‹ La genèse de l'humanité parChapitre 5 sur 42 · UIS INDOUS FURENT-ILS IMITATEURS DES PEUPLES ANQENS · texte numérisé non relu

UIS INDOUS FURENT-ILS IMITATEURS DES PEUPLES ANQENS

La bibliothèque d'Alexandrie contenait sept cent mille rouleaux ou volumes. Là était toute la. science, toute la sagesse antique.

Un brandon jeté par les soldats de César en quelques instants eut réduit en poussière tous les souvenirs, toutes les traditions, accumulés depuis des milliers d'années. Ce sont là services de conquérants... et loin qu'ils vou& fassent attacher au pilori de f humanité, ils vous valent au contraire des couronnes de laiùrier, tressées par la reconnaissance des peuples et la main de Thistoire. Nous n'avons plus en France^ il est vrai, le respect des incendiaires et Tadmiration des tueurs d'hommes, nous né regardons plus la guerre comme le viril passe'-temps des roiSy mais comme un horrible fléau qui

n'a son excuse que dans la défense de la patrie... et malgré le triste réveil qui attendait nos rôves humanitaires, nous ne changerons pas d'opinion sur le compte de ces fliaiix de Dieu, dont le plus clair de la besogne a toujours été de faire reculer de plusieurs siècles la civilisation. Cependant, combien de peuples raisonnent ainsi ? Tous les aventuriers du sabre n'ont pas encore disparu de la terre, il faut songer à nos immenses dépôts artistiques, littéraires et philosophiques, et veiller à ce qu'ils n'aient pas un jour, sous Teffort de la convoitise germanique, le môme sort que la bibliothèque d'Alexandrie. Que de trésors à jamais enfouis ! que de secrets perdus pour le monde! et tout cela parce que ni César ni Pompée ne voulurent accepter la seconde place dans Rome.

c Les anciens Asiatiques, — dit Moïse de Chorène, cinq siècles avant notre ère — et spécialement les Indous, les Perses et les Chaldéens, possédaient une foule de livres historiques et scientifiques. Ces livres furent partie extraits, partie traduits en langue grecque, surtout depuis que les Ptolémées eurent établi la bibliothèque d'Alexandrie et encouragé les littérateurs par leurs libéralités, de manière que la langue grecque devint le dépôt de toutes les sciences..*. »

(Moïse db Chorânb, Histoire d'ArménSe.)

La Perse et la Chaldée, colonies de l'Inde, ëtaiest restées eo communication constante avec la mère patrie, et la suivaient dans son mouvement littéraire et scientifique.

Ammien-Marcellin nous apprend, arec Agathias, eombieQ sont étrmts les tiens de filiation qui unissent la Perse et la Gbaldéeàrinde.

« Postérieurement à Zoroastre, le roi Hystasp ayant pénétré dans certains lieux retirés de l'Inde supérieure, arriva à des

LES PRËJUGËS OFFICIELS. 43

bocages solitaires, dool le silence favorise les profondes pensées des brahmes. Là il apprit d'eux, autant qu'il lui fut possible, les rites purs des sacrifices j les causes du mouvement des astres et de l*univérs, dont ensuite il communiqua une partie aux mages. Ceux-ci se sont transmis ces secrets de père en fils, avec la science de prédire Tavenir, et c'est depuis lui (Hystasp) que, dans une longue suite de siècles jusqu'à ce jour, cette foule de mages, composant une seule et môme caste, a été consacrée au service des temples et an culte des dieux. »

L'Inde fut le grand foyer civilisateur de la société antique» n'en déplaise à certains savants qui exploitent particulière* ment les uns TÉgypte ou la Judée ^ d'autres la Chaldée ou la Perse, en faisant de chacune de ces contrées les initiatrices du monde ancien. Il n'est pas nécessaire de multiplier les aperçus ingénieux pour faire cette preuve ; il sui&t de relire les ouvrages des grands écrivains de la Grèce, de rÉgypte et de Rome, dont beaucoup se formèrent à l'école des brabmes, et qui tous, comme Âmmien-Marcellin et Âgathias, indiquent la contrée qu'arrosent Tlndus et le Gange comme étant le berceau de toutes les traditions primitives, de toutes les sciences. Nous verrons bientôt, en étudiant, dans leurs détails si variés^ les mœurs et les coutumes que l'Iude a légués aux peuples anciens et modernes, qu'il faut, avec William Jones, Colebrook, Bumouf et Halled, pour ne citer que les plus illustres, admettre la maternité de ce pays, ou prétendre, ce qui serait absurde, qu'il n'y a pas un peuple, tant parmi tes anciens que parmi les modernes, dont l'Inde ne se soit empressée d'adopter peu à peu tous les usages, toutes les croyances, toutes les lois.

Dans son absurdité, cette supposition n'est même pas possible» car toutes les nations ont peu à peu transformé ces

usages, ces croyances, ces lois que leurs ancêtres apportèrent de la haute Asie, au point d'avoir oublié l'idée première qui leur avait donné naissance, tandis que l'fnde, quoi qu'en disent les inventeurs du sémitisme et de la civilisation des Âccades* s'est pour ainsi dire pétrifiée dans sa forme primitive et présente encore aujourd'hui, aux yeux de l'observateur étonné, le spectacle d'une contrée qui, depuis vingt mille ans et plus, conserve ses traditions civiles et religieuses, sous prétexte qu'elles ont atteint la perfection relative qu'il peut leur être donné d'acquérir sur cette terre.

