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CHAPITRE II

ARTINS. — SÉMITES. — TOURANIENS.

Certains philologues, plas ou moins officiels, admettent autant de races d'hommes que de langages dififérents. Pour ne nous occuper que des peuples auxquels nous sommes reliés par des identités de traditions, les peuples de l'Asie ont été di^ visés en Aryens, Sémites et Touraniens. ^

Si ces expressions n'avaient dans la pensée de ceux qui les emploient qu'une valeur de classification philologique destinée à indiquer les variations et les changements apportés par le temps et l'éloignement du berceau commun dans les institutions, les mœurs et le langage des peuples fils de la même terre, nous n'y contredirions en rien. Nous ne troublerions pas non plus dans leur quiétude les inventeurs des Accades, Kasdéens, Proto-Chaldéens et Sumériens. Mais du moment où ces désignations ont la prétention d'indiquer des civilisations d'origines différentes, nous sommes en droit de leur demander leurs titres, de discuter leur valeur.

Nous allons donc examiner ce que furent les civilisations anciennes, que l'on nomme aryenne (indoue), sémitique et tou-^ ranienne, et voir si c'est à juste titre qu'on peut les considérer comme le fruit de trois conceptions initiales différentes, ou s'il

1. Noos ae feeoDnainoDs que deux races : la blanche et la iioire^

n'e3t pas au contraire plus scientifique de leur assigner le même berceau.

En d'autres termes, Aryens, Sémites, Touraniens représentent-ils trois variétés primitives de notre espèce, ou sont-ils trois rameaux du même tronc?

Les partisans de la première opinion, arguant des différences philologiques, qui existent dans le parler de ces peuples, érigent en axiome la proposition suivante :

Deux langues radicalement diverses supposent nécessairement deux variétés primitives de Vorganisation cérébrale propre à notre espèce; donc tous les peuples parlant des langues radicalement diverses appartiennent à des races différentes.

Nous répondons en faveur de la seconde :

Deux langues diverses par les formes du parler ne laisseraient supposer une matière cérébrale différente que dans le cas où, à ces différences purement mécaniques, viendraient se joindre des conceptions intellectuelles d^une nature et d'un ordre différent. Donc toutes les nations qui possèdent des conceptions intellectuelles identiques appartiennent à la même race.

II est certain que la science comparative et raisonnée des langues, en rétablissant l'ensemble des formes le&iques et grammaticales composant le langage primitif de chaque peuple, peut rendre de grands services & Tethnographie, mais ta philologie ne saurait composer à elle seule toute Tethnographie, comme voudraient le faire croire l'allemand Max MuUer et ses disciples.

Quand vous aurez répété pendant des siècles : « Que les racines dans les langues sémitiques exigent trois coi^onnes visibles ou rejetées et que les voyelles qui se pkcent entre ces consonnes ne sont que des modifications grammaticales et ne font point partie de la racine ...»

« Que dans les langues indo-européennes, la racine presque

LES PRÉJUGES OFFIGlELà. 07

tovionn invariable s'entoure de sylkbes étraûgères et que la voyelle, soit seule, soit accompagnée de plusieurs consonnes, peutêtre racine... 1»

Ouând voua nous aurez dit que dans les langues que vous

appelez touraniennes :

t Les mots se forment par Tunlon de deux racines, dont Fane conserve son Indépendance radicale, pendant que l'autre se réduit au rOle de simple désinence... »

Et quand tous aurez conclu arbitrairement qulndo^Kuro* péens, Sémites et Touraniens n'ont entre eux aucune commu** nauté d'origine, par ces motifs que les racines et les mots de leurs langues ne sont pas construits d'après les mêmes règles... pensez-^vous que vous nous aurez enlevé le droit de prouver que les traditions, les mceurs, les coutumes, les lois, les croyances religieuses de ces peuples furent identiques^ que tout ce qui constitua leur vie intellectuelle^ leur civilisation^ en un mot, est issu d*une source unique, et do conclure à notre tour, par des raisons historiques, géographiques, phiiosophl*qnes^ législaOves et religieuses, à cette communauté d'o» rigine que vous repoussez par des raisons philologiques puresl

0& doncavez^vous pris le droit, parce que certains groul^ d'hommes emploient des raolnes (martablêgi et d'autres dôê raeines à fltxUmê^ de prétendra qu'ils sont d*une conforma^ tion cérébrale, d'une origine difléreotes» et de tranchenr d'an seul coup les problèmes les plus graves d'histoire et de pby-*' irtologie?

Si une pareille légèreté de li^iqoe se généralisait dans la science, rien ne serait plus simple que de résoudre les qoes» tiens les plus ardues*

Toutes les branches de l'ethnographie, et non la linguistique seule, ont depuis longtemps fait la preave de notre origine indo^uropéenne*

Eh bien, que répondraient certains philologues, si les naturalistes venaient leur dire :

Les Indous sont bronzés, les Européens sont blancs, donc c'est à tort qu'on nous appelle des nations indo-européennes.

Les linguistes auraient beau répondre : Mais nous parlons des langues qui ont le même génie, nous avons tous des radicaux à flexions, etc.. rien ne saurait empêcher les naturalistes de leur dire : Notre argument sur la couleur de la peau, argument tout physiologique, vaut votre argument sur les racines variables ou invariables, argument tout philologique...

