VIE LATENTE
ïtion, les faire dessécher ensuite et, en soumettant ieur cadavre à un certain degré d'humidité, les faire revivre de nouveau. De là, le nom d'animaux reviviscents qui leur fut donné.
La vie humaine, dont la respiration est une condition indispensable, peut également s'entretenir sans elle dans certaines circonstances. Trois nouveau-nés, observés par Bardinet de Limoges, et présentant des ecchymoses et des caillots comme signes évidents d'une vie antérieure, ont pu revivre, après être restés étouffés durant plusieurs heures — jusqu'à quinze heures chez l'un d'eux — et tenus ainsi pour morts. Le troisième, inhumé par sa mère sous une couche de terre, de 25 centimètres d'épaisseur, •oii il resta plus de quatre heures, survécut néanmoins quatre jours à son exhumation. (Acad. de méd., 1864.)
Ce maintien de la vie humaine sans respiration s'explique, il est vrai, dans ces trois cas, par la persistance du trou de Botal chez ces avortons, nés avant terme, et la température élevée d'août. Mais comment peut-elle s'entretenir chez les rotiféres après avoir subi celle de l'ébullition et un dessèchement prolongé? La reviviscence de ces animalcules est donc une véritable génération spontanée, n'exigeant que l'eau pour se manifester, sinon une résurrection apparente. Comment la vie ne s'éteindraitelle pas, dans ces conditions, quand pour se maintenir dans son activité chez l'homme, elle exige une rénovation incessante des éléments de l'organisme?
Les positivistes, pour lesquels il n'est pas de mys-
tère, admettent implicitement que ce n'est là qu'un état de mort apparente et que l'organisation est conservée dans ce qu'elle a de fondamental. {Robin.) Ce qui revient à dire que la vie est d'autant plus tenace qu'elle est plus simple, moins longue et moins apparente, puisque pour cesser définitivement chez l'homme, il suffit que le cœur cesse de battre.
La science est encore si bornée, dans ce domaine de l'origine de la vie et de l'esprit, qu'après l'exposé succinct des principaux systèmes modernes qui prétendent actuellement au monopole de son explication, on est tenté d'en regarder la recherche comme vaine et inutile. « Pourquoi avoir tant souci de ce corps qui nous sépare de l'idéal que notre pensée peut atteindre et qui met une si grande distance entre nos rêves et la réalité, se demande M. Laugcl, et pourquoi tant se préoccuper de ses origines ? Nous sommes comme des vases où une parcelle divine a été renfermée, qu'importe la manière dont le vase a été façonné? Si toute notre grandeur est dans la pensée, qu'importe si notre substance vivante a été tirée immédiatement du règne inorganique ou médiatement du règne animal? Ce souffle divin, dont nous sommes les simples dépositaires, sera-t-il moins sacré parce que, suivant le beau mythe biblique, il aura été communiqué à une statue d'argile ou parce qu'il nous sera arrivé de plus en plus affranchi à travers une série d'organismes divers? »
Aussi croyons-nous qu'il est mieux de nous en tenir aux modes bien établis de la nature végétale et animale.
Malgré l'immensité des êtres vivants qui se reproduisent à chaque instant dans les règnes végétal et animal, deux modes distincts de cet acte sont seulement bien établis, connus et admis : c'est la génération sexuée s'opérant à l'aide de deux individus distincts, mâle et femelle, avec des organes différents, et la génération asexuée, c'est-à-dire par un seul individu, soit qu'il possède les organes des deux sexes, l'hermaphrodisme, soit qu'il n'en possède aucun. Il se reproduit alors par scission et bourgeon nement, c'est-à-dire en se fragmentant, en se divisant spontanément ; chaque bourgeon ou fragment donnant un organisme nouveau.
Au point de vue spécial de la génération, les plantes se distinguent principalement en deux grandes classes, fondées sur la différence essentielle de leur semence. C'est le cotylédon, corps blanc, charnu, qui forme l'amande, et dont le caractère est d'avoir un creux, une cavité à l'intérieur. C'est l'analogue de l'œuf ou l'ovule chez les animaux.
Les plantes privées de cotylédon s'appellent Cryp^
84 LA GÉNÈHATION.
tognmcs, c'cst-à-tlire dont le mariage, l'union est obscure ou cachée. Elles ne donnent ni fleurs, ni organes sexuels apparents, ni graines, ou du moins tout cela est à l'état rudimenlaire, naissant. Ce sont les plantes asexuées dont le germe reproducteur est un simple fragment de leur tige, une poussière, une spore ou sporule s'en détachant spontanément par une saillie, un bouton avorté, et même justpi'à une floraison bâtard -j chez les plus élevées. Tels sont les champignons, les algues, les mousses, les lichens, les fougères, etc. De là leur nom d'acotylédonées, c'est-à-dire sans cotylédon. Leur simplicité les rend ainsi peu nombreuses pour marquer, des^ siner le premier degré de la vie de reproduction dont elles olfrent seulement quelques linéaments, à l'état naturel; mais l'art a fait de ces dernières d'admirables plantes Vertes dont le feuillage élégant et ujajestucux leur permet de rivaliser aujourd'hui avec les plus beaux arbustes.
L'immense majorité des végétaux se compose, au contraire, de plantes cotylédonées, se distinguant par la fleur et des organes sexuels distincts, la graine, l'amande, le pépin ou noyau, contenant toujours à l'intérieur un ou plusieurs cotylédons, qui forment la semeaice. On les appelle Plianéro^ games, c'est-à-dire à organes sexuels distincts. Elles se divisent en monocotylédonées — avec un seul cotylédon — (jnand le grain est inséparable et forme un tout, un ensemble homogène, comme dans l'orge et l'avoine, et en dicotylédonées quand deux cotylédons distincts se rencontrent unis à la base par le
germe, comme le haricot et la fève. Chaque coty lédon est parfois subdivisé en plusieurs, d'où le nom de polycotylédonées, dont les fruits des conifères offrent l'exemple.
La multiplication infinie de toutes les espèces végétales s'opère par ces deux modes simples. Ils en marquent la gradation et l'importance. On peut reconnaître et déterminer le rang d'une espèce à son mode de génération : plus il est simple, plus la vie en est élémentaire, courte et la reproduction fréquente et multiple. La scission ou segmentation est ainsi le caractère des plantes les plus simples, comme des animaux inférieurs et élémentaires. L'emploi du microscope en a fait découvrir de nouveaux exemples inconnus autrefois, et la reproduction asexuée est regardée aujourd'hui comme plus fréquente et répandue que la génération sexuée qui distingue les espèces supérieures dans les deux règnes.
L'oviparité sexuelle forme la caractéristique de la reproduction dans le règne animal. Des quatre grandes divisions dont il se compose, la première seule échappe à cette règle. Ce sont les Zoophytes, plantes et animaux à la fois, animalcules simplement radiés ou rayonnes, formant l'intermédiaire avec le règne végétal. Ils ne s'en distinguent que par le mouvement qui leur est donné, sans aucun organe apparent au début. Tels sont les infusoires microsc /piques, dont plusieurs milliers fourmillent dans une seule goutte de vinaigre. Ils se trouvent
86 LA GÉiNËUATlUIS.
en assez grand nombre dans un millième de goutte de sang charbonneux pour que, inoculée à un cochon d'Inde ou un lapin, elle les tue rapidement, comme de récentes expériences aullientiques et confirmées l'ont prouvé. Ils se développent ainsi en abondance dans les infusions végétales et animales, dans les eaux douces stagnantes, croupissantes, où ils fourmillent.
Ceux visibles à l'œil nu, dont la plupart vivent dans les eaux salées, comme les polypes, les coraux, se reproduisent par simple division ou segmentation; ce qui les assimile aux végétaux dont chaque bourgeon représente un individu distinct, se .reproduisant par la greffe et la bouture. Les jolies éioiles à huit rayons que forme le corail vivant sur ses branches, ressemblent même à des fleurs, comme les actinies qui, mettant dehors leurs membres colorés lorsqu'elles s'ouvrent au soleil, simulent des fleurs s'épanouissant. Aussi les appelle-t-on fleurs de mer. Et pour mieux en affirmer et démontrer l'individualité indépendante, le bourgeon apparent du polype, du corail, persiste sur sa tige, alors que l'être vivant s'en est séparé, détaché, soit en mourant sur pied, soit en tombant au fond de l'eau pour en reproduire un autre.
Dès que le zoophyle se perfectionne dans les classes supérieures de cet ordre élémentaire par des rudiments d'organes, des tentacules,, la reproduction se fait par des œufs, c'est-à-dire sexuellement.
Les Mollusques, dont le corps mou, mucilagi-
neux, comme l'indique leur nom, est recouvert d'une enveloppe solide ou coquillage et qui forment la seconde division, se reproduisent en général sexuellement. Pourvu d'appendices pour saisir et accrocher, ils s'en servent spécialement pour la reproduction, dont les organes sont apparents et distincts. Ceux de la première classe, acéphales, c'està-dire sans tête, en sont seuls exceptés. Ne pouvant se conduire, ils réunissent les organes mâle et femelle et sont ainsi manifestement hermaphrodites.
Les Articulés^ caractérisés parleur enveloppe formée d'anneaux plus ou moins durs et articulés les uns aux autres, ont pour type l'écrevisse chez les crustacés, le hanneton parmi les insectes. Ils forment l'intermédiaire entre les animaux mous, sans squelette intérieur, et ceux qui s'en distinguent par la colonne vertébrale solide et résistante. Tous se reproduisent sexuellement, quoique la différence des organes externes soit rudimentaire et à peine sensible.
