‹ La genèseChapitre 174 sur 236 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Bien qu’à la rigueur le fait puisse s’expliquer, jusqu’à un certain point, par une action fluidique qui, ainsi que le magnétisme en offre des exemples, aurait changé les propriétés de l’eau eu y donnant le goût du vin, cette hypothèse est peu probable, attendu qu’en pareil cas l’eau, n’ayant que le goût du vin, aurait conservé sa couleur, ce qui n’eût pas manqué d’être remarqué. Il est plus rationnel d’y voir une de ces paraboles si fréquentes dans les enseignements de Jésus, comme celle de l’Enfant prodigue, du festin de noces, et tant d’autres. Il aura fait pendant le repas une allusion au vin et à l’eau, d’où il aura tiré une instruction. Ce qui justifie cette opinion, ce sont les paroles que lui adresse à ce sujet le maître d’hôtel: « Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on en a beaucoup bu, il en sert alors de moindre; mais pour vous, vous avez réservé le bon vin jusqu’à cette heure. »

MDLTIPLICATION DES PAINS.

48. — La multiplication des pains est un des][miracles qui ont le plus intrigué les commentateurs, en môme temps qu’il a défrayé la verve des incrédules. Sans se donner la peine d’en sonder le sens allégorique, ces derniers n’y ont vu qu’un conte puéril; mais la plupart des gens sérieux ont vu dans ce récit, quoique sous une forme différente de la forme ordinaire, une parabole comparant la nourriture spirituelle de l’âme à la nourriture du corps.

On peut y voir cependant plus qu’une figure et admettre , à un certain point de vue, la réalité d’un effet matériel, sans pour cela recourir au prodige. On sait qu’une

LES MIRACLES DE L’ÉVANGILE

grande préoccupation d’esprit, l’attention soutenue donnée à une chose, font oublier la faim. Or, ceux qui suivaient Jésus étaient des gens avides de l’entendre: il n’^' a donc rien d’étonnant à ce que, fascinés par sa parole et peut-être aussi par la puissante action magnétique qu’il exerçait sur eux, ils n’aient pas éprouvé le besoin matériel de manger,

Jésus, qui prévoyait ce résultat, a donc pu tranquilliser ses disciples en disant, dans le langage figuré qui lui était habituel, en admetUint qu’on ait réellement apporté quelques pains, ({ue ces pains suffiraient pour rassasier la foule. En môme temps il donnait à ceux-ci une leçon : «Donnez-leur vous-mêmes à manger, » disait-il; il leur enseignait par là qu’eux aussi pouvaient nourrir par la parole.

Ainsi, à côté du sens allégorique moral, il a pu se produire un effet physiologique naturel très connu. Le prodige, dans ce cas, est dans l’ascendant de la parole de Jésus, assez puissante pour captiver l’attention d’une foule immense au point de lui faire oublier de manger. Cette puissance morale témoigne de la supériorité de Jésus, bien plus que le fait purement matériel de la multiplication des pains qui doit être considéré comme une allégorie.

Cette explication se trouve d’ailleurs confirmée par Jésus lui-méme, dans les deux passages suivants :

Le levain des pharisiens.

4'Ji — Or ses disciples étant passés au delà de l’eau, avaient ( ublié de prendre des pains. — Jésus leur dit; Ayez soin de vous garder du levain des pharisiens et des saducéeiis. — Mais ils pensaient et disaient entre eux: C’est parce que nous n’avons point pris de pains.

CUAPITRK XV

Ce que Jésus connaissant, il leur dit : Hommes de peu de foi, pourquoi vous entretenez-vous ensemble de ce que vous n’avez point pris de pains ? Ne comprenez-vous point encore et ne vous souvient-il point que cinq |>ains ont suffi pour cinq mille hommes, et combien vous en avez emporté de paniers? — . Et que sept pains ont suffi pour quatre, mille hommes, et combien vous en avez emporté de corbeilles? — Comment ne comprenez-vous point que ce n’est pas du pain que je vous parlais, lorsque je vous ai dit de vous garder du levain des pharisiens et des sadiicéens ?

Alors ils comprirent qu’il ne leur avait pas dit de se garder du levain qu'on met dans le pain, mais do la doctrine des pharisiens et des saducéens. (Saint Matth., ch. xvi, v. de a à 12.)

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