ORIGINE DES PEUPLES DITS SÉI^ITIQUES ET TOURANIENS
tN TEXTE DE îf ANOU.
La circoncision et récriture de droite à gaoche.
Nous venons de dire que Thistoire des différents rameaux de la race blanche, dans lesquels nous comprenons tous les peuples à cheveux plats, car tous possèdent les mêmes traditions d'origine, devrait se faire par l'histoire de ces traditions et Tétude approfondie de la filiation de leurs idées. C'est là le véritable axiome de l'avenir pour les sciences ethnographiques. Les éludes de linguistique pure qui tiennent actuellement la tète dans les méthodes des savants franco-allemands, seront rejetées au second plan, le seul qu'elles doivent occuper, à moins qu*on ne veuille mettre la statue au-dessous du ciseau, ridée au-dessous du son phonétique qui la rend, et qu'on ne fasse la pensée esclave du mot. ..
Les esprits stériles qui, par incapacité de se distinguer sur le terrain des conceptions humanitaires^ lesquelles, en histoire, en philosophie, en politique, ont tait la gloire de l'esprit français, se sont mis à ia remorque des Allemands pour éplucher
des racines et extraire des radicaux, auront beau faire, on leur rira encore longtemps au nez sur les rives de la Seine, lorsqu'ils viendront, à la remorque de Tépais Max Muller, nous dire que tout le passé mythologique^ philosophique et religieux de Vanliquiti n'est que le produit d'une métaphore qu'on a pris mal à propos dans le sens propre^ que toutes ces fictions symboliqucH ne sont que des excroissances produites par des maladies du langage (sic), des manières de phylloxéras rongeant les racines des mots... Risum teneaiisî
Nous vous l'avons déjà dit, messieurs, épaississez autant que vous voudrez le monde, pour mieux emprisonner la pensée. Gomme la bulle d'air brisant le tube qui la comprime, pour reconquérir la liberté et les espaces infinis, la pensée, l'intelligence, la vie s'échapperont malgré vous de Tenveloppe matérielle où vous pensez les étouffer.
Nous ne pouvons aborder toutes les questions de détail que soulèvent les curieux textes de Manou que nous venons de donner. Après avoir indiqué Fidée générale qui s'en dégage, et pour montrer quels travaux admirables de reconstruction ethnographique les livres sacrés de l'Inde permettront de faire quand ils seront mieux connus, nous allons étudier deux des coutumes les plus curieuses de l'ancienne société brahmanique, coutumes que nous retrouvons également chez les peuples dits sémitiques^ et dont parle Manou dans le sloca suivant, à propos des personnes qui ne doivent pas être invi-^ lées aux cérémonies funéraires.
t Ceux qui ont été circoncis, et qui se trouvent ainsi rejetés dans l'impure caste des tchandalas, ceux qui font métier de . sacrifier pour les soudras, ceux qui ne peuvent lire que de droite à gauche, ne doivent pas être priés aux cérémonies funéraires. »
La division du peuple en quatre castes : les brahmes, les
xchatrias, les vaysias eti les soudras, fit naître dans l'Inde un droit pénal dont nous retrouvons des vestiges chez toutes les nations de Tantiquité et même dans les codes modernes. Cette forme de pénalité s'appela, dans rinde, le rejet de la caste.
A Athènes, le bannissement avec privation de ses droits de citoyen.
A Rome^ la diminution de tête.
Dans les codes modernes, la mort civile.
Par le rejet de la caste, Fhomme perdait dans l'Inde non* seulement ses droits sociaux, mais encore ses droits naturels. Il n'était plus rien non-seulement pour les gens de son village et de sa caste, mais encore pour sa femme, ses enfants et tous ses parents. Du jour où le rejet de la caste était prononcé, sa succession était ouverte.
On lui interdisait Teau, le riz et le feu, non qu'il ne conservât le droit de se nourrir, mais il était défendu à qui que ce fût, sous peine de subir la même flétrissure, de lui fournir aucun de ces objets, d'exercer à son égard les droits de l'hospitalité.
Le tuer n'était pas un crime.
La société indoue n'avait pas encore inventé la prison, les tortures, la mort... elle resta stationnaire pendant plusieurs milliers d'années devant ce mystérieux problème de la vie sans oser y toucher, n'admettant d'autre droit pour la société que celui de chasser de son sein celui de ses membres qui refusait de se soumettre à ses lois.
Cette coutume engendra bientôt toute une catégorie d'individus qui reçurent le nom de tchandalas ou gens des classes mêlées.
Les parias actuels descendent des tchandalas.
