‹ La génération universelleChapitre 4 sur 82 · CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME · texte numérisé non relu

CHEZ L'HOMME ET CHEZ LA FEMME

La faculté primordiale et distinctive des êtres organisés, plantes et animaux, est de s'engendrer et se reproduire, de donner la vie, comme ils l'ont reçue, à des èlres semblables à eux et semblables aussi à ceux dont ils procèdent. C'est la génération. De là le rôle élevé de cette fonction dans l'organisme vivant et sa prééminence sur toutes les autres. Elle continue l'œuvre sublime de la création en la perpétuant; elle y participe même activement toutes les l'ois qu'elle lui imprime une amélioratioii, un perfectionnement, en suivant les lois de la sélection naturelle.

La génération est donc à la fois l'origine même de la vie et sa fonction la plus noble, la plus précieuse et la plus délectable. Aucune autre n'est oc-

troyce à l'organisme vivant avec une aussi grande magnificence et plus de parcimonie. De là le plaisir, la volupté incomparables qui résultent de son exercice régulier et opportun. Elle est la dernière à se manifesler chez l'homme et la première à s'éteindre, à disparaître. Ces étroites limites sont le caractèra disliuclif de sa suprématie sur toutes les autres.

Elle exige en effet, pour son exercice, son but et sa fin, le développement complet du corps ; elle diminue et cesse aussitôt qu'il commence à décroître. La fonction génératrice est ainsi la preuve et le couronnement de la puissance organique, comme elle devient le signe et la démonstration de sa décadence. Une sorte d'exubérance vitale est nécessaire pour transmettre la vie, et cette prérogative est le privilège de la plus belle période de l'existence.

Aussi le Créateur l'a-t-il rendue impérieuse, nécessaire, indispensable. Tous les êtres vivants ayant une durée limitée, qui se termine inévitablement par la destruction et la mort, il fallait un moyen de reproduction sans cesse en activité, pour que les genres, les espèces et les types ne disparussent pas. L'univers ayant à subsister, tous les êtres vivants qui le peuplent devaient pouvoir se propager à travers l'espace et l'immensité des temps. De là le besoin, l'instinct et la loi inéluctables de la reproduction, se manifestant partout et auxquels tous les êtres vivants sacrifient avec empressement, excepté l'homme civilisé.

On peut même affirmer que les êtres vivent seulement pour se reproduire. La plupart des plantes,

LA GÉNÉRATION. li

aussitôt qu'elles ont donné leurs fruits ou la semence qui doit les reproduire, pâlissent, se fanent, se flé- Irissent et meurent. Beaucoup d'animalcules inférieurs meurent aussitôt qu'ils se sont reproduits, et dans les espèces supérieures, l'homme par exemple, les individus n'atteignent toute leur perfection qu'à l'âge de la virilité, de la reproduction, redevenant imparfaits et commençant à décroître, sinon à mourir, dès qu'ils perdent cette faculté.

« Cette puissance créatrice ou organisatrice est le caractère essentiel de la vie», a dit Cl. Bernard. Elle ne sert pas seulement au début de la vie dans l'œuf, l'embryon ou le fœtus; elle poursuit son œuvre chez l'adulte en présidant aux manifestations des phénomènes vitaux, car c'est elle qui entretient par la nutrition, et renouvelle d'une manière incessante, la matière et les propriétés des éléments organiques de la matière vivante. « Toutes les autres fonctions n'en sont que des modalités », ajoute Chauffard, toutes se résument et aboutissent à la génération. Elle est le fond de toutes les opérations vivantes, intellectuelles et autres, celles du corps et de Tèsprit. La nutrition elle-même, fonction commune et permanente de tout organisme, n'en est que la continuaîion. La cellule fécondée se nourrit en empruntant rfDx milieux qui l'entourent, destinés à compléter seulement l'œuvre génératrice. Elle est au-dessus de la conservation de l'individu comme de la force elle-même.

C'est inspiré de ces principes vitalistes, l'esprit animant et perfectionnant la matière, que nous ex*

piiquerons les différents modes de cet acte important.

Eitprit et Matière.

De rimpoi'tance même de la Génération sont nées les nombreuses tentatives faites de tout temps pour pénétrer les secrets de cette fonction mystérieuse, renfermant l'origine même de la vie. Tant que les philosophes et les savants ont considéré celle-ci comme produite par un souffle divin animant la matière, suivant l'autorité biblique prise à la lettre, l'esprit et l'imagination ont fait tous les frais des théories et des hypothèses émises pour s'en rendre compte. Elles ont ainsi varié suivant les doctrines régnantes, et le surnaturel, le merveilleux ayant été admis dans la nature même pendant de longs siècles, ce fut le plus souvent au gré des préjugés et de la superstition, de l'ignorance et de l'erreur.

