‹ La genèseChapitre 42 sur 236 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

sa pierre d’assise enlevée; mais qui devait avoir raison dp la science marchant prudemment et progressivement sur le terrain solide des chiffres et de l’observation, sans rien affirmer avant d’avoir la preuve en main, ou d’une relation écrite à une époque où les moyens d’observation manquaient absolument? Qui doit l’emporter, en fin de compte, de celui qui dit que 2 et 2 font 5, et refuse de vérifier, ou de celui qui dit que 2 et 2 font 4, et le prouve?

9. — Mais alors, dit-on, si la Bible est une révélation divine, Dieu s’est donc trompé ? Si elle n’est pas une révélation divine, elle n’a plus d’autorité, et la religion s’écroule faute do base.

De deux choses l’une : ou la science a tort, ou elle a raison ; si elle a raison , elle ne peut faire qu’une opinion contraire soit vraie; il n’y a pas de révélation qui puisse l’emporter sur l’autorité des faits.

Incontestablement Dieu, qui est toute vérité, ne peut induire les hommes en erreur, ni sciemment ni inconsciemment, sans quoi il ne serait pas Dieu. Si donc les faits contredisent les paroles qui lui sont attribuées, il en faut conclure logiquement qu’il ne les a pas prononcées, ou qu’elles ont été prises à contre- sens.

Si la religion souffre en quelques parties de ces contradictions, le tort n’en est point à la science qui ne peut foire que ce qui est ne soit pas, mais auxhommes d’avoir fondé prématurément des dogmes absolus, dont ils ont fait une question de vie et de mort, sur des hypothèses susceptibles d’être démenties par l’expérience.

Il est des choses au sacrifice desquelles il faut se résigner bon gré mal gré, quand on ne peut pas faire autrement. Quand le monde marche, la volonté de quelquesuns ne pouvant l’arrêter, le plus sage est de le suivre, et

de s’accommoder avec le nouvel état de choses, plutôt que de se cramponner au passé qui s’écroule, au risque de tomber avec lui.

10. — Fallait-il, par respect pour des textes regardés comme sacrés, imposer silence à la science? C’eût été chose aussi impossible que d’empêcher la terre de tourner. Les religions, quelles qu’elles soient, n’ont jamais rien gagné à soutenir des erreurs manifestes. La mission de la science est de découvrir les lois de la nature; or, comme ces lois sont l’ceuvre de Dieu, elles ne peuvent être contraires aux religions fondées sur .la vérité. Elle accomplit sa mission par la force même des choses, et par une conséquence naturelle du développement de l'intelligence humaine qui, elle aussi, est une œuvre divine, et n’avance qu'avec la permission de Dieu en ver^u des lois progressives qu’il a établies. .Jeter l’anathôrne au progrès comme attentatoire à la religion y c’est donc aller contre la volonté de Dieu ; c’est de plus peine inutile, car tous les anathèmes du monde n’empêcheront pas la science de marcher, et la vérité de se faire jour. Si la religion refuse de marcher acec la science, la science marche toute seule.

11. — Les religions stationnaires peuvent seules redouter les découvertes de la science; ces découverte ne sont funestes qu’à celles qui se laissent distancer par les idées progressives en s’immobilisant dans l’absolutisme de leurs croyances; elles se font en général une idée si mesquine de la divinité, qu’elles ne comprennent pas que s’assimiler les lois de la nature révélées par la science, c’est glorifier Dieu dans ses œuvres; mais dans leur aveuglement elles préfèrent en faire hommage à l’Esprit du mal. Une religion qui ne serait sur aucun point

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en contradiction avec les lois de la nature navrait rien à redouter du prof/rès, et serait invulnérable.

•12. — La Genèse comprend doux parties : l'iiistpire do la formation du monde matériel, et celle de l’humanité considérée dans son double pjâncipo corporel et spirituel. La science s’est bornée à la recherche des lois qui régissent la matière; dans l’homme même elle n'a étudié que l’enveloppe charnelle. Sous ce rapport, elle est arrivée à se rendre compte avec une précision incontestable des principales parties du mécanisme de l’univers et de l’organisme humain. Sur ce point capital elle a donc pu compléter la Genèse de Moïse et en rectifier les parties défectueuses.

Mais, riiistoiro de l’homme, considéré comme étre‘ ' spirituel, se rattache à un ordre spécial d’idées qui n’est pas (lu domaine de la science proprement dite, et dont celle-ci, par ce motif, n’a pas fait l’objet de ses investigations. La philosophie, qui a plus particulièrement ce genre d'étude dans ses attributions, n’a formulé, sur ce point, que des systèmes contradictoires, depuis la spiritualité pure, jus(iu’iï la négation du principe spirituel et même de Dieu, sans autres bases que les idées personnelles de leurs auteurs; elle a donc laissé la question indécise faute d'un contrôle suffisant.

13. — Cette question, cependant, est pour l’homme la plus importante, car c’est le problème de son passé et do son avenir; celle du monde matériel ne le touche qu’indidirectement. Ce ([u’il lui importe avant tout do savoir, c’est d'où il vient, où il va; s’il a déjà vécu, et s'il vivra encore, et quel sort lui est réservé.

Sur toutes ces questions la science est muette, La philosophie ne donne que des opinionsqui concluent en sens

(tOLE DE IA SCIENCE DANS LA GENÈSE

diaméti-alement opposés, mais au moins elle permet. do discuter, ce qui fait que beaucoup de gens se rangent do son côté de préférence à celui de la religion qui ne dis- ■ cute pas.

14. — Toutes les religions sont d'accord avec le principe de l’existence de l’âme, sans toutefois le démontrer; mais elles ne s’accordent ni sur son origine, ni sur son passé, ni sur son avenir, ni surtout, ce qui est l’essentiel, sifi‘ les conditions d’où dépend son tort futur. Elles font, pour la plupart, de son avenir un tableau imposé à la croyance de leurs adeptes, qui ne peut être accepté que par la foi aveugle, mais ne peut supporter un examen sérieux. La destinée qu’elles font à l’âme étant liée, dans leurs dogmes, aux idées que l’on se faisait du monde matériel et du mécanisme de l’univers dans les temps primitifs, est inconciliable avec l’état des connaissances actuelles. Ne pouvant donc que perdre à l’examen et à la discussion, elles trouvent plus simple de proscrire l’un et l’autre.

lo. — De ces divergences touchant Tavenir do l’homme, sont nés le doute et l’incrédulité. Il n’en pouvait être autrement; chaque religion prétendant seule posséder toute la vérité, l’une disant d’une façon et l’autre d’une autre, sans donner do ses assertions des preuves suffisantes pour rallier la majorité, dans l’indécision l’homme s’est replié sur lo présent. Cependant l’incrédulité laisse un vide pénible; l’homme envisage avec anxiété l’inconnu où il doit tôt ou tard entrer fatalement ; l’idée du néant le glace ; sa conscience lui dit qu’au delà du présent il y a pour lui quelque chose : mais quoi ? Sa raison développée ne lui pei’met plus d’accepter les histoires dont on a bercé son enfance, de prendre l’allégorie pour la réalité. Quel est le

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