Sans doute, chez les membres des deux castes inférieures, les vaysias et les soudras, on ne rencontrera pas les sublimes conceptions brahmaniques dans tonte leur pureté, mais il s*est passé là ce qui arrive dans toutes les sociétés humaines: il y a le sommet qui, comme les eaux d'un lac, réfléchit la pureté des cieux, tandis que le fond reste dans l'obscurité, et il ne viendra à l'esprit de personne de prouver, à notre époque, l'ignorance des classes qui pensent et étudient, par l'ignorance des générations en retard dans le progrès intellectuel. Il y a eu de tout temps et il y a encore, entre le brahme et le soudra, au point de vue de la science, la même différence qu'il y a entre le maître et l'esclave.

Dans l'Inde, l'esclave ne s'est pas affranchi du brahme, le brahme ne s'est pas affranchi des traditions védiques, et c'est cette immobilité qui permet de retrouver aujourd'hui toutes les institutions civiles et religieuses dont le monde est redevable à cette partie de l'Asie, avec l'explication des causes qui leur ont donné naissance.

C'est avec un réel bonheur que nous empruntons les lignes suivantes au savant Herder, dans la belle traduction de M. Emile Tandel :

e II est évident que le système des brahmes devait, être

bon, lors de son établissement, et c'est à ce caractère de bonté qu'il a dû de se répandre sur un espace aussi considérable^ de pénétrer à une aussi grande profondeur, et de durer tant de siècles. La pensée humaine cherche toujours à se débarrasser, dès qu'elle le peut, des liens qui la retiennent captiye, et bien que l'Indou soit doué d'une patience plus grande que n'importe quel peuple, il est peu probable qu'il aurait jamais pris goûta une chose absolument mauvaise. D'un autre côté, on est forcé de reconnaître que les brahmes ont tellement développé chez ces peuples la douceur, la politesse, la tempérance et la chasteté que, la plupart du temps, la comparaison avec les Européens est fatale à ces derniers, qui paraissent à côté de l'Indou des hommes dégradés par l'ivresse et le vice. Leurs manières et leur langage sont élégants, sans avoir rien de forcé; calmes, bienveillants, propres à l'excès, simples dans leur manière de vivre, ils élèvent leurs enfants avec une douceur remarquable. Ils ne sont nullement dépourvus de connaissances, mais où ils excellent, c'est dans leur paisible et laborieuse industrie et dans les arts d'imitation; même les classes les plus inférieures apprennent à lire, à écrire, à calculer. Instituteurs zélés de la jeunesse ^, les brahmes ont à ce titre, et pendant de longs cours de siècles, rendu d'inappréciables services à l'humanité. Voyez dans les relations des missionnaires de Halle de quel jugement droit, de quel caractère bienveillant, les brahmes et les habitants du Malabar font preuve dans leurs questions, leurs réponses, leurs objections, leur manière d'être en général, et il est peu probable que vous serez tenté de vous ranger du côté des étrangers qui ont accepté la mission de les convertir.

« L'idée capitale des brahmes au sujet de la divinité est si grande et si haute, leur morale si élevée et si pure, leurs

i. Nous donnons, dans le cours de ce volume, tout un livre de Manou Bur l'éducation de }a jeunesse.

M LA GENâSE DE L'HUMANITÉ.

fables même, lorsqu'on les examine attentivement, sont si délicates et si gracieuses, que nous ne pouvons faire remonter jusqu'à leurs auteurs la responsabilité des absurdes dégrada* lions qu'elles ont subies en passant par la bouche da peuple.

« On doit également savoir gré aux brahmes d'avoir su, malgré toutes les oppressions des mahométans et des chrétiens, conserver pure et intacte leur langue si belle et si riche, sauver quelques débris de ras«tronomie, de la chronologie, de la physique, de la jurisprudence de la haute antiquité; car l'usage presque mécanique qu'ils font aujourd'hui de ces sciences suffit à leur vie, et ce qui empêche leur développement est ce qui en assure la puissance et la durée.

f Au reste, les Indous ne persécutent personne; ils laissent chaque étranger libre dans sa religion, dans ses connaissancafl^ dans sa manière de vivre.

« Pourquoi n*en agirait-on pas de même à leur égard? Pour^ quoi, tout en reconnaissant qu'il a conservé les erreurs que la tradition lui a léguées, ne pas lui accorder qu'il est un peuple de bonne volonté 7 De toutes les sectes de Foh — un des noms de Swayambhouva, la cause universelle *- qui embrassent la partie occidentale de l'Asie, celle^i est la plus florissante ; elle est plus instruite, plus humaine, plus noble et plus utile que toutes celles des bonzes, des lamas et des talapoins.

« Le Gange, qui a vu naître les brabmes, les voit encore ce* lébrer sur ses bords leurs rites principaux...

c Quelle immense influence cette caste n'a-t-elle pas exercée pendant des milliers d'années sur la pensée humaine, influence tellement grande que, malgré la domination mongole qu'elle a dû subir si longtemps, son importance et ses doctrines sont restées immuables et que son action sur les mœurs et le genre de vie des Indous est si puissante, qu'une autre religion n'en a peut-être jamais produit de semblable.

« Tout chez ce peuple est son œuvre manifeste i son carac^

tire, n aBniire de vivre, ses coutumes, ses détefls les plus inûmes, sa langue, son génie; et quoique cette religion ne laisse pas d'être parfois incommode et tyrannique, les castes môme les plus intérieures la respectent à l'égal des lois divines les plus sacrées. Il n'f a que des malfiiiteurs, des miBérables, expulsés de leur caste, ou de pauvres enfants abandonnés, qu'on voie embrasser une religion étrangère.