Une étude plus attentive et plus circonspecte des phénomènes de la nature, en découvrant l'invariabilité et riramutabilité de ses lois, a pu seule guérir les esprits de cette débauche d'inventions et de suppositions gratuites. En révélant une ressemblance et une liaison intime entre les espèces les plus voisines des trois règnes : minéral, végétal et animal, elle a appris à interpréter les lois différentes qui les régissent en allant du simple au composé. L'analyse a montré que le premier, le minéral, inorgani(jue et inanimé, dont l'accroissement est l'unique caractère, n'est lui-même qu'un composé agrégé ou combiné

des divers éléments solides, liquides ou gazeux : hydrogène, oxygène, carbone, azote ou ammoniaque, chaux, soude, potasse, silice, phosphore, etc., répandus dans l'univers entier. Et comme il est la base et le substratum du règne végétal, organisé et animé, et par cet intermédiaire du règne animal, dont l'homme, qui s'en alimente et s'en nourrit, est le couronnement, il est rigoureusement logique d'admettre que la vie provient de la matière. Tous les savants modernes en sont là.

Invoquant les enseignements de la science et le libre examen, ils soutiennent que la vie n'est qu'un attribut, une propriété de la matière organisée, qui s'est manilestée simultanément, d'abord faible et isolée, dans une cellule primordiale, pour se perfectionner ensuite peu à peu, au fur et à mesure que l'organisme évolue et se perfectionne lui-même. Telle est la formule doctrinale admise aujourd'hui par la plupart des savants.

Voici pourtant une exception. « Un fait aussi certain que mystérieux, établi par la géologie, disent MM. Sapnrta et Marion, c'est que la vie s'est manifestée sur le globe à un moment déterminé, comme le confirme la Genèse, et après une longue succession de phénomènes purement physico-chimiques. Est-ce donc l'action des forces purement mécaniques qui rendra compte du secret de cette manifestation surnaturelle, quand depuis lors on n'a pu déterminer la genèse spontanée du moindre organisme? » Delà leur mutisme sage, sur la cause qui l'a engendré une première fois. {Les CryptogameSy page 11 et

«uivantes, volume XXXIX de la BiblicMièque scientifique internationale.)

Pour nous, la vie est le fonctionnement des organes. Elle augmente à mesure qu'il s'accroît, s étend et se perfectionne par l'impression, la perception, l'exercice de ces mômes organes, diminue avec lui dès qu'il est lésé, troublé ou suspendu, et cesse en même temps que lui. Ils sont inséparables et ne peuvent exister l'un sans l'autre. Et la preuve que l'esprit n'est pas subordonné à ce fonctionnement organique, c'est que les qualités immatérielles des plantes dans leur parfum, leur saveur, ne sont pas en rapport avec leur volume ni la matière contenue en eux. Les plus petits animaux sont souvent les mieux doués. Et si la majorité des êtres organisés vivent plus du corps que de l'esprit, il est des hommes frêles et délicats qui conçoivent et ez^cutenl les plus magniliques œuvres de rintelligence et du cœur et vivent bien plus de l'esprit et de l'àme que di' corps.

La formule en est beaucoup plus compliquée pour les positivistes contemporains. D'après Littrc. la vie appartient à la matière comme la pesanteur et le calorique, mais elle ne se manifeste que dans son état d'organisation. Elle est un mode de son activité pour M. Robin, c'est-à-dire l'effet ou le résultat de celle-ci. La matière brute n'est douée que d'activité et de forces spéciales, suivant su composition, ses combinaisons ou ses amalgames.

Organisation et vie sont absolument corrélatives, l'une n'étant pas sans l'autre, tout en ne formant pas plus une seule et même chose que l'aimant el le magnétisme. L'organisation consiste en une simple disposition mécanique des parties. C'est l'arrangement de la matière animale. Elle est donc distincte de la vie, car le minéral, le corps .privé de vie, est organisé comme le corps vivant, puisque le même arrangement existe dans l'un et dans l'autre. L'animation de la matière organisée serait donc le caractère de la vie.

Cette distinction fondamentale est rendue évidente par les curieuses expériences récentes des professeurs Meunier et Yogt de Genève, qui ont obtenu diverses formes organiques avec le concours de deux sels inorganiques et sans vie. En laissant tomber des fragments cristallisés de sulfates de cuivre, de fer, de nickel, de zinc, de magnésie, etc., dans une solution visqueuse de silicate de soude, ils ^nt vu des tubes se former aussitôt. La parcelle du cristal de sulfate, tombée dans le liquide, s'enveloppe d'une membrane transparente, dialytique qui ô'étcnd et se gonlle à mesure que le cristal fond. Les tubes en résultant ressemblent à s'y méprendre à certaines formes tubulaires organiques vivantes, comme les tubes nerveux, les boyaux polliniques ou les tubes fécondateurs de certaines floridées. Leur calibre varie aussi avec le volume du grain de sel déposé et lui est toujours proportionné pour montrer que la matière agit seule, malgré les ramifications, les soudures, les cloisons transversales constatées dans ces tubes.

Plusieurs phosphates donnent les mêmes résultats. Les carbonates alcalins de potasse, de soude et d'ammoniaque, engendrent au contraire des cellules rondes, à canaux poriques ouverts, dont les formes sont aussi constantes et persistantes que celles des tubes. {Acad. des sciences, janvier 1882.)

