plus ou moins prolongée des organes, produisent, à la longue, un trouble profond, une perturbation générale de tout le système nerveux et sanguin. Surpris, arrêtés subitement dans le spasme et l'érétiiisme qui les éti'eignent, par la brusque cessation du branle qui leur a été imprimé, sans le calmant naturel qui en provoque la détente, les organes génitaux, gor-
gés de sang, ne peuvent revenir normalement sur eux-mêmes ni se débarrasser complètement. De là la parésie ou paralysie légère des nerfs et la dilatation successive des vaisseaux et des conduits qu'ils innervaient, la congestion et l'engorgement des tissus, sinon des écoulements chroniques, des hémorrhagies passives, puis des tumeurs et la dégénérescence des organes.
La fécondation est d'autant plus fréquente dans ces rapports frauduleux, dérobés, que le coït est plus long et répété. La sensibilité des organes en est affaiblie, obtuse, émoussée de part et d'autre; l'éjaculation, moins complète et moins vive qu'à l'état normal, a souvent lieu à l'insu des deux sexes, ou bien ils n'en ont qu'une perception obscure et tardive. Et c'est de la sorte que tant de conceptions ont lieu en dehors du mariage ou contre la volonté des conjoints.
Ce serait une grande erreur de croire que ces funestes pratiques ne régnent que dans les grandes villes, par la difficulté d'y élever une nombreuse famille. Les habitants des petites villes et nos campagnards même les partagent. L'artisan, le cultivateur, le petit rentier, ne tiennent plus, comme autrefois, à se créer des bras pour les soutenir dans leur vieillesse; ils aiment mieux jouir, en égoïstes, de leur position acquise que de se donner le souci d'élever une nombreuse famille et courir la chance de n'en pas recevoir les soins donnés. L'influence des doctrines malthusiennes s'est répandue partout, et la contrainte morale, les fraudes de la génération, sont
pratiquées dons tontfis les classes d( la soinpfp française, pour limiter à son gré, à sa convenance, le nombre de ses enfants.
A la femme revîent encore ici la plupart, de ce» maux, en raison même de son rôle principal dans l;i génération Elle conçoit en elle, et l'homme hors de lui. Dès qu'il s'exonère, il n'a pas à redouter les mêmes lésions ni les mêmes accidents. Il les caus« et les détermine plutôt par sa séparation instantanée, en laissant la femme seule en proie aux angoisses spasmodiques de son système nerveux et de ses organes surexcités. On a comparé cet état, sous bien des formes différentes, à celui d'un famélique ou d'un aflamé auquel on présenterait des aliments que ses yeux et son palais convoitent, que ses lèvres ont saisis, que l'on retirerait brusquement de sa bouche, après avoir alléché son appétit, sa faim. Impressionnable comme le sont la plupart, la femme doit suspendre, arrêter, refréner immédiatement toutes ses sensations, ses impressions, ses sentiments amoureux, ou ne pas s'y livrer et rester, comme le marbre, un corps inerte servant passivement à la satisfaction d'autrui. D'une manière ou de l'autre, elle s'énei ve ; sa menstruation se trouble et se dérange inévitablement. Ce sont des pertes profuscs chez les femmes sanguines; des écoulements blancs, des leucorrhées chez les lymphatiques: des névroses, des névralgies, c'est-à-dire dos douleurs continues, chez toutes. Des métrites aiguës et chroniques, ou inilam-
mations de la matrice, succèdent à ces manœuvres frauduleuses, d'autant plus inévitablement qu'en se V croyant à l'abri de tout accident on les répète à satiété, avec fréquence et excès, le cœur ni les sens n'en étant satisfaits, rassasiés. On se livre avec une sorte de frénésie à ces plaisirs frustres, sans résultats, jusqu'à ce que la douleur en soit provoquée par l'irritation, la contusion, l'érosion des parties, leur engorgement ou leur ulcération.
De là la fréquence actuelle des maladies de la matrice. Détourné de son rôle de la génération, qui lui est spécial en raison de son organisation même, alors que sa fonction, sa faculté procréatrice est surexcitée, cet organe produit des pseudomorphoses, comme les polypes, les kystes, les squirres si fréquents chez les prostituées. Plusieurs médecins admettent aujourd'hui, d'après le professeur \'illars, de Besançon, que le cancer de la matrice résulte directement des fraudes conjugales, parce que le col, excité, titillé et comme en érection pour recevoir et aspirer le fluide séminal dans sa bouche béante, n'est pas arrosé de ce liquide dont la chaleur et les propriétés spéciales sont de le calmer.
C'est, en effet, sur le système nerveux, présidant à cette fonction, que retentit plus profondément le contre-coup de toutes ces fraudes faites à la naltire. Le cerveau et la moelle en sont vivement impressionnés, aussi bien que le plexus ganglionnaire des parties génitales. Les affections nerveuses y succèdent ainsi à bref délai, soit par faiblesse, soit par excitation, toujours par douleur. Une femme était telle-
ment impressionnée par ces approches conjugales, que tout son corps était dans une espèce de langueur, de prostration, le lendemain, et que les jambes lui manquaient pour son travail. Elles déterminaient, cliez une autre, de violentes attaques de nerfs avec un état de syncope et de léthargie qui effrayait le mari. Peu de femmes échappent ainsi aux névroses, aux névralgies consécutives. Une foule de névropathies multiformes ne reconnaissent pas d'autre cause. Tels sont ces symptômes hystériques si fréquents chez les femmes mariées par suite des habitudes vicieuses de leurs maris. Il peut même en résulter une maladie affreuse, la nymphomanie ou fureur utérine, dont voici un déplorable exemple.