« Jamais, quelque malheureux qu'il soit, Flndou ne dépouillera ce sentiment d'orgueil et de supériorité vis-à-vis de l'Européen qu'il sert, sans lui porter envie : preuve évidente que jamais aussi^ tant qu'il existera, ce peuple ne s'alliera à un autre.

c II est hors de doute que c'est dans le caractère de la nation et celui du climat qu'il faut chercher l'explication d'un phénomène jusqu'ici sans exemple : car est-il un peuple que l'on puisse comparer à l'Indou pour la patience, la soumission et la paix de l'àmef 8i l'Indou se refuse avec tant de persistance à adopter les préceptes et les usages étrangers, c'est que déjà l'institution de Brahma occupe son âme tout entière, remplit sa vie, absorbe ses pensées à l'exclusion de toute autre. De là ces cérémonies, ces fêtes si souvent répétées, ces dieux innom* brables, ces fables, ces lieux consacrés, ces œuvres méritoires, qui depuis l'enfance saisissent et occupent son imagination et lui rappellent à chaque pas dans la vie ce qu'il est et ce qu'il doit être. Tous les efforts de l'Europe sont venus échouer conUre cet assujettissement de la pensée, qui ne finira, croyonsnous, qu'avec le dernier Indou. •

Nous n'avons rien voulu enlever à cette citation de Herder, qui résume admirablement en deux pages le caractère spécial de la civilisation brahmanique.

« Us doctrines des Indous sont restées immuables...

t Tout Qbee ce peuple est son œuvre manifeste : son oarac^

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tère, sa manière de vivre, ses coutumes, ses détails les plus infimes, sa langue, son génie »

c Tant qu'il existera, ce peuple ne s'alliera pas à un autre...

« Les brahmes ont exercé, pendant des milliers d'années, une immense influence sur la pensée humaine..., etc., etc. »

Que conclure de ces vérités que nous a£Srmons dans toutes nos études orientales 7

C'est que le reproche d'avoir imité les peuples anciens ne saurait atteindre les Indous. La plupart, du reste, de ceux qui le leur adressent n'agissent que dans un intérêt soit de secte religieuse, soit de caste scientifique.

Au siècle dernier, philhellènes et égyptologues se livraient à des discussions interminables pour savoir quelle était la plus ancienne des civilisations grecque, égyptienne, assyrienne.

Aujourd'hui que l'antiquité des Égyptiens et des Assyriens ne peut plus être mise en doute, c'est l'antiquité de Tlnde qu'attaquent certains égyptologues et assyriologues en retard, qui voudraient bien immobiliser la science dans leurs prétendues découvertes.

L'heure n'est pas éloignée où cette révélation de la vieille mère indoue, dont parle M. de Jancigny^ sera, sinon complète, du moins sujQ&sante, pour lever tous les doutes et confondre toutes les mauvaises fois.

L'Inde accumule trop de preuves çn faveur de son extraordinaireantiquité. Ruines, sculptures, inscriptions^ manuscrits, do* cuments de toutes espèces sur la littérature^les arts, les sden^ ces, les religions et la philosophie, sont livrés à profusion par cette illustre contrée. Ici il n*y a pas de système ingénieux à présenter, il n'y a qu'à traduire, et à exposer la science des brahmes; ce rôle est trop modeste pour nos savants officiels, et puis le ciel de l'Inde est plein de meurtrières splendeurs^ il est plus facile d'ergoter sur un texte de la Bible ou une ins-

cription canéiforme, dans son cabinet^ que d'aller les braver.

Il est certain que si la patrie des Védas, an lieu d'avoir conservé, suivant les expressions de Herder, son astronomie, sa chronologie^ sa physique, sa jurisprudence et ses croyances de la plus haute antiquité, ne pouvait être reconstituée qu'à l'aide de quelques fragments de textes recueillis sur des colonnes brisées, ou des chapiteaux couchés dans l'herbe, il y a longtemps que la science titrée lui eût restitué dans Fhistoire de l'humanité la place à laquelle elle a droit.

Puis, r Allemagne semble se recueillir et n'étudier le passé de l'Inde qu'au point de vue philologique ; et nos savants attendent qu'elle ait parlé pour emboucher la trompette à leur tour...

Qu'on ne croie pas à une exagération I

N'est-ce pas hier seulement, qu'en prenant possession de son fauteuil^ l'éminent professeur de japonais, H. de Rosny, président de la Société d'ethnographie, disait dans son discours d'installation :

< On commence à nous emprunter nos idées de tous côtés, sans nous citer bien entendu; et j'apprenais dernièrement que la théorie que vous professez depuis dix ans dé la science ethnographique, venait de nous arriver d'Allemagne, à la grande satisfaction des admirateurs de la science germanique. Moi aussi j'admire l'érudition germanique, mais je ne crois pas précisément que nous ayons à gagner, en changeant notre manière de faire de la science, contre celle de nos voisins les Allemands. En tout cas, je proteste énergiquemient contre^ Vattitvde des savants français, qui ne savent accueillir que par la conspircUion du silence les découvertes de leurs compas triotes non titrés et qui viennent ensuite battre la caisse pour annoncer ces mimes découvertes^ lorsqu'elles reviennent en France sous une fausse étiquette et par un canal étranger K »

i. Discours de M. de Rosny à la séance de la Société d'ethnographie du 8 décembre 1873.