Ces formes d'éléments organiques, engendrés par des '"'>rps absolument inorganiques, montrent que i'organogénie est indépendante de la vie même. Tout en persistant, en vertu de la résistance de leur organisation, ces tubes et ces cellules ne peuvent donner la vie qu'ils ne possèdent pas ; ce sont des corps inanimés.

Aussi la physiologie actuelle exclut à bon droit le vitalisme et la tcléologie, dit lIîEckel, le dernier venu et le plus radical des matérialistes allemands contemporains. Et mettant en pratique la philosophie de Kant — laquelle remplace partout les causes finales par des causes mécaniques ou efficientes et explique tous les phénomènes de la nature par ce principe de mécanisme — il repousse toute action mystique et surnaturelle, comme la force vitale, et n'admet dans son domaine que des forces physicochimiques ou, dans une acception plus étendue, mécaniques. {Psijchologie cellulaire, Paris, 1880.)

jXuI autre intermédiaire n'existe de fait dans cette succession ininterrompue de la matière sous ses différentes formes, brute ou animée. Et c'est toujours et partout, en dernière analyse, dans les solides et les liquides végétaux et animaux, les mêmes éléments qui se retrouvent comme au début : hy-

ESPRIT ET MATIÈRE. 'il

drogène, oxygène, carbone, azote ou ammoniaque, chaux, soude, potasse, silice, phosphore, etc. Qu'ils se transforment pendant leur cours en produits composés nouveaux et vivants, sous forme solide ou liquide, peu importe, puisqu'en somme on les retrouve seuls dans les excrétions journalières pendant la vie, comme dans les diflérents tissus après la mort. C'est donc la démonstration palpable que la matière primitive forme la substance intégrale de l'homme.

Que celte matière ainsi organisée, vivante et sensible, soit douée de propriétés inhérentes à ellemême, comme le mouvement, la contracture, et développe des forces spéciales de chaleur et d'électricité, cela est évident et incontestable; son mécanisme compliqué de nutrition, de respiration et de circulation, en rend parfaitement compte. La mécanique, si perfectionnée de nos jours, en offre des exemples démonstratifs et convaincants par leur jeu simple et admirable. Certains végétaux doués de mouvement, de clialeur et de sensibilité rudimentaires, comme les dionées, la sensitive, en sont la preuve ; le métal lui-même, développant de l'électricité et de la chaleur, agents du mouvement, force bien de reconnaître aujourd'hui que ces propriétér sont inhérentes à la matière elle-même et en sont les attributs directs et immanents.

Mais l'esprit, la pensée, le raisonnement, la con- Bcience, l'amour, le dévouement et tant d'autres

facultés éminentcs toutes spéciales à l'iiomme, qui le placent à un si haut degré et le distinguent de tout le lègue animal, sont-elles aussi les propriétés de la matière? S'il en était ainsi, tous les grands animaux qy.i s'en rapprochent le plus, comme les mammifères — dont l'organisation est absolument identique, formée des mêmes matériaux, pourvus des mêmes fonctions et des mêmes sens — devraient être doués des mêmes facultés. Supérieurs en volume, ces animaux devraient même être supérieurs à l'homme dans toutes ces facultés de l'esprit et du cœur, si elles étaient l'attribut de la matière, comme ils lui sont supérieurs en force. Ce raisonnement est rigoureusement logique et l'évidence du contraire montre bien que les forces matérielles sont indépendantes de l'intelligence et de l'esprit.

Ces facultés sont-elles mieux en rapport avec les qualités de la matière? L'homme en présentant Tarrangement le plus délicat et le plus parfait, surtout pour l'exercice de ses fonctions sensitives, de ses sens les plus déliés, les matérialistes en ont placé le siège dans le cerveau. La substance ou pulpe cérébrale est ainsi, d'après eux, l'organe de l'intelli- <jence et de l'esprit, le substratum d'oià se dégagent immatériellement la conscience et la raison, comme l'électricité et le magnétisme de certains minéraux, l'odeur et le parfum des végétaux. L'analogie est si frappante, la comparaison si exacte, que ceux qui l'oni trouvée en sont restés là pour expliquer ce phénomène mystérieux. Pour échappera toute question ou objection embarrassante, on émet comme

un dogme, avec la sûreté d'un pape infaillible, des assertions comme celle-ci : les fonctions psychiques dépendent des organes psychiques et ceux-ci sont la condition même de tout travail psychique, c'est-àdire la pensée et le raisonnement. Qu'opposer à de tels axiomes?

Si toute matière est active, physiquement et chimiquement, dit le professeur Robin, le plus positif des positivistes français, elle n'est pas animée, et si le cerveau pense, c'est que la matière y est à un certain état, celui d'organisation. L'état normal et intellectuel des hommes, et de certains hommes spécialement, n'est pour lui que le mouvement organique d'une matière supérieure du cerveau, une stabilité différente de ses éléments ou de ses principes constitutifs, comme on l'a constaté pour la contractilité dans le muscle et ses fibres, dans les glandes pour l'absorption, etc. Il n'y a pas plus d'esprit et d'intelligence sans cerveau que de vie sans une organisation correspondante. {Journal de laphy- Biologie de Vhoinme et des animaux, u" 1, 1880.)