Lorsque Tlndou était frappé par un arrêt de rejet de caste, il n'entraînait pas dans sa chute, à moins de complicité, sa femme et ses enfants; mais si ces derniers voulaient par dé«
m LA GENÈSE DE L*HUMANITË.
vouement le suivre dans sa disgr&ce, ils étaient dégradés par ce seul fait et rejetés dans la classe impure, de même tous les en&nts qui lui naissaient, soit de sa femme, soit d'unions passagères, appartenaient à la classe des tchandalas.
Cette classe n'avait aucune existence légale. La loi ne reconnaissait pas plus les liens de parenté de ses membres que ceux des animaux; les malheureux décastés étaient moins protégés même que ces derniers, puisqu'on pouvait les blesser et les mettre à mort impunément.
Gomme toutes les races abandonnées à la vie de nature, les tchandalas se développèrent avec une extraordinaire rapidité. Issus des criminels de toutes les castes, même des castes brahmes et xchatrias, ils ne tardèrent pas à former on ensemble beaucoup plus intelligent, plus capable que la moyenne des soudras et même des vaysias; peu à peu, ils se réunirent en villages dans les contrées incultes et jugées inhabitables jusqu'alors; ils cultivèrent la terre, élevèrent des troupeaux, et chacun ayant conservé la caste précédemment possédée dans la société qui les avait chassés, ils ne tardèrent pas à former une petite nation, s'élevant à côté de la grande et sur son modèle, et ayant elle aussi ses brahmes, prêtres, ses xchatrias, chefs, ses vaysias, négociants, et ses soudras, cultivateurs. Les plus anciens historiens indous, Ytna-Snati et Veda-Vyasa par exemple, leur attribuent Yinvention de la brique.
Les brahmes ne pouvaient accepter cette situation qui devait infailliblement conduire à des luttes séculaires le jour ou les tchandalas seraient assez forts pour braver ceux qui les avaient rejetés de leur sein.
La persécution commença.
Dn premier édit du brahmatma Yati-Ricbi défendit à tous les gens des classes mêlées d'habiter dans les villages.
Ils se firent nomades eC vécurent avec leurs troupeaux, mais
TRADITIONS INDÔtJSS ET GHALDÉ8NNES. m
dans s'éloigner du centre commun de ralliement^ o'esi*à-dird de leurs fours à briques. Ils e<yûtlDUèreDt à se dévelcpp^r el h croître avec une extraordinaire rapidité.
Toutes les provinces de FI dde avaient leurs tchandalaa goQ« vernés par ceux d'entre eux qui étaieni d'origine brahme et xcbatria. De plus, quoique parlant des langages différents suivant les latitudes, tous lea groupes tchandalas possédaient les mêmes mœurs, les mômes croyances que les lodous* car les bralimes ebassés de leur east« avaient doté lee classes mêlées d'un culte et d'une discipline religieuse semblables à ceux des castes réguHèi^a. Hentdt Us se hasardèrent à bâtir quelques modestes édifices en terre et pierre sèche, servant de pagodea et d'écoleiï... Malgré tous les obstacles, malgré la loi civile et religieiisef une nouveHe nation se formait dans la nation.
Le brahme tamana^ le tainqoettr de Pritbou, hommt intelligent antant quliabile, conseillait k l'artaxchatria ArisUnata, dont il avait consolidé le trOne par ses victoire», d'admettre tels quels dans les castes totts lés groupe» tchandalas et de ' leur restituer les droits do«^t avalent joui leurs ancêtres. Si cet avis eût prévalu, toutes les persécntione et les révolutions serviles qui ensanglantèrent rinde pendant des siècles eussent été évitées. Mais déjà, à celte époque, la logique» la justice et le sens commun étaient de peu de poid» dans les conseils du gouvernement, et l'on ne songea à se défendre des tchandalas qu^en leur infligeant les plus odieux traitements^
Environ huit mille ans avant notre ère, Tartaxchatria ^ grand roi — Praticfata lan^a contre eux l'édit connu dans rinde sous le nom de Arta -^ l'acte juste^ par lequel il leur défendit l'exercice du culte de Brahma et la lecture des Védas.
Voici cet acte que nous avons traduit de l'AvadanihSastra ou recueil des récits historiques*
• Manou a dit : les tchandalas naissent de Fadultàre, de
rîûceste et du crime. lis ae peuvent avoir pour vêtements que les habits des morts, pour plats que des pots brisés, pour parure du fer^ pour culte que celui des mauvais génies et qu'ils vaguent sans cesse d'un lieu à un autre.