Espérons que, malgré ces savants qai attendent leurs inspirations de l'Allemagne, ces savants qui, par stérilité d'esprit, se bornent à faire de Vimpartation seietuiflque, la France occupera une place importante dans TcBovre de reconstitution de la primitive civilisation brahmanique.

On ne saurait croire jusqu'où vont cmtains esprits distin* gués, érudits et chercheurs, du reste, dans leur manie de localiser certaines civilisations, de les expliquer par elles-mêmes, d'isoler les races et les peuples, au lieu de considérer toutes les dvilisations comme des actes procédant les uns des autres dans l'histoire universelle de Thumanité.

On va même jusqu'à inventer des civilisations et des peuples qui n'ont jamais existé, pour en foire des initiateurs immédiats, et n'avoir pas à remonter aux rives du Gange.

Nous avions d^à les conceptions aryennes et sémitiques* Voilà maintenant qu'on en a découvert une nouvelle, indépen* dante des deux autres, la conception touranienne.

A ce sujet, nos lecteurs nous sauront peut-être gré de mettre sous leurs yeux, pour les initier aux procédés de certaine science, une scène digne de Molière, donnée dans une de nos sociétés savantes les plus distinguées, par trois érudits of&^ ciels; Byzance n'a rien produit de plus parfait dans ce genre, c'est à réhabiliter feu Galimatias,

Quelques mots d'explication pour foire comprendre cette discussion. Comme on va le voir, cet épisode ne sort pas du but général de nos études indianistes.

Il s'agissait de savoir quel éuit le peuple initiateur de la civilisation babylonienne, quelle contrée il habitait, quelle langue il parlait, et quel nom il fallait lui donner. '

Deux savants sont aux prises sur la langue de ce peuple et le nom qu'il avait dû porter. Nous copions le procès*verbal ^ :

i. Société d'ethnographie, séance du 3 février 1873.

t M. L. fait une communication sur la langue accadienne et présente les raisons qui Pont empêché d'admettre le nom de sumérimne que M. 0. veut lui donner. •

« M. 0. répond : Que des motifs purement ethnographiques le forcent à rejeter l'opinion de M. L. En 1854, il a montré le premier que les inscriptions cunéiformes n'étaient pas inventées par un peuple sémitique, mais qu'elles étaient d'origine touranienne. A cette époque môme^ il eut l'habitude quelque peu critiquable d'identifier les Touraniens et les Scythes. Il nomma ce langage des inventeurs touraniens, le kasdo-scythique. Plus tard, il le nommait kasdéen. MM. Rawlinson et Hinks, qui n'avaient pas jusque*là pensé à l'existence d'une langue autre que Tassyrien sémitique, nommèrent cette langue l'un le proto-chaldéen, l'autre l'aocadien. M. Hinks choisit le dernier terme, parce que le notn d'Âccade était cité dans la Genèse, chapitre z, ligne 10, comme une des quatre villes nemrodiennes du Sennaar. Il choisit ce nom, parce que tous les rois, depuis les temps les plus reculés jusqu'aux Baby« toniens, s'intitulaient rois des Sumers et des Âccades. Hinks déclaré néanmaint que c^était une simple hypothèse pour laquelle il n'avait pas d'autre preuve. Aussi cette dénomination ne fut acceptée ni par sir Henry Rawlinson, ni par M. Fox Talbot, qui nomme encore ce langage proto-chaldéen« MM. 0. et M. se tinrent au mot de kasdo-sémitique et de kasdéen.

c Quelques autres savants acceptèrent provisoirement le nom d'aecadienj à cause de sa facile prononciation et à cause du nom à^Àccade se trouvant dans un texte célèbre.

c M. 0. a prouvé d'ailleurs que si la langue touranienne appartient à l'un des deux peuples, ce devra être à celui de Sumer, et non pas à celui d'Accade. Il appelle donc déûnitivement cette langue : langue sumérienne.

« En voici les raisons irrécusables selon lui s

c 1<» Les rois touraniens, qui ont porté ce titre de roi des Sumers et des Àccades, ou de Sumer et d'Accade^ mettent le nom de Sumer le premier, ce qu'ils n'auraient pas fait s'ils avaient été des Accades eux-mêmes.

« i^ Le nom de Sumer n'est lui-môme qu'un nom touranien signifiant le pays, la contrée qui, plus tard^ prit le nom sémitique d'Assour, l'Assyrie. Ceci est prouvé par les substitutions assez fréquentes d'Assour pour Sumer et explique la disparition complète du vocable sumer, dans les temps postérieurs de la prédomination sémitique.

« 3^ Les Assyriens et les Babyloniens dans le même titre royal, qui seul, d'ailleurs, dans les textes complets, mentionne le nom de Sumer ^ substituent, à ce nom de Sumer^ deux carftctères idéographiques dont le premier signifie la langue, et dont le second, entre autres valeurs, présente les deux acceptions d'adoration et de vaticination. Pour les Assyriens le nom de Sumer se rattachait donc ou s'identifiait à celui d'une langue autre que l'assyrien, et en effet le sumérien formait la langue sacrée des Assyriens. Il est à remarquer, en outre, que ce titre de langue sacrée n'est jamais employé par les rois qui écrivaient dans la langue sumérienne, mais que, dans les textes antiques, on substitue à Sumer un idéogranmie signifiant « pays du vrai seigneur. »

Rien n'étant incertain, ni dans le premier, ni dans le second, ni dans le troisième des arguments qui précèdent — c'est toujours M. 0. qui parle — et chacun des trois^ d'ailleurs, sufiisant à lui seul pour contrebalancer l'attribution de la langue à Accade, M. 0. conclut qu'il n'y a aucune espèce de doute possible. Il ajoute que son argumentation en faveur de Sumer constitue un ordre de preuves directes. Mais il ajoute qu'il existe encore un autre indice indirect, tiré du nom même d' Accade. Le voici; le lexte cité plus haut de la Genèse parle

de Babel, Trech, Accade et Chalané dans le pays de Sennaar.