Ne voyant que matière partout-, le savant naturaliste ne peut raisonner et comparer que d'après elle, mais l'objection se formule d'elle-même par les cerveaux sans esprit ni intelligence et qui ne pensent même pas, bien que n'offrant aucune différence appréciable. Si penser était une qualité matérielle du cerveau, comme l'acidité et l'alcalinité, on devrait constater une différence morphologique dans ceux qui ne pensent pas, comme entre les acides et les alcalis ; si la constitution de ceux-ci

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était la même que ceux-là, ils ne varieraient pas de qualité.

Les plus minutieuses reclierclics ont ainsi été faites sur les cerveaux de ceux qui sont privés de ces précieux dons de l'esprit et de la raison, comme les simples, les idiots, les imbéciles, les crétins, les fous, pour en trouver les différences dans la forme, le volume, la texture ou la consistance, la circulation et la vascularisation. Mais tandis qu'après le trouble ou la perte du mouvement, du sentiment, de la parole même, des lésions limitées, très appréciables, même à l'œil nu, en ont montré le siège fixe, constant et uniforme, les recberches les plus variées et multipliées n'ont pu découvrir rien de semblable quant au trouble de l'esprit, à la perle de la raison. Les procédés les plus délicats et minutieux, comme les méthodes les plus compliquées, les expériences même, n'ont servi à rien ou à peu près. Aucune lésion positive, constante, limitée, n'a pu être distinguée, précisée, fixée, même au microscope, ni par les réactifs les plus sensibles. Le spectroscope, l'électroscope, ont été aussi impuissants à en constater les caractères vagues et intimes que la balance n'avait pu le faire par le poids et le volume du cerveau. L'affirmation de la veille a toujours été infirmée le lendemain, sans que rien de positif, constant et fixe, soit acquis définitivement à ce sujet.

Toutes les classifications des maladies mentales ou de l'esprit, de la raison, basées exclusivement sur les altérations du cerveau ou les lésions de sa

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substance, ont échoué par ce motif. Aucune lésion bien définie n'a pu être fixée, établie solidement. Tous les essais tentés à ce sujet dans ces dernières années, en Allemagne comme ailleurs, n'ont été jusqu'ici qu'une affaire de brillante spéculation de l'esprit lui-même, plutôt qu'un résultat de l'observation, malgré les immenses progrès réalisés depuis une douzaine d'années dans la pathologie cérébrale. On peut bi^n découvrir et fixer les lésions organiques des maladies du cerveau entraînant la perte des sens : la vue, l'ouïe, le mouvement, la parole; mais celles de la volonté, de la raison, de l'esprit, de l'intelligence, de l'imagination, ne pourront jamais être saisies, car elles sont immatérielles.

Prétendre connaître et fixer minutieusement aujourd'hui les caractères histoiogiques de la folie, à l'exemple de certains psychologues allemands, est aussi vain et insensé que l'enseignement de leurs ancêtres à ce sujet. John Hunter et Heinroth enseignaient publiquement, au commencement de ce siècle, que la folie était le résultat du mal et du péché, de la désobiéssance consciente à la volonté divine, et que le plus sur moyen de s'en préserver et de s'en guérir était une vie religieuse et chrétienne en se donnant à Dieu. Un théologien en eût dit autant. Depuis, il a été démontré positivement au contraire, par les résultats de l'observation et la statistique relatés plus loin, que la folie sévit principalement parmi les religieux, dans la vie contemplative du cloître et des couvents. Est-ce donc qu'ils offensent plus Dieu ou parce qu'ils contreviennent à ses lois

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par le «h Ubat? Mais c'est la manie traditionnelle des rêveurs allemands de prétendre tout savoir et tout expliquer surtout. Ils en donnent actuellement la preuve par un matérialisme outré, un positivisme qui ne connaît plus de homes, et l'on verra, dans un demi-siècle, ce qu'il restera de toutes leurs élucubrations.

Seul le ramollissement de la pulpe cérébrale, la diminution de sa consistance partielle ou totale, est reconnue comme un signe de démence, d'aliénation. D'où l'épithète de ramollis, appliquée à ceux qui ne raisonnent plus juste ; mais par son étendue et sa coïncidence ordinaire avec la diminution ou la perte des mouvements, la paralysie générale, celte altération n'a aucun caractère précis.

