CHAPITRE XVIII
des vues tout opposées. A la nature des dispositions morales, mais surtout des dispositions intuitives et innées, il est facile de distinguer à laquelle des deux appartient chaque individu.
La nouvelle génération, devant fonder l'ère du progrès moral, se distingue par une intelligence et une raison généralement précoces, jointes au sentiment inné du bien et des crojances spiritualistes, ce qui est le signe indubitable d’un certain degré d’avancement antérieur. Elle ne sera point composée exclusivement d'Esprits éminemment supérieurs, mais de ceux qui, ayant déjà progressé, sont prédisposés à s’assimiler toutes les idées progressives et aptes à seconder le mouvement régénérateur.
Ce qui distingue, au contraire, les Esprits arriérés, c’est d’abord la révolte contre Dieu par le refus de reconnaître aucune puissance supérieure à l'humanité; puis la propension instinctive aux passions dégradantes, aux sentiments antifraternels de l’égoïsme, de l’orgueil, de l’attachement pour tout ce qui est matériel.
Ce sont ces vices dont la terre doit être purgée par l'éloignement de ceux qui refusent de s’amender, parce qu’ils sont incompatibles avec le règne de la fraternité, et que les hommes de bien souffriront toujours de leur contact; lorsque la terre en sera délivrée, les hommes marcheront sans entraves vers l’avenir meilleur qui leur est réservé dés ici-bas, pour prix de leurs efforts et de leur persévérance, en attendant qu’une épuration encore plus complète leur ouvre l’entrée des mondes supérieurs.
28. — Par cette émigration des Esprits, il ne faut pas en" tendre que tous les Esprits retardataires seront expulsés de la terre et relégués dans les mondes inférieurs. Beau-
LES TEMPS SONT ARRIVÉS
coup, au contraire, y reviendront, car beaucoup ont cédé à l'entraînement des circonstances et de l’exemple; l’écorce était chez eux plus mauvaise que le fond. Une fois soustraits à l’influence de la matière et des préjugés du monde corporel, la plupart verront les choses d'une manière toute dilférente que de leur vivant, ainsi que nous en avons de nombreux exemples. En cela, ils sont aidés par les Esprits bienveillants qui s’intéressent à eux et qui s’empressent de les éclairer et de leur montrer la fausse route qu’ils ont suivie. Par nos prières et nos exhortations, nous pouvons nous-mêmes contribuera leur amélioration, parce qu’il y a solidarité perpétuelle entre les morts et les vivants.
La manière dont s’opère la transformation est fort simple, et, comme on le voit, elle est toute morale et ne s’écarte en rien des lois de la nature.
20. — Que les Esprits de la nouvelle génération soient do nouveaux Esprits meilleurs, ou les anciens Esprits améliorés, le résultat est le mêrar; dés l'instant qu'ils apportent de meilleures dispositions, c’est toujours un renouvellement. Les Esprits incarnés forment ainsi deux catégories, selon leurs dispositions naturelles : d’une part, les Esprits retardataires qui partent, do l’autre les Esprits progressifs qui arrivent. L’état des mœurs et de la société sera donc, chez un peuple, chez une race ou dans le monde entier, en raison de celle des deux catégories qui aura la prépondérance.
Pour simplifier la question, supposons un peuple, à un degré quelconque d’avancement, et composé de vingt millions dïimes, par exemple; le renouvellement des Esprits se faisant au fur et à mesure dos extinctions, isolées ou en masse, il y a nécessairement eu un moment
CBAPITRE XVIII
où la génération des Esprits retardataires l’emportait en nombre sur celle des Esprits progressifs, qui ne comptaient que de rares représentants sans influence, et dont les efforts, pour faire prédominer le bien et les idées progressives, étaient paralj’sés. Or les uns partant et les autres arrivant, après un temps donné, les deux forces s’équilibrent et leur influence se contrebalance. Plus tard, les nouveaux venus sont en majorité et leur influence devient prépondérante, quoique encore entravée par celle des premiers ; ceux-ci continuant à diminuer tandis que les autres se multiplient finiront par disparaître; il arrivera donc un moment où l’influence de la nouvelle génération sera exclusive ; mais ceci ne peut se comprendre si l’on n’admet pas la vie spirituelle indépendante de la vie matérielle.
30. — Nous assistons à cette transformation, au conflit qui résulte de la lutte des idées contraires qui cherchent à s’implanter; les unes marchent avec le drapeau du passé, les autres avec celui de l’avenir. Si l’on examine l’état actuel du monde, on reconnaîtra que, prise dans son ensemble, l’humanité terrestre est loin encore du point in- * termédiaire où les forces se balancent; que les peuples, considérés isolément, sont à une grande distance les uns des autres sur cette échelle ; que quelques-uns touchent à ce point, mais qu’aucun ne l'a encore dépassé. Du reste, la distance qui les sépare des points extrêmes est loin d’étre égale en durée, et une fois la limite franchie, la nouvelle route sera parcourue avec d’autant plus de rapidité, qu’une foule de circonstances viendront l’aplanir.
Ainsi s’accomplit la transformation de l’humanité. Sans l’émigration, c’est-à-dire sans le départ des Esprits retardataires qui no doivent pas revenir, ou qui ne
LES TEMPS SONT ARRIVÉS -i53
doivent revenir qu’après s’être améliorés, l’humanité terrestre ne resterait pas pour cela indéfiniment stationnaire, parce que les Esprits les plus arriérés avancent à leur tour; mais il eût fallu des siècles, et peut-être des milliers d’années pour atteindre le résultat qu’un demisiècle suffira pour réaliser.
31 . — Une comparaison vulgaire fera mieus comprendre encore ce qui se passe en cette circonstance. Supposons un régiment composé en grande majorité d’hommes turbulents et indisciplinés: ceux-ci y porteront sans cesse un désordre que la sévérité de la loi pénale aura souvent do la peine à réprimer. Ces hommes sont les plus forts, parce qu’ils sont les plus nombreux; ils se soutiennent, s’encouragent et se stimulent par l’exemple. Les quelques bons sont sans influence; leurs conseils sont méprisés; ils sont bafoués, maltraités par les autres, et souffrent de ce contact. N’est-ce pas là l’image de la société actuelle ?
Supposons qu’on retire ces hommes du régiment un par un, dix par dix, cent par cent, et qu’on les remplace à mesure par un nombre égal de bons soldats, même par ceux qui ont été expulsés, mais qui se seront sérieusement amendés : au bout de quelque temps on aura toujours le même régiment, mais transformé; le bon ordre y aura succédé au désordre. Ainsi en sera t-il de l’humanité régénérée.
32. — Les grands départs collectifs n’ont pas seulement pour but d’activer les sorties, mais de transformer plus rapidement l’esprit de la masse en la débarrassant des mauvaises influences, et de donner plus d’ascendant aux idées nouvelles.
C’est parce que beaucoup, malgré leurs imperfections