Une fille de vingt ans, que son amant avait dressée à tous les artifices frauduleux du libertinage, y devint bientôt si habile qu'elle surpassa le maître. L'orgasme vénérien s'éleva chez elle à un si haut degré qu'elle était toujours à la poursuite de cet homme, et, dans le paroxysme de sa passion, elle se livrait à tous les mouvements désordonnés des bacchantes. Elle était aussi insatiable que Messaline sortant des lupanars où elle allait assouvir sa brutale passion. C'était « Vénus tout entière à sa proie attachée », dit Racine.
Liquiet et se sentant épuisé, exténué de Cés rapports si fréquents et prolongés, l'amant voulut rompre; mais toutes ses ruses et ses stratagèmes pour s'en délivrer adroitement furent infructueux. Il fallut briser ouvertement, et, ce jour-là même, cette mal-
heureuse s'empoisonnait avec de l'arsenic et mourut aussitôt. Tel est le triste drame auquel l'homme s'expose en excitant les passions dans ces tempéraments de feu, oui l'incendie, une fois allumé, ne s'éteint souvent qu'après avoir tout dévoré.
L'homme n'est pas exempt d'accidents analogue!. Le danger pour lui de s'abandonner, de se livrer à ces Messalines, m'a été révélé par une observation personnelle à l'étranger. Réveillé à cinq heures du matin, dans l'hôtel que j'habitais, je fus conduit près d'un jeune homme dont l'extrême pâleur et la faiblesse décelaient dès l'abord une hémorrhagie abondante. Étendu sur le dos, immobile et presque sans parole, il se découvrit et me montra le siège inondé de sang. // pissait le sang. Cette hémorrhagie uréthrale s'était déclarée dans la nuit, étant couché avec une femme qui était venue lui demander de partager son lit, dans les conditions sui- Tantes :
« Hier soir, dit-il, j'assistais, dans un fauteuil d'orchestre, à la représentation de l'Opéra, où je remarquai beaucoup l'une des premières chanteuses. Interpellé à la sortie par un valet qui me demanda poliment mon adresse, de la part d'une dame qui avait à me parler, je donnai ma carte. Arrivé peu de temps après à l'hôtel, je trouvai une dame voilée m'attendant au salon et qui me dit galamment, après les pourparlers d'usage, qu'elle venait m'invitcr à souper avec elle. J'avais reconnu la prima
donna et je ne me fis nullement prier. Sa voiture nous emporta aussitôt, et un fin souper, arrosé de vin du Rhin, nous mit tous deux en liesse.
Je demandai dès lors à reconduire ma dame, mais elle refusa et dit que c'était à elle à faire tous les frais de la soirée. La voiture nous ramena, en effet, à l'hôtel, et elle monta dans ma chambre. Il était environ deux heures du matin. Elle prit dès lors absolument mon rôle. Plus forte et plus âgée que moi, elle me fit coucher d'abord et se coucha ensuite sur moi, et ce fut ainsi que, pendant deux heures consécutives et sans relâche, elle me tint, sous l'étreinte de ses baisers et de ses caresses enflammées, dans une érection persistante et un spasme continu. J'en perdis d'abord la raison, puis le sentiment, et je tombai évanoui, en syncope. Quand je revins à moi, elle avait disparu. Vous savei le reste. » Il guérit heureusement et jura, un peu tard, qu'on ne l'y reprendrait plus.
Cette histoire véridique n'est qu'un épisode de toutes ces infernales débauches, ces abominables profanations de l'amour. L'un ou l'autre en est toujours la victime, et c'est souvent trop tard qu'elle se repent. L'émission subite du sang, pendant ou après le coït, est presque toujours le signe d'une déchirure interne de la muqueuse du canal de l'urèthre. Elle s'opère à l'insu de l'homme dans le spasme de l'éjaculation, après une érection violente, prolongée comme le priapisme. Les hommes atteints d'écoulement chronique ou goutte militaire y sont particulièrement exposés dans le coït. On peut
l'éprouver sans en avoir conscience. Mais c'est toujours un signe positif de déchirure. Localisée dans le canal, elle entraîne à bref délai la formation de rétrécissements consécutifs qui sont un obstacle presque constant à la génération
Un jeune homme bien élevé, entraîné à la pratique des fraudes avec une maîtresse, me disait qu'il se sentait confus après, comme s'il avait commis un infanticide.
Un ouvrier tonnelier de trente-deux ans, voulant mettre un terme à sa famille de six enfants, avait recours à ces fraudes depuis six mois à peine, que déjà il maigrissait et éprouvait un léger tremblement du corps étant debout. « Je sens que je perds la tête, ajoutait-il, et souvent, au milieu de la rue, je vois les maisons tourner autour de moi. » Il suffit de supprimer la cause pour voir cesser les accidents.
