‹ La genèse de l'humanité parChapitre 26 sur 42 · DU MODE DU MARIA6S ANTIQUE PAR ENLÂVEMENT DE LA FIANCÉE · texte numérisé non relu

DU MODE DU MARIA6S ANTIQUE PAR ENLÂVEMENT DE LA FIANCÉE

Continuons ces curieux rapprochements à l'aide desquels Tavenir écrira l'histoire du passé , lorsque les bibliothèques des pagodes de Tlnde n'auront plus de secrets pour nous.

Nous lisons au liv. III de Manou :

c Lorsqu'on enlève de la maison de son père une jeune fille qui résiste, qui appelle à son secours, que Ton brise la clôture, et que l'on blesse ceux qui s'y]opposent|Ce mariage est dit « le mode des géants. >

Manou nous indique que ce mode de [mariage était spécialement celui des xchairias, c'est-à-dire des guerriers.

Une pareille coutume existe également dans toute POcéanie : les guerriers partent en pirogues et vont enlever dans les lies voisines les jeunes filles dont ils veulent faire leurs épouses.

A Sumatra, chez les Battas, peuplade guerrière, un homme est déshonoré s'il n'enlève pas, le fer à la main, au milieu de sa famille, la femme qu'il veut épouser.

Le Kalevàla, épopée des Finnois, offre de nombreux exemples d'une semblable coutume.

â?d LA GENÈSE BE L'HUttANITÉ.

Voici un extrait que nous empruatOQS à la belle traduction de M. Léouzon-le-Duc :

c Lemmikaînen était parti à la recherche d'une épouse...

c Une vierge, une tele vkfgd qa'aatm prétendant n'avait pu fléchir, qu'aucun homme n'avait pu charmer , lui résista ; c'était la belle Kylliki, la gracieuse fleur de Soan.

c Le joyeux LemmUialoea^ le beau Kaokomiali osa cent paires de cbàuHttiresi^ ceat paires de rM«9« k courir après elle, k dierdier k la cepiiver«

« La belle KyHîkî ha dit : Pourquoi resleshta iei» «ûsérabte , pourquoi^ vilain oiaeeo, rôdeskta dan» .celte lie» Tenqué* tant des jeunes filles^ épîaot la» eei&luf e» d'éieifi.2 je ne serai libre que lorsque j'aurai usé le mortier k piler le graiQ) i]ue lorsque j'aurai usé le pilon hors de service.

f Quem'impoitentlee foUes oervelleeeil lee Iiberti«i4 turkulents? Je veux pour époux un homme coflame vm^ sérieux et digne , je veux^ pour ma fière beauté* une beauié plus Qèie encore, je veux, pour ma noble taille , une taille encore, plus

noble*

« Un peu de temps s'écoula, un demi-^moiâ à peine, et voilà qu'an Jour, un beau soîr, les jeunes filles de Soari folâtraient et dansaient joyeusement sur la lisière d^une forêt, au milieu

TRADITIONS IRDOUES BT CHALDÉ£NN£S. 27»

des bruyères fleuries, Kyiliki élait à leur tëtfi comme la plua illasire et la plus belle.

c Tout h coup Lemmikalaen vint les surpreadre ; il était dans son Iraloeau attelé de son fougueux étalon; H enleva Kyiliki et la força de se placer à c6té de Im sur soo tapis d'écUsses.

c Puis il fit claquer son fouet , il en frappa les flancs du coursier^ et partant aussitôt, il dit: Gardez-vous bien, 6 jeunes filles, de jamais me trahir; gardez-vous bien de dire que je suis venu ici et que j'ai enlevé la belle vierge.

« S'il vous arrivait de le raconter, un grand malheur foQ* drait sur vous, je provoquerais vos fiancés au combat, je pré« cipiterais les jeunes honmies sous les coups du glaive, et je les ensorcellerais de telle sorte que vous ne les verriez, que vous ne les entendriez plus, ni durant les Jours, ni durant les mois de cette vie terrestre, se promener sur ces routes fleuries^ fouler aux pieds ces bois défrichés par le feu... >

Cet enlèvement fut la cause de luttes interminables « et les guerriers du Kalevala semblent n'avoir d'autres occupations que celles d'enlever les jeunes filles des peuplades rivales.

Le traducteur, relevant cette singulière coutume dont il semble ne pas trouver l'explication dans le poème , s'exprime ainsi:

€ Un trait que je relèverai dès maintenant, parce qu'il suffirait à lui seul pour établir le fondement historique du poëme finnois, c'est la recherche en mariage des filles de Pohja par

les héros de Kalevala. Gomment expliquer une telle recherche entre deux parties animées Tune contre l'autre d'une hostilité aussi flagrante?

« Le savant Gastren nous apprend qu'elle avait sa raison d'être dans une institution commune à tous les peuples de race finnoise. En effet, ces peuples formaient jadis plusieurs tribus cUvisées par un antagonisme fécond en luttes sans cesse renaissances. Or il était interdit aux hommes de prendre leurs femmes dans celle à laquelle ils appartenaient. De là, par conséquent, ces aventures, ces violences, ces épreuves étranges qui préludaient chez les Finnois à la conclusion des mariages, et dont les runot — chants — ont perpétué le souvenir.

a Les chants héroïques des Ostiaks, des Samoïèdes et des Tatars, etc., roulent aussi la plupart sur ce sujet; et encore aujourd'hui, parmi les peuplades d'origine finnoise de la Sibérie, l'usage d'enlever la jeune fille que Ton veut épouser est généralement répandu.