Les sages ont de tous temps confirmé ces décisions. Il est interdit aux tchandalas de faire aucunes cérémonies funéraires en V honneur des mânes des ancêtres^ de seréxmir en vUlageSi d'observer entre eux les différences de castes et d'y cutacher des privilèges, d'offrir les sacrifices et les obUuions à Veau et au feu^ de faire les ablutions prescrites.
Il leur est interdit de prononcer le nom de Brahma Vitre existant par lui-même^ et le mystérieux monosyllabe, de lire^ de copier et d'enseigner le Véda^ d'écrire de gauche à droùe^ qui est le mode réservé aux hommes vertueux des quatre cas^ tes et pour la transcription de VÈcritu/re sacrée.
Pour les actes entre eux^ ou constater les louages de service pour Tenlèvement des immondices et des cadavres en putréfaction, et pour leurs marchés de briques, il leur est interdit d'écrire de la main droite et autrement que de droite à gauche. La main droite est la main pure réservée aux sacriaces aux dieux et aux oblations que les gens des castes reconnues ont seuls le droit d'offrir.
c Que cela soit sous peine de mort.
«Telle est la loi. »
Ces distinctions de main droite et de main gauche^ et d'é^ criture de gauche à droite et de droite à gauche, sont encore observées dans toutes les provinces du sud de l'Inde, bien que les castes se soient multipliées à rinûni ; les castes supérieures les ont imposées aux castes inférieures, et un paria qui voudrait les transgresser aujourd'hui se ferait assommer par les gens de bonne caste. Retenons bien ce fait :
De Vinterdiction de la main droite et de Vécritwe de gaU"
cheà droitôy faite aux gens des classes mêlées par Mânou et *édit de Pratichla.
Nous aurons bientôt l'occasion d'y revenir.
Rien n'y fit : les tchandalas se bâtissaient des cases de feuillage qu'ils renversaient à la moindre alerte, vivaient et priaient en commun, fabriquaient des ouvrages de poterie et des briques qu'ils allaient vendre aux abords des cités, car l'entrée leur en était interdite, et le besoin de leur aide était tel pour cet ouvrage pénible, qu'un karana (bulle, rescrit^ ordonnance) du bramatma Yati-Richi avait déclaré :
c Qu'il était permis de se servir de la brique fabriquée par les hommes des classes mêlées^ car la terre était si pure qu'elle ne pouvait être souillée par l'attouchement des tchandalas. »
{Âvadana-Sastray l'« partie.)
Enfin ces pauvres proscrits, par tous les moyens dont ils pouvaient disposer, reconstruisaient peu à peu entre eux le pacte social déchiré par leurs ancêtres.
Ils n'avaient pas le droit de posséder la terre, aussi la vente des objets qu'ils manufacturaient, leur vie sobre, leurs économies de plusieurs siècles, finirent par concentrer dans leurs mains une partie de la richesse monnayée de Tlndoustan. Malgré l'interdiction de l'eau, du riz et du feu qui pesait toujours sur eux, ils parvenaient à se procurer, en secret, le riz, le safran, et tous les objets nécessaires à leur nourriture et à la toilette de leurs femmes. Us s^étaient rapprochés des villes, aux cases en feuillage avaient succédé des abris en briques construits sur un autre modèle que celui de leurs oppresseurs, pour ne pas exciter leurs persécutions. Insensiblement ils ruinaient les bases légales de leur proscription. En deux mille ans, ils étaient arrivés à former presque le tiers de la nation, et le jour approchait où il allait être nécessaire de compter
avec eux, lorsque, sous rartaxohatria Agastya, la persécution recommença avec de telles rigueurs, qu'en quelques mois ils furent rejetés dans la eondition misérable que la loi leur avait primitivement &Ite.
Les montagnards de l'Himalaya ayant, pour la seconde fois, fait irruption dans les plaines de Flndoustan, et détruit Asgar* Iha, la ville du soleil, Agastya, après avoir été à deux doigts de sa perte, finit par les anéantir, et jugea l'occasion bonne pour s'emparer de toutes les richesses amassées par lestehan-* dalas. Il accusa ces derniers d'avoir favorisé les envahisseurs et rendit coup sur coup une série d'édits qu'il fit exécuter par ses soldats.
Le premier, connu sous le nom de karana-karaya, Tédit d'impôt royal,
c Confisque tout ce qui sera trouvé en possession des tchandalas, par ce motif quUls n'avaient pas le droit de rien posséder. »
(Amdana^Sastraf 1" partie.)
Le second, appelé karana-*kuhanaya, Tédit sur les choses de terre cuite,
« Ordonne que les tcbandalas soient désormais employés uniquement aux travaux de briques et dQ poterie, pour le compte des vaysias dont ils deviennent les esclaves; et que, divisés en escouades, ils soient immédiatement employés à entourer les villes de murs en briques, à construire des pagodes et dçs forteresse^ sans autre salaire que leur nourriture. »
{Amdma-'Sastrat^ V^ partie.)
