‹ La genèse de l'humanité parChapitre 23 sur 42 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

U TRADITION DU MANAYA-DHARMA-SÂSTRA.

Nous supplions nos lecteurs de lire, avec la plus grande attention, les trois passages de Manou dont nous venons de donner la traduction, faite sous la direction d*un des plus savants brahmes du sud de Tlndoustan, sur les manuscrits des pagodes de Willenoor et de Chelambrum. Il n'est pas, croyons-nous, dans le monde une coutume religieuse, une cérémonie, un sacrement ou sacrifice funéraire, une prescription morale élevée, une superstition même, qu'on ne puisse rencontrer dans ces curieuses ordonnances du plus ancien législateur dont Tœuvre nous soit parvenue. Nous allons pouvoir maintenant dresser le bilan exact de la tradition brahmanique.

Notre traduction présente de notables différences dans les détails avec celle de William Jones, et par conséquent avec celle de Loiseleur-Deslongchamps , qui n*est qu'une copie textiielle de la traduction du grand indianiste anglais; mais, comme fond de doctrine, les deux traductions sont tellement identiques qu'il serait indifférent de se servir de Tune ou de l'autre, si Ton restait sur le terrain des principes et de la tradition pure.

Les différences de détail que je signale, sans importance à ce point de vue, en ont une énorme sur le terrain ethnogra-

phique. Le sud de Tlndoustan, où nous avons étudié, a échappé à TinCluence directe des invasions musulmanes, ses temples, ses pagodes sont restés debout^ ses bibliothèques orl été préservées de toute destruction, la chaîne des traditions ne s'est jamais interrompue. Dans le nord, au contraire, croyances, coutumes, traditions religieuses et philosophiques, culte extérieur, tout a été détruit, tout s'est nivelé sous le fanatisme des Mogols, et lorsque après des siècles de servitude les Indiens du nord obtinrent de se livrer ouvertement à l'exercice du culte de Brahma, il ne leur restait plus ni livres sacrés, ni temples pour prier; ils avaient oublié la vieille langue de leurs pères, et furent obligés d'envoyer des députations dans le sud pour y faire copier les Yédas, Manou^ le Védanta et tous les ouvrages de théologie et de science orthodoxe. Beaucoup de ces copies furent mal faites; la plupart, tout en respectant servilement tout ce qui touchait à la doctrine, introduisirent des changements dans les formes des sacrifices, les heures où on devait les offrir, la composition des mets qui devaient être offerts aux dieux et aux mânes, et la manière d'offrir le sràddha ou sacrifice funéraire, etc.. dans le but de mettre tout cela en harmonie avec les mœurs nouvelles, qui par l'esclavage sous le sabre des fils d'Hayder-Ali, et la suppression de tout culte public, s'étaient peu à peu, par la force de cette situation, développées dans le nord de l'Inde.

Les modifications apportées par les musulmans sur les bords du Gange furent tellement profondes, qu'aujourd'hui, où leur liberté religieuse n'est plus en jeu, les Indous du Bengale ne construisent plus de temple^ les fidèles ne se réunissent plus par grande masse, chaque famille continue à adorer ses dieux dans l'intérieur de son habitation, ou comme au temps où il était défendu de prononcer le nom de Brahma sous peine de mort.

C'est donc à bon droit que le sud de l'Indoustan est aujourd'hui considéré par les brahmes comme la terre sacrée, et

TRADITIONS INDOUBS ET GHALDËENNES. 147

comme le liea où traditions et manuscrits ont été c(ms6rvés dans toute leur pureté.

William Jones, qui, le premier, a soulevé le voile qui couvrait le merveilleux passé brahmanique, n'a eu en sa possession que les copies du Bengale, trop souvent modifiées, dans le but de mettre le culte et les cérémonies en harmonie avec les mœurs locales.

Nous ne pensons donc pas, et cela avec tous les brahmes savants du sud de l'Inde, que le texte suivi par cet india«» niste puisse être considéré dans toutes ses parties, comme un texte original de Manou.

