CHAPITRE XI
chez un peuple barbare. Que leur dit le chef? « Vous avez enfreint les lois de votre pa,ys; vous y avez été une cause de trouble et de scandale, et l’on vous en a chassés; on vous envoie ici, mais vous pouvez y racheter votre passé ; vous pouvez, par le travail, vous y créer une position honorable, et devenir d'honnétes citoyens. Vous y avez une belle mission à remplir, celle de porter la civilisation parmi ces tribus sauvages. La discipline sera sévère, mais juste, et nous saurons distinguer ceux qui se conduiront bien. »
Pour ces hommes relégués au sein de la sauvagerie, la mère patrie n’est-elle pas un paradis perdu par leur faute et par leur rébellion à la loi? Sur cette terre lointaine, ne sont-ils pas des anges déchus? Le langage du chef n’est-il pas celui que Dieu fit entendre aux Esprits exilés sur la terre : « Vous avez désobéi à mes lois, et c’est pour cela que je vous ai chassés du monde où vous pouviez vivre heureux et en paix; ici vous serez condamnés au travail, mais vous pourrez, par votre bonne conduite, mériter votre pardon et reconquérir la patrie que vous avez perdue par votre faute, c’est-à-dire le ciel?»
49. — * Au premier abord, l’idée de déchéance paraît en contradiotion avec le principe que les Esprits ne peuvent rétrograder; mais il faut considérer qu'il ne s’agit point d’un retour vers l’état primitif; l’Esprit, quoique dans une position inférieure, ne perd rien de ce qu’il a acquis; son développement moral et intellectuel est le môme, quel que soit le milieu où il se trouve placé. Il est dans la position de l'homme du monde condamné au bagne pour ses méfaits; certes, il est déchu au point de vue social, mais il ne devient ni plus stupide, ni plus ignorant.
CRNÈSE SPIRITUELLE 251
50. — Croit-on maintenant que ces hommes envoyés dans la Nouvelle-Calédonie vont se transformer subitement en modèles de vertus ? qu’ils vont abjurer tout h coup leurs erreurs passées? Il ne faudrait pas connaître l’humanité pour le supposer. Par la même raison, les Esprits de la race adamique, une fois transplantés sur la terre d’exil, n’ont pas dépouillé instantanément leur orgueil et leurs mauvais instincts; longtemps encore ils ont conservé les tendances de leur origine, un reste du vieux levain ; or, n’est ce pas là le péché originel ? La tache qu’ils apportent en naissant est celle de la race d’Esprits coupables et punis à laquelle ils appartiennent; tache qu’ils peuvent effacer par le repentir, l’expiation, et la rénovation de leur être moral. Le péché originel, considéré comme la responsabilité d’une faute commise par un autre, est un non-sens et la négation do Injustice de Dieu ; considéré, au contraire, comme conséquence et reliquat d’une imperfection première de l’individu, non-seulement la raison l’admet, mais on trouve de toute justice la responsabilité qui en découle.