L'extrême diversité de l'intelligence et la variation de ses facultés chez l'homme adulte, dans la même famille, est une autre preuve évidente qu'elle n'est pas plus adéquate à la qualité de la substance cérébrale qu'à sa quantité. Bien peu de fx'ères, de sœurs élevés, éduqués dans les mêmes conditions, ont une intelligence, une imagination au même degré de développement. Rien de plus fréquent, au contraire, que de constater des différences notables et parfois opposées quant à la raison, à l'esprit. Là doctrine de Gall et Lavater, quant aux facultés spéciales coïncidant avec des saillies, des bosses ou des dépressions et des enfoncements du crâne, n'a jamais été ratifiée par la science. L'obst'ivaliuu ne la

confirme mcme pas dans ses caraetères les plus saillants. Les protubérances frontales sont à la fois le caractère de l'intelligence et du crétinisme, et tel homme au front fuyant, déprimé, a parfois une grande intelligence et même des éclairs de génie. La conformation extérieure du crâne ni du cerveau ne peut donc servir d'appréciation scientifique à cet égard.

La découverte récente, faite en Allemagne, du siège des mouvements des membres à la surface du cerveau, a ramené l'attention en France sur les plis cérébraux dans leurs rapports avec l'intelligence et le crime. La disposition morphologique de ces plis serait, pour M. Pozzi, un des plus importants facteurs de l'intelligence humaine. Comme la surface du cerveau des animaux est en général plus plane, moins plissée que celle de l'homme et que ces plis lou circonvolutions sont moins profonds, il fait de ces caractères un signe d'obtusion intellectuelle. Un simple arrêt de développement en serait la cause.

Tout le secret de l'intelligence humaine serait dans la conformation extérieure du cerveau, le plissement plus ou moins serré et profond de sa surface. Or ce développement étant, comme toutes les formes et les traits du corps humain, indépendant de la volonté, il n'y aurait plus qu'à attribuer l'esprit à une force aveugle, héréditaire ou divine. {Annales médico-psiychoL, 1879.)

La mort récente et déplorable du grand citoyen Gambelta, dont la haute intelligence et l'éloquence surtout faisaient l'admiration universelle, fournit

une nouvelle et éclatante contradiction de ce système. Le cerveau, enlevé du crâne après l'injection conservatrice, ne pesait que H 60 grammes, chiffre brut prisa deux reprises, alors que celui d'Iionimcs moins remarquables était bien supérieur. En présence de ce résultat inattendu et des interprétations contradictoires qu'il soulevait, les pbysi'dDgistes cliargôs de l'expliquer ont fait bon marché du poids ai)Solu el de la masse du cerveau sur l'intelligence; la prédominance des circonvolutions sur son volume total et principalement la richesse el la fine contexture de ces plis seraient seules à considérer sous ce rapport. [Tribune médicale, 4 février 1883.)

Si cette théorie était vraie, une circonvolution surnuméraire devrait être une condition précieuse pour l'étendue et la supériorité de rintelligence. Par une amère dérision, une contradiction étrange, voici qu'elle serait, au contraire, la bosse du crime! M. Bénédict (de Vienne) a fait connaître en effet l'existence de quatre circonvolutions frontales, au lieu de trois, chez des scélérats, et le docteur Ilanot vient de confirmer le fait à l'infirmerie centrale des prisons de la Seine. Sur onze autopsies 'A n'a pas rencontré une seule fois la disposition classique ou normale des circonvolutions. Il ne dit pas si elles étaient aplaties ou moins plissées parfois ; mais quatre cerveaux notamment présentaient quatre circonvolutions cérébrales : trois fois à droite et une fois à gauche. La deuxième circonvolution frontale était dédoublée. {Soc. de hioL, 27 décembre 1879.)

Deux raisons rendent cette coïncidence frappante.

Cette quatrième circonvolution est assez rare pour qu'un interne des hôpitaux, M. Ovion, se li- » vrant à des recherches à ce sujet, n'ait pas rencontré un cas semblable, tandis que, en recouraoS à l'écrou des hommes à la seconde circonvolution surnuméraire, M. Hanot s'est assuré que, sans être de grands criminels, c'étaient des piliers de prison, des récidivistes, n'ayant jamais su se plier à aucune règle sociale.

Ces faits contradictoires montrent que les différences morphologiques sont trop fréquentes et diverses pour que l'on puisse en rien inférer sur le, caractère ni sur l'esprit. C'est en s'y appuyant trop exclusivement que les psychologistes ont créé la plus grande confusion et l'anarchie à cet égard. On n'a pas même su découvrir encore le siège précis du sens génital ni fixer l'ordre et le rang des conditions qui président à son exercice. Une obscurité profonde règne sur son développement, ses manife»tations et ses arrêts par l'anaphrodisie et la frigidité dans la génération.

Non est magnum ingenium sine mixturis dementise, a dit Sénèque, et un aliéniste distingué, Moreau (de Tours), a répété que le génie confinait à la folie, comme l'histoire le confirme en plus d'un cas. Le cerveau des vicieux, des scélérats, des criminels, n'offre pas de différence appréciable avec celui des plus vertueux et des plus ingénieux. Malgré le contraste de leurs facultés, l'antagonisme de leurs aspirations, sa texture et sa composition sont absolument identiques. L'examen récent et la men-

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suration exacte du crâne de trente-six assassins guillotinés n'ont ainsi présenté au docteur Bordier qu'une diminution de la région frontale et une augmentation de la région pariétale, correspondant au type de nos sauvages ancêtres préhistori(|ues, c'està-dire à une infériorité intellectuelle notable, remplacée par la tendance à l'action, l'activité et l'excitation. {Revue d'anthropologie, 1879.)