Cette scission entre ces invertébrés et les verté- 'brés, constituant la division fondamentale du règne animal, est encore accentuée davantage chez les Poissons^ placés immédiatement au-dessus des articulés. Leur oviparité est si marquée que leurs œufs sont innombrables et cependant ils sont encore privés d'organes copulateurs externes, comme chez les vertébrés. C'est en se perfectionnant graduellement ensuite chez les Oiseaux et les Mammifères^ surtout par le système nerveux dont ils sont doués et
qui leur donne la sensibilité et l'instinct, que ces orgaiies auxiliaires de la reproduction apparaissent de iv'us ' n p?îis distincts et réalisent la sexualité compiète, surtout chez les ovovipares, comme dans l'es- .^^ hamaine.
lintre ces dei;x règles, ces deux lois immnnblcs et tranchées, il existe des nuances intermédiaires, des modiBcations, des différences, des métamorphoses pour en former la liaison, comme les classes et les espèces les plus voisines des deux règnes se rapprochent entre elles par des nuances insensibles dans leurs variétés.
A défaut de les connaître ou de pouvoir les démontrer directement, il est toujours permis de les prévoir, les supposer et les admettre implicitement, car la preuve positive s'en révèle ordinairement avec évidence chez les individus supérieurs de la même classe, sinon dans la classe suivante, ou les individus correspondants du règne supérieur. La génération, latente et cachée au début de la manifestation de la vie dans les deux règnes, s'éclaire et se prouve de la sorte. En voyant la spore atomique, la moisissure qui se détache spontanément du champignon microscopique, manifester la vie éphémère dont elle est douée, on peut admettre une sexualité interne en'.rs 'es cellules de la i)lante mère, puisqu'elle est acotylédonée, privée de cotylédon, et sans organes distincts ni apparents. La génération endogène ou par scissiparité de l'infusoire microscopique, l'a fait
ainsi supposer, imaginer plutôt que démontrer par les positivistes allemands dans les fougères, comme on le verra plus loin. Mais elle est bien démontrée par les algues, puisque ces cryptogames, asexués d'abord comme tous leurs semblables, se perfectionnent graduellement dans leur tissu et leur organisation, en se rapprocbant des phanérogames, au point de devenir hermaphrodites comme eux et même sexués séparément dans le chanvre.
C'est là un phénomène très remarquable dans les deux règnes, d'offrir dès le début, dans leur premier ordre, les différents modes de la génération. De même que les algues en réalisent les trois formes principales dans leurs variétés, les zoophytes — très dissemblables entre eux et dont la plupart vivent aussi dans la mer — les présentent également dans leurs différentes classes. La plupart se multiplient par scissiparité, comme les infusoires microscopiques, d'autres par gemmes ou bourgeonnement, comme les polypes, mais ceux-ci se reproduisent aussi par des œufs. Quelques-uns sont même hermaphrodites ; mais bientôt les organes se séparent et les orties de mer ont des femelles dont les ovairea s'ouvrent dans l'estomac, qui sert à la fois à leur nutrition et à îeur génération.
Tout cela n'est sans doute qu'une ébauche obscure et très imparfaite de ces divers modes de la reproduction. 11 serait même impossible d'en distinguer le mécanisme, s'il n'était éclairé, confirmé en s'accentuant et se perfectionnant graduellement et séparément dans les classes supérieures. Leur dessin
en mininture, dès ces origines microscopiques de la vie, est comme l'expression souveraine des lois simples et immuables qui président à sa manifestation : l'Esprit.
De là l'indication, le précepte formel de procéder, non du simple au composé, pour en étudier et en connaître le mode de génération, comme le font les naturalistes modernes, mais du composé au simple. Autrement, on risque de faire de fausses interprétations et de prendre pour des lois, des règles fixes, de simples exceptions.
Depuis les plus simples plantes aquatiques, comme les naïades, les lenticules et les joncs, jusqu'aux arbres dicotylédones, tous les phanérogames sont pourvus d'organes sexuels plus ou moins apparents et distincts. Leur perfectionnement graduel ne consiste plus, au point de vue spécial de la génération, que de la manière plus ou moins sensible dont ils se rapprochent, se fécondent, et la conservation de leurs graines ou de leurs fruits, quoique l'homme ait aussi la faculté de les multiplier par leurs bourgeons.
De ce perfectionnement gradué du règne végétal naît ainsi là vie animale sans lacunes ni transitions, les zoophytes étant pianies et animaux à la fois, comme leur nom l'indique. Les coraux, les polypes, les éponges et les seiches sont de simples rayons muqueux, gélatineux, produisant un véritable végétal pour les protéger, comme l'écaillé de l'huître ou
le nid des petits oiseaux. Ils s'y insèrent, y \ivent et s'y développent, puis meurent, en laissant subsister ces produits brillants et utiles dont l'homme se sert avec tant d'avantages.
En recommençant le mode primitif de la génération asexuée des plantes cryptogames par scissiparité ou génération endogène, leur sexualité interne est tacitement affirmée par celle des algues qui leur correspondent. Et, en effet, ces animalcules marins, simplement rayonnes, ne tardent pas à présenter, à revêtir des organes sexuels en émettant des œufs. Les méduses et les vers intestinaux se reproduisent ainsi par scission et oviparité, suivant les périodes de leur développement. Les œufs se fixent à un corps étranger et se divisent en un certain nombre de parties, dont chacune donne naissance à un nouvel être.
L'accouplement apparaît en ébauche chez les mollusques hermaphrodites, se réalise complètement chez les insectes, malgré leurs organes rudimontaires, tandis qu'il n'existe pas chez les poissons, dépourvus d'organes copulateurs.
La sexualité se manifeste de plusieurs manières différentes chez les animaux. Chez les plus inférieurs, une ampoule ou capsule pleine de liquide en est presque le seul caractère apparent, comme chez les insectes. Le contenu en fait toute la différence. Ce sont des spermatozoïdes chez les mâles, des ovules chez les femelles. Il y a donc là une grande ressera-
92 LA GÉNÉRATIOIi.
blaiice, comme entre les étamines et le pistil des pl;iiilcs hermaphrodites, ne se distinguant souvent que par leur siège.
Ces organes séminifères se développent et s'étendent bientôt, sous forme de tubes déhés ou de conduits filiformes, enroulés et ramifiés, si serrés et condensés chez les vertébrés qu'ils ont la forme d'f^ne glande compacte. C'est le testicule ou glande séminale chez le mâle, l'ovaire chez la femelle.
A ces organes fondamentaux, portés sur deux individus distincts, séparés, s'ajoutent, à mesure qu'ils se développent et se perfectionnent, des cryptes, des réservoirs qui en font autant d'annexés indispensables et les traits caractéristiques et opposés de la sexualité distincte, pour s'approprier à leur réunion intime.
Une différence capitale les distingue. Après être restés uniformément [)lacés et fixés dans l'abdomen chez les deux sexes, comme dans l'hermaphrodisme, ies insectes, les poissons, les oiseaux et même certains mammifères : la baleine, le phoque, l'éléphant entre autres, la glande séminale en sort bientôt chez le mâle, tandis que l'ovaire de la femelle reste en permanence fixé à l'intérieur. C'est d'abord alternativement, à l'époque du rut et pour les besoins de racCwi4)]ement, que celte glande sort chez la chauve-souris, la taupe, le hérisson, le cochon d'Inde, le castor, le rat. Elle rentre ensuite. Mais elle reste constamment placée dehors chez les mam milères, en formant un appendice presque uniformément situé.
Différents procédés en résultent pour la fécondation, dans- les diverses classes d'animaux. Si le concours des deux sexes, pourvus d'organes différents, est absolument indispensable, il varie, pour mieux en dévoiler le mécanisme, suivant que le germe ou œuf à féconder est à l'intérieur ou à l'extérieur de la femelle. Les œufs des poissons, par exemple, déposés préalablement par la femelle, exigent seulement l'épanchement de la laite du mâle pour être fécondés. Et on le voit ainsi passer dessus, peu de temps après, pour y répandre sa semence, sans aucun rapport direct, immédiat, avec la femelle. Les pisciculteurs les fécondent artificiellement en exprimant dessus la laite des mâles. Dans quelques espèces pourtant, un certain voisinage et même le frottement des deux sexes est nécessaire, comme pour indiquer l'action simplement auxiliaire de l'accouplement dans la fécondation. Il est, en effet, très intime et prolongé chez les simples mollusques hermaphrodites pour exciter les organes de la fécondation, tandis que ce n'est souvent qu'un simple contact chez la plupart des insectes et des oiseaux. Quand l'œuf ou l'ovule est placé plus ou moins profondément, et reste caché à l'intérieur de la femelle, le fluide fécondant doit être, au contraire, porté directement dessus par un organe spécial du mâle. D'où l'accouplement intime du mâle et de la femelle, et la copulation plus ou moins prolongée, comme chez les mammifères.
f4 LA GÉNÉRATION.
Arrivés à un certain degré de développement, qui est leur puberté, les animaux supérieurs subissent le besoin impérieux de se rapprocher, de s'unir. C'est le rut, se manifestant chez la plupart, à des époques fixes et déterminées, comme le mariage de la généralité des plantes au printemps. Ils ne sauraient se soustraire à cette influence, à moins d'être isoles, séparés, et encore leur organisation en éprouve-t-elle spontanément des modifications considérables. La chair du saumon devient rouge à l'époque du frai, et les femelles des quadrupèdes et des quadrumanes fournissent à ce moment des sécrétions odorantes qui ont le pouvoir de réveiller et de surexciter l'ardeur des mâles. Ceux-ci répandent aussi à ce moment des exhalaisons fortes, leur chair devient dure et d'une saveur désagréable.