Un employé de vingt- cinq ans, nervoso-sanguin, était exposé, depuis deux ans, à des pollutions voluptueuses sans idée erotique ni aucune excitation, quoique ne gardant pas une continence absolue. Ayant contracté des relations amoureuses avec une jeune fille de son bureau qu'il affectionnait beaucoup, tous les artifices et les précautions furent employés pour tromper la nature et cacher leur inconduite. Mais bientôt il eut des digestions laborieuse» avec amaigrissement, faiblesse musculaire, sans que le fer, les toniques, les bains froids, pussent faire
disparaître ces accidents. Il survint, au contraire, des maux de tète, avec un affaiblissement de l'intelligence qui l'obligea de demander un congé. Un aveu franc m'en ayant fait découvrir la véritable cause, en indiqua le meilleur remède. Un mariage eut lieu, et trois mois après, les rapports étant devenus naturels, tous les accidents disparurent.
L'homme et la femme peuvent même être atteints simultanément, comme un dessinateur de 56 ans en offrit l'exemple au docteur Mayer. Père de cinq enfants vivants, après sept ans de marage, il avait résolu, par la gravité du dernier accouchement, d'entourer leurs rapprochements des précautions lei plus minutieuses. Pour calmer les terreurs de sa femme, il mettait en jeu les raffinements les mieux calculés de l'onanisme conjugal, tellement qu'il en résultait pour lui un collapsus si profond, pendant une heure, qu'il équivalait à une demi-syncope. Aussi se sentait-il s'en aller de jour en jour, disait-il, par l'épuisement de ses forces, bien qu'il mangeât avec son appétit ordinaire et digérât bien. Sa femme éprouvait des accidents nerveux analogues et un dépérissement manifeste. Il suffit à ce ménage de rétablir ses rapports naturels, du douzième jour, au moins, après les règles jusqu'à leur réapparition, en s'en abstenant complètement dans l'intervalle, pour qu'en six mois les accidents aient cessé, sans conception nouvelle.
Des attaques épileptiformes sont la suite assez fréquente de ces excès chez les satyres, comme le docteur Bergeret en rapporte plusieurs exemples.
Un épileptique de vingt-huit ans attribuait sa maladie à ce qu'il n'avait pu avoir de relations sexuelles avec sa maîtresse que debout et en fraudant. Un grand vide, dit-il, lui restait dans le cerveau, et c'est dans cet état qu'il fut pris de sa première attaque. C'est évidemment là une condition aggra* vante pour les hommes dont le cerveau est fatigué par les exigences de leur profession.
La démoralisation enfantée de part et d'autre par ces rapports illicites est souvent aussi la ruine des unions les plus solides. La moindre froideur, un refus, suffisent à exciter la jalousie, les soupçons, les accusations dont il est toujours difficile de se défendre. Heureux quand elles ne sont pas justifiées par des intrigues réelles! Arrivés à ce point, on ne se respecte plus ni l'un ni l'autre. De là le désaccord, des ruptures, et souvent la séparation. C'est «n se montrant trop faible ou trop exigeante avec l'homme, sous prétexte d'amour, que la femme perd le plus souvent son estime et son affection, seules bases soUdes d'une union durable.
Les mauvais effets de ces excès ne se limitent pas malheureusement à ceux qui les commettent, ils s'étendent fatalement à leur progéniture. Toutes ces tailles rachitiques, ces figures mélancoliques et maladives qui abondent dans les grandes capitales, doivent souvent l'existence à des parents exténués par les plaisirs suprêmes que l'homme prostitue inconsidérément.
Ces conséquences sont inévitables quand la copulation n'a pas même lieu et se trouve remplacée par des manœuvres directes ou simulées avec des organes étrangers. Ces aberrations immondes n'ont plus rien d'humain, c'est de la bestialité. Elles résultent précisément de l'aiguillonnement artificiel du sens génésique par la titillation, l'irritation de ses organes, auxquelles se livrent, sans jamais les satisfaire, ceux qui ne recherchent que des plaisirs, des sensations factices. Outre les lésions locales, ecchymoses, rougeurs, excoriations dont ces parties sont souvent le siège par les frottements, la succion ou les baisers exercés sur eux, il s'ensuit ordinairement des troubles gastriques suivis de maladies de l'estomac, avec maux de tête, congestion du cerveau, idées noires, mélancoliques ou maniaques, l'hyiiochondrie, quand ce n'est pas la démence, la folie ou la paralysie générale, c'est-à-dire l'altération, le ramollissement du cerveau. Il est toujours permis de prévoir une telle fin avec de semblables commencements.
La syphilis latente, cachée, s'inocule et se communique d'autant plus facilement que l'on recourt à toutes ces manœuvres lubriques par des voies extra-naturelles. C'est parfois en vue de l'éviter jilus sûrement, ou à défaut de pouvoir se servir des voies naturelles; mais la bouche, comme toutes les surfaces muqueuses, peut transmettre et absorber le virus. Il est peut-être plus miscible dans la salive que dans les autres liquides organiques. L'angine syphilitique peut suffire ainsi à la transmettre.
