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CHAPITRE XVI

4. — Cependant, comme l’homme doit concourir au progrès général, et que certains événements doivent résulter de sa coopération, il peut être utile, dans certains cas, qu’il soit pressenti sur ces événements, afin qu’il en prépare les voies et se tienne prêt à agir quand le moment sera venu; c’est pourquoi Dieu permet parfois qu’un coin du voile soit soulevé ; mais c’est toujours dans un but utile, etjamais pour satisfaire une vaine curiosité. Cette mission peut donc être donnée, non à tous les Esprits, puisqu’il en est qui ne connaissent pas mieux l’avenir que les hommes, mais à quelques Esprits suffisamment avancés pour cela; or il est à remarquer que ces sortes de révélations sont toujours faites spontanément, et jamais, ou bien rarement du moins, en réponse à une demande directe.

5. — Cette mission peut également être dévolue à certains hommes, et voici de quelle manière :

Celui à qui est confié le soin de révéler une chose ccuîhée peut en recevoir, à son insu, l’inspiration des Esprits qui la connaissent, et alors il la transmet machinalement, sans s’en rendre comptCi On sait en outre que, soit pendant le sommeil, soit à l’état de veille, dans les extases de la double vue, l’àme se dégage et possède à un degré plus ou moins grand les facultés de l’Esprit libre. Si c’est un Esprit avancé, s'il a surtout, comme les prophètes, reçu une mission spéciale à cet effet, il jouit, dans les moments d’émancipation de l’àmc, de la faculté d’embrasser, par lui-méme, une période plus ou moins étendue, et voit, comme présents, les événements de cette période. Il peut alors les révéler à l’instant môme, ou en conserver la mémoire à son réveil. Si ces événements doivent rester dans le secret, il en perdra le

THÉORIE ÜE U PRESCIENCE

80V venir ou il ne lui en restera qu'une vague intuition, suffisante pour le guider instinctivement.

C’est ainsi qu’on voit cette faculté se développer providentiellement dans certaines occasions, dans les dangers imminents, dans les grandes calamités, dans les révolutions, et que la plupart des sectes persécutées ont eu de nombreux voyants; c’est encore ainsi que l’on voit de grands capitaines marcher résolument à l’ennemi, avec la certitude de la victoire ; des hommes de génie, comme Christophe Colomb, par exemple, poursuivre un but en prédisant, pour ainsi dire, le moment où ils l’atteindront : c’est qu’ils ont vu ce but, qui n’est pas l’inconnu pour leur Esprit.

Le don de prédiction n’est donc pas plus surnaturel qu’une foule d’autres phénomènes ; il repose sur les propriétés de l’àme et la loi des rapports du monde visible et du monde invisible que le Spiritisme vient faire connaître. Mais comment admettre l’existence d’un monde invisible, si l’on n’admet pas l’àme, ou si on l’admet sans individualité après la mort? L’incrédule qui nie la prescience est conséquent avec lui-même ; reste à savoir s’il est lui-même conséquent avec la loi naturelle.

6. — Cette théorie de la prescience ne résout peut-être pas d’une manière absolue tous les cas que peut présenter la révélation de l’avenir, mais on ne peut disconvenir qu’elle en pose le principe fondamental. Si l’on no peut tout expliquer, c’est par ladifficulté, pour l'homme, de se placer à ce point de vue extraterrestre; par son infériorité même, sa pensée, incessamment ramenée dans le sentier de la vie matérielle, est souvent impuissante à se détacher du sol. Â cet égard, certains hommes sont comme les Jeunes oiseaux dont les ailes, trop faibles, ne

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