Le troisième, appelé karana-muokundakaya, l'édilsurles légurties impurs,
TRADITIONS INDOUËS ET GHALDËËNNES. M
c Ordonne que la seule nourriture qu'il sera permis de leur donner consistera en ail et oignons (niunkundaka, oignon), les livres sacrés défendant qu'il soit donné aux tchandalas ni grains, ni fruits portant grains, ni feu ni eau. »
{Avadana-Sastra^ V partie.)
La même ordonnance porte :
ce Qu'ils ne pourront prendre de Teau pour leur subsistance, ni dans les fleuves, ni dans les sources, ni dans les étangs, mais seulement aux abords des marécages et des abreuvoirs, et dans les trous faits dans la vase par les pas des bestiaux. »
Défense fut faite également :
a De laver leur linge et de faire leurs ablutions, l'eau croupie, qui leur était concédée, ne devait être employée qu'à éteindre leur soif. »
Il fut interdit aux femmes soudras d'accoucher les femmes tchandalas, et à ces dernières de s'aider entre elles, etc.
{Avadana-Sastra^ 1'» partie.)
On aurait de la peine à ajouter foi à toutes ces horreurs, si Tantiquilé de l'Orient n'était pleine de pareils actes.
Tout, comme on le voit, fut combiné de façon à amener le plus rapidement possible l'extinction de cette race, que les moyens ordinaires n'avaient pu empêcher de croître.
Excès de travail au soleil et devant le feu des fours à briques^ des légumes crus pour toute nourriture — l'eau bourbeuse pour boisson — • défense de procéder à aucuns soins de propreté — * interdiction d'aider aux femmes enceintes à se délivrer. Un pareil traitement aurait raison en quelques années de la nation la plus robuste et la plus énergique.
Le premier résultat de ces atroces dispositions que l'Âvadana-Sastra signale, fut amené par la défense faite à ces mal* heureux de procéder à aucune ablution corporelle.
En peu de temps, presque tous ces malheureux furent at* teints de plaies purulentes aux parties génitales. Comme en cet état ils ne pouvaient travailler, Agastya rendit Tordonnance appelée karana-nistrincaya, Tédit du couteau, par lequel :
Tout homme et tout enfant mâle en naissant furent astreints à la circoncision, et toute femme dut subir Tablation des petites lèvres vaginales... d
{Avadana-Sastra^ l""' partie.)
Toutes ces prescriptions, exécutées à la lettre sous Agastya, avaient eu pour résultat, à la mort de ce prince, de diminuer d'une bonne moitié le nombre des tchandalas.
Sous les successeurs de cet homme de fer, les rigueurs se relâchèrent un peu, et les malheureux, quoique plongés daos le plus dur esclavage, purent se procurer une nourriture moins malsaine, et reconstruire leurs primitives cases de brancha-* ges.
Nous les retrouvons, environ quatre mille ans avant notre ère, possédant des troupeaux et vivant à peu près tranquilles à condition de ne pas bâtir de maison, de ne pas se réunir en village, et de se soumettre aux prescriptions de Manou.
: « La demeure des tchandalas doit être hors des villages ; ils ne peuvent avoir des vases entiers, et ne doivent posséder pour tout bien que des chiens et des ânes.
a Qu'ils aient pour vêtements les habits des morts, pour
plats des pots brisés, pour parure du fer. Qu'ils vaguent sans cesse d'un lieu à un autre.
c Qu'aucun homme fidèle à ses devoirs n'ait de rapports avec eux ; ils doivent n'avoir d'affaires qu'entre eux et ne se marier qu'entre leurs semblables.
« Que la nourriture qui leur est accordée ne leur soit donnée que sur des tessons, et qu'ils ne circulent pas la nuit dans les villages et les villes.
« Qu'ils n'y entrent de jour que pour leur besogne, portant les signes prescrits par le roi pour qu'on les reconnaisse. Qu'on les charge de transporter les morts qui ne laissent pas de parents.
<K Qu'ils exécutent les sentences de condamnation à mort..... »
Us étaient devenus exécuteurs des hautes œuvres lorsquot pour ne pas augmenter le nombre des gens des castes mêlées, la répression pénale par la mort et les tortures avait remplacé le rejet de la caste, qu'on n'avait conservé que pour les crimes religieux d'une gravité exceptionnelle, comme la divulgation des mystères par un initié .