Or, puisque Senuaar est une domination sémitique et que Babel, Trech et Chalané sont certainement sémitiques aussi, il y a tout lieu de penser qu' Accade est encore un mot sémitique. Cette observation a échappé à Hinks et aux personnes qui Tout suivi. Les considérations ethnographiques et géogra* phiques avancées par M. L., que Tun signifie le nord et Tautra le midi, ne présentent aucune solidité, car, avec le môme droit, on peut juste soutenir le contraire.

M. 0. engage donc M. L. à intituler le troisième fascicule de son excellent travail, Études sumériennes ; il finit en le remerciant de la bienveillante note qu'il a insérée à la fin de son second fascicule, et dans laquelle il déclare c n'avoir pas cru né* cessaire dinsister sur la démonstration du nom d'Accadien. » M. 0. croit au contraire que cette démonstration aurait dû venir à la première page.

Voilà donc la théorie de M. L. proprement enterrée par M.O.

Nous nous sommes contenté de donner le procès-verbal seulement de la première partie de cette discussion qu'il eût été trop de relever tout entière. Pour la seconde partie, qui est la réponse de M. Halévy à ces curieuses théories, en voici le texte complet :

c Tandis que les maîtres de la science assyriologique discutent le nom porté par la nation touranienne, qui inventa récriture cunéiforme, et initia les Babyloniens dans les connaissances les plus indispensables pour une vie civilisée, qu'il me soit permis de demander si l'existence même d'une nation touranienne sur le bas Euphrate ne renverse pas les notions les plus saines que l'ethnographie, aidée de l'histoire et de la géographie, a fournies jusqu'à présent sur l'ancienne population de cette contrée.

Celle question étonnera sans doute les savants auxquels je

n'adresse. Ils me plaindront peut-^tre d'ignorer... pentrêtre in' accuseront-ils de feindre d*ignorer les fortes et nombreuses preuves que les coryphées de Tassyriologie ont apportées depuis vingt ans, pour démontrer le touranisme de l'antique civilisation babylonienne. A ceci je réponds: j'aime mieux pa- . aitre ignorant que crédule.

Les preuves données par les assyriologues sont, si je ne me rompe, d'un caractère purement linguistique: on dit que la langue qui résulte de certaines inscriptions découvertes en Babylonie et en Assyrie, ressemble et par son capital lexicographique et par son mécanisme grammatical aux langues touraniennes, surtout aux idiomes ougro-finnois. Admettons, pour le moment, t exactitude de cette assertion,.. Que faudra-t-il en conclure ? Il faudra en conclure, je pense, qu'un peuple touranien , plus ou moins voisin de la Mésopotamie , était arrivé, dans une époque très-reculée, à un haut degré de civilisation, et que cette civilisation touranienne aété adoptée par les Sémites de la Babylonie. Placez ce peuple touranien dans la Susiane, en Arménie, ou, si vous aimez mieux, aux portes du Caucase, ou en Asie-Mineure, là les races aborigènes n'étaient ni sémites ni aryennes, et votre système ne rencontrera pas de difficultés insurmontables. Vous ferez justice des scrupules de vos adversaires, en leur citant la civilisation japonaise, due presque entièrement à la Chine i . Vous leur direz : puisqu'on écrit au Japon des livres chinois» pourquoi les Babyloniens o'auraient-ils pu rédiger des épigraphes dans la langue de leurs civilisateurs touraniens? Bref en vous bornant à constater l'origine touranienne de la civilisation assyro-babylonienne, vous resterez dans les limites de vos études linguis-

i. M. Halëyy formule là une yérité de surface. Les Japonais se son assimile les coutumes extérieures principales^ mais le fond de leur religion, de leurs lois» vient de l'Inde. 11 est prouvé aujourd'hui que le japo* nais appartient à la grande famille des langues samscrites.

guistiques et vous ne rencontrerez que peu de contradio lions.

Mais, permettez-moi de vous le dire, vous sortez de ces limites naturelles, lorsque vous assurez que ee peuple toura* nien habitait jadis la Babylonie, n'importe quelle partie, et formait un nombreux élément de la population primitive. En cela vous passes dans le domaine de l'ethnographie et vous devez vous attendre qu'on vous demandera vos preuves.

Je prends donc la liberté de vous soumettre les deux questions suivantes :

i^ Gomment se lEsiit-il qu'aucun auteur ancien ne mentionne l'existence d'un peuple non sémitique en Babylonie, pas mfime l'auteur du chapitre % de la Genèse, dont l'antiquité et les connaissances exactes de la Mésopotamie ne peuvent pas ôtre révoquées en doute.

i^ Un peuple qui a vécu pendant des milliers d'années dans un pays, ne disparait pas sans laisser de traces de son existence. Il y a environ deux mille ans depuis que la nationalité juive a disparu de la Palestine et pourtant le voyageur y entend à chaque pas des réminiscences hébraïques. Je ne parle que des noms géographiques qui se sont perpétués, quoique sous une forme altérée. Et la France ne porte-t-elle pas, dans sa nomendalure géographique, l'empreinte des courantsethnographiques qui ont envahi son sol?