Et si en effet les naturalistes, avant de conclure ainsi, seraient obligés, suivant la véritable méthode scientifique, de prouver que les différences de milieux, de climats, de nourriture, d'habitudes, ne peuvent pas créer des nuances différentesde coloration chez les individus de la même race..., n'est-on pas en droit de dire également aux philologues : Avant d'affirmer, prouvez-nous que des cerveaux huiHains, sortis d'un même moule, ne peuvent pas construire plusieurs langues suivant des forjmes lexiques et grammaticales différentes.

Voilà des^hommes qui pensent de la même manière^ qui, peudant des.sièclesylonteu les mêmes conceptions psychologiques^ dont l'esprit admet les mêmes règles, les mêmes vérités, les mêmes axiomes, qui est frappé identiquement par les mêmes faits... Et vous pensez nous faire admettre, parce que les uns préfixeront et les autres suffixeront leurs ra,cines, parce que les uns auront des verbes d'une formation plus simple que les autres, que cela indique une conformation cérébrale différente. Qu'importe le cri jeté, si la pensée est la même, la forme des amphores si le vieux falerne est du môme cru?

Loin de nous la pensée de diminuer l'importance des services éminents, rendus à notre époque, par les études de linguistique pure^ ce que nous ne voulons pas, c'est que la phi-

lologie sorte du domaine qui lai est propre et de l'étude des rapports des langues entre elles, pour s'ériger en grand ente-* rium historique et ethnographique.

Arriverons-nous jamais à connaître le secret de notre origine? la terre a-t-elle été peuplée successivement par plusieurs races différentes^ tous les hommes et tous les peuples sont-ils au contraire les produits d'un type uniforme, dont les variations doivent être attribuées au climat, à la nourriture, à la vie nomade ou sédentaire, primitive ou civilisée ? Ce sont là autant de problèmes que tous, naturalistes, physiologistes, philosophes, théologiens, historiens, philologues tour à tour^ prétendent résoudre, sans être parvenus jusqu'à ce jour à s'entendre entre eux.

Naturalistes et physiologistes ne voient la plupart du temps que la matière ;

Philosophes et théologiens, que l'esprit;

Historiens, que les faits ;

Philologues, que le$ sons.

La matière et l'esprit forment l'être animé qui pense, veut Bt agit.

Les faits sont la manifestation de l'existence, de la volonté et de l'action, de l'être existant.

Les sons , le langage , sont les formes sensibles de la pensée.

La véritable Genèse de V Humanité ne se fera donc que par la réunion et l'accord des sciences naturelles et physiologiques, philosophiques et théologiques, historiques et philologiques.

Les Germains et leurs disciples ne reconnaissent que des forces physiques dans les évolutions humaines : nous désirons leur montrer la puissance des forces mcMrales.

C'est à ces divers points de vue que nous allons envsner les peuples et les civilisations de l'antiquité que la science of-

fidelle a classés comme émanés do races diSérentes, ayant eu chacune leurs conceptions propres.

Et d'abord, qu'on nous permette de rejeter eea trois noms t

à^AryênSf de Taurani$ni et de SimU$9.

qui, noua le démontrerons bientôt, ne signifient absolument rien à tous les points de vue ethnographiques, pour les remplacer par ceux :

d'Iodous, de Chaldéens et d'Égyptiens»

qui eux«mémes ne tarderont pas à se fondre dans ces deux appellations qui, à notre sens, contiennent tous les peuples de lâ race blanche, issus du même berceau :

Les Indo-Asiatiques et les Indo Européens

LES PRËIUGËS OFFICIELS. 7i

CBAPITBB 111.

ORIGINES P£S TRAPmOIiS GflALDÉENNES DITES SÉMITIQUES»

La thèse que nous soutmioDB ne change pas ; chaque étude nouvelle est la suite logique de celle qui la précède. Nous n'ad mettons dans le monde que deux races ayant des traditions et des aptitudes différentes, la race blanche et la race noire, et nous nous efforçons de réunir dans ces recherches asiatiques et orientales toutes les traditions^ toutes les conceptions primitives de la race blanche qui, selon nous^ sont nées et se sont développées dans le triangle compris entre Tlndus, l'île de Geylan^ le Gange, le Brahmapoutre et les plateaux de FHimalaya. Ces études resteront à l'ordre du jour des sciences orientales, tant que le dernier mot ne sera pas dit sur les anciennes civilisations de l'Inde.

La terre des brahmes a beau invoquer ses vieilles traditions, ses innombrables manuscrits sur t««utes les sciences, dont les auteurs écrivaient des milliers d'années avant que rÉgypte, l'Asie Mineure, la Grèce et le Latium fussent habitables; les inventeurs du sémitisme non-seulement ferment les yeux sur ce merveilleux passé, mais encore insinuent à leurs heures que l'Inde pourrait bien avoir subi l'influence de la Judée... de cette contrée qui fut pendant toute l'antiquité la grande pépinière d'esclaves de TÉgypte et de la Ghaldée.

Que les champions d'Accade et de Sumer continuent à dis-

cuter sur des peuples dont Teiistence est niée par leurs savants collègues^ que les historiens des Sémites continuent à marcher dans le sentier allemand^ et à développer dans leurs cabinets de ces théories hardies qui naviguent en cadence entre le christianisme et la libre pensée. . . Nous pouvons leur prédire que ce siècle n'achèvera pas sa carrière sans que Tl^'stoire de l'humanité soit sortie des bornes étroites où la théologie et la science officielle s'efforcent de Tenlermer.

Toutes les annales, traditions et légendes sémitiques, chaldéennes et touraniennes, qui ont la prétention de régir celles des ' Butres peuples, ne sont — nous allons le démontrer par le détail -* que des annales, des traditions et des légendes indoues, plus ou moins transformées par le temps et llimagination populaire.

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