A l'époque des luttes brahmaniques et bouddhistes, environ quatre mille ans avant notre ère, pris entre des ennemis aussi acharnés contre eux les uns que les autres, les tchandalas, au rapport de VAvadana-Sastra :
tt Emigrèrent en foule par le pays du Sind et d* Aria-Iran^
26d LA GENÈSE DE L'HUMANITË.
avec leurs troupeaux, route qu'avaient déjà parcourue Hara" kala et ses guerriers... » Gomme on le voit, c'est le chemia de TEuphrate et du Tigre, le cbemio de la Ghaldée et de lafiaby* lonie.
L'émigration la plus considérable notée par la tradition historique de l'Avadana eut lieu sous la conduite d'Artaxa-Phasi- PaH.
Le mot pal en sanscrit signifie chef de tribu^ de là le mot pallia qui prend le sens de tribu, village. La route suivie fut celle du Sind que prirent ensuite toutes les émigrations, car, dans ces immenses plaines qui s'étendent le long de la mer d'Oman et du golfe Persique, les tchandalas étaient à l'abri, eux et leurs troupeaux, des poursuites de leurs oppresseurs, qui, du reste, ne voyaient peut-être pas sans plaisir le flot des castes servîtes qui menaçait de les envahir se déverser sur des contrées étrangères.
II est un principe fatal qui préside au développement des nations, et auquel les peuples modernes ne se soustrairont pas plus que. leurs ancêtres de l'antiquité. L'esclavage naît de Tégoïsme humain, dans toute société ; le travail du bas voit ses résultats de bien-être profiter surtout au sommet ; les heureux du hasard se liguent pour conserver leur situation, mais il arrive un jour où l'esclave ne veut plus travailler pour le maître. . • Toutes les émigrations antiques sont nées de là, à part quel- Ques vaincus ambitieux qui, comme Manou-Yena, Hara-Kala et lodba allèrent coloniser TÉgypte, l'Asie-Mineure^etles con* trées du Nord, à la suite de luttes sanglantes. La plupart des tribus tchandalas et autres qui quittèrent l'Inde furent des émigrations de dëshérités> allant chercher d'autres deux où il leur fût loisible de vivre libres, d'avoir une famille et de posséder.
i. Une foule de souverains babyloniens conservôrent cette expression » la suite de leurs noms, signe frappant de leur origine indoue.
L'orgaDisatioQ de la société iDdoue, telle qu'elle résulte des prescriptions de Manou dont nous avons donné la traduction, ne laissait aucune place à Tbomme décasté, au tchandala, au paria ; au fur et à mesure que le nombre de ces pauvres gens s'est augmenté^ ils sont allés demander un peu d'air, de soleil et de liberté à ces immenses plateaux de l'Asie centrale parsemés d'oasis et de déserts, contrée où ils ne rencontrèrent pas les conditions de la vie qui pouvaient leur permettre de constituer des nations durables, et de jouer un grand rôle dans l'bistoire de rbumanité.
La nature du sol les força à continuer cette vie nomade qui avait été leur lot dans Tlnde, et ils la continuent aujourd'hui dans le Bélouchistan, les déserts de Karman, le Kurdistan, et en Arabie jusqu'aux rives de l'Eupbrate et du Tigre.
La loi du passé est la loi du présent, l'homme obéit aux nécessités de la terre. Nul grand royaume, nulle nation puissante n'eût pu s^établir, ni dans le passé, ni dans le présent^ dans la contrée comprise entre la mer Caspienne, l'Eupnraie, le golfe Persique^ la mer d'Oman et l'Indus^ et aucun peuple n'y jouera dans l'avenir un grand rôle historique, à moins qu'un bouleversement géologique qu'on ne peut prévoir ne vienne changer les oasis rabougries, les steppes et les déserts sans fin de ce pays en terres riches et fertiles*
Regardez toutes ces immenses contrées qui se nomment ;
Désert de Karinn,
Désert du Khorassan ou désert Salé,
Désert de Kouhistan»
Désert de Kerman,
Désert de Zerrah,
Désert de Djaik,
Désert de Lora,
Désert de Saravan,
Pour ne nommer que xes plus importants, et dites-nous s'il
n'est pas absurde, à tous les points de vue ethnographiques, de faire vivre là des civilisations puissantes, ancêtres des Gbal* déo-Babyloniens et de tous les peuples que la science officielle appelle les Sémites.
Vous avez fait de la science avec la Bible et vous ne voulez pas en démordre, mais vos inventions sont aussi surannées que les livres sacrés du judaïsme, l'histoire des familles humaines qui se rattachent à la race blanche veut, aujourd'hui, autre chose que des conceptions de cabinet, et des compilations approuvées par la Rome orthodoxe...