Il y a au surplus dans Tlnde entière, nous avons déjà eu l'occasion de le dire, d'après les renseignements fournis par l'académie indoue de Trichnopoli^ environ trois cent cinquante textes de Manou qui diffèrent non comme doctrine, mais comme détails de cérémonies et de sacrifices. Loin de nuire à Tauthenticité de Manou, ces copies, par leurs détails de mœurs et de cultes différents, indiquent époque par époque, siècle par siècle, le moment exact ou elles ont été transcrites.

La doctrine étant la môme partout, le travail de reconstitution sera facile quoique long ; il suffira de dégager de chaque copie le commentaire, et de lui assigner sa date. Hàtons-nous de dire que ce travail d'érudit, très-utile pour décider de l'antiquité de telle ou telle cérémonie, de telle ou telle coutume, n'ajoutera ni n'enlèvera rien aux traditions et aux prescriptions religieuses et morales de Manou.

La tradition du Manava, nous n'hésitons pas à le dire, a été la source de toutes les traditions du monde actuel, la véritable genèse de la race blanche. Au sommet se trouve un dieu unique, Sioayam&Aotiva, existant par lui-même, immense foyer générateur de la vie, qui lance autour de lui dans l'espace, co;nme le soleil ses rayons, les quantités innombrables de mondes et d'êtres animés qui peuplent Tinfini.

Ces atomes, ces ôtres, ces mondes se modifient , se trans^ forment, progressent, se purifient et remontent jusqu'au centre immortel de vie et de lumière. Au fur et à mesure qu'ils s'en rapprochent, ils deviennent plus parfaits^ et, sous le nom de dieux, demi-dieux, anges, séraphins^ saints, sont les agents les plus actifs de transformation des mondes inférieurs.

Mais comment Dieu a-t-il créé le premier atome ? En unissant sa double nature, mâle et femelle, il produit de luimême un germe céleste, l'immortel viradj, fils de dieu et père de la nature entière.

Les êtres que Swayambhouva fait rayonner dans l'univers entier, émanations de sa propre puissance vitale, ne peuvent revenir à lui que purifiés, voilà le principe général, auquel rien dans la nature ne pourra se soustraire.

Nous ne nous étendrons pas longuement sur ces primitives fictions religieuses que nous avons suffisamment étudiées dans nos précédents ouvrages ; constatons une fois de plus :

Que la religion indoue débute par l'unité : Brahma Swayàm* bhouva ;

Qu'elle se développe par le dualisme et l'union des deux principes mâle et femelle de Brahma, Nara et Nari ;

Que l'union de Nara le père et Nari la mère produit le fils Viradj ;

Et que la création s'opère par la trinité Brahma ou Nara le père, Nari la mère, Viradj le fils.

L'unité engendre le dualisme, et le dualisme la trinité.

L'homme est créé exactement à celle image et à celle res^ semblance, et rien ne ressemble à la trinité céleste :

Nara le père — Nari la mère — Viradj le fils, comme la constitution de la famille humaine, trinité touchante qui se compose du père, de la mère et de l'enfant.

Tous les animaux et la plupart des plantes ne se reproduisept que par la trinité.

De là la faveur dont a joui le nombre trois, ses multiples et ses nombres impairs, dans toute l'antiquité.

< La monade initiale a engendré la monade seconde, leur union a produit la troisième , et c'est cette triade qui brille dans la nature entière... i

Disaient les prêtres de la Ghaldée et de TËgypte, héritiers des brahmes, en commençant l'éducation de l'initié.

Cette trinité se trouve au seuil de toutes les religions anciennes et modernes, môme chez les juifs ; les manifestations les plus anciennes de cette idée nous étant données par Manou, il est impossible d'admettre que les autres peuples ne les aient pas reçues de l'Inde, à moins de soutenir, comme les catholiques le font aujourd'hui, qu'elles soient le fruit d'une rêvé* lation primitive, commune à tous les peuples.

Nous n'insistons pas sur cette singulière opinion qui ne voit le doigt de Dieu et la révélation partout que dans l'intérêt du prêtre et de l'autel.

Après ces théories générales sur Dieu, la création et les évolutions des êtres, Manou prend l'homme, la créature la plus parfaite de ce monde, et le dirige depuis la conception^ selon lui la véritable époque de la naissance, jusqu'à la mon, qui, d'après les Védas, n'est qu'une nouvelle naissance en Dieu.