Ne pouvant démontrer le siège précis de l'esprit, ni trouver la source de la pensée dans un point quelconque du cerveau, on en a placé séparément les différentes facultés dans l'ensemble. Tel est le système de M. Luys, tout récemment exposé, et dont voici un résumé succinct. Après avoir distingué les petites cellules superficielles sensilives des grandes cellules pyramidales profondes motrices, il place tous les phénomènes de l'activité cérébrale dans les deux noyaux centraux des couches optiques et les impressions sensitives dans le corps strié. Et faisant communiquer ceux-ci avec celles-là par des fibres commissurantes et convergentes figurées, il admet que les « noyaux centraux épurent, transforment, par leur action métabolique propre, les ébranlements irradiés du dehors, qu'elles lancent en quelque sorte, sous une forme spiritualisée, à la surface. Les éléments du corps strié, au contraire, absorbent, condensent, matérialisent ces impressions venues du dehors, et après les avoir amplifiées et incorporées à l'organisme, ils les projdtte-

raient dans la moelle pour mettre les muscles en jeu. »

Les éléments nerveux, malgré leur complexité apparente, n'auraient ainsi que trois fonctions différentes : la sensibilité, dont la douleur physique et morale est la manifestation, la phosphorescence organique servani À ".onserver, emmagasiner les incitations reçues pour lormer la mémoire, les souvenirs et Vautomatisme exprimant les réactions spontanées de la cellule vivante, comme dans les rêves. Et montrant la genèse, l'évolution et la graduation de ces propriétés par l'analyse des manifestations normales, les troubles et les perturbations fonctionnelles du cerveau, toujours rendues sensibles et appréciables par des exemples, l'auteur fait ainsi intervenir les forces vives des éléments nerveux — se combinant les uns avec les autres et réadssant ensemble et réciproquement sur les divers actes de la vie mentale — pour soumettre des actes immatériels, comme l'attention, la personnalité, les idées, les impressions sensorielles, le jugement, la volonté, à des cellules et des fibres nerveuses. [Le Cerveau et ses fonctions, 2" édition, Paris, 1876.)

C'est dans cette alliance de l'esprit et et de la matière qu'est le tour de force : car, tout en restant sur le terrain solide de l'anatomie histologique, ce système n'estpas étroit, limité comme tant d'autres. Les idées, les conceptions en sont plus larges et étendues. L'homme ici du moins ne descend pas du singe, et si toutes les explications des actes de l'activité cérébrale sont basées, comme la sensibilité et la

motricité, sur la substance et la matière même, celle-ci e>l parfois si ténue et subtile, même avec le grossissement du microscope, qu'elle échappe à la vue. On s'élève ainsi en plein vitalisme, quoique l'auteur s'en défende, ou du moins dans des théories et des hypothèses équivalentes.

Les biologistes les plus distingués, surtout parmi les médecins, abandonnent ainsi de plus en plus la prétention de pouvoir faire jaillir l'esprit d'une parcelle ou molécule quelconque de matière organisée, vivante. L'ensemble seul leur fournit un signe positif de l'unité des êtres organisés. C'est Tirrilabilité commune du blastème ou plasma, dans lequel ils se développent ; principe analogue à l'électricité et au magnétisme des minéraux les plus élevés dans le règne inorganique. Mais ceci n'explique pas comment se forme la pensée et ne démontre pas davantage que la conscience soit un produit ou une propriété physique des cellules cérébrales. « L'esprit vraiment scientifique ne peut l'affirmer, ne pouvant le démontrer », a dit le docteur Allman, dans son discours inaugural, à la réunion de V Association britannique pour le progrès des sciences en 1879. Il faut donc s'arrêter là et confesser son impuissance.

Un fait capital et patent éclate pourtant à tous les yeux en faveur de cette doctrine que l'esprit est in" hérent à la matière : c'est que les premières mani-" festations de l'intelligence et les progrès de l'esprit sont en rapport étroit avec ceux de l'organisation. L'esprit parcourt des phases de plus en plus élevées.

à mesure qu'elle se complète et se perfectionne, suivant la jurande loi de l'évolution.

Le docteur Monlau nous a fait dire ainsi, dans la traduction du Mariage : « La cellule, le germe qui contient au début le principe de la vie en puissance, doit aussi être animé de l'esprit. Il est inséparable de la matière et l'un et l'autre ont à se développer, avec plus ou moins de force et de durée, suivant l'agrégation des molécules et les conditions particulières Ou se trouve placé l'individu. » (Page 46, 2* édition.)