Les émigrations des déshérités, des tchandalas indous, apportant dans ces contrées leurs langues différentes par tribus, leurs croyances religieuses uniques, leurs habitudes d'écriture de droite à gauche, la circoncision imposée qui avait fini par passer dans les mœurs, leurs habitudes nomades, leurs connaissances des travaux de briques et de poteries... voilà la véritatle source des nations dites sémitiques qui se sontdéve* loppées dans la mesure du possible sur les plateaux de l'Asie centrale et les rives de TEuphrate et du Tigre.
Quant à toutes ces grandes luttes assyriennes et babyloniennes, exagérées par cette tradition orientale qui ne connaît pas de bornes sur le terrain de l'emphatique épopée, ce ne furent que des guerres de tribus se disputant les bords plus favorisés de TEuphrate^ et la possession des camps retranchés de Ninive etdeBabylone, qui donnaient la suprématie passagère à la peuplade qui les possédait.
Ainsi également toutes ces guerres interminables entre Athènes, Sparte, Corinthe, Mégare^ etc., ne furent que des disputes de village.
Voilà la vérité historique.
Il est temps de voir juste à travers toutes ces exagérations antiques, immortalisant des révolutions de bourgade, et livrant à l'admiration de la postérité des hommes qui, comme Alci-
biade, Véquivoque ami du savetier Socrate, faisaient couper la queue à leur chien pour amuser la foule...
Il fandra faire la réduction de tout cela, et tout en gardant une admiration raisonnée pour le développement artistique et littéraire, qui procédait de Tlnde et s'est continué sur le sol de la Grèce, ramener une foule de petits hommes et de petits faits à une taille que Plutarque et consorts ont par trop exagérée.
Aucun des peuples de l'antiquité ne s'est développé isolé* ment et en un jour, et tout dans le domaine artistique^ litté* raire, philosophique et scientifique, doit être, comme les anneaux d'une chaîne, rattaché au berceau commun . De même que nous avons aujourd'hui sur toutes matières un fond commun de conceptions européennes^ de même l'antiquité eut un fond commun de conceptions indo-^asiatiques.
A mesure que nous avançons le fait se dégage, et aux preuves que nous avons données dans notre première partie, de Torigine indoue des Chaldéo-Babyloûiens , c'est-à-dire de tous les Sémites, Manou vient ajouter celles qui résultent de l'origine de ces curieuses coutumes, de la circoncision et de l'écriture de droite à gauche imposées aux esclaves, comme un moyen de les distinguer à tout jamais des gens des castes reconnues.
Les prétendus Sémites furent si bien des esclaves tchandalas émigrés qu'ils ne purent jamais s'élever au-dessus des conceptions vulgaires qu'ils avaient emportées de la mèrepatrie. Les tchandalas ignorants n'avaient guère vu dans le culte indou que les manifestations extérieures abandonnées à la plèbe, rien dans ce que nous ont laissé les Ghaldéens, leurs descendants, ne prouve que sur le terrain religieux ils se soient élevés aux croyances philosophiques et spirîtualistes des brahmes. M. Lenormand lui-même va nous en donner une preuve en même temps qu'il constate, peut-être sans s'en douter, la filiation indoue des Ghaldéens.
i70 LA GENÈSE DE L'HUMAKITÉ*
L'émioent assyriologde, tiUbt la descriptioa SQiVBûte de l'écrivain anglais M. J. Roberts» da caractère sapersftîtieax des bassea castes îodoues, rapplique également aux Chaldéens.
« Le peuple indou a affaire à tant de démons, de dieux et de demi-dieux, qu'il vit dans une crainte perpétuelle de Imir pouvoir, n n y a pas un hameau qui n'ait un arbre ou quelque place secrète regardée comme la demeure des mauvais esprits. La ouity la terreur de l'Indou redouble^ et ce n'est que par la plus pressante nécessité qu'il peut se résoudre, après le coa^ cher du soleil, à sortir de sa demeure. A^t^'il été contraint de le faire* il ne s'avance qu'avec la plus extrême circonspection et l'oreille au guet 11 répète des incantations, il touche des amulettesi il marmotte à tout instant des prièresi et porte à la m9în un tison pour écarter ses invisiUes ennemis^ A«t-il entendu le moindre bruit, l'agitation d'une feuille^ le grognement de quelque animal, il se croit perdu ; il s'imagine qa'un démon le poursuit» et dans le but de surmonter son effroi, il se met à cbanteri à parler à haute voix ; il se bâte et ne respire libres ment qu'après qu'il a gagné quelque lieu de sûreté. »
Ce tableau est des plus fidèles. Nous avons été & même de le constater pendant les longues années que nous avons habité rinde.
