CHAPITRE VI
quoique nécessairement bien faible, — de l’infinité de la puissance divine, nous comprendrons comment il est possible que l’univers ait toujours été et soit toujours. Du moment où Dieu fut, ses perfections éternelles parlèrent. Avant que les temps ne fussent nés, l’éternité incommensurable reçut la parole divine et féconda l'espace éternel comme elle.
14. — Dieu étant par sa nature do toute éternité, a créé de toute éternité, et cela ne pouvait être autrement; car, à quelque époque lointaine que nous reculions en imagination les limites supposées de la création, il restera toujours au delà de cette limite une éternité, — pesez bien cette pensée, — une éternité durant laquelle les divines hypostases, les voûtions infinies, eussent ôté ensevelies dans une muette léthargie inactive et inféconde, une éternité de mort apparente pour le Père éternel qui donne la vie aux êtres, de mutisme indifférent pour le verbe qui les gouverne, de stérilité froide et égoïste pour l’Esprit d’amour et de vivification.
Comprenons mieux la grandeur de l’action divine et sa perpétuité sous la main de l’être absolu ! Dieu, c’est le soleil des êtres; c’est la lumière du monde. Or, l’apparition du soleil donne instantanément naissance à des flots de lumière qui vont se répandant de toutes parts dans l’étendue ; de même l’univers, né de l’Eternel, remonte aux périodes inimaginables de l’infini de durée, au Fiat lux du commencement.
15. — Le commencement absolu des choses remonte donc à Dieu; leurs apparitions successives dans le domaine de l’existence constitue l’ordre de la création perpétuelle.
Quel immortel saurait dire les magnificences in-
URA.NOGRAPHIE GÉNÉRALE 121
connues et superbement voilées sous la nuit des Ages qui se développèrent en ces temps antiques où nulle des merveilles de l’univers actuel n’existait; à cette époque primitive où la voix du Seigneur s’étant fait entendre, les matériaux qui devaient, dans l’avenir, s’assembler symétriquement et d’eux-mémes pour former le temple de la nature, se trouvèrent soudain au sein des vides infinis; lorsqu’à cette voix mystérieuse que chaque créature vénère et chérit comme celle d’une mère, des notes harmonieusement variées se produisirent pour aller vibrer ensemble et moduler le concert des vastes deux !
Le monde à son berceau ne fut point établi dans sa virilité et dans sa plénitude de vie ; non : le pouvoir créateur ne se contredit jamais, et, comme toutes choses, l'univers naquit enfant. Revêtue des lois mentionnées plus haut, et de l’impulsion initiale inhérente à sa formation même, la matière cosmique primitive donna successivement naissance à des tourbillons , à des agglomérations de ce fiuide diffus, à des amas de matière nébuleuse qui se divisèrent eux-mémes et se modifièrent à l’infini pour enfanter, dans les régions incommensurables de l’étendue, divers centres de créations simultanées ou successives.
En raison des forces qui prédominèrent sur l’un ou sur l’autre, et des circonstances ultérieures qui présidèrent à leurs développements, ces centres primitifs devinrent les foyers d’une vie spéciale ; les uns moins disséminés dans l’espace et plus riches en principes et en forces agissantes commencèrent dès lors leur vie astrale particulière, les autres occupant une étendue illimitée, ne grandirent qu’avec une extrême lenteur, ou se divisèrent de nouveau en d'autres centres secondaires.
1(3. — En nous reportant à quelques millions de siècles seulement au-dessus de l’époque actuelle, notre terre n’existe pas encore, notre système solaire lui-même n’a pas encore commencé les évolutions do la vie planétaire; et cependant déjà de splendides soleils illuminent l’éther; déjà des planètes habitées donnent la vie et l’existence à une multitude d’êtres qui nous ont précédés dans la carrière humaine; les productions opulentes d’une nature inconnue et les phénomènes merveilleux du ciel développent sous d’autres regards les tableaux de l’immense création. Que dis-je ! I>éjà des splendeurs ne sont plus qui jadis ont fait palpiter le cœur d’autres mortels sous la pensée de l’infinie puissance ! Et nous, pauvres petits êtres qui venons après une éternité de vie, nous nous croyons contemporains de la création !
Encore une fois, comprenons mieux la nature. Sachons que l’éternité est derrière nous comme devant, que l’espace est le théâtre d’une succession et d’une simultanéité inimaginable de créations. Telles nébuleuses que nous distinguons à peine dans les lointains du ciel, sont des agglomérations de soleils en voie de formation ; telles autres sont des voies lactées de mondes habités; d’autres enfin le siège de catastrophes ou de dépérissement. Sachons que de même que nous sommes placés au milieu d’une infinité de mondes, de même nous sommes au milieu d’une double infinité de durées antérieures et ultérieures ; que la création universelle n’est point pour nous, et que nous devons réserver ce mot à la formation isolée de notre petit globule.