Plus ardent et impétueux, le mâle est toujours le provocateur dans ces combats de l'amour. Il poursuit la femelle, qui attend et cède, quoique, par une exception rare dans les espèces supérieures, elle soit la plus grosse et la plus forte chez les articulés, comme l'écrevisse et chez la plupait des insectes. Lui seul est investi de ce pouvoir de séduction et d'entreprise ; la chatte seule fait exception à cette règle. Comme ces prostituées qui entraînent l'homme chez elleSj la chatte décide le matou à la suivre jusque dans la demeure de ses maîtres.
Une fois l'époque du rut passée et la fécondation opérée, tout lentre dans le silence et le calme. Les
femelles fuient les mâles et repoussent leurs approches, et ceux-ci, n'étant plus excités par leurs émanations sexuelles, reviennent à leur indifférence habituelle. Les espèces domestiques font seules exception, en raison de la nourriture abondante et des soins qu'elles reçoivent, autant que de la promiscuité dans laquelle elles vivent. Le chien, le chat, le bélier, le coq, le pigeon, le singe, s'accoupleD.t ainsi en toute saison, sans aucun préjudice. La jument, comme les brebis, les truies, les femelles du lapin et du lièvre, reçoivent même encore le mâle après une première fécondation, parce qu'elles sont aptes à concevoir par superfétation, c'est-à-dire à plusieurs reprises successives.
La fécondation ne s'opère régulièrement qu'entre espèces semblables ou très voisines. Elle est impossible entre espèces éloignées. Le cheval et l'âne produisent le mulet, comme le lièvre et le lapin donnent lieu à un produit intermédiaire. C'est le métissage confondu avec l'hybridité chez les plantes. Mais cette dérogation à la règle générale est très exceptionnelle dans les espèces supérieures et ne donne lieu qu'à des produits stériles dont le mulet €St le type. Ils ne peuvent engendrer à leur tour et l'espèce reprend bientôt ses caractères distincts.
La fécondité est d'autant plus grande chez les êtres qui en sont doués, qu'ils sont plus faibles et dépourvus de défense, c'est-à-dire exposés à ce que leur graine ou leur semence^ leur fruit, soit détruit,
96 LA GÉNÉUATION.
perdu, dispersé. Les végétaux ne pouvant se mouvoir ni changer de place et leurs graines et leurs fiuits (ormant la nourriture ordinaire du règne animal, ils se multiplient d'une manière prodi^ijieuse, comme les zoophytes, les mollusques et les insectes ; mais la fécondité diminue graduellement à mesure que l'individu augmente de volume, de stabilité et de vie, par la complication même et le perfectionnement de son mode de génération, au point de ne produire jamais qu'un seul petit à la fois chez l'éléphant, comme nous en donnerons un exemple récent.
Rien n'est ainsi heurté, ni brisé dans la nature; tout s'unit et s'enchaîne par de douces transitions dans ce magnifique ensemble. Si les infusoires et certains vers même se reproduisent encore par fragmentation ou scissiparité, comme les plus simples cryptogames, est-ce une raison pour vouloir et prétendre ramener uniformément toute la génération à ce mode élémentaire et primitif de la cellule? Tous les autres, même les plus compliqués du règne animal, ne sont-ils pas ébauchés dans le règne végètsl? Après l'hermaphrodisme des plantes , confondant l'oviparité et la sexualité, elles les présentent séparément, distinctement, comme pour mieux révéler ce mécanisme caché et le rendre appréciable à tous les yeux. Et pour montrer clairement, dès lors, que le perfectionnement gradué est tout le secret, le mystère de ces transformations, elles se réalisent
successivement dans les variétés d'une seule espèce des plus simples, et primitives : celle des algues. L'emblème de la viviparité de l'être humain se manifeste même dans l'oranger et le citronnier.
Il n'est pas étonnant, dès lors, que le règne animal perfectionné ait à réaliser ces divers modes à la fois et que, doué du mouvement surtout, il ne les présente d'abord confusément, mélangés ou entremêlés, variant d'une espèce, d'un genre et même d'une classe à l'autre, sans qu'il soit possible de connaître l'ubiquité et les métamorphoses de ces espèces élémentaires. Ce n'est que dans les ordres supérieurs de chaque classe qu'elles se régularisent, s'établissent, se fixent et se. distinguent avec évidence. L'hybridité des plantes, les métamorphoses des insectes, le métissage des mammifères par les croisements et la sélection, ont été ainsi découverts et fixés définitivement. La métagénèse ou génération alternante, découverte récemment au microscope, n'est probablement, pour cette raison, comme la parthénogenèse, qu'un mode mixte entre les deux principaux.
La perfection sublime de cet ensemble en a ainsi été attribuée à la Divinité par tous ses admirateurs. La nature, a dit Goethe, est le vêtement apparent de Dieu! Sous l'influence du positivisme moderne, le transformisme a pu naître de ces transitions insensibles et être accepté en les attribuant aux seules forces cosmiques, à l'influence des miheux et des individus. Un matérialisme grossier en est actuellement la conséquence. De là l'importance d'entrer dans des détails pour montrer qu'il n'y a rien de
changé dans cet ordre universel. Les simples modi ficntions observées résultent bien plus de la sélection artificielle, opérée sciemment par l'homme, que de la sélection naturelle, et l'influence de la transmission héréditaire y joue un bien plus grand rôle que le transformisme.
Génération asexuée «
C'est le mode le plus simple et le plus élémentaire, puisqu'un seul individu, sans organes distincts, suffit à le réaliser. Il était considéré comme exceptionnel autrefois dans les deux règnes et, à défaut de pouvoir démontrer ce mode de génération, on supposait souvent la sexualité oij elle n'existait pas, car celle-ci réalisait seule, aux yeux des anciens naturalistes, la vie entière, complète et parfaite. L'asexualité en était simplement considérée comme l'ébauche. Ils ne pouvaient la méconnaître sans doute en la réalisant artificiellement par la bouture et par la greffe, mais ils ne l'admettaient, à l'état spontané, que dans le règne végétal et dans la classe des zoophytes, les coraux et les polypes en particulier, qui en forment la transition insensible avec le Tègnc animal- Deux procédés, bien connus et établis d'après obscrvfcîion même de la nature, en dehors de tout esprit de système, sont ainsi admis depuis plusieurs siècles. Leur description suffira à indiquer les espèces auxquelles ils s'appliquent.
SGISSll'AIlITÈ 99
Scissiparité ou fissiparité. C'est la séparation fractionnée ou segmentation spontanée, par laquelle se reproduisent plusieurs cryptogames élémentaires, mais surtout les myriades d'infusoires microscopiques divers, les polypes, les coraux et quelques hydres ou mollusques. Arrivés à une certaine période de leur vie rudimentaire, ils se séparent longitudinalement ou se détachent transversalement, comme certains vers intestinaux, le ver solitaire par exemple, dont chaque fragment ou anneau se convertit en un organisme nouveau.
On produit artificiellement ce mode de génération en coupant un ver de terre en deux. Chaque extrémité reproduira un ver nouveau, bien que la génération soit plus lente dans la partie postérieure que dans l'autre. Un fragment suffit même, dans d'autres espèces, pour reproduire l'être entier.
Certaines parties constituantes d'autres animaux, plus élevés dans l'échelle zoologique, se reproduisent aussi de cette manière. Les rayons des astéries ou étoiles de mer, les pattes des crustacés, les anneaux des annélides, la queue et les doigts des salamandres, naissent et se reforment par ce procédé élémentaire.
Les écrevisses, en particulier, jouissent de cetta prérogative de réparer en entier leurs membres, lorsqu'un accident les a détachés de leur corps. Ce fait, bien connu des pêcheurs espagnols, est mis à profit toutes les fois qu'ils ont saisi une écrevisse d'une certaine grosseur. Ils se contentent de lui casser les serres ou pattes de devant, excellentes à
/ûnii^^cr, et remettent ce crustacé dans l'eau, certains qu'il ne manquera pas d'en repousser d'aussi parfaites en peu de temps, et successivement ainsi un grand nombre de fois.
Suivant la théorie cellulaire, la régénération des tissus et des organes ne se ferait pas autrement dans toute la série animale, l'espèce humaine y comprise. Haîcke' affirme, avec l'assurance d'un sectaire convainc'::, que les cellules du corps de tout végétal et animal supérieur naissent par division ou scissiparité. Mais c'est là une simple induction, une vue de l'esprit. La fîssiparité, comme mode de reproduction exclusif, n'est démontrée que chez un nombre très restreint d'organismes inférieurs. C'est le plus simple de la génération.
Gemmiparité ou bourgeonnement. Intermédiaire entre celui qui procède et celui qui suit, ce mode consiste dans la formation spontanée de bourgeons ou d'ampoules sur certaines parties, internes ou externes, du corps de l'individu, et qui, en s'en détachant à une époque déterminée, donnent lieu à autant d'êtres nouveaux. Cette génération est spéciale aux végétaux et aux polypes ; mais elle se rencontre également chez quelques infusoires, des méduses, des vers, qui participent, dans leurs variétés, aux divers modes de reproduction, depuis la fîssiparité jusqu'à l'oviparité ou sexualité, en passant par tous les degrés intermédiaires, sans que le véritable en soit bien fixé ni déterminé, comme on le verra à la Génération alternante.