Comment donc imaginer que le peuple le plus civilisé et le plus original de la Babylonie ait entraîné dans sa perte les noms géographiques des lieux qu'il habitait, et des villes qu'il avait créées, tandis que les noms propres d'origine sémitique sont restés jusqu'à ce jour? Citez ^ je vous prie^ un seul nom de montagne^ de fleuve ou de ville qui soit dû à cette langue singulière que voutS appelez touranienne.

Je me contente pour le moment de demander une explication nette sur ces deux points fort simples et d'une nature

ethnographique ; ce n'est pas ici que le c6té linguistique de la question peut être élucidé.

Mais j'avoue que j'ai déjà quelques remords d'avoir admis pour un instant la thèse principale de nos savants collègues, savoir le touranisme des documents nommés accadiens par les uns, et sumériens par les autres.

Je les ai toujours regardés comme des textes assyriens écrits dans un système particulier d'idéograpbisme.

L'excellente étude que M. L. vient de publier sur la grammaire accadienne, ne fait que me fortifier dans mon sentiment ; mais comme je ne veux pas opposer une hypothèse à une autre, je me tiens sur le terrain de l'ethnographie^ et je serais heureux d'obtenir une réponse préliminaire aux questions que j'ai cru nécessaire de leur adresser. »

Ce débat est curieux et plein d'enseignement.

n est hors de doute que les anciennes civilisations assyriennes et babyloniennes ne sont point nées sur le sol même où elles se sont développées.

Tout le monde est d'accord sur ce point.

Mais à la première question qui découle naturellement de cette opinion : quelle est la contrée initiatrice? d'interminables discussions commencent.... Cela dure déjà depuis plusieurs années sans qu'on soit plus près de s'entendre qu'aux premiers jours.

L'un dit : J'appelle Accadiens les peuples d'origine louraniedne qui inventèrent les caractères cunéiformes, et initièreni les Babyloniens dans les premières connaissances de la vie civilisée ; la langue qu'ils parlaient, je la nomme langue accadienne.

Moi, dit un autre, je donne à cette langue le nom de Sumé* rienne, et aux peuples qui la parlaient, celui de Sumériens.

Puis, comme un savant qui se respecte ne peut adopter comme cela des noms imaginés par d'autres^ la langue des

cunéiformes reçoit successivement les noms de kasdo-scytbique, kasdo-sémitique-scythique, kasdéen-chaldéen, et proto-cbaldéen.

On discute gravement sur ce peuple inconnu, bien et dûment baptisé une demi-douzaine de fois; on invente des arguments qu'on proclame irréfutables, à faire pâlir la scolastique et Byzance...» Le public écoute sérieusement, s*imaginant que ces savants lutteurs vont bientôt se mettre d'accord sur un nom définitif !.. quand tout à coup un troisième parti s'avance et donne à plein corps dans le château de cartes si laborieusement édifié...

— Votre nation touranienne n'a jamais existé, dit-il aux autres... Votre opinion n'est pas môme le résultat d'une hypothèse acceptable, car elle est combattue par les plus saines notions que Tethnographie, aidée de l'histoire et de la géographie,a fournies jusqu'à présent surrancienne population des rives de l'Euphrate. Ah I si vous placiez votre peuple touranien imaginaire dans la Susiane^ en Arménie, dans le Caucase, dans une contrée enfin sur laquelle l'histoire du passé serait entièrement muette, vos adversaires n'auraient rien à vous répondre faute d'arguments, vous nageriez dans la linguistique pure, et on ne pourrait pas vous suivre sur ce terrain dangereux plein de vieilles souches et de racines.... Mais je m'en veux d'avoir admis, môme pour un instant, cette thèse impossible de mes iavants collègues,.. Un peuple qui a vécu pendant des milliers d'années dans une contrée, ne dis* paraît pas sans. laisser de nombreuses traces de son existence... Citez, je vous prie, un seul nom de montagne, de fleuve ou de ville qui soit dû à cette langue singulière que vous appelez touranienne. Tous vos documents appelés par les uns accadiens, et par les autres sumériens, sont simplement des textes assyriens écrits dans un système particulier d'idéographisme. . .

Ainsi, Accadiens, Sumériens, Kasdo-scylbiques ; Protochaldéens, Kasdéens, etc. tous ces peuples n'existent que dans rimagination des gens qui les ont inventés, et c'est un savant qui met d'autres savants, sescoU^es, au défi de &ire la preuve de leur existence. i

n est temps que la science oificielle, cette science qui se cantonne dans une idée, se parque dans un système, édifie des civilisations entières sur des textes que chaque savant traduit d'une manière différente, qui invente des peuples fabuleux, et prétend traduire des inscriptions cunéiformes auxquels elle ne comprend rien, qui abandonne les grandes idées générales, philosophiques et historiques qui de tout temps avaient séduit le génie français, pour tomber dans cette lourde et pédantesque philologie allemande, il est temps, disons-nous, que cette science subisse une révolution salutaire.

Eh I laissez donc, messieurs, toutes ces tortures d'imaginar tion que vous vous imposez pour trouver le peuple initiateur de la Babylonie, pour en fabriquer un au besoin.... Cette contrée fut le grand chemin des émigrations indoues ; c'est par là que les fils des Brahmes s'en sont allés en Asie Mineure, en Arabie, en Egypte, en Grèce et dans le Latium^ et ils ont semé avec une telle profusion sur leur passage leurs idées^ leurs traditions, leurs mœurs, leurs lois, qu'il faut bien reconnaître que rinde fut VAlma parens des nations de l'antiquité, comme elle l'est de tous les peuples de l'Europe moderne, si l'on ne veut, ainsi que nous l'avons déjà dit, prétendre que la civilisation indoue avait graduellement emprunté toutes les coutumes, toutes les lois, toutes les croyances des peuples anciens et modernes.

n ne pourrait venir à l'esprit de personne de soutenir une hypothèse, qui serait non-seulement en contradiction flagrante avec l'histoire, la géographie, la philosophie et la linguistique.