IIRANOGRAPHIE GÉNÉRALF,
tî3
l..\ cnÉATIüN IMVEnSKU.K.
17. — Aprô« être remontés, autant qu'il est en notre faiblesse, vers la source cachée d'où découlent les mondes comme les gouttes d'eau d'un fleuve , considérons la marche des création-s successives et de leurs développements sériels.
La matière cosmique primitive renfermait les éléments matériels, fluidiques et vitaux de tous les univers qui déroulent leurs magnificences devant l'éternité ; elle est la mère féconde de toutes choses, la première aïeule, et, qui plus est, la génératrice éternelle. Elle n’a point disparu, cette substance d’où proviennent les sphères sidérales ; elle n’est point morte, cette puissance, car elle donne encore incessamment le jour ù de nouvelles créations, et reçoit incessamment les principes reconstitués des mondes qui s’effacent du livre éternel.
La matière éthéréo, plus ou moins raréfiée, qui descend parmi les espaces interplanétaires; ce fluide cosmique qui remplit le monde, plus ou moins raréfié dans les régions immenses, riches en agglomérations d'étoiles, plus ou moins condensé là où le ciel astral ne brille pas encore, plus ou moins modifié par diverses combinaisons suivant les localités de l’étendue, n’est autre chose que la substance primitive en qui résident les forces universelles, d’où la nature a tiré toutes choses (1).
(1) Si l’on (lemaïulail (luel est le principe île ces forces, et comment il peut être dans la substance même qui le produit, nous répondrions que la mécanique nous en offre de nombreux exemples. L’élasticité qui fait détendre un ressort n’est-elle pas dans le ressort même, et ne dépend -elle pas du mode d’agrégation des molé-
CHaI'ITRE VI
18, — Ce Iluide pénètre les corps comme un immense océan. C’est en lui que réside le principe vital qui donne naissance îi la vie des êtres et la perpétue sur chaque globe suivant sa condition, principe à l’état latent qui sommeille là où la voix d’un être ne l’appelle pas. Chaque créature minérale, végétale, animale ou autre, — car il est bien d’autres règnes naturels dont vous ne soupçonnez pas même l’existence, — sait, en vertu de ce principe vital universel, s’approprier les conditions de son existence et de sa durée.
Les molécules du minéral ont leur somme de cette vie, aussi bien que la graine et l’embryon, et se groupent, comme dans l’organisme, en figures symétriques qui constituent les individus.
Il Importe fort de se pénétrer de cette notion : que la matière cosmique primitive était revêtue, non-seulement des lois qui assurent la stabilité des mondes, mais encore du principe vital universel qui forme des générations spontanées sur chaque monde, à mesure que se manifestent les conditions de l’existence successive des êtres, et quand sonne l’heure de l’apparition des enfants de la vie pendant la période créatrice.
Ainsi s’effectue la création universelle. Il est donc vrai de dire que, les opérations de la nature étant l’expression delà volonté divine. Dieu a toujours créé, crée sanscesso et créera toujours.
19. — Mais jusqu’ici nous avons passé sous silence le monde spirituel qui, lui aussi, fait partie de la création et accomplit ses destinées suivant les augustes prescriptions du maître.
culcs? Lp corps qui obéit h. la force centrifuge reçoit son impulsion du mouvement primitif qui lui a été imprimé.
URANOGRAWIIE GÉNÉRALE
Je ne puis donner qu’un enseignement bien restreint sur le sujet du mode de création dos Esprits, eu égard ma propre ignorance même, et je dois me taire encore sur des questions qu’il m’a été permis d’approfondir.
A ceux qui sont religieusement désireux de connaître, et qui sont humbles devant Dieu, je dirai, en les suppliant eux-mémes do ne baser aucun système prématuré sur mes paroles : L’Esprit n’arrive point à recevoir l’illumination divine qui lui donne, en môme temps que le libre arbitre et la conscience, la notion de ses hautes destinées, sans avoir passé par la série divinement fatale des êtres inférieurs parmi lesquels s’élabore lentement l’œuvre do son individualité ; c’est seulement à dater du jour où le Seigneur imprime sur son front son auguste type, que l’Esprit prend rang parmi les humanités.
Encore une fois, ne bâtissez point sur mes paroles vos raisonnements, si tristement célèbres dans l’histoire de la métaphysique ; je préférerais mille fois me taire sur des questions aussi élevées au-dessus de nos méditations ordinaires, plutôt que de vous exposer à dénaturer le sens de mon enseignement, et à vous enfoncer, par ma faute, dans les dédales inextricables du déisme ou du fatalisme.