Il ne nous est pas arrivé une seule fois de faire une excursion de nuit, sans que les Indous que nous recentrions sur une route déserte^ ne se missent h suivre notre voiture au pas de course, en s'appuyant sur un point quelconque du véhicule, pour diminuer par la compagnie les terreurs de la route.
Lorsque nous les interrogions, ils nous répondaient à vocx basse et en tremblant^ que la nuit, k» esprits des eaux, des jbrêts et de l'air venaient tourmenter les hommes pour (d>« tenir d'eux des cérémonies de purification funéraires.
A propos de la description de l'auteur anglaiSt M« Lenor* mand s'exprime ainsi :
t Cette description des Indoos modemei s'applique trait poar trait aux anciens Chaidéens, et peut donner une idée de l'état de terreur superstitieuse où les maintenaient constamment les croyances que nous venons d'esquisser. Contre les démons et les mauvaises influences de tout genre dont ils s'imaginaient ôtre entourés à chaque moment de leur existence, quels étaient les secours que leur offrait la magie sacrée, etc.?... »
Les inscriptions laissées par les Cbaldéens ne permettent de relever que les plus grossières superstitions ; la ressemblance des mœurs de ces peuples avec les mœurs du bas peuple dans l'Inde, que M. Lenormand constate, est une preuve de plus en faveur du système que nous avons exposé.
Nous ne fènms à l'éminent assyriologue qu'une légère querelle.
Pourquoi dit^il s
Cette description des Indous modemet s'applique trait pour trait aux anderu Chaldéens? Par cette opposition des mots modemis appliqués aux Indoos, et d'anciens appliqués aux Ghaldéenst voudrait-il, sans oser le dire, laisser supposer au lecteur que les Indous auraient pris ces coutumes des Cbal« déens? M. Lenormand, bien qu'il ait mventé les Accadiens pour repousser TinSuence indoue à l'égard de la Ghaldéo* Babylonie, n'a certainement pas en l'intention de dicter on par^ anachronisQfte... Mais comme il pourrait se faire que ces oppositions de mots — modernes et anciens --«• pussent faire naître cette opinion, nous dirons que cette croyance aux esprits et la science des incantations et des exorcismes forment le fond de la théologie vulgaire des Indous, et que lee Védas, Manou et les Pooranas, et tous les ouvrages religieux de l'Inde ancienne sans exception , témoignent hautement de ces croyances, Qa'on nous permette de ne pas mettre notre bien
27i LA 6KNÈSE D£ L'HUMANITÉ.
mince autorité dans la balance avec celle de M. Lenormand, et de nous adresser à Tiliustre William Jones, et à Loiseleur- Deslongchamps, son traducteur. Ces deux indianistes, dans une note sur Manou, à propos des vampires et des rakcbasas ou esprits mauvais, s'expriment ainsi :
« Les rakcbasas sont des génies malfaisants qui sont de plusieurs sortes :
a Les uns sont de grands ennemis des dieux ^ comme Ravana, dans le pôëme épique de Ramayana ; les autres sont des espèces d'ogres et de vampires avides de chair humaine, hantant les forêts et les cimetières, comme Flidimbba dans le curieux épisode du Mababharata publié par M. Rapp* Les rakcbasas viennent sans cesse troubler les sacrifices des pieux ermites qui sont forcés d'appeler à leur secours des princes célèbres par leur valeur. Ainsi dans le Ramayana^ liv. J®'', le mouni Viswamitra vient réclamer l'assistance de Rama, fils du roi Dasaratha, et dans le drame de Sacountala, les ermites appellent à leur secours le roi Douchmanta. Le nombre des rakcbasas est incalculable et ne cesse de se renouveler^ les âmes criminelles étant souvent condamnées à entrer dans le corps d'un rakchasa et à y être logées plus ou moins longtemps, selon la gravité de leur faute. 9
Nous pensons que le mot de modernes^ appliqué à ces cou*tûmes indouesy n'était pas dans la pensée de M. Lenormand, sans cela il serait obligé d'adresser la même épithète à Manou, aux Yédas, au Ramayana, au Mababharata, etc., c'est-à-dire à tous les monuments écrits les plus anciens de la pensée humaine.
En présence de toutes ces preuves, il n'est pas contestable que cette foule mêlée dont parle Eschyle^ [cette multitude d'hommes de diverses nations, parlant des langages différents, et unis cependant par les mêmes mœurs et les mêmes croyances
religieuses qui^ selon le chaldéen Bérose , vinrent coloniser la Chaldéo-Babylonie, ne soiept partis de Tlnde aux époques si* gnalées par les traditions de TAvadana-Sastra.