LES PREJUGES OiTFICIELS. 89

mais encore avec les plus vulgaires données du sens commun ethnographique.

Comment oser^ par exemple, soutenir que le sanscrit, qui a formé toutes les langues indo-européennes, et qui est Tancôlre immédiat de tous les idiomes de l'Orient, ne soit, au contraire, qu*un composé de toutes ces langues?.... L'absurdité de cette proposition serait telle, que nul n'a encore pris sur lui de dénoncer.

En général, la maternité de l'Inde n'est point repoussée par les savants officiels, mais, tout en l'admettant comme base, thacun ensuite veut soustraire à son influence les sujets particuliers de ses propres études, ce qui fait qu'on arrive aux singulières conclusions suivantes.

Les Grecs. — L'Inde est certainement le berceau de l'humanité, mais c'est la Grèce qui a inspiré sa littérature et sa philosophie.

Les Égyptiens. — L*Inde est certainement le berceau de l'humanité, mais c'est de TÉgypte qu'elle tient ses mythes religieux et son architecture.

Les Chaldéens. — Linde est certainement le berceau de rhuraanité, mais c'est laChaldée qui l'a initiée i l'astronomie, aux sciences occultes et qui lui a donné le zodiaque.

Les Perses. — L'Inde est certainement le berceau de l'humanité, mais elle nous a emprunté le culte du soleil.

Les hébraïsants. — L'Inde est certainement le berceau de l'humanité, mais la révélation mosaïque a accompli une véritable révolution dans ses croyances.

Les savants teintés de christianisme. — L'Inde est certainement le berceau de l'humanité^ mais le christianisme est venu purifier ses doctrines, et Tantique figure de Christna a peu à peu revêtu la figure du Christ.

Enfin les inventeurs du sémitisme, les romanciers de la vie de Jésus, disent d un ton bref et légèrement acerbe : Les

Sémites ont leurs conceptions propres, ils ne doivent rien aux philosophes des bords du Gange. L'Inde a le don d'irriter cette dernière catégorie de savants au delà de toute mesure. C'est qu'bélas ! ils représentent un des groupes d'hommes qui ont le moins fait pour le développement général des idées, et qui puissent le moins prétendre à quelque originalité. Tout le bagage des traditions sémitiques n'est qu'une copie grossière, mal faite^ mal digérée des superstitions que les brahmes avaient abandonnées aux gens de basse caste, aux esclaves, aux parias. Groupées et prises dans leur ensemble, ces diverses opinions, émises par les savants sur l'Inde, ne laissent subsister que la vérité générale : — l'Inde est le berceau de l'humanité, — car chaque affirmation particulière est détruite par celle du voisin.

Il est clair que si chaque savant reconnaît l'influence de rinde sur toutes les civilisations autres que celle dont il a fait sa chose, sa spécialité, il suit de là que, de l'avis de tous, aucune de ces civilisations ne peut se soustraire à l'influence indoue.

Que nos lecteurs nous excusent si nous insistons, mais là est le point capital.

L'Inde a été llnitiatrice,

Et non l'initiée.

Le jour où toute la science, persuadée de celte vérité, fera sur l'Inde et dans VInde le travail accompli depuis dix-huit âècles, sur la Grèce d'abord, sur l'Egypte ensuite... l'humanité sera en mesure de commencer à écrire son histoire.

Il n'y a peut-être pas beaucoup de bonne foi dans les négations du présent. Les savants qui inventent des peuples touraniens, savent très-bien que dans le seul Manou^ il y a plus de véritable science et de philosophie que dans tout ce que le prétendu sémitisme nous a légué... mais ils sont les esclaves d'une route parcourue depuis quinze, vingt, trente

ans peut-être; après avoir, dans la chaire du professeur, dans le journal et dans le livre, assigné telle ou telle origine à rhumanité, telle ou telle distribution ethnographique des races, ils ne peuvent pas venir renverser eux-mêmes leurs théories^ démolir pièce à pièce leur œuvre laborieusement édifiée, qui du reste conserve sa valeur dans Tensemble scien* tifique, ce sont les ouvriers des premiers jours... on a eu besoin d'eux pour avancer... Leur seul tort, qui est le tort de chaque siècle qui marque, comme celui de chaque homme qui s*est distingué, a été de croire qu'ils avaient dit le dernier mot, et qu^ils seraient les lumières de l'avenir comme ils l'avaient été du passé...

Donc, nous n'attendons rien des temps présents. L'Inde devra sa reconstitution aux savants de la génération prochaine.

Nous sommes loin d'être isolé dans la cause que nous soutenons. Bon nombre de philosophes et de naturalistes, par des raisons différentes, ont soupçonné les richesses enfouies dans le passé brahmanique, mais l'heure n'avait pas encore sonné ; il faut, pour exhumer une civilisation aussi colossale, plusieurs siècles d'un courant scientifique sérieux. Les véritables études grecques ne datent que de la Renaissance, et ce l'est que d'hier que nous connaissons l'Egypte.