Entre la naissance et la mort, Manou distingue cinq périodes particulières d'existences : l^la conception, 2*" l'enfance, 3° le noviciat ou l'étude des sciences divines et humaines, 4^ l'état de père de famille, 5^ celui d'anachorète se préparant à la mon'. Dans aucun de ces états l'homme ne peut se sanctifier sans le secours d'en haut , et la grâce céleste — carma, -^ Pour cela Manou institue les sacrements — sanscaras.

l^ Le fœtus conçu reçoit^ dans le sein de sa mère le sans^ cara de purification par les oblations au feu.

SBO LA OENÈSE DE L'HUHÂKITË.

2^ L'enfant reçoit les deux sanscaras de Tondoiement et de la tonsure.

3° Le novice reçoit par l'investiture du cordon et de la ceinture le sanscara de Toupavayana , sacrement qui confirme les purifications qu'il a déjà reçues^ et qui l'introduit dans la classe des adolescents et des novices par Tinitiation aux premières vérités révélées.

40 L'homme fait reçoit le sacrement du sndna^ qui te fait entrer dans l'ordre des pères de famille, avec le sanscara du mariage.

5^^ Dans le cinquième état, l'homme ne vit plus que dans la contemplation de Dieu et la méditation de la sainte Écriture ; il prépare sa transformation et veille à ce qu'aucune souillure grave ne le fasse descendre dans un degré inférieur de trans* migration. A sa mort il reçoit le dernier sanscara de puriflcation par la cérémonie funéraire du sràddha.

Purifié il monte au swarga — ciel — où il jouit d'un immortel bonheur.

Mort en état d'impureté légère, il vogue dans les deux inférieurs, d'où les prières, les sacrifices pieux peuvent le tirer rapidement.

En état d'impureté grave, il descend au naraca — enfer — lieu de souffrances terribles , où son corps et son âme sont soumis aux plus affreuses tortures. La puriiScation achevée dans le naraca il revient à la vie, et recommence par le degré infimeque lui ont mérité ses fautes, ver, poisson, bête fauve, ^tc, toute la grande série des transmigrations, jusqu'à ce qu'il ait regagné la forme humaine, et que s'étant enfin purifié dans cet état il puisse remonter à Dieu.

La loi qui doit diriger Thomme dans la vie procède de la révélation et de la tradition , qui sont d'après Manou les deux seules et uniques sources de toute science. Chaque fois que la

méchanceté conduit l'homme à oublier son origine et ses devoirs, à ce point que l'humanité semble faire un retour vers la brute, Dieu vient sur la terre, par incarnation dans le sein d'une vierge, rappeler ses créatures au culte des vérités immortelles qu'il a déposées dans la conscience de tous.

Telle est en substance la tradition qui se dégage du Ma^ nava-DharmorSastra , tradition qui se retrouvant au berceau de tous les peuples permet de leur assigner Tlnde comme berceau.

Nous le demandons aux inventeurs du touranisme et du sémitisme... est-il une seule des croyances assyriennes ou hébraïques dont le principe, dont l'origine ne se retrouve dans Manou? et non pas seulement par allusion, mais caractérisée, définie et logiquement expliquée?

Nous mettons au défi qui que ce soit de nous en citer une qui ne se rattache à Tlnde de toute antiquité... Si un seul des versets de Manou était retrouvé gravé sur une pierre enfouie dans les sables de la Palestine, — le suivant, par exemple, que nous cueillons au hasard, — ne ferait-il pas une révolution dans le monde savant?

« Après avoir fait le tour du feu selon le mode prescrit, que f^brahme officiant répande avec la main des sacrifices, l'eau des libations sur la flamme ; Feau qui s'élève en vapeurs au milieu des prières purifie les âmes des ancêtres, puis retombant en pluie donne naissance aux végétaux et aux animaux. »

Tout ce qu'il y,a de sémitologues dans le monde écrirait son mémoire ou son volume sur ces cinq lignes, qui dans un manuscrit sont à peine connues des orientalistes.

La raison en est simple.