GEMMIPARITÉ. IM
L'analogie est si grande entre certains bourgeons qui se détachent spontanément de leur souche ou leur tronc et la division par segmentation des infusoires, qu'il est parfois difficile de décider auquel de ces deux procédés la reproduction est due. Les végétaux cryptogames, sans cotylédons, sont dans ce cas, d'autant plus que leur mode de génération change manifestement dans leurs différentes variétés.
Sans organes générateurs distincts ni apparents, ces végétaux, de structure celluleuse, se présentent sous forme de filaments irréguliers, de tubes, de lames, et se développent par toute leur circonférence . Ils ne se reproduisent pas sexuellement, mais de petites cavités, appelées utricules, sporanges, contiennent des poussières, des spores granuleux. En se détachant spontanément de leur surface externe car une légère saillie, simulant un bouton avorté ou une floraison ébauchée, bâtarde, ils tombent sur la terre ou dans l'eau en s'émiettant pour reproduire au hasard la plante dont ils émanent. Tels sont les mousses, les lichens, les algues, champignons, lycopodes et fougères. Un sol particulier et un milieu spécial, en rapport avec leur vie obscure, sont ainsi indispensables à leur végétation, leur prolifération, sans quoi ils se désagrègent et meurent bientôt. L'ombre et l'humidité sont favorables à la plupart, aux mousses et aux champignons en particulier. L'eau convient aux algues, tandis que les fougères se plaisent particulièrement à l'air et à la sécheresse, se rapprochant des plantes hermaphrodites avec lesquelles elles se confondent.
102 LA GÉKÉAATION.
Toiles sont les différences de ces sporules et leur inft'iiorilé avec la plus petite graine, le semis le plus fin des plantes cotylédonées qui se recueille, se conserve et se sème à volonté. L'albumen de l'amande suffît à la nourriture du germe pour lui conserver une vie latente qui se manifestera dès qu'il sera mis en contact avec un peu de terre et d'eau. Un certain mystère existe toujours ainsi dans les opérations spontanées de la nature et l'homme ne peut en découvrir les secrets que par une observation attentive.
Toutes les moisissures, dont le type est la levure qui se recueille dans les cuves à bière, sont des champignons formés de filaments déliés, analogues aux traînées blanches qui constituent le blanc ou mycélium de champignon servant à leur culture. Elles se reproduisent et se propagent par leurs spores, leurs poussières flottantes dans l'air. Plusieurs sont ainsi des parasites dangereux pour l'espèce humaine. Les points blancs qui apparaissent sur la langue des enfants et envahissent toute la bouche, sous le nom de muguet, millet ou blanchet, est un champignon appelé oïdium albicans, de la même famille que celui qui attaque la vigne. Les croûtes jaunes, en godet, qui se développent à la racine des cheveux «ous le nom de teigne, sont aussi formées par le champignon achorion. Il s'en développe de même dans les oreilles. La muscardinc, qui détruit les vers
GÉNÉRATION ASEXUÉE. lOS
à soie, est encore un champignon, comme la maladie des pommes de terre, celle des oliviers, des céréales, connues sous le nom d'ergot de seigle, de rouille et de charbon.
Ce sont ces moisissures que M. Pasteur considère comme des mfusoires microscopiques et auxquels il 'attribue le rôle de ferments. Leur mode de génération étant le même, par scission ou fragmentation, il est difficile de fixer la nature végétale ou animale de ces microbes, car ils paraissent former la limite extrême des deux règnes. Peut-être sont-ils même de Tun ou l'au're, suivant le milieu où les sporulestombent, comme le pense M. Robin. Plus d'une analogie dans l'incubation de ces infiniment petits rend cette supposition vraisemblable. Comme les sporules des champignons ne germent que dans une cave humide et obscure, M. Pasteur a observé que l'air est toxique pour les infusoires anaérobies ou vivant sans air. C'est la preuve physique et vitale que leurs différences sont aussi insensibles au microscope qu'aux réactifs.
Dans ces deux procédés de génération, un seul organisme suffît donc également à en reproduire un semblable, sans aucun organe apparent de reproduction. C'est leur caractère commun. Mais une condition, trop souvent perdue de vue et négligée dan* cette génération asexuée, est non moins indispensable à la vie éphémère de ces végétaux ou animaux qu'un congénère dans la reproduction sexuelle. C'est un
milieu, un menstrue convenable, approprié au besoin de leur (lévelop[)ement et qui les féconde, pour ainsi dire. La terre et l'eau en paraissent les plus propices à la généralité. Beaucoup d'algues et de champignons parasites se développent aussi exclusivement dans le corps de l'homme et des animaux, de même que plusieurs infusoires. On connaît encore si imparfaitement les mœurs, les habitudes et la vie de ces microbes, et ils se reproduisent avec une telle prolixité dans certains liquides organiques, comme le sang et l'urine, la salive et le bouillon, d'après les cultures faites par M. Pasteur, que l'on ne saurait dire quels sont les plus favorables aux différents genres et espèces encore indéterminés de ces microorganismes. Tout ce que l'on peut inférer de ces cultures artificielles, c'est que ce menstrue liquide, avec ou sans air, est indispensable à la germination ou à la génération de ces microbes asexués. Les uns y vivent et s'y reproduisent, en effet, avec prolixité en quelques heures, tandis que d'autres y meurent encore plus rapidement. Il est donc nuisible, toxique même à quelques-uns. De là leur division en aérobies et anaérobies par l'illustre panspermiste.
Il ne faut pas confondre cette génération asexuée avec celle des plantes hermaphrodites. Rien n'en montre icisux la différence que la reproduction de celles-ci parla greffe et la bouture. Coupez une jeûna braac'ie d'un arbre ou d'une plante vivace, et plantez-la en terre, en ayant soin de n'endommager ni
l'écorce, ni les bourgeons appelés yeux, et elle prendra racine, si vous le faites à l'époque et dans les conditions convenables. Insérez de même un ou plusieurs bourgeons sur la tige ou entre l'écorce d'un jeune arbuste coupé au-dessus, et vous reproduirez un nouvel individu, s'il y a coïncidence de végétation entre les deux plantes. C'est ce que l'on fait avec tous les tubercules, com.me la pomme de terre, se reproduisant par bourgeonnement. Mis en terre, chaque bourgeon donne un nouveau produit, et l'on peut ainsi les séparer à volonté. Démonstration évidente de la liaison intime, immédiate, de l'hermaphrodisme avec les modes asexués, puisqu'il peut les reproduire au besoin ; mais il en prouve aussi la supériorité et le perfectionnement en pouvant s'en passer. La transition est donc sans lacune.
En voyant la vie de tous ces êtres rudimentaires, asexués, si menacée qu'elle cesse dès qu'ils ne trouvent plus le milieu, le menstrue indispensable à sa conservation, n'est-il pas probable que cet élément de nutrition, ayant si peu à faire ici dans ce sens, agit surtout comme principe fécondant? C'est un rapprochement de plus entre ces deux fondions principales et inséparables de la vie : la nutrition et la reproduction. Cette interprétation est d'autant plus vraisemblable que la reproduction constitue presque toute la vie éphémère de ces êtres sans sexe, leurnutrition étant presque nulle. Ils ne vivent que pour se reproduire et mourir aussitôt, pour servir à d'autres générations multiples.
L'emploi du microscope a donné une importance
consulrraMe à ccproccdôde reproduction. En révo lanl, aux youx des modernes positivistes, ces myriades d'infiniment petits, végétaux ou animaux, qui flottent dans l'air et dans les eaux, il leur a permis df» douer d'une vie autonome et indépendante les cellules de nos tissus et les globules de nos humeurs. Dépourvus d'organes distincts, tous ces innombrables milliards d'êtres microscopiques, animés et vivants, ne pouvant se reproduire par sexualité, ont été comparés et assimilés à ces spores, sporules et plastidules ou poussières végétales qui flottent incessamment dans l'atmosphère et se reproduisent seules, en tombant sur la terre ou dans l'eau. C'est leur protoplasma naturel où ils se développent, comme les embryons dans la matrice. De là l'immensité d'êtres asexués, connus et inconnus, comparativement à ceux qui se reproduisent sexuellement. « Nous serons certainement plutôt en deçà qu'au delà de la vérité, dit Haeckel, si nous soutenons qu'en moyenne, pour chaque acte de génération sexuelle, il y a dans la nature plus de mille et vraisemblablement plus d'un million d'actes de génération asexuée. »
En permettant aux positivistes de remonter à l'origine de la vie par de simples atomes de matière, ce mode informe, primitif, de la génération, est devenu..., pour eux, le modèle le plus simple et le plus clair de la reproduction. On l'appelle monogonie, et il est donné aujourd'hui comme la règle pour éclairer la génération sexuée et en comprendre exactement la nature. Celle-ci est maintenant reléguée au second rang, comme trop compliquée, et n'est plus
GENERATION ASEXUEE. 107
considérée que comme un cas spécial, une exception dans la multitude des procédés supposés, imaginés, pour expliquer la multiplication infinie de ces êtres inférieurs. Ils font ainsi naître des individus sexués des asexués et réciproquement, puisque cellules et globules se rencontrent dans tous les corps organisés jusqu'aux plus parfaits. Sans pouvoir expliquer cette métamorphose, ils considèrent la difficulté comme vaincue par une génération alternante, et le tour îst fait.