Écoutez Herder parlant^ diaprés William Jones, de la vieille lerre des brahmes :

c Chacun sait à quelle élévation la poésie a été portée, chez la plupart des peuples de l'Asie méridionale, c'est-^à^dire chez les Indous, Plus elle est ancienne et plus elle a de caractère, de noblesise et de simplicité, qui lui ont mérité le nom de divine. Est-il une pensée brillante^ j'irai même plus loin, est-il seulement une hypothèse ingénieuse qui soit venue à la pensée d'un occidental moderne, et dont on ne puisse retrouver la trace ou le germe dans quelque maxime ou fiction

orientales ? Le commerce de l'Asie est le plus ancien de la terre, et c'est aux Asiatiques qu'on est redevable des découvertes les plus importantes au commerce : on peut en dire autant de Vastronomie jdt de la chronologie. Pourrait^n ne pas être frappé d'étonnement au spectacle de la rapidité avec laquelle se sont multipliés dans le principe tant d'observations et de procédés astronomiques que les peuples les plus anciens de l'Asie peuvent revendiquer sans contredit? Leurs anciens philosophes étaient les philosophes du ciel, les observateurs de la marche silencieuse et progressive du temps, car V esprit de calcul Citait développé chez eux autant que de nos jours. Les brahmes font mentalement des opérations mathématiques fabuleuses; toutes les divisions du temps leur sont familières, depuis la mesure la plus infime jusqu'aux plus grandes révo* lutions des cieux, et bien qu'ils n'aient pas à leur disposition les moyens qu'emploient les Européens, il est rare de les voir commettre une erreur; V antiquité leur a légué les formules qu'ils appliquent aujourd'hui; notre division de l'année est asiatique ; nos caractères arithmétiques et astronomiques sont d'origine indoue.

L'éminent philosophe que nous citons d'autant plus volontiers qu'une nuance de fatalisme naturaliste le sépare plus de nos idées, ce qui exclut tout reproche de partialité pour la thèse que nous soutenons, conclut en plaçant l'asile des premiers hommes c dans ces solitudes ombreuses qu'enferment les montagnes de l'Inde, ce pays si riche en or et en pierres précieuses, si renommé de tout temps à cause de ses trésors. Le fleuve qui l'entoure est le Gange sacré que toute l'Asie regarde comme le fleuve du paradis. lA se trouve le Gihon biblique qui n'est autre que l'Indus. Les Arabes le nomment encore ainsi, et les noms des pays qu'il est censé arroser existent encore chez les Indous... »

Suivant lui, Moïse, qu'il nomme un compilateur récent des

traditions antiques^ aurait puisé h pleines mains dans la légende indoue.

Le naturaliste Pallas, un des savants les plus consciencieux et les plus éiuinents du siôde dernier» était arrivé à cette convictiQp, que le berceau des races humaines ne pouvait se placer ailleurs que dans l'Inde, par ces moUfsque « l'on retrouvait sur les plateaux et dans les plaines tempérées de ce pays tous les animaux domestiques des 4tontrées méridionales et septentrionales, soit privés, soit à l'état sauvage^ ainsi que tous les art>res, plantes et fleurs, qtie Ton rencontre dans toutes les parties du globe. »

La nature elle-même vient en aide à la science pour fixer le véritable point de départ de la tradition humaine.

Si donc les premiers vestiges de la vie se trouvent dans rinde ; su c'est dans ces vastes et fertiles plaines que les civi-* lisations antédiluviennes se sont développées ; à c'est de là que sont partis tous les peuples, si mages, prêtres chaldéens, hiérophantes d'Egypte, et oreros polynésiens sont, comme nous l'avons sufi&samment démontré dans les diverses études indianistes que nous avons déjà publiées ^, les héritiers des brahmes indous;si)e culte de Brahma-Swayambhouva, dans son unité, sa simplicité, sa grandeur primitive, n'a été, suivant l'expression de l'ancien aide de camp du nabab d'Aoude, H. de Jancigny, qu'une vaste formule d'où sont sortis tous les cultes qui se sont depuis partagé les nations ; si tous les philosophes anciens ont été demander aux brahmes, pundits, sannyassis, nirvanys, vanaprasthas, djeînas et dwidjas, de leur enseigner la science de la vie ; si, au dire de Moïse de Ghorène, les sept cent mille volumes de la bibliothèque d'Alexandrie ne furent que des traductions d'ouvrages iudous ; si le roi Hystasp apprit des brahmes les rites purs

1. Bible dans Hnde, — Fils de Dieu, — Chrittna et le Chriit. — Biim toire des Vierges, — Lacroix et C% éditeurs à Paru.

des sacrifices, et les mouvements des astres et de runivers qu'il enseigna ensuite aux mages ; si la Bible n'est qu'une com* pilation récente des traditions nées entre le Gange etl'Indus; si nous sommes, ce que n'osent nier les ennemis les plus acharnés de la tradition brahmanique, des nations indo-européennes ; si nos mœurs, nos usages^ nos coutumes, nos lo's, nos croyances religieuses, nos langages portent encore le sceau ineffaçable de notre origine I... que devient cette accusa* tion tout nouvellement mise à la mode par les philosophes chrétiens des différentes sectes^ sans autres preuves que leur affirmation : c Que les Indous ont été imitateurs et non initiateurs des peuples anciens? »

Bien que cette opinion n'ait aucune chance d'être jamais prise au sérieux dans la science indianiste, malgi:é l'appui qu'elle reçoit tacitement de certains savants officiels^ nous avons pensé qu*il pouvait être utile d'en faire justice une fois de plus au début de ce livre, et de montrer que tout, dans le passé comme dans le présent, proteste contre ces légèretés scientifiques.

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