La femme a donc à choisir entre le? "rossesses et
la maternité, qui l'honorent et la fortifient, et ces pratiques immorales, dégradantes, qui, en la stérilisant, la déshonorent bien plus que la fécondation même. Si, oubliant la noble fin de son organisation, a dit Hufeland, elle se livre avec fureur aux excitations de l'amour et aux défaillances de la volupté, qu'elle se rappelle que le plaisir est presque toujours un emprunt dont il faut payer chèrement le capital, tandis que la nature a placé du côté de la maternité les plus grandes chances de santé et de longévité.
C'est aussi dans les pures jouissances de l'amour et de la paternité que l'homme trouve la plus douce récompense aux lourds devoirs que celle-ci impose. En excitant toutes les aptitudes de son esprit et de son cœur, de son activité et de son ambition, elle fortifie sa moralité et le garantit contre les excès, la débauche, les passions et les maladies. Sa vie est ainsi prolongée. L'homme marié vit plus longtemps que le célibataire.
Les statistiques de tous les temps et de tous les pays confirment ce fait. Sur 100 individus de 25 à 40 ans, il meurt 28 célibataires et seulement 18 mariés du même âge. Pour 78 mariés arrivant à 42 ans, il n'y a que 40 célibataires. La différence est encore plus notable ensuite. Sur 100 individus de 60 ans, il n'y a^ue 22 célibataires contre 48 mariés, et, à 80 ans, 3 mariés pour un célibataire seulement. Jamais un de ceux-ci n'a dépassé 100 ans.
Une énorme différence en faveur des mariés de 20 à 45 ans, en Allemagne, résulte également de la statistique de Casper, de Berlin. Sur 100 000 indi-
!H6 LA GÉNÉRATIOIf.
vidus des deux sexes, de 20 à 80 ans, étudiés pendant neuf années consécutives en Ecosse, J. Starck ne trouva que 32457 mariés contre 39868 célibataires, avec une durée moyenne de 40 ans pour ceux-ci et de 59 ans et demi pour ceux-là. 4
Les recherches de M. Bertillon, faites en France, en Belgique et en Hollande, ont confirmé cette longévité des hommes mariés. Sur 1000 hommes de 25 à 40 ans, il n'y eut ainsi que 20,5 mariés, 34,5 célibataires et 58,5 veufs.
Les femmes n'ont pas le même avantage, en raison des dangers qu'entraîne la maternité et les maladies qui en sont la conséquence, surtout dans les unions précoces, c'est-à-dire de 15 à 30 ans. Mais au delà, les filles meurent davantage.
La génération, ou du moins son exercice normal, régulier, est donc un éleiucn* incontestable de santé et de longévité. Elle exerce suri •• ♦ son influence salutaire chez l'homme, à l'âge de vigueur, tandis que c'est à l'âge de retour chez la femme. Elle préserve également du suicide et de la folie dans une notable proportion : les criminels mariés sont de moitié moins que les célibataires dans les statistiques judiciaires. Elle développe, en outre, le sentiment de la sociabilité, chez les deux sexes, en exigeant leur rapprochement. Sous cette heureuse influence, les peuples se perfectionnent at la civilisation progresse.
Les vieillards, même mariés, doivent se bien péné-
trer que réjaculation, toujours plus douloureuse qu'agréable pour eux, compromet leur santé et abrège leurs jours. Rien n'est plus ridicule que leur insistance erotique. Plusieurs sont morts dans l'acte même de la copulation ou de ses suites immédiates. Ils ne doivent jamais caresser dans leur imagination les insidieuses réminiscences de leur jeunesse, ni croire aux prouesses menteuses de leurs amis ou connaissances. La longévité génitale est très rare, et les exemples historiques de vieillards virils sont à peine admissibles. Tels ce roi de Pologne qui fut père de deux enfants à 90 ans, et l'Anglais Parr qui, après avoir vécu exclusivement de pain, de fromage dur et de bière faible, se maria à 120 ans, avec une veuve, e* remplissant ses devoirs conjugaux jusqu'à 140. Il mourut à 152 ans et 9 mois. Une vie si singulière pouvait seule amener une telle fin.
Plus authentiques sont les exemples français du maréchal d'Estrées, se remariant pour la troisième fois à 91 ans, et du maréchal de Richelieu convolant virilement en seconde noces avec Mme Roth à 84 ans. Ce sont là de vieux phénomènes de l'ancienne galanterie française à ne plus imiter. Et cependant nous venons d'apprendre le troisième mariage authentique d'un célèbre médecin de Paris, âgé de 78 ans, avec une femme de 55, laquelle est devenue mère d'un garçon sept mois après, sous l'influence bienfaisante du climat de l'Italie.
»Si vieux que soit le mari et malgré la diminution graduelle de l'appétit vénérien avec l'âge et la vigueur, la jeune femme peut sans doute devenir mère,
dans ces mariages disproportionnés. La présence des animalcules étant scientifiquement constatée chez l'homme pendant toute sa vie, sa faculté d'engendrer persiste, dès que ses organes et sa santé sont intacts. L'honneur et la réputation réciproques des conjoints sont ainsi à l'abri de toute accusation, sinon de» soupçons et des propos. Mais que sont, en général, le^ produits d'unions aussi disproportionnées? Des enfants faibles, débiles, lymphatiques, sinon scrofuleux. Ce sont des jeunes-vieux n'ayant ni l'apparence ni la force vitale des enfants nés dans les conditions normales. La loi qui a fixé sagement un minimum d'âge, pour ne pas laisser à l'arbitraire la liberté de nouer des unions trop hâtives, devrait donc établir également un maximum d'âge pour interdire ces mariages. Les dangers, au point de vue de la société, en sont aussi grands et immoraux. La pudeur se révolte à l'idée seule de ces unions monstrueuses. Les suites en sont ordinairement aussi déplorables pour ceux qui commettent l'imprudence, la faute de les contracter. Elles détruisent et se détruisent. Un célèbre médecin de Ferrare, le docteur Ménard, ayant commis la fanfaronnade de se marier à 74 ans, avec une jeune fille, n'y survécut pas. Conformément à la prédiction du poète français :
le même flambeau
Le conduisit au lit, et du lit au tombeau.