Dans les castes scientifiques, le savant n'est pas celui qui

sait^ c'est celui qui reconstitue toute une civilisation perdue sur une inscription à demi effacée.

Vous trouverez par milliers des gens qui iront chercher des tessons de pots dans les ruines de Ninive, les sociétés savantes enverront des commissions à la recherche des ruines de Troie qui n'a jamais existé que comme écho de la tradition indoue, du siège de Lanka et de l'enlèvement de Sita , femme de Rama, par Ravana.

Vous trouverez des remueurs de sable, des déchiffreurs d'inscriptions... Je vous mets au déû, vous qui me lisez, quelle que soit votre puissance, de faire fonder dans Tlnde une école de sanscrit dans laquelle les meilleurs élèves de l'École normale sortants iraient passer dix ans dans l'étude de l'Inde ancienne.

Les savants officiels n'en veulent pas, parce que ce serait la ruine de la science officielle, l'anéantissement de leurs traditions sémitiques, touraniennes, accadiennes, sumériennes, kasdéennes, protokasdéennes, kasdéo-scythique3,dans lesquelles chacun se complaît, se fait sa petite place et invente des peuples dont l'existence cadre avec ses systèmes... Ils n'en veulent pas, parce qu'avant dix ans la méthode des sciences historiques et ethnographiques serait trouvée et acclamée par tous, parce qu'en face des milliers de preuves récoltées, Thistoire des races se ferait par l'histoire logique de la filiation de leurs idées, et que l'Inde apparaîtrait comme le réel berceau du genre humain.

Et cette hoslililé voulue, raisonnée, de certains savants contre les études indianistes faites sur les lieux mêmes où s'est développée la civilisation brahmanique, a pour alliée fidèle toute la puissance du cléricalisme qui ne veut pas qu'on aille fouiller les temples où sont nés les mystères.

Pour nous, nous n'avons qu'une chose à répéter à nos lecteurs; Lisez et relisez ces passages de Manou, et dites-nous s'il

TRADITIONS INDOUES ET CHXLDÉENNES. Sfô3

peul rester un doute dan$ vos esprits sur rorigine de toutes les traditions orientales que Ton prétend nées sur les bords du Jourdain ou de TEuphrate. Quant aux traditions européennes, nul n'ose plus contester qu'elles ne viennent des bords du Gange.

Nous avons vu tous les assyriologues d'accord sur ce point, que la civilisation chaldéo-babylonienne était étrangère aux rives de TEuphrate, et qu'elle avait été apportée par une foule de peuplades parlant des idiomes différents.

Trouvez-vous dans le monde ancien, en dehors de Tlnde, un seul pays qui puisse fournir cette foule de peuplades parlant des langages différents, et cependant unies par des croyances religieuses, des coutumes et des mœurs identiques ?

Les Yédas et les Manou existent en trente- deux dialectes différents, et cela de toute antiquité.

Dites-nous quelle est en dehors de l'Inde la nation qui présente dans les temps anciens un phénomène ethnographique aussi extraordinaire.

Qu'est-ce que le Touran, où vous faites naître cette civilisa^ tion merveilleuse, dont les lambeaux transportés par des peuplades pastorales auraient donné naissance à la société cbaldéo* babylonienne?

Une contrée désolée, asile de brigands nomades^ où aucune nationalité n'a jamais pu se former, se développer, et où on ne trouverait pas un vestige, une ruine attestant qu'un passé quelconque est enfoui par là. Les traditions de l'histoire ne sont pas moins absentes de ces contrées que les vestiges maté" riels de civilisation ; la situation climatérique et le peu de fertilité de ces vastes plaines , en dehors des rives de l'Oxus , relègue dans le domaine du rêve vos Accadiens et vos Sumé-' riens comme ancêtres de la civilisation babylonienne.

Allons, messieurs, il n'y a plus qu'un pas à faire. Traverse^

donc l'Indus... et si les sémitologues et les hébraïsants vous disent, comme M. Halévy : Citez, je vous prie, une croyance, une coutume, etc., que l'Inde nous ait transmise.

Vous ouvrirez les Védas et Manou..* et il n'y aura plus de sémitisme dans la science.

TRADITIONS INDOU£S £T CHALDËËNNES. »»

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