Chaldéens^ Assyriens, Babyloniens, Syriens , Phéniciens et Arabes doivent donc leur origine aux différentes tribus de tchandalas qui énugrèrent de Tlndoustan à des époques diffé' rentes , pendant les longues et sanglantes luttes des brahmes et des bouddhistes.
A leur tour, les Hébreux furent le produit d'une émigration chaldéenne dont nous dirons bientôt les causes.
L'Egypte fut la seule de ces contrées qui fut colonisée [par les castes élevées de Tlndoustan, aussi son état social, ses croyances, son culte, ses traditions furent-ils de simples re« productions, des copies des usages de la mère-patrie. Mômes influences sacerdotales, mômes divisions de caste, môme impossibilité d'en sortir, môme droit pénal qui, comme dans rinde, produisit cette foule de décastés et de mômes peuples qui, ainsi que le constate la Bible, s'enfuirent de TÉgypteavec les Hébreux.
Nous allons bientôt, en étudiant les primitives traditions cosmiques de toutes ces peuplades, voir que la légende concourt avec toutes les probabilités de l'histoire, pour leur assigner rindoustan pour berceau.
Et c'est ainsi que nous repoussons, môme à titre de classification, toute conception touranienne et sémitique, pour n'ad*^ mettre qu'une seule conception, la conception indoue, qui fut le résumé de toutes les traditions antédiluviennes, et que nous appelons pour les contrées occidentales :
Traditions indo-européennes ;
Et pour les contrées orientales :
Traditions indo-asiatiques.
L'Occident fut peuplé par des émigrations de guerriers, ce qui fait, pour nous servir d'une expression de Manou, d'an
is
usage encore général dans l'Inde, que nous sonuatsr du gtns ik mmn droite^ c'est-à-dire issus des ha\iU$ eaitts^ et ayant le droit de nous «ervir de la main drtHte réservée aux sacrifioBB, pour manger ^ écrire de gancbe à droite dans ie sens de l'écriture des Mrres sacréau
L'Orient fot peuplé par lés tchandalas, gens sans caste et é^ de main fauché^ et comme tels soamis à la drconcision, à tous les travaux des castes serviles et à robligatlon de tramOer, de majoger et d'accoaiplir la phqiart des actes de la vie de la toam gauche.
SiÊT ie terrain etbao£;raphi(}ue les plus petits failis ont souvent iioe iD^ortaace ccHïsidérable. Notis croyons qu'il n'est pas kmtîle de remarquer^ qu'encore aujourd'hui les populations européenoes ont conservé la nuûn droite comme agent principal de tout travail, tandis que tous les pnfteodus Sémites se servent de la main gauche.
Les babitodes de l'esdavage, de l'isolement, la privation des femmes souvent i^osée aiax tcbandalas poar arrêter le développement de la race, avaient fôit naître chez eux des ¥ices contre nature que Sodome et Gomorrhe ^'eurent pas seules en partage, car tous les p&aplos dits sâniliques en fu* rent et en sont encore infectés.
Ces ignobles et dégradantes coutumes sont considérées arrec horreur dans l'Inde comme des vices de parias , et on n'a pales remarquer chez tes nations européennes qu'à titre d'exception. %
Tout concourt donc, les grandes lignes comme les points de détails les plus infimes, à donnera notre système fiorce de lot historique !
TAADITIQNjS l^POUES ET GHA(iDÊ£NN£S. %7&
ca^HJU VIL
CN TEXTE D'BiROBOTS.
Hérodote, My. VU, déDOOibrant Ifes peuples qfù babitaîent priûMtiveioenit à Vesl de r£apiirafae et du Tigre, les eontnêes chaldéenoes tgd plus taid formèrent là Médie« en cooipte 3ept partant des ûiieaiee d^rents, et ajoute i
« Jadis ils se pomipaieDt arioi^ les braves. »
Où m «aurait flateuz aeeuser soa origîoe indoue. Les diefs dans la caste des iceha^iae ou guerriers recevaient la qualification sanscrite d'aryas, les braves. Ârioi et aryas, ces deux mots ont évidemment la même racine en grec et en sanscrit. Tout général en chef, tout commandant de provinces sous la domination brahmanique portaient ce titre, qui était comme un ordre de noblesse plus élevé dans la caste royale.
Partisan de Tunité originelle des traditions de la race blanche, nous avons dans notre précédent chapitre exprimé cette croyance : que Tlnde avait conservé ces traditions, malgré tous les bouleversements géologiques subis par notre globe, depuis Tappparition de Thomme. Un fait étrange, dont nous avons eu déjà occasion de parler ^, vient donner un important appui à cette opinion.