Mais c'est là une supposition gratuite, une assertion sans preuve, et toute rationnelle qu'elle est d'après l'observation, elle ne peut se démontrer. Si l'hérédité de l'intelligence prouve que l'esprit est inhérent à la cellule primitive, à la matière, pourquoi le génie est-il spontané ? On ne peut en pénétrer ni les lois ni le mystère. Si donc il est impossible d'indiquer aucun point minuscule reliant la conscience et la vie à une source matérielle, n'est-ce pas une raison de se rallier à la doctrine spiritualiste, admettant qu'un souffle divin l'anime lors de sa formation?

La préexistence de l'esprit et sa prééminence sur la matière, même à l'origine des générations, sont conformes à la dualité évidente de l'homme, tandis que la théorie unitaire le faisant dériver de la matière et y succéder est contradictoire avec sa double nature physique et morale. IFomo duplex! Si l'esprit est une propriété, un attribut ou une qualité de la substance cérébrale, comme le prétendent les po-

silivistes, les matérialistes, c'est à eux de le prouver par uno différence quelconque de volume, de texture, de consistance ou de couleur des éléments histologiques du cerveau, entre ceux des grands hommes avec ceux des pygmées, des génies avec les idiots. Autrement, nier et rejeter le mystère est une négation sans valeur, car, hypothèse pour liypollièse, la première est plus élevée et mieux en rapport avec la nature humaine.

Comment contester d'ailleurs une essence divine à ces brillantes facultés de l'esprit, à ces précieuses qualités du cœur? Ne sont-elles pas l'expression exacte, réelle, de l'esprit de Dieu, selon l'idéal des perfections divines, dans ses manifestations sublimes du bien et du beau, de l'amour, de la justice et de la vérité? On en est frappé en voyant ceux qui en sont doués produire ces œuvres splendides ou ravissantes, merveilles de l'art et de la science, qui sont la gloire de l'humanité, comme ceux qui accomplissent des prodiges de courage, de patriotisme, de charité ou de dévouement, en sont l'exemple. Oui, en travaillant de concert à l'émancipation morale de l'humanité^ et à son progrès indéfini, ces natures privilégiées réalisonl véritablement l'œuvre de Dieu sur le monde et en rcllètent l'image.

L'âme souveraine imaginée par Stalil comme présidant à l'organisation, à toutes ses fonctions et ses actes physiques et moraux, c'ost-à-dire la vie, n'est ainsi que l'intelligence qui les guide, les dirige et les commande. De là sa supériorité sur la matière organisée. L'image tangible en est dans le mouve-

ment imprimé à la montre par l'horloger, sans lequel cette machine n'a plus de destination que par les métaux dont elle est formée. La dualité humaine ressort ainsi de la matière organisée et d'une volonté intelligente qui la régit. Qu'on l'appelle âme ou la nature prévoyante, ce principe supérieur et. immatériel existe; il a les attributs de l'intelligence et du sens moral et ses lois sont absolues, imprescriptibles.

A défaut de cet idéal divin, de cet esprit créateur, agissant par une incessanle activité sur l'humanité, oij sera le mobile des actions nobles et des sublimes dévouements? Si ces dons n'ont pas été dévolus avec la matière, il n'y a pas à s'en faire un devoir, d'après l'exemple de ceux qui les ont reçus. Et dès lors, plus de responsabilité ni de solidarité humaine. Les désirs, l'ambition, l'orgueil, pourront bien faire agir et travailler, pour satisfaire les passions inhérentes à la matière, mais, si l'idéal divin d'un Jésus n'existe pas, qui pourra donc inspirer le pur dévouement, d'une Jeanne d'Arc, ou la charité d'un saint Vincent de Paul?

Œuvres du génie et de la vertu! dira-t-on encore. Sans doute; mais ces dons ne sont-ils pas précisément l'étincelle divine qui anime la matière dans l'acte même de la génération? Dans cette conviction, H est naturel — pour en revenir à notre sujet — de taire tout ce qui conauii j la procréation avec sérieux, réflexion et moralité, comme k l'acte le plus important delà vie, le plus idéal de l'organisme. Un pur amour y présidera et l'on s'y laissera aller dans

ii LA GÉNÉRATION.

toute l'ardeur de son esprit et de son cœur, dans l'exlase de rànie tout entière. Conditions indispensables à la perfection physique et morale du nouvel être qui doit en provenir, car, si des deux parts le corps j)rcside à cet acte, toutes les lacullés immatérielles n'y participent-elles pas bien davantage? Qu'il soit inspiré, au contraire, par le seul attrait du plaisir charnel, ou le besoin des sens et leur unique •alisfaction, tout en sera froid et calculé pour ce but «natérieï.

C'est alors le plus souvent une lutte, un combat de la matière brute, d'où l'amour, l'esprit et le cœur sont absents, et dont il ne peut résulter que <les produits stériles ou malsains.