Diirée et Fin-
L'extinction naturelle de la faculté procréatrice s'annonce ordinairement, chez les deux sexes, |)ar des changements extérieurs aussi sensibles qu'à son début lors de la puberté. Les formes gracieuses qui les distinguaient s'effacent peu à peu dans tout le corps. La face surtout s'alourdit sous les rides. Les cheveux, les poils accusent l'affaiblissement des forces vitales par leur changement de couleur : il» grisonnent, blanchissent et tombent. Leur chute prématurée, chez l'homme surtout, n'est pas un signe de décadence, mais de calvitie. Et par un contraste frappant, c'est surtout à cette époque que des poils de barbe apparaissent à la lèvre des femmes qui n'en avaient pas eu jusque-là, comme pour justifier le titre à^hommasse donné à celles qui en présentent dès leur jeunesse.
La cessation dos règles est le signe certain, absolu, que la génération a pris fin chez la femme. Mais comme elles se montrent irrégulièrement au début, en quantité et en fréquence, elles finissent de même en diminuant d'abord dcrpianlité, puis en retardant, en manquant et en cessant définitivement. Elles finissent ordinairement comme elles ont commencé, chez la femme dont la vie génitale a été régulière et normale Leur établissement précoce ou tardif, lent, laborieux ou facile, permet d'en prévoir toujours assez sûrement le mode de terminaison.
SSO LA GÉNÉRATIOH.
Cette période arrive généralement de quarante à cinquante ans dans les climats tempérés. Les exceptions à cette règle sont si rares que Riecke n'a trouvé en 1867 qu'une femme de 45 ans sur 69 accouchées et seulement une de 50 ans sur 5500. Sa durée varie de dix-huit mois à deux ans. La fécondité de la femme est ainsi limitée à trente années en moyenne, soit de quinze à quarante-cinq ans. Maii comme la femme ne se marie guère que de 20 à 25 ans, et cesse de concevoir après 40 à 42 ans, la moyenne de sa fécondité n'est, en réalité, que de quinze à vingt ans. Or, la grossesse et l'allaitement durant deux ans en moyenne, la femme la plua féconde, remplissant tous les devoirs ordinaires de la maternité, ne peut guère mettre au monde plus de sept à huit enfants au plus. Un nombre supérieur est très rare et résulte le plus souvent de grossesse! gémellaires ou sans allaitement. C'est en elfetla proportion habituelle des ménages anglais, allemands et russes. Leur diminution notable, dans les ménages français, en dénonce et accuse hautement les mœurs et les réticences conjugales.
La ménopause constitue cette époque, appelée vulgairement âge critique à cause des accidents et des maladies dont quelques femmes sont frappées. Les pertes ou métrorrhagies en sont le plus fréquent, soit d'emblée, soit après un retard, une suspension plus ou moins prolongée. Des spasmes, des vapeurs sans gravité, des bouffées de chaleur à la face, on sont des signes presque constants. Des écoulements
blancs remplacent aussi souvent les règles, chez les femmes sujettes aux flueurs blanches. Une odeur fétide, avec prurit et démangeaisons locales, les distingue. On note parfois des vertiges, des palpitations et même des hémorrhoïdes supplémentaires. L'écoulement de sang par l'anus est aussi une crise qui remplace les règles chez les femmes pléthoriques. Tous ces accidents sont sans gravité ; la coïncidence de douleurs profondes, d'élancements internes, dans le bassin ou dans les reins, est plus sérieuse et exige l'avis du médecin.
Un symptôme fréquent est la toux dite utérine. Les femmes éprouvent la sensation d'un corps étranger dans le gosier et toussent en raclant constamment pour l'expulser, sans y parvenir jamais. Purement nerveux, comme la boule hystérique chez les jeunes femmes, ce phénomène existe surtout chez les femmes nerveuses. La valériane en poudre à l'intérieur ou en quarts de lavement matin et soir avec une décoction de la racine, est le meilleur moyen pour se débarrasser de cette toux gênante. L'usage interne des valérianates d'ammoniaque, de quinine ou de zinc peut remplacer avantageusement cette drogue puante sur la prescription du médecin.
Des affections latentes ou suspendues jusque-là, par le fait même d'une menstruation régulière, résultent parfois de sa suppression. Telles sont les éruptions ou maladies de la peau : l'eczéma, le psoriasis entre autres, local ou généralisé. Elles apparaissent fréquemment à cette époque et font le désespoir des femmes; l'acné n'est pas rare à la face.
