‹ La genèse de l'idée de tempsChapitre 4 sur 33 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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recherches de genèse, quand elles concernent les notions qu'ils prétendent a priori en tant que lois nécessaires de la représentation même. Nous croyons avec Guyau, contrairement à l'opinion de Kant et même de Spencer, que le temps n'est pas une « forme nécessaire de toute représentation », ni a pHori^ ni a posteriori. En effet, on peut très bien concevoir qu^un animal eût des représentations sans aucune représentation du temps. Il pourrait avoir des affections de plaisir et de douleur uniquement présentes y il pourrait avoir des perceptions spatiales uniquement présentes; il pourrait se figurer tout sous forme d'étendue tangible ou visible sans mémoire proprement dite, en vivant dans un présent continuel sans passé et sansavenir. Que cetanimal se heurte à un objet te se blesse, la vue de Pobjet, en reparaissant, ressuscitera l'image de la douleur, et l'animal fuira sans avoir besoin de concevoir une douleur comme future, ni l'image actuelle de la douleur comme en succession par rapport à une douleur passée. Non seulement on pourrait supprimer chez l'animal toute représentation même confuse de succession, pour le réduire à des coexistences d'images spatiales (non jugées d'ailleurs coexistantes); mais

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encore on pourrait, par hypothèse, supprimer le sentiment même du temps, ramener l'animal à une vie toute statique, non dynamique, à un mécanisme d'images actuelles sans conscience du passage d*un état à l'autre. Plongezle à chaque instant dans le fleuve du Léthé, ou supposez que, soit par un arrêt de développement cérébral, soit par une lésion, cérébrale, l'animal s'oublie sans cesse lui-même à chaque instant; les images continueront de surgir dans sa tête ; il y aura des liens cérébraux entre ces images et certains mouvements par le seul fait que, une première fois, images et mouvements auront coïncidé : l'animal aura donc, à chaque instant, un ensemble de représentations et accomplira un ensemble de mouvements déterminés par des connexions cérébrales, le tout sans la représentation de succession et sans le sentiment de succession. Cet état, quelque hypothétique qu'il soit, doit ressembler à celui des animaux inférieurs. C'est seulement après une évolution plus ou moins longue que l'animal, par un perfectionnement de l'organisme, projette dans le temps passé une partie de ses re-* présentations. Au début, il a dû sentir, imaginer, jouir, souflfrirj réagir et mouvoir en ne

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projetant les objets que dans l'espace, ou, plus simplement, avec des représentations à forme confusément spatiale, car la représentation distincte de l'espace est encore un perfectionnement très ultérieur. Comment donc les kantiens peuvent-ils soutenir qu'on ne peut «se représenter une représentation sans la représentation du temps»?

Même chez Thomme, il y a des cas maladifs où toute notion du temps semble disparue, où l'être agit par vision machinale des choses dans l'espace sans distinction de passé et de présent. Nous pouvons nous en faire une idée, môme à l'état sain : il y a des cas d'absorption profonde dans une pensée ou dans un sentiment, d'extase même où le temps disparaît de la conscience. Nous ne sentons plus la succession de nos états; nous sommes en chaque instant tout entiers à cet instant même, réduits à l'état di esprits momentanés, sans comparaison, sans souvenir, totalement perdus dans notre pensée ou dans notre sentiment. Si on nous fait tout à coup sortir de cette sorte de paralysie portant sur la représentation de la durée, nous sommes incapables de dire s'il s'est écoulé une minute ou une heure : nous sortons comme d'un rêve où, sur

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notre monde intérieur détruit, le temps aurait dormi immobile. La représentation du temps est donc du luxe ; quant à la conscience immédiate du passage d'un état à un autre élat, elle pourrait être réduite à tel point que l'existence interne recommençât à chaque moment, et cela, sans qu'un spectateur du dehors s'en aperçût. Ce serait une série d'éclairs intérieurs dont chacun existerait pour lui seul : la conscience de la continuité aurait disparu. Ce n'est là sans doute qu'une supposition, une sorte d'état-limite : en fait, à l'état normal, Têtre animé se sent passer d'une sensation à l'autre et la représentation de la succession suit de très bonne heure les successions de représentations; mais elle les suit comme leur effet constant; elle ne les précède pas comme leur cause, elle ne les conditionne même pas. La vraie condition est ailleurs.

Elle est daas la réelle existence de la succession et du mouvement hors de nous, et aussi dans notre cerveau. Le cadre a priori du temps est notre crâne.

IL — Pour déblayer en quelque sorte le terrain où doivent se porter les recherches de Guyau, analysons la démonstration kantienne.

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