Les matérialistes les plus avancés sont pourtant obligés de reconnaître unanimement que les éléments dô ces êtres microscopiques, unicellulaires, dont ils font leur unique point de vue, leur dieu, se réunissent toujours au moins deux à deux pour former la plastidule ou la cellule mère, le globule primitif. Qu'ils en fassent, au gré de leur système ou de leur imagination, des granules ou atomes, des plastides ou de gemmes, des corpuscules-germes ou des spores, toujours est-il qu'ils se fusionnent forcément pour former la plastidule ou la cellule vivante et animée, susceptible de se reproduire par scission ou segmentation. La bouture ne prend, ne se développe qu'en la plantant dans la terre, et la greffe ne réussit qu'en la soudant à un autre arbuste, de même que tout bourgeon, détaché de sa souche, ne vit et se développe qu'à l'aide d'un autre menstrue. Les œufs des vers, des limaçons et des colimaçons, comme la plupart les insectes, ne sont féconds qu'en étant déposés dans la terre, comme ceux des poissons dans l'eau, d'est une incubation indispensable à leur évolution,
comme le bois, le cuir, le fromage ou d'autres milieux le sont pour divers insectes.
Dès lors, l'affinité mutuelle des gemmules entre elles, admise par Darwin pour réaliser la sélection naturelle, le perfectionnement graduel des êtres en résultant, et l'affinité chimique des deux cellules amantes, imaginée parllœckel, étant reconnues nécessaires, indispensables à la réunion, la fusion, la concrescence de ces deux premières unités de la vie, ne doivent-elles pas être admises également entre leurs composés? Si déliés que l'on suppose ces éléments amorphes du plasson ou du plasma, c'est-àdire de la matière dont ils émergent spontanément, comment prouver qu'ils viennent de la même nature? Réduites à cette ténuité extrême de molécules infinitésimales, invisibles et impondérables, rien ne proit ve qu'une force différente ne les attire ou les repousse et ne les fasse réagir entre eux. L'affinité admise entre leurs composés immédiats ne peut provenir que d'eux-mêmes. Ils sont donc doués aussi — nous ne dirons pas de tendresse ni de sympathie — des mêmes forces attractives ou répulsives les uns pour les autres. C'est leur esprit, c'est-à-dire la force latente, immatérielle, qui les anime et qui s'observe jusque dans la terre, lorsqu'elle est vivifiée, comme on dit, par le soleil, son fidèle amant.
La sexualité admise entre la Terre et le Soleil était plus logique. C'est au printemps qu'Ûsiris, selon les Égyptiens, fécondait la nature. C'est au printemps que la Tarre s'unit au Soleil, dit Dupuis dans son Origine des cultes. La Terre amoureuse,
selon Virgile, demande au Ciel le principe vivifiant qui doit féconder son sein. 11 y a plus de vérité réelle sous ces figures poétiques que dans ces abstractions matérielles d'où l'esprit des auteurs ne peut faire jaillir ni la vie ni la vérité.
N'est-ce donc pas là une sexualité réelle, incontestable ? C'est en négligeant systématiquement ce premier facteur de la génération asexuée, chez les organismes élémentaires, pour faire remonter la vie directement à la matière, que les matérialistes, travestissant les rôles, accordent la prééminence à celle- «i. Elle n'a pis lieu sans doute suivant les lois connues, ni les procédés grossiers observés dans les espèces supérieures, mais elle est aussi évidente, aux yeux de l'esprit, que celle de la cellule ovulaire femelle et la cellule spermatique mâle, dont la fusion n'a jamais pu ni ne pourra jamais être saisie ni prise sur le fait. On admet celle-ci par induction, comme il faut admettre celle-là. Ne s'opéràt-elle qu'entre la matière amorphe et la force qui l'anime, que l'on ne saurait la nier à l'origine même de la vie. C'est en se perfectionnant graduellement qu'elle est devenue directement apparente et s'est réalisée sous nos yeux par des organes spéciaux.
La sexualité est encore si bien le type de la génération que les positivistes allemands — dont l'esprit abstrait, imbu de la philosophie positive de Kant, excelle si bien à concréler, synthétiser les élucubrations, les spéculations les plus subjectives en les ren-
dant objectives, palpables, évidentes par des mots tirés du grec — ont tout fait, avec le microscope et les réactifs, pour la démontrer jusque dans les cryptogames : végétaux les plus élémentaires, comme on Ta vu, sans cotylédon ni aucun caractère extérieur de sexualité. Des spores microscopiques ayant été trouvées réunies, à l'intérieur delà plante, dans une sorte d'enveloppe rudimentaire, ils en ont fait une vésicule fictive, appelée sporange, et assimilée à l'ovaire femelle. L'organe séminal mâle était donc immanquable, il fallait le trouver à toute force. Et l'on fit tant et si bien... qu'il le fût, représenté par l'anthéridie ou petite anthère se développant tantôt d'une manière ici, tantôt d'une autre là.sansaucune régularité et sur quelques espèces seulement.
Mais Bischoff ayant comparé la sporange, qui contient et émet les spores ou graines, à la floraison des autres plantes, il fallait remplacer leur ovaire. Il imagina l'archégone, formépar une grande celluk, provenant directement de la génération ou germination primitive des spores de fougères, qui sont les espèces les plus parfaites. Son volume, sa situation et son sexe, varient tant qu'il n'est pas toujours revêtu d'une enveloppe. On rencontre à la fois, dans son intérieur, des anthéridies ou spermogonies et des prothalliums ou organes femelles dont les granulations, se divisant par segmentation, produisent les cellules embryonnaires ou microspores qui donnent même naissance à des prothalliums à anthéridies.
C'est donc là, en un mot, et sans entrer dans plus
GÉNÉRATION ASEXUÉE. Hl
de détails techniques, une véritable génération anormale, monstrueuse, des cellules végétales, absolument comme l'hermaphrodisme des plantes est une monstruosité chez les animaux supérieurs. De la génération asexuée des plantes, sans cotylédon à l'œil nu, on remonte ainsi successivement, par l'analyse microscopique, à la sexualité, à l'hermaphrodisme, à la segmentation cellulaire, véritable génération endogène où sont confondus, en fin de compte, les germes mâle et femelle. Voilà tout ce que produisent, en dernière analyse, ces prétendues découvertes microscopiques. On n'est pas plus avancé à la fin qu'au commencement et invariablement ramené à ne pouvoir distinguer ce qui produit ni l'un ni l'autre de ces deux inséparables facteurs.
En ne s'appliquant qu'aux êtres élémentaires, primitifs des deux règnes, animés et vivants, le mode asexué n'est donc que le commencement, l'ébauche imparfaite de la génération, dont la sexualité distincte est le type et le modèle. Tout un monde s'élève ainsi graduellement entre ces infiniment petits, végétaux et animaux, microscopiques ou informes, dont la nutrition se confond avec la reproduction, sans sexualité ni fécondation apparentes, et les mammifères qui en offrent le type complet et parfait. Leur manifestation, évidente ici, permet et commande même de les supposer là, en vertu de l'immutabilité des lois naturelles. On verra dans chaque classe, genre ou famille des deux règnes, toute espèce supérieure s'en distinguer par la sexualité, s'accentuant et se perfectionnant progressivement
à mesure qu'elles s'en éloignent, qu'elles croissen* en volume, en force, en instinct et en utilité pour se rapprocher de ces derniers.
Les Algues, par exemple, dont la structure est si simple, parmi les plantes sans cotylédon, que la plupart vivent dans l'eau et en parasites dans les liquides de l'homme et des animaux, s'élèvent néanmoins graduellement dans leur mode de reproduction à uK^sure que leur tissu se perfectioime. Les deux premiers ordres, dont un grand nombre d'espèces sont parasites, sont ainsi asexuées, tandis que les Algues à fronde, formant le troisième, et dont la plupart vivent dans la mer, portent des organes mâle et femelle réunis sur la même tige et sont hermaphrodites, alors que les Floridées sont sexuées séparément. Plusieurs zoophytes et des mollusques présentent la même succession progressive dans leur génération.
En eK^osaniV Évolution des cryptogames d'après les données les plus récentes et précises sur les caractères paléontologiques de ces plantes obscures, figurés par de belles planches, MM. de Saporla et Marion montrent ainsi le dimorphisme sexuel comme l'une des propriétés les plus importantes du monde organisé. « La reproduction, disent-ils, fonction des plus essentielles, qui multiplie et perpétue rèlre individuel, en se manifestant aussi ijien chi'z les animaux que chez les plantes, trahit, pour ainsi dire d'elle-même, la communauté d'origine de ces êtres. L'évolution organique, môme considérée comme une simple hypothèse, implique
pour la vie un moment initial. Nous comprenons aisément que les forces biologiques ne possèdent point les attributs de l'éternité. La géologie apprend que la vie s'est manifestée sur le globe à un moment déterminé, après une longue succession de phénomènes uniquement physico-chimiques. C'est là un fait aussi certain que mystérieux dont le secret nous échappe, et loin de suivre certains esprits dans leurs efforts pour en demander la clef à l'action des forces purement mécaniques, nous préférons avouer notre complète ignorance du problème des origines de la vie. N'ayant jamais assisté à la genèse spontanée d'un organisme, nous restons forcément muets sur la cause qui l'a engendré une première fois. En revanche, l'être naissant se montre toujours comme la suite d'un être préexistant. Rien de plus naturel dès lors que de supposer toutes les formes vivantes issues d'une émission initiale dont la raison nous échappe. Les théories géologiques actuelles confirment cette présomption, en démontrant qu'aucun phénomène, depuis les époques les plus anciennes, n'a été susceptible d'arrêter la vie à la surface du globe. Cette succession permanente des organismes est précisément la condition indispensable de l'évolution qui nous semble avoir été la raison d'être du monde vivant ; d'autre part, nous saisissons que ce principe de perpétuité n'est en réalité que la conséquence de cette propriété souveraine des êtres : la capacité de reproduction ». {V Évolution des cryptogames, page 17, vol. 59 de la Bibliothèque scientifique internationale,Paiis, 1881 .)