« Il est donc démontré que les héros dii Kalevala vivaient sous l'empire de l'institution dont il s'agit : autrement n'eussentils pas choisi leurs femmes dans leur propre tribu, de préférence à cette région de Pobja qu'ils avaient en horreur? Cet accord de tous les peuples finnois et d'un grand nombre de ceux qui leur sont unis même par une affinité éloignée sur un fait aussi capital, nous fournit un indice certain de la haute antiquité du Kalevala. »

La question que M. Léouzon-le-Duc a posée : Comment expliquer la recherche des filles de Pobja par les héros de Kajevala, alors que les deux tribus éprouvaient l'une pour l'autre la haine la plus vigoureuse?... n'est résolue ni par les explications qu'il donne, ni par celles qu'il emprunte au savant Castren .

Castren résout la question par la question^ un peu à la ma«-'

TRADITIONS INDOtES ET CHALDÉENNES. S8i

Bière du médecin de Molière qai trouve qu'âne fille est muette parce qu'elle ne peut pas parler...

Pourquoi les fils de Kalevala enlevaient-ils les filles de Pobja? dit M. Léouzon*le-Duc.

Parce que c'était une institution commune aux peuples de race finnoise, répond Gastren...

Tout le poème du Kalevala constate que c'était une instilution des Finnois, puisque la majeure partie de cet ouvrage est consacrée à chanter ces enlèvements. Nous n'avons donc pas besoin qu'on vienne nous dire assez naivwnent que les Finnois enlevaient les filles des tribus rivales, parce que c'était une coutume de la race finnoise... ce que le. traducteur du Kalevala recherche, ce qu'il nous importe de connaître, c'est le pourquoi de la coutume» c'est Vorigine mime de rins-< Utution.

Nous avons vu que les mœurs finnoises ne sont pas les seules à présenter de pareilles singularités. La plupart des peuples de l'antiquité et dos tribus de l'Océanie ont possédé et pos** sèdent encore des coutumes identiques. Il est donc logique d'assigner à ces coutumes une origine commune.

Les Finnois, comme tous les peuples de l'Occident qui furent en possession de ces usages, sont des Indo-Européens.

Les Océano-Polynésiens et les Battas de Sumatra, dont les mœurs et les croyances religieuses sont des copies serviles de celles de l'Inde, sont incontestablement des Asiatiques séparés du foyer commun par les derniers diluviums.

Il faut donc remonter jusqu'à la coutume indoue pour avoir l'explication que nous cherchons :

« Lorsqu'on enlève, dit Hanou dans le texte q^e nous ve* nons de citer, de la maison de son père, une jeune fille qui résiste, qui appelle à son secours ; que l'on brise la clôture, et que l'on blesse ceux qui s'y opposent, ce mariage est dit : le

9èi LA OâflÈSâ DK L'HITKANITfi.

mode ie» gdfiùfâ, * ^ c'M^à-djre de la castd royale at de* guerriers.

Le bufthmë ConMl6fl«'Battai qua Winiam loats, le grand îaiianiste anglais, a illustré, le commentateur de Manoule plus

renommé daaa nttda« l'axpriiua aiati sor ce glocai

« Prfffiltitemé&t \M aebatriaê •«« ao goarrierB de la catte foyate — se glorifiAleot de n'aoeepCer poar femaMs qae les {Niodessès qne, par leur valeur, Us avaient feitee captivas à la guer* re. Un Jetine X6hatria qui fc eaiza ans n'avait paa encore trouvé rœcasioik d'aûtavèr qualq&e balle fille célèbre par aa beauté, son origine, ses Hchesses, en combattant ceux qui cherchaient à s'y opposer, n'était pas considéré corama parvenu à l'ftge viril. Plus tard, quand lasi diUérentas peupladea de riodoustau se réunirent, se disciplinèrent sous la domination des brahmea, Itô querellas lutesiinea fl'apaisèrent« mais les xchatrias coneervèrent au nombre de leurs privilégea le droit d'enlever» même par la forœ^ lee jeunes filles dont ilsr voulaient faire leurs épouses. C'est oé que Manou appelle la mode du géanu ou des guerrierBi Peu à peu, avec le relâchement des moeurs et Paagtnenlalion de la puissance royale, les xchatrias prirent lliabitude d'en user ainsi même pour se procurer des cou* eubiûes.«i ^

Collmca^Batta.

(Commentaire sur Manou»)

L'enlèvement des Babines par les guerriers de Romulus ne ftit également que le résultat de mœurs identiques, communes aux tribus du Latium. On ne trouvera rien d'hypothétique à cette opinion si l'on veut bien se souvenir que ritalie a été co lo&isée par des peuplades asiatiques, et que le latin est un des dérivés les plus direott et les plus purs du sanscrit.

L'importance de cette preuve est extrême, car les études

TRADITIONS INDOUES BT GHALDÉËNNES. 2^

ethnographiques ont établi que les populations qui émigrent modifient beaucoup plus vite leur langue que leurs usages.

Chez les nations civilisées qui s'appliquent à fixer leur parler^ les modifications du langage marchent également avec une singulière rapidité. En France le peuple ne comprend déjà plus Rabelais, dans un siècle il ne comprendra plus Molière...

La coutume chez les peuples anciens, signe de patrie, de famille et de croyance religieuse, résistait aux conquêtes, aux invasions, aux émigititioûa les plus lointaines^

Le droit de jambage exercé au moyen âge par les bandits féodaux, qui s'attribuaient Thomme et la terre par la conquête, fut un souvenir des usagôs des ancêtres indous et des privilèges de la caste des xchatf tas ou des chef^.

Voilà ce que nous dit un texte de Manou 1

S8i LA GEliÈSE DE L'HUMANITÉ.

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