Des dogénérescences squirreuscs et cancérftiiseï des seins et de la matrice se manifestent aussi chez les femmes très sanguines, mal réglées ou qui ont eu une vie conjugale très orageuse, accidentée, vicieuse. Les prostituées en sont surtout fréquemment atteintes.
Les célibataires, assez iieureuses pour n'avoir éprouvé aucune incommodité de leur célibat réel jusqu'à cette époque critique, sont souvent frappées d'accidents graves , comme pour leur rappeler qu'elles n'ont pas satisfait au vœu de la nature. Des métrorrhagies, foudroyantes parfois, menacent leur vie, ou bien des congestions s'établissent dans les seins, à l'estomac ou ailleurs. On observe surtout ces suites dans les couvents de femmes cloîtrées, renfermées. La plupart de ces religieuses sont mal réglées, et il en résulte souvent des congestions cérébrales ou pulmonaires. Et quand, en raison de ces accidents ou d'autres causes, elles quittent le couvent et se marient, elles restent ordinairement stériles. La folie, l'hystérie, la phtisie, le cancer, les moissonnent bien plus que les mères de famille. Presque toujours la nature exerce en effet quelques représailles, d'une manière quelconque, envers ceux ou celles qui ont méconnu ses lois ; elle soufïre rarement qu'on se joue d'elle avec impunité.
L'épouvantable nom de critique, donné à cette époque, n'est guère justifié par les statistiques de la mortalité. Suivant celles de Benoiston de Chàteauneuf et de Deparcieux, il meurt plus d'hommes que de femmes de quarante à cinquante ans. Celle plus
récente de Starck, en Ecosse, n'accuse, en effet, que 1248 décès de mariés contre 1689 de célibataires de quarante à quarante-cinq ans. Il est vrai que celle de Casper indique au contraire, de quarante-cinq à soixante ans, une mortalité de 22,6 pour 100 de femmes mariées contre 19,2 célibataires seulement. Mais les recherches toutes récentes et précises du docteur Bertillon en France, en Belgique et en Hollande, ont montré que 1000 femmes mariées de cinquante à cinquante-cinq ans ne donnaient que 15 à 16 décès, tandis que 1000 célibataires ou veuves du même âge en fournissai^t 26 à 27. L'écart est donc considérable.
La femme qui a mené une vie conjugale normale, régulière, hygiénique, en allaitant et élevant ses enfants, n'a que bien peu à craindre de cette crise. Elle reflète en général la conduite et le régime suivis durant la fécondité. Il lui est permis bien plutôt d'en espérer la récompense flatteuse dans un regain de jeunesse. La fécondité cessant, le tissu graisseux se développe et efface les rides de la peau, arrondit les formes de nouveau et donne à la femme un air de verdeur et de vivacité qui constitue une seconde jeunesse. De là le nom d'âge de retour qui lui a été justement appliqué. Les femmes dignes de ce nom n'ont qu'à s'efforcer d'obtenir, par une conduite morale et hygiénique , ce bonheur enviable d'être jeunes une seconde fois.
L'approche de la ménopause amène, chez beaucoup de femmes, une recrudescence des désirs vénériens et de l'ardeur copulatrice, comme la lampe
avant de s'éteindre jette une dernière lueur plus éclatante. Certaines femmes conçoivent ainsi au dernier terme de leur fécondité. Le coït ne cesse donc pas avec cette faculté. Il persiste au contraire beaucoup plus longtemps que chez l'homme. Un grand lombre en abusent même alors, dans la sécurité de fie plus être fécondées. Celles qui sont atteintes i'aflections de la peau en sont particulièrement tourmentées par l'excitation, la démangeaison qu'elles éprouvent. De vieilles femmes, déréglées depuis plusieurs années, sont ainsi la honte de leur sexe en se remariant avec des jeunes gens qu'elles tentent par leur fortune, sinon par leurs vices. Ces unions immorales, en étant fatalement stériles, n'ont en effet d'autre mobile que le vice ou la cupidité.
En agitant le sang et le système nerveux, dont le calme est si essentiel à la santé de la femme sur le retour, les abus de la copulation sont aussi préjudiciables qu'à l'homme. Elle s'expose par là à tous les pires accidents de la ménopause : hémorrhagies utérines, catarrhe utérin, ulcérations, cancer. En sur excitant des organes inertes, n'ayant plus de fonctions à remplir, elle les provoque à une vie artificielle, morbide, qui produit ces altérations locales et des affections générales par les sympathies qu'elles éveillent dans tout l'organisme.
Des phénomènes anatomiques, inverses à ceux de la nubilité, ne tardent pas à marquer chez la femme la fin de la fécondité. Les ovaires diminuent et s'atrophient et des rides profondes à leur surface leur
DURÉE ET FIH. 525
donnent Taspect d'un noyau de pêche. (Raciborski.) Les vésicules deviennent grisâtres, d'un blanc opaque, et se froncent par la disparition] du liquide qu'elles contenaient. On en trouve pourtant encore, quinze à vingt ans après l'âge critique, chez les femmes n'ayant pas eu d'enfants. Le docteur Ritchie rencontra des vésicules, grosses comme une tête d'épingle, remplies de liquide normal, sur les deux ovaires d'une vieille miss de 70 ans, ayant un col virginal. Elles existaient également, sans liquide, chez une autre temme de 60 ans, mère d'une nombreuse famille : la surface des ovaires était hérissée de cicatrices et l'orifice utérin des trompes était imperméable. De simples cellules paraissent même se détacher des ovaires jusqu'à la fin de l'existence de la femme, comme les zoospermes chez l'homme, quoique sans vitalité. Ces organes sont ainsi méconnaissables, comme la matrice et les seins, témoignant par là qu'ils étaient bien solidaires de la fonction disparue.