En effet, les enfants conçus dans l'ivresse sont ordinairement des avortons, des idiots et des imbéciles. « Ton père t'a engendré en ribote », disait Diogène à un jeune ivrogne. On a observé de tout temps que les vices des parents se transmettaient beaucoup plus souvent que leurs vertus, leurs défauts que leurs qualités. Les passions brutales, comme la gourmandise, l'ivrognerie, la paresse, la débauche, fatalement inséparables des vices qu'elles provoquent et entretiennent, en altérant l'organisme matériellement, lui impriment un cachet morphologique, une tare organique plus facilement héréditaire que ["îs facultés mentales, développées et entretenues par les nobles aspirations, les sentiments purs et élevés. Aussi se transmettent-ollos laremenl, à moins d'être gravées dans l'acte éphémère de la reproduction qui doit les féconder. « Combien de gé-

nies illustres, dit Yirey, sont sortis tout à coup de la nuit profonde et sans ancêtres, pour ainsi dire, en éclatant comme des astres nouveaux, puis se sont éteints sans postérité, en composant à eux seuls toute leur renommée ! »

L'influence de ces deux doctrines opposées sur la Génération justifie l'opportunité et l'intérêt des considérations précédentes. Avec la croyance aveugle et naïve d'une action mystérieuse et toute spirituelle de cette action vitale et presque divine de la reproduction, on devait l'accomplir naturellement, suivant les désirs et les besoins réciproques, sans s'inquiéter du résultat. Dans l'ignorance des conditions propices ou contraires à la fécondation, les conjoints n'avaient aucune précaution à prendre pour la prévenir ni la favoriser. La meilleure garantie de sa réalisation était de se livrer sans aucune contrainte à l'acte qui la provoque. De là ces unions précoces, et les nombreuses générations en résultant, lesquelles, malgré l'ignorance et la superstition, les maladies, les épidémies, la misère et les fléaux de toute sorte, donnant une proportion de mortalité bien supérieure à celle d'aujourd'hui, ont rendu la France si grande et si forte.

Depuis que les découvertes modernes ont fait évanouir le mystère, dissipé les préjugés et l'erreur et montré le mécanisme de cette fonction dans sa réalité, le positivisme, qui en est issu, a modifié et changé tout cela. Les esprits forts, c'est-à-dire les

34 LA GEiNËRATIOW.

matérialisles, ont prétendu régler cette fonction à volonté, selon les besoins et les ressources de chacun. On a voulu satisfaire ses désirs, ses appétits et ses passions, sans encourir le risque de se créer des charges, des embarras, c'est-à-dire en essayant de frustrer à son gré la génération même, par tous les artifices et les fraudes possibles. Le contact des deux germes spécifiques étant indispensable à sa réalisation, on a tout essayé et tout fait jiour s'y opposer. L'acte le plus spontané, idéalet mystérieux de l'organisme, a été ainsi prémédité, raisonné et matérialisé dans son but et sa fin, c'est-à-dire en ce qu'il a de plus involontaire et spirilualisé, pour en empêcher l'accomplissement.

En s'élevant avec indignation contre ces pratiques et leurs dangers pour la morale et la santé publiques, les rationalistes ont remplacé ce mal par un autre. Plaçant la raison au-dessus de l'instinct dans l'acte même de la procréation, ils ont enseigné à l'homme d'y recourir à volonté et sans se faire violence, pour limiter, sa descendance aux ressources dont il dispose. Apôtres de Malthus, ils prescrivent la contrainte morale pendant tout le temps favorable à la fécondation de la femme, quels que soient sen désirs et ses besoins instinctifs, et ne lui laissent toute liberté que durant les époques contraires. Exemple du machiavélisme inspiré par l'esprit de système, pour concilier, en apparence, la morale et la raison, en éludant les plus impérieuses lois de la nature.

De là tant d'unions, légitimes ou non, rendues

infécondes ou limitées à un ou deux enfnnts, comme nous l'avons déjà établi dans le traité du Mariage^. La stérilisation volontaire on est devenue ainsi un art à la mode en France par les exigences mêmes de la vie. La diminution croissante des mariages et surtout de la natalité en sont les conséquences déplorables, par le ralentissement et la (ïiminution de l'accroissement de la population française; qui se manifestent depuis 1830 environ.

On ne voit plus guère en effet, ni à la ville ni à la campagne, "es belles familles de cinq à six enfants et même davantage, comme il y a un demi-siècle, après les grandes guerres dévastatrices de l'Empire. De quatre à cinq enfants par mariage à la fin du siècle dernier, la natalité était réduite à 2,9 et même moins en 1864, d'après les recherches statistiques de Michel Chevalier. Et telle fut cette progression de la diminution de la fécondité, que de 5,73 naissances par maiiage, de 1819 à 1832, cette proportion n'était plus que de 3,28 en 1845 et de 3,10 en 1863. Elle était même descendue à 2,65 dans le département de la Seine !

En particularisant cette statistique séculaire au village de Serecourt, qu'il habitait dans les Vosges, et dont la population a varié de 600 à 1000 habitants, le docteur Ménestrel a trouvé que de cinq enfants par mariage, de 1767 à 1787, la natalité s'était élevée à 5,5 dans les vingt années suivantes, pour décroître ensuite graduellement, de vingt en vingt ans, à 3,6,

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