‹ La genèse de l'idée de tempsChapitre 9 sur 33 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

sation? Si, par impossible, vous videz complètement votre conscience de tout contenu sensitif ou appétitif, vous restera-t-il le temps? — Il ne vous restera absolument rnen. C'est par ce procédé d'exhaustion, précisément, que nous arrivons ou croyons arriver à la conception bâtarde du neanf. L'intuition d'une /orme des sensations prétendue pure n'est ellemême qu'une inlage des sensations à l'état vague et confus. Kant prend le dernier fantôme de l'expérience pour l'intuition d'un objet transcendantal. Nous ne comprenons pas comment, après avoir lui-même si bien démontré qu'on ne peut avoir l'intuition pure de Dieu, de la cause suprême, de la substance suprême, etc., et que « la sensibilité seule fournit des intuitions, » il nous accorde une intuition pure du temps qui ne serait autre que la vision de Saturne en personne.

Kant reconnaît lui-même ce que nous disions tout à l'heure, à savoir que « nous représentons la suite du temps par une ligne qui s'étend à Tinfini et dont les diverses parties constituent une série qui n'a qu*une dimension ; et nous concluons des propriétés de cette ligne à celles du temps, avec cette seule exception que les parties de la première sont simul-

THÉORIE EXPÉRIMENTALE ET THÉORIE KANTIENNE xxv

tanées, tandis que celles du second sont toujours successives.» Mais la conséquence tiréede là, par Kant estinattendue : — «On voitparlà, dit-il, que la représentation du temps est une intuition, puisque toutes ses relations peuvent être exprimées par une intuition extérieure. » La conclusion naturelle serait que le temps est une représentation expérimentale, non une intuition pure, puisque toutes ses relations ne peuvent être exprimées « que par une intuition extérieure, » par des images parlant aux sens ou à l'imagination et empruntées à l'espace.

En réalité, pour Kant, le temps est la forme de ce qu'il appelle « le sens interne, » c'està-dire de « l'intuition de notre état intérieur. *) Il eût dû en conclure que le temps nous est donné, non indépendamment de Texpérience, mais avec l'expérience et par l'expérience de nous-iîiêmes, c'est-à-dire de l'ensemble de nos représentations variables accompagnées d'un ensemble de représentations fixes qui constituent notre moi. Le temps est un abstrait de l'expérience interne.

« Que si je pouvais, conclut Kant, avoir rintuition de moi-même ou d'un autre être indépendamment de cette condition de la sensi-

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