Son extinc' ion est beaucoup plus lente et tardive chez l'homme sain qui n'en a pas abusé ou que les excès de l'alcool, du tabac, n'ont pas rendu impuissant de bonne heure, en paralysant le sens génital. L'exercice de certaines professions : la distillation de la benzine, du sulfure de carbone, ou la prépara' lion du caoutchouc, produisent le même effet. Elle commence en général à décroître vers la cinquantième année et n'est guère complète, par l'absence
de désirs et d'érection, qu'à soixanle-dix nns, bien que le sperme contienne encore des animalcules au delà de cet âge. M. Duplay en a trouvé chez un vieillard de 86 ans. Mais la fécondité masculine étant subordonnée à bien d'autres conditions irréalisables à cet âge, on doit en limiter le terme à la l'acuité d'exercer une copulation normale et complète.
Les conditions de la vie sociale influent notablement à cet égard. Chez l'homme qui a le bonheur de vivre et rester en ménage, l'habitude éteint naturellement les désirs, et l'amitié jointe à l'estime, succédant à l'amour, suffît à remplir son cœur. Le père de famille, à soixante-cinq ans, n'a plus ainsi que des velléités, des souvenirs près de celle qu'il a vu vieillir. La froideur, les incommodités, sinon les infirmités habituelles de l'âge, ne peuvent plus guère l'exciter efficacement. Il reste tranquille, tandis que l'homme seul, isolé, sans affection et exempt des passions du jeu, de l'ivrognerie ou de toute autre, si communes alors, tourmenté encore par les désirs, n'a qu'à suivre une de ces jeunes beautés familières qui l'invitent, pour retrouver toute sa virilité. Ces habitudes semblent même l'entretenir et l'exciter parfois à un degré morbide, maladif. Beaucoup d'hommes sur le retour sont ainsi victimes de leur luxure.
C'est ordinairement dans cet intervalle de soixante à soixante-cinq ans que, la vivacité du sentiment s'affaiblissant, les mêmes causes stimulantes no. provoquent plus l'érection ou ne la produisent plus qu'incomplètement. Dès que l'excitalioa nerveuse
cesse ou qu'une autre idée remplace celle de la volupté, les organes retombent dans leur état naturel. On se convainc alors que la volonté seule est impuissante à produire l'érection, quand le temps en est passé. Au delà de cette limite, il n'y a plus qu'une virilité exceptionnelle, douteuse ou de hasard.
La durée totale, chez l'homme sain et bien portant, persiste donc pendant quarante-cinq à cinquante ans, soit un tiers de plus que chez la femme. Sauf quelques exceptions individuelles, tenant au genre de vie, à la constitution, à la race ou au climat, toutes les preuves du contraire sont sujettes à contestation. Aucun signe fixe ni accident distinct n'en marque la cessation absolue, définitive, comme chez la femme. Si lente et imperceptible est cette extinction — et elle est parfois accidentée d'une année à l'autre sui- Tant les occasions et les circonstances — qu'aucun signe effectif n'en peut résulter. Les excès, les abus de la jeunesse, exercent seuls leur influence, et c'est alors surtout que les maladies contractées durant son plein exercice, comme les rétrécissements et les engorgements de la prostate, manifestent cruel le nrient leurs effets. L'homme sain assiste ainsi impassiblement à la déchéance graduelle de sa phis belle faculté, déchéance si lente qu'il s'en aperçoit à peine pendant lesdouie ou quinze dernières années de son exercice. La langueur croissante des fonctions digestives, en ralentissant la circulation et la caluricité, en diminue insensiblement les manifestations et seule y met fin.
Dans son livre de la Vieillesse, Ciccron rapporte que Sophocle, déjà vieux, interrogé pour savoir s'il se livrait encore aux plaisirs de l'amour, répondit sagement : « Que les dieux m'en préservent ! Je les ai abandonnés il y a longtemps, d'aussi bon cœur que j'aurais fui un ami sauvage et furieux. »
La plus sévèr3 économie d'un fluide aussi rare et précieux que le sperme, qui prend sa source dans la vie même, est une règle rigoureuse pour les vieillards. Sa conservation est un élément de santé et de longévité. Ils évitent ainsi des ébranlements nerveux très préjudiciables, dit Réveillé-Parise, tandis que la résorption des éléments spermatiques par l'organisme qui s'en imprègne en maintient utile» ment la vigueur, surtout chez les individus faibles ou délicats.