Endogenèse. En voyant, au microscope, naître d'une cellule unique deux autres cellules plus petites, semblables à la première, les micrographes en ont fait un mode spécial de génération, sous le nom d'endogène, qui signifie en dedans. Mais ce n'est évidemment là qu'une scission de la cellule primitive en deux cellules jumelles, résultant de la dissociation, la fragmentation de ses granulations. Ce n'est donc pas un mode normal, ordinaire, régulier de la reproduction, mais une simple prolifération ou multiplication de la cellule, c'est-à-dire une variété de la génération asexuée. L'analyse cellulaire de la génération des fougères n'a donné ainsi, en définitive, que des cellules mixtes ou hermaphrodites, comme Varchégone. Les cellules épithéliales, les plus fécondes, donnent aussi naissance, dans une cavité spéciale, à une ou plusieurs autres cellules semblables; c'est la condition de l' endogenèse.
Depuis Schwann, on applique le nom de cellulemère au vitellus de l'ovule, représenté par le jaune de l'œuf ordinaire, et qui donne naissance, par la segmentation, aux cellules-filles formant l'embryon de tous les ovipares. Mais c'est à tort et tout à fait improprement, car l'ovule n'a plus les caractères simples de la cellule, dès l'instant où ce fractionnement a lieu, comme les figures de la Conception en témoignent plus loin. Ce n'est donc pas là une simple endogenèse, car le produit embryonnaire ne naît pas directement du vitellus de l'ovule; il en est tout différent, comme les leucocytes ou globules blancs naissent de cellules épilhéliales.
C'est là, au contraire, une véritable génération hétéromorphe, naissant d'éléments distincts, et donnant lieu, par une sorte d'hybridité ou de métis* sage, à des granulations primitives ou embryonnaires, à un produit nouveau. La différence entre l'ovule mâle et femelle s'accroît ainsi et devient plus apparente, à mesure que l'espèce végétale ou animale s'élève et se perfectionne dans l'échelle organique. Les amibes ou grégarines naîtraient ainsi des cel» Iules endogènes d'animaux articulés et des vers lombrics. Elles se rencontrent dans le ventre de oeux-ci sous forme de corps globulaires nombreux se mouvant en tous sens. Très petits d'abord, ces grains deviennent successivement elliptiques j puis globulaires, et restent immobiles comme un kyste. Ce liquide se prend en masse gélatineuse, enveloppé d'une membrane externe, avec une cellule ovale au centre. Puis le contenu se transforme en granulations, le milieu se condense, le noyau se forme et, l'enveloppe se détachant, ce noyau s'échappe, sous forme d'une amibe sphérique qui devient une grégarin ensuite.
Hermaphrodisme»
Formé de Mercure et Vénus, ce mot indique la réunion des organes reproducteurs des deux sexes sur un seul individu qui se féconde lui-même. Ce procédé de génération est diamétralement le contraire du précédent et l'intermédiaire de la reppo-
duction sexuée s'opérant entre deux individus dis tincts. Il est la première manifestation apparente de la sexualité, obscure ou latente ailleurs. Le règne végétal en offre surtout le plus parfait modèle. La plupart des plantes sont hermaphrodites, parce que. fixées au sol et incapables de mouvement, elles ne peuvent se mettre en rapport ensemble, à moins d'être très rapprochées, comme c'est ordinairement le cas dans les plantes unisexuées.
Sauf les Fucacées, parmi les algues marines supérieures à fronde, présentant des organes mâle et femelle distincts sur le même pied, aucun cryptogame n'est hermaphrodite par l'absence d'organes reproducteurs dans son mode de reproduction asexuée. Au contraire, la plupart des plantes phanérogames, de beaucoup les plus nombreuses, sont pourvues d'organes mâle et femelle au centre même de la fleur, la partie la plus brillante et remarquable par la variété de ses formes et de ses couleurs. Le centre da calice, formé en dehors par la corolle verte, et doublé intérieurement des pétales colorés aux suaves parfums, est ainsi le lit nuptial des plantes, dit Linné, et le théâtre charmant de leurs amours. Voici la description des organes qui y sont dévolus.
Êfamines. Organes mâles placés au dedans des pétales qui les protègent. Elles se présentent sous forme de petits filaments déliés, naissant du fond du calice, plus ou moins longs, et se distinguent par leur sommet renflé. C'est l'anlhère, petit sac membraneux, renfermant le pollen ou poudre fécon-
HERMAPHRODISME VEGETAL. HT
danle, et qui forme, en s'ouvrant, comme une petite houppe facile à reconnaître.
Loin d'être unique, comme chez les animaux, cet organe, partie essentielle pour la reproduction des plantes, est ordinairement multiple. Sur les vingtquatre classes formées par Linné et comprenant plus de treize cents genres, la première seule, composée de quinze genres, n'offre qu'une étamine. Delà son nom de monandrie pour indiquer ce fait, car c'est sur le nombre de ces organes importants que le célèbre botaniste suédois a basé sa belle classification. D'où les noms de diandrie, triandrie, tétrandrie, indiquant deux, trois, quatre étamines ou plus, suivant leur nombre jusqu'à vingt ; la polyandrie comprenant toutes les espèces qui en ont da vantage et jusqu'à cent parfois.
Variables dans leur quantité, ces organes diffèrent aussi dans leur qualité. Les uns sont plus longs, les autres plus courts sur la même plante. Le chou et la moutarde, par exemple, sur six étamines, en ont quatre qui dépassent notablement les autres. D'autres fois, ils sont réunis tous ensemble ou séparément par faisceaux et sont même fixés sur l'organe femelle, comme l'indique le nom de gynandrie, — femme et homme, — donné à cette classe spéciale.
Le Pistil est l'organe femelle et le plus souvent unique de la plante. C'est un petit style ou filet creux, tubulé, naissant du renflement plus ou moins sensible placé à la base de la corolle et s'élevant droit du fond du calice au milieu des étamines qui
l'entourent. Il s'en distingue par son extrémité évasée, appelée stigmate, destinée à recevoir le pollen fécondant des étamincs. Déposée là, cette semence s'introduit, s'insinue 3t descend par cet étroit canalicule filiforme du pistil, qui la transporte jusqu'à la base renllée avec laquelle il communique. C'est l'ovaire où se trouvent les petits grains ou œufs destinés à être fécondés et qui forme la graine et le fruit où elle est souvent renfermée.
Il est facile de s'expliquer dès lors le mécanisme de la génération hermaphrodite de la plupart des plantes, d'autant plus qu'il se rapproche de la génération sexuelle dont il est l'emblème rudimentaire. Linné, qui en a si merveilleusement dévoilé les mystères, compare ainsi le calice de la fleur au lit dont la corolle, d'une blancheur immaculée ou aux couleurs éclatantes et variées, forme les rideaux. L'anthère des étamines représente les glandes séminales dont le pollen est véritablement la liqueur fécondante. Le pistil la reçoit dans son stigmate, comme les parties sexuelles, et la conduit, la transporte jusqu'à l'ovaire représentant la matrice. L'action réciproque des étamines sur le pistil est l'accouplement ou la consommation de l'acte sexuel.
Ce n'est guère qu'au temps de la floraison parfaite, de l'épanouissement de la fleur, que se célèbrent ces noces merveilleuses. C'est la véritable puberté des végétaux. On voit alors les enveloppes florales se dédoubler et étaler la beauté de leurs
couleurs ; les organes mâles et femelles exhalent une odeur spéciale en devenant plus irritables et en acquérant une force d'action sensible à l'oeil nu pour remplir les diverses fonctions qui vont suivre.
C'est d'abord le rapprochement sexuel, l'accouplement, le coït entre les organes. Aussitôt l'épanouissement des enveloppes florales, on voit les étamines diriger leurs anthères vers l'extrémité du pistil ou stigmate pour répandre à sa surface et y verser, pour ainsi dire, la poussière fécondante contenue dans ses loges.
Rien de plus simple et facile quand ces différents organes sont rapprochés et placés à niveau sur la même fleur, comme cela existe dans la majorité. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Les exceptions sont nombreuses et variées ici, comme dans toutes les créations de la nature. Non seulement ces organes présentent diverses particularités sur la même fleur qui semblent s'opposer à leur rapprochement mutuel, ils sont de plus séparés et isolés parfois sur des fleurs et sur des tiges distinctes, n'ayant qu'un sexe, comme on le verra à la génération sexuée. II est donc curieux et intéressant de montrer ici l'at traction admirable qui rapproche ces organes entr eux sur les fleurs hermaphrodites et par quel méca nisme — on dirait presque intelligent et volontaire — leur attouchement s'opère chez certaines espèces.
Tandis que dans le cas ordinaire d'égalité des organes sexuels, les fleurs sont indistinctement droites ou infléchies, on les voit, au contraire, se diriger verticalement quand les étamines sont plus longues que
le pistil et se renverser, quand le pistil dépasse les étaniines, pour que celles-ci réalisent mieux leur attouelicnKMit avec lui. H suffit d'examiner l'une de ces fleurs renversées, le fuchsia, par exemple, pour y trouver la confirmation de ce fait.
