CHAPITRE XIL
LE SALAGRAM A.
Nous tenninerons ces récits génésiqaes par l'explication de la légende du Salagrama.
II y a dans Tlnde une secte peu nombreuse qui se nomme la secte Lagana-Sastra. Ses partisans n'admettent ni difiéreoce de conditions parmi les hommes, ni l'autorité des Yédas et de Manou, ni la suprématie des brabmes, ni les préceptes religieux concernant la souillure et le péché. *
Nous avons fait de vaines recherches pour retrouver Torigine de cette petite communauté qui ne compte que quelques milliers d'adeptes dans le sud du Deccan, accusés par les autres Indous de se livrer à la pratique des sortilèges et des charmes.
Tout nous fait supposer cependant qu'ils doivent leur existence à quelque ancienne tribu des djéînas, qui, lors de la séparation de ces derniers d'avec les brahmes autoritaires, vint.se réfugier dans les montagnes de l'indoustan méridional, Qt vécut isolée des autres.
Les sectateurs du Lagana-Sastra racontent que, quand Vich-^ Dou vint sur la terre avec mission de l'Être suprême de créer l'espèce humaine, il se borna à ramasser deux petites pierres qu'il trouva à ses pieds et les ayant lancées sur les bords d'un
marécage, le premier homme et la première femme sortirent de la boue humide comme par enchantement.
Cette légende est repoussée par les brahmes orthodoxes; mais ce qui nous ferait croire qu'il n^en a pas toujours été ainsi, c'est que cette pierre, appelée salagrama, est extrêmement vénérée dans Tlnde entière où elle est connue sous le nom de pierre de Vichnoa.
C'est une sorte de coquille fossile, ovoïde, striée, ombîlîquée et ornée d'arborisations, dans le genre des nautUites; celles qui ont le plus d^arborisalions sont les plus estimées.
Tous les brahmes sont obligés d^avoir une de ces pierres en leur possession, et elle se transmet de père en fils comme une relique de £imilli» dont il ne faut jamais se dessaisir.
On lit dans TAtharva-Yéda :
c Que toute maison de brahme où le saTagraroa ne se trouve pdnt, soil considérée comme aussi impore qu'un cimetière.
« Que le rii qu'on y apprête et la nourriture qu'on y pread scient aussi souillés que les déjectioas d'un chien. *
Dans le culte superstîtieiix et vulgaire des basses castes, 9 n'y a rien de plus efficace pour obtenir b rémission de ses p4cbé9> quelque énormes qu'ils soient, que de posséder de Teau dans laquelle on a fiiit trempa le salagrama; il suffit pour cela de foire les trois ablutions du Iront, des lèvres et da tretix de Teslomae avec cette eau sacrée.
Les bas offidanls des pagodes font «b commerce jonnuifier el lucratif de cette eau^ que chaque Indou tient à postséder dans sa demeure, pour détourner las mauvais présages el akasserles malins esprits^
Lersqne cette eas se cosapose d'ean du Gai^ et d'etn bsirale — eau bénite -- et qu^oa y a &it tremper le salagrama peiiiial neuf joorsv il n^est aucune purilifiatWB^ mâo» celle
^A LÉ6KNDË DÉ LÀ QENÈSË,DÀNS L'INDE. 617
des plus grands Grimes, qu'elle n'ait le podvoir d*àcëotnpIir. Aussi les prêtres la vendent-ils en conséquence. . Celui qui en garde toujours dans sa maisoti est s^r d'y voir régner l'abondance ; non-seulendent il obtiendra le pardon de IQUB ses péchés passés, présents et à venii^^^ et se prbcdrei'à uti bonheui" constant en ce monde^ mais encore aprèô âa mort il ira d'emblée jouir des délices du swarga ^ diel.
Il y a de pieux Indous qui se ruinent en achats de cette ëad merveilleuse, qui a le pouvoir également de faire sortir les ancêtres du naraca — enfer.
Dans les castes qui enterrent leurs morts au lieu de les brûler, nombre d'Indous ne se fiant pas à leurs héritiers sur ce point, laissent des rentes importantes aux desservants des pagodes pour qu'un certain nombre de fois Tan les béats personnages viennent asperger de cette eau sainte le lieu où reposent leurs dépouilles.
Il faut voir avec quel sérieux imperturbable les fraters vont en procession arroser leurs morts. Nous en avons vu annoncer aux parents que les mânes du défunt avaient déjà la moitié du corps hors de l'enfer , et qu'à la prochaine aspersion ils sortiraient tout à fait des griffes du diable pour s'envoler au séjour des bienheureux... Il n'est pas rare alors de voir les pauvres gens se cotiser, vendre une vache ou un lopin de terre pour procurer à leur ancêtre une aspersion immédiate, et, dans ce cas, l'officiant^ qui a empoché, une bonne aubame, annonce gravement qu'il vient de voir l'âme du parent délivrée monter au swarga dans le corps d'un pigeon ou d'un milan.
Les brahmes savants et les pundits méprisent souverainement les brahraes du culte vulgaire, et s'éloignent le plus possible de ces grossières jongleries, mais ils n'osent ouvertement
Ck)mine dans les indulgences de Rome.
318 LA GENËSE DE L'flUUANITÉ.
montrer leur dégoût, à cause de l'empire extraordinaire que ces desservants exercent sur la foule.
Si vous êtes tentés de rire... songex qu'il n'y a pas que dans rinde que les aspersions^ la d&wrance des âmes en ptnttrûm |6iiifN>rair0, el une foima plau au swarga se tarifent et se payent à beaux deniers comptants, sortes de valeurs religieases auxquelles ont souscrit en cette vie poor être remboursé dans Tautre,.* Le ciel et le bon Dieu sont mis en actions!
Nous retrouverons le salagrama à propos des traditions dihivieunes.