Est-ce à dire, avec des moralistes sévères ou chagrins, que tout homme prudent, arrivé à cin(}uante ans, doit renoncer aux plaisirs de l'amour? Le docteur Georget le prescrit à qui veut vivre longtemps et en santé, avec l'entière plénitude de ses facultés mentales, motrices et digestives. Chaque copulation qu'il fait ensuite est une pelletée de terre sur sa tête, ajoute Portai. Les individus nerveux, irritables, énervés par les excès or les abus d» la jeunesse, sinon de leurs travaux intellectuels, ou qui sont faibles, délicats, malingres, débiles, doivent san» doute observer une grande modération à cet âge ; ils en éprouvent même la nécessité. Mais pour le plus grand nombre, encore vigoureux, forts et robustes, cette règle est inacceptable, difficile, sinon dange-
reuse à observer pour l'entretien et la conservation même de leurs facultés. La seule recommandation à leur faire est de ne céder qu'au besoin, au désir normal, jamais à la tentation ni à l'habitude. Laisse Vénus un mois et elle te laissera trois. Plus on en use à cet âge et plus elle débilite.
Les excès de la copulation, à un âge avancé, sont donc aussi préjudiciables à la femme qu'à l'homme. L'un et l'autre ne doivent remplir cette fonction frustre que par mesure d'hygiène. Les effets ne peuvent manquer d'en être funestes autrement. Elle est incompatible avec la vie calme et tranquille, l'exercice modéré, le régime doux, indispensables à observer à cet âge. Des bains et quelques purgatifs salins, pris à intervalles rapprochés, sont beaucoup plus nécessaires pour modérer et réprimer les désirs intempestifs qui peuvent se manifester, surtout à la suite d'un bon repas. Les banquets ordinaires de famille sont ainsi doublement préjudiciables aux vieux, comme les spectacles, les soirées, les bals, en excitant l'esprit et les sens, en réveillant les souvenirs de la jeunesse. Les vieillards sages devraient s'interdire rigoureusement, vers l'âge de retour et pour ne pas en ressentir les orages, tout ce qu'ils ont défendu, empêché à leurs enfants jeunes. C'est le plus sûr guide qu'ils puissent suivre.
On a essayé, dans tous les temps, à prolonger l'usage des fonctions génératrices en en excitant les organes ou par le réveil des sens. D'innombrables
moyens divers et spéciaux choisis parmi les minéraux, les végétaux et les animaux, sous le nom d'aphrodisiaques, ont été tour à tour prônés, em ployés et délaissés successivement. Une infinité de drogues, philtres ou remèdes ont été composés et vendus, sous forme d'eaux etd'élixirs, de potions et sirops, marmelades et pastilles, bois ou pilules, bains et lotions, liniments et cata|ilasmes, emplâtres et onguents, sans que leurs prétendues vertus fussent plus réelles. Dans l'état de santé, le seul aphrodisiaque vrai, direct, immédiat, est l'amour naturel et celle qui l'inspire. S'il ne réussit pas, c'est qu'il y a altération ou maladie, et c'est en les traitant avec les moyens ordinaires qu'on peut lui rendre toute l'efficacité de son action souveraine. Pour rester puissant, d'après Ovide, il faut économiser sa puissance. Les cantharides ni le phosphore, pas plus que la flagellation ni l'électricité, ne peuvent entretenir l'activité ni la rétablir quand elle est disparue- Il n'est pas de plus dangereux moyens à cet effet.
Tous ceux qui ont été prônés pour réveiller les sens opprimés et relever l'homme de sa déchéance ne sont que des agents factices.
Contrôla faiblesse, l'anémie, la débilité de l'organisme — amenant secondairement une impuissance prématurée chez les hommes dont la vie a été agitée, tourmentée, ou exténués par ks abus, les pas- 8iou.3, les chagrins — les meilleurs aphrodisiaques sont un régime sobre et tonique, fortiliant, aidé du changement de lieu, de bains de mer ou d'hydro-
thérapie, de douches. Le soufre et le sel, par leurs p]ropriétés excitantes et sous forme d'eaux sulfureuses et de bains de mer, sont d'utiles adjuvants. Les bains russes, suivis d'irrigations froides sur les parties génitales, réussissent également. C'e^t ainsi que l'hydrothérapie en douches locales a donné de remarquables succès.
L'eau claire, pure et aérée est souvent le meilleur aphrodisiaque. Une loi de Carthage prohibait toute autre boisson le jour de la cohabitation maritale. Bacon a observé que la virilité s'affaiblissait de bonne heure chez les ivrognes et se prolongeait longtemps chez les buveurs d'eau. L'observation moderne a confirmé ce fait en l'éclairant, car elle a montré que l'alcoolisme était seul coupable en altérant les tissus, la cervelle en particulier, qu'il stéatose et dégénère. De là l'impuissance précoce de» ivrognes.
C'est seulement durant la dernière période de la vie génitale, soit de cinquante-cinq à soixante-cinq ans au plus tard, que l'homme affaibli, déprimé, peut chercher utilement, dans ces moyens généraux, une restauration passagère de ses organes. Le désir naturel en est la seule indication positive et en fait toute l'efficacité. Spontanément, ils seraient insuffisants, sinon dangereux, toute action directe et artificielle sur ces organes retentissant alors profondément sur le cerveau. C'est ainsi que l'intelligence s'affaiblit chez le vieillard et que la décrépitude se manifeste. Tous les signes distinctifs des sexes sont alors éteints. L'homme et la femme tombent en en-
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fance, selon l'heureuse expression populaire, c'està-dire dans cet état amorphe où les deux sexes 86 conlondent dans un mutuel oubli de leurs atiri-
Ituts.