Dans la fraxinelle et la rue, où les dix étamines sont éloignées de quatre-vingt-dix degrés environ du pistil central lors de l'épanouissement de la fleur, on voit successivement et tour à tour l'un de ces dix maris diriger alternativement l'anthère vers le stigmate de celui-ci, y déposer sa semence et se retirer ensuite pour céder la place à un autre. C'est, au contraire, par le secours de la corolle, se contractant sur elle-même pour les rapprocher au centre, que les quatre étamines des soixante-six espèces de la germandrée peuvent s'accoupler avec le pistil.
Dans la pariétaire, où l'anthère des étamines est placée au-dessous de l'organe femelle par l'inflexion du filet, celui-ci se redresse macliiiîalemenfe pour lancer sa poussière fécondante à la surface du stigmate.
Le contraire s'observe chez d'autres espèces du genre Kaimie dont les étamines ont leurs anthères logées dans de petites fossettes placées bien audessous du j)istil. On voit les filets mâles se contracter et se courber sur eux-mêmes pour dégager les anthères qui vont verser leur pollen à la surface du pistil.
Un phénomène encore plus remarquable s'offre chez plusieurs plantes aquatiques, comme le nénu-
phar et le ményanthe, dont la fécondation ne pourrail s'opérer dans l'eau, parce que la matière huileuse du pollen ne peut se mêler à ce liquide. On voit le pédoncule de leurs boulons s'allonger peu à peu, parfois d'une longueur considérable, suivant le niveau de l'eau, pour les mettre à sa surface. La fleur s'épanouit alors et opère le contact séminal, après quoi elle se replonge dans l'eau pour y mûrir ses fruits, qui ne peuvent se développer que dans ce liquide.
Si, dans cette conjonction sexuelle, le rôle actif revient au mâle, comme chez les animaux, la femelle n'y reste par absolument étrangère. Lors de la déhiscence du pollen des anthères, correspondant à l'éjacuiation animale, le stigmate du pistil de certaines fleurs manifeste un penchant très prononcé à absorber cette poussière. Il devient ainsi plus humide, plus chaud, plus odorant. Sur la tulipe et la sensitive, il se gonfle et s'agite, au contact de cette poussière fécondante, au moment des amours ; l'arum d'Italie développe mémo une éleva lion de température sensible au thermomètre. Il se baisse et se penche vers les étamines dans plusieurs plantes lorsqu'il les excède en hauteur. Ses frémissements et l'ivresse amoureuse deviennent même perceptibles chez la parnassie des marais, quand elle reçoit cette impression excitante de la fécondation, par le passage du pollen dans son canahcule filiforme.
L'absorption pollinique, pour n'être pas si marquée chez les végétaux que celle du fluide séminal
chez les animaux, n'en est donc pas moins réelle. L'ovaire jouit en effet de la faculté de pomper, d'aspirer la poussière déposée par les étamines sur le stiijmate. Autrement, elle ne pourrait s'introduire et pénétrer par ces conduits si ténus et déliés de l'extérieur jusqu'à l'intérieur de l'ovaire pour féconder les ovules qui y sont contenus.
Du contact et de la fusion de ces deux germes de la vie végétale résulte la fécondation et une vie nouvelle pour tous ces éléments granuleux formés d'avance dans l'ovaire, pendant l'accroissement de la plante. Ils fussent restés tels et seraient morts bientôt avec elle, s'ils n'eussent reçu cette imprégnation fécondante, et toute la vie était à jamais finie pour eux et la plante tout entière. Cette imprégnation, au contraire, communique à toutes ces granulations microscopiques un nouvel essor, et leur imprime un nouveau mode de vitalité. Elles croissent rapidement et se transforment en véritables graines capables de reproduire un nouvel individu.
Pour la réalisation de cette vie nouvelle, un autre élément est indispensable : la chaleur. Une élévation de température, que les animaux supérieurs développent et puisent en eux-mêmes à cet effet, est aussi nécessaire aux végétaux pour cet acte important. Dans l'impossibilité de la produire pour effectuer leur génération, ils ne célèbrent leurs noces et leurs amours qu'à l'époque des chaleurs, comme les insectes et tous les animaux inférieuis, suivant le
HERMAPHRODISME VEGETAL. 123
degré de température convenable à chaque espèce. Soumis à la matière, ils obéissent passivement à une loi naturelle sans pouvoir y rien changer. Il ne s'agil donc ici, ni de choix m d'instinct, ni de volonté, comme certains positivistes l'infèrent de ces phénomènes pour les comparer, les rapprocher ou les assimiler à ceux de l'homme. Toute la différence éclate en voyant l'horticulteur changer ces conditions à son gré en faisant naître et vivre ces végétaux en hiver à l'aide de la serre, comme l'éleveur avec la couveuse.
n serait facile d'étudier expérimentalement, à l'aide du microscope, ce phénomène intime de la génération des plantes. En pratiquant une ouverture ou fenêtre au calice de la plante sur pied, on pourrait observer toutes les phases, les modifications successives des graines. Cette expérience d'embryogénie végétale n'a pourtant pas été faite. Sa lenteur et le peu d'enseignement qu'elle offrirait à la conception animale ont sans doute arrêté les plus intrépides.
Mais au prix de quels sacrifices cette transmission de la vie s'est-elle opérée! A l'éclat et à la fraîcheur de la corolle succède la flétrissure et bientôt la mort. Les étammes se fanent et tombent à leur tour. Le pistil, désormais inutile, est frappé de la même dégradation et les suit dans leur chute, et de ce brillant palais nuptial, élevé avec tant de pompe, il ne reste plus que l'ovaire, pour perfectionner les éléments des générations futures contenues dans son sein. C'est dans ce réceptacle, en effet, transformé par
l'accroissement en capsules, baies ou fruits, que se rencontrent les graines fécondées, lesquelles mises en terre, fécondées clle-mémes par l'eau, reproduisent la plante après une incubation plus ou moins prolongée.
Une autre similitude de ce mode de reproduction avec la génération sexuée est dans les changements, les caractères particuliers que certaines plantes acquièrent spontanément et d'où naissent ces espèces bâtardes, ou plutôt ces variétés curieuses que les amateurs recherchent tant. Ce sont évidemment autant d'exemples d'hybridité ou de métissage résultant de la confusion des poussières fécondantes portées pêle-mêle de fleur en fleur par les vents ou par les insectes.
Le vent, par exemple, secoue les anthères ouvertes, se charge du pollen qu'elles laissent échapper et vient le déposer sur des stigmates auxquels il n'était pas destiné. Les insectes, surtout ceux qui vivent de butin et pénètrent jusqu'au fond des corolles pour y trouver leur propre vie, comme les abeilles et les coléoptères, sont encore des agents très actifs de croisement. Leur corps se couvre de poussière fécondante qu'ils transportent avec eux, la secouant et la déposant pourainsi dire de fleur en fleur. Si la fécondation est possible entre ces fleurs, l'hybridité en résulte naturellement. Le premier exemple d'hybridation se révéla ainsi, dès 1744, aux yeux étomiés du grand Linné, par l'apparition spontanée de tulipes flambées, panachées, au milieu des semis de graines provenant de plantes uni-
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colores. Dans une seule année, M. Naudin a obtenu au Jardin des plantes, avec les graines de la même courge, la reproduction de plus de douze cents variétés de citrouilles, de forme, de volume, ou de qualités différentes, qui se trouvaient réunies dans le même jardin.
Est-ce à dire que toutes les plantes entre elles,^ dans l'extrême confusion qui les réunit partout, et le pêle-mêle de leur floraison annuelle, soient également aptes à se féconder et se reproduire? Nullement. Les variétés d'une même espèce y sont aussi aptes que celles de familles distinctes, éloignées, y sont réfractaires. La fécondation est même impossible entre les semences d'espèces ou familles opposées. L'hybridité véritable, résultant de la fécondationd'espèces différentes, est ainsi très limitée. On en compte à peine une vingtaine d'exemples bien cons tatés. Tout le reste n'est que du métissage, ou mélange des semences de la même espèce.
L'horticulteur obtient artificiellement de la sorte des variétés nouvelles et curieuses de fleurs et de fruits qui en sont les perfectionnements. Leur persistance les fait prendre pour des espèces nouvelles, mais ce ne sont que des variétés qui reviennent promptement à leur type primitif, comme les animaux, dès que l'on n'en entretient pas la culture et la fécondation.
L'accroissement de la graine ou du fruit, extrêmement variable entre les diverses espèces, corres
pond manifestement à la gestation animale et à la grossesse de la femme; leur expulsion ou leur di'liisccnce spontanée sont l'analogue de l'ouverture de l'œuf par l'oiseau, comme certaines capsules en offrent l'image, et de la parturition, de Taccouchemen^ même. On peut se convaincre qu'il y a, dans ce procédé très élémentaire de la génération hermaphrodite des plantes, un tableau complet de la génération sexuée du règne animal et de l'espèce humaine en particulier.
On ne saurait douter de l'identité de ces fonctions devant la similitude des résultats obtenus par la caslratior de ces fleurs et celle des animaux. « Retardez la fécondation, dit Mérat, empéchez-la par quelques moyens, et la fleur conservera longtemps la fraîcheur de son calice. Il suffît ainsi de retrancher les anthères des étamines ou le stigmate du pistil, avant la fécondation, pour les rendre stériles, comme chez les animaux et dans l'espèce humaine. Le fait se démontre encore plus facilement dans les plantes dioïques, unisexuées, en les séparant l'une de l'autre pour les rendre absolument infécondes, comme nous en donnerons des exemples authentiques.
Les plantes que l'on fait croître trop rapidement dans les jardins perdent encore de même leurs facultés reproductrices, comme les animaux engraissés. En se chargeant d'embonpoint, les organes mâles et femelles perdent leurs propriétés génératrices. En transformant les étamines en pétales, pour rendre les fleurs doubles, on les stérilise.
Une contradiction frappante résulte toutefois de
cette comparaison appliquée à la génération dans les deux règnes vivants ; c'est la polyandrie végétale, constituée par la présence d'un nombre infini d'organes mâles pour un seul organe femelle ou quelques-uns seulement. C'est absolument le contraire de la polygynie qui s'observe dans le règne animal, 011 un seul mâle suffit ordinairement à plusieurs femelles. L'homme l'a établie lui-même, comme le mode le plus favorable à ses intérêts, dans la reproduction de ses animaux domestiques, et l'emploie aussi pour son plaisir personnel. La polygamie, c'est-à-dire un seul homme pour plusieurs femmes, est ainsi sanctionnée par les lois de tous les peuples orientaux, soumis au code de Mahomet, et si elle est interdite par celles des peuples civilisés, sous l'influence du christianisme, elle n'en existe pas moins dans le cœur des hommes, dont la plupart, monogames parla loi, sont polygames en leurs amours. Si le climat chaud a pu contribuer à autoriser cette faculté au mahométan : d'avoir autant de femmes qu'il peut en nourrir, nul doute que beaucoup de chrétiens occidentaux ne l'imitent clandestinement, à en juger par les affections naturelles et les mœurs d'un grand nombre.
Est-ce à dire que les femmes auraient une aversion marquée pour cet état de la polyandrie végétale? L'empressement des monogames à se choisir des sigisbés, des chevaliers et des amis de la maison, comme auxiliaires de leurs maris, prouve indubitablement le contraire. L'exercice de la prostitution publique et clandestine en est de plus la confirma-
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tion. Mais cet état est essentiellement contraire aa vœu de la nature, comme Tenscigne la continence prolongée des femelles domesti(|uos. La femme volage montre sa supériorité sans doute en ne les imitant pas, pour se rapprgcher des fleurs, mais en faisant aussi échec à la reproduction.
Il existe d'ailleurs des exemples de polyandrie humaine établie par l'usage dans certaines contrées. Dans son récent voyage dans le Cachemire et le petit Thibet, RI. Ujfalvy a vu cette singulière coutume chez les Koulous, indous montagnards à mœurs douces, laborieux et économes. Une femme a six ou huit maris, généralement frères, qui la choisissent et la possèdent ainsi à tour de rôle par mesure d'économie. Elle reste alternativement un mois avec chacun. Ce n'est pas que la continence soit plus en honneur parmi eux, car il existe de nombreuses bayadères dont ils se servent dans l'intervalle où ils ne possèdent pas la femme commune. De là la fréquence des infanticides et des avortements et aussi le peu de cas qui est généralement fait de cette femme de la communauté. Elle est encore plus libre dans le Dakar : quand un mari ne lui convient plus, elle en change.
La différence existant à cet égard entre les végétaux et les animaux s'expliijue par l'immobilité même de la plante et toutes les difficultés mises à la fécondation de la fleur. Elle est sans volonté et livrée sans défense à tous les hasards de la température, de la pluie et dos vents, à la voracité des insectes, des animaux et jusqu'à la main de l'homme s'opposant au
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Tœu suprême de la reproduction. Une gelée subite, des insectes nombreux font souvent avorter la semence, en portant atteinte aux organes mâles ou femelles. C'est pourquoi laboureurs ou vignerons redoutent tant les pluies fortes et prolongées, lors delà floraison de la vigne et des blés, car, en tombant sur les étamines, l'eau en enlève le pollen et l'entraîne dans sa chute. Les cultivateurs disent ainsi que le fruit coule.
C'est pour contrebalancer tous ces obstacles à la fécondation et ces nombreuses causes d'avortement que ce procédé élémentaire de reproduction est entouré de tant de garanties spéciales. De là la plura lité des organes mâles pour l'assurer et l'extrême fécondité des plantes, se réalisant par les moyens mômes qui peuvent l'empêcher. La multiplication des graines est ainsi considérable chez certaines espèces. Une tige de maïs en porte deux mille, l'aunée trois mille, le tournesol ou soleil quatre mille, le pavot plus de trente, le tabac quarante, le platane cent et l'orme jusqu'à trois cent mille. Cette fécondité est donc prodigieuse. Et pour obvier à leur immobilité, les vents et les eaux, les insectes et les animaux contribuent ensemble, avec l'homme, à les propager, les disséminer. De même que le pollen, poussière fécondante, est souvent transporté à de grandes distances par le vent et les ailes des insectes, mouches, abeilles et papillons, qui vont le déposer sur le stigmate des pistils pour les féconder, les graines légères ou pourvues d'aigrettes, comme le pissenlit, sont aussi emportées de cette ma-
nière ou entraînées par le courant des eaux. Elles descendent par là du sommet des rochers ou des montagnes arides, dans les plaines et les vallées fécondes, et émigrent parfois d'une île ou d'un continent à l'autre. Le coco des Maldives fut ainsi transporté aux Séchelles et les côtes de laNorwège offrent souvent des fruits venus du Nouveau Monde. Les fruits du mimosa et du cocotier ont été portés en Scandinavie par les flots de l'Océan.
Toutes ces opérations si délicates et merveilleuses de la nature, appliquées à la reproduction des plantes et leur dissémination sur toute la surface du globe, ne sont-elles pas un emblème saisissable et frappant de l'esprit divin et créateur qui y préside? Il se manifeste sans doute par des phénomènes naturels; mais l'essence aérienne, impalpable de ceux-ci n'est-elle pas une preuve de l'essence immatérielle de l'esprit, de l'intelligence et de l'âme de l'homme, lorsqu'il réalise lui-même cette œuvre sublime de la génération humaine? Leçon évidente qu'elle ne doit jamais être exclusivement matérielle pour en obtenir tous les effets salutaires.
Hermaphrodisme animal. Il n'existe qu'exceptionnellement chez les animaux inférieurs appelés androgynes, c'est-à-dire mâle et femelle. Ce sont les plus mous, les plus faibles, et les moins en état de se rechercher pour l'acte de la reproduction. Tels sont les mollusques acéphales, sans tète, comme les huîtres et les moules. Réunissant les organes mâle et femelle dans le même individu, absolument
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comme la plante hermaphrodite, ils se pfôpagen» sans aucun accouplement. Les lombrics ou grands vers de terre, comme ceux qui vivent dans l'intestin de l'homme, réunissent aussi manifestement les deux sexes sur le même sujet. Les limaces, les limaçons et tant d'autres gastéropodes, ne pouvant se mouvoir qu'en rampant, en se traînant sur le ventre, sont dans le même cas. Les premiers ont leurs organes mâle et femelle réunis vers le milieu du corps et les seconds au fond de la cavité, du trou, qu'ils présentent sur le côté droit du cou. Il est très facile de les observer et les distinguer, comme sur les fleurs.
Toutefois, une différence sensible existe déjà sur ces derniers mollusques. Au lieu de se suffire à euxmêmes, comme la fleur hermaphrodite, le concours d'un être semblable à eux est indispensable à !eur reproduction, comme chez les plantes dioïques ou sexuées séparément. Les vers de terre et les sangsues, les limaces et limaçons se réunissent en effet deux à deux, dans un contact plus ou moins prolongé, qui suffit à la génération en excitant et en réveillant les organes générateurs internes. N'est-ce pas aussi afin de développer la chaleur organique indispensable à la fécondation des germes dans toute génération?
Redi, médecin toscan, qui a longtemps observé l'accouplement des limaces, s'est assuré que les mâles et les femelles ont, à l'intérieur du corps, un organe absolument semblable, de même forme et de même grandeur. Il est constitué par un cordon,
long de plus d'une brasse, faisant saillie à l'extérieur par le même mécanisme que les cornes de ces gastéropodes. En s'accouplant, les limaces entrelacent, entortillent ces deux cordons ensemble et restent ainsi si intimement unies qu'elles se laissent écraser plutôt que de se quitter. On ne peut même les séparer que par lambeaux.
Poursuivis par le besoin de la reproduction, le» vers de terre apparaissent en foule à sa surface, où l'on peut voir le frottement mutuel qu'ils exercent l'un contre l'autre, pour déterminer l'action des organes mâle et femelle dont ils sont pourvus tous deux; emblème frappant des effets sympathiques que les irritations de la peau produisent sur l'appareil sexuel, dans l'espèce humaine et un grand nombre d'animaux. C'est donc là comme l'ébauche du mode suivant, qui se perfectionne et se complète graduellement, en allant des différentes classes d'animaux à l'homme.
L'hermaphrodisme se prolonge jusque chez les annélides nageurs, comme les sangsues. Redi a trouvé une conformité parfaite de leurs organes sexuels avec ceux des vers. Mais ceux-ci se reproduisent manifestement par des œufs, qui, une fois fécondés, se dirigent vers la partie postérieure et sortent près de l'anus, tantôt enveloppés d'une espèce de cocon, tantôt nus, ce qui marque un nouveau perfectionnement sur les limaces.
Dès que les animaux s'élèvent dans l'échelle organique, l'hermaphrodisme constitue chez eux, au contraire, une grave anomalie. Aucun vertébré ne le