‹ La genèse de l'idée de tempsChapitre 10 sur 33 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

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bilito, les mêmes déterminations que nous nous représentons actuellement comme changement nous donneraient une connaissance où ne se trouverait plus la représentation du temps, et par conséquent aussi du changement. » — Qu'est-ce que Kanten peut savoir? En admettant même que le temps soit une condition sine quâ non de notre conscience^ comment peut-il en conclure que le temps « n'appartient pas aussi aux choses à titre de condition ou de propriété?» Pourquoi serions-nous condamnés à voir des changements dans le temps sans qu'il y en eût? De ce que le temps est un mode de notre expérience, il en résulte qu'il est l'expérience même dans un de ses exercices constants, et il en résulte aussi, notre expérience se trouvant confirmée par la série de ses relations avec les choses, que le temps est une propriété commune de notre conscience et des choses. Le rêve d'éternité intemporelle, fait par Kant, est une simple idée dont rien ne peut garantir la valeur.

Toute cette démonstration kantienne en deux pages est donc une série d'observations incomplètes etde conclusions précipitées. C'est de la psychologie faite non sur le vif, mais sur des concepts abstraits, tels qu'ils existent chez

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rhomme adulte et civilisé. La terminologie scolastique des intuitions pures, des représentations a priori j des formes pures rempldice par des symboles les observations etraisonnemen ts.

On pourrait appliquer à Vintensité une série d'arguments analogues à ceux de Kant, soutenir que nous ne pouvons nous représenter une sensation ou état quelconque de conscience sans une certaine intensité, que, par conséquent l'intensité est une forme pure de la sensibilité, un objet d'intuition pure et a priori^ auquel nous mesurons toutes choses. On pourrait prétendre que toutes les intensités peuvent être conçues comme des degrés d'une même intensité, variant seulement de quoliléSy de lieux et de temps; qu'il n'y a pas cent conceptions possibles de l'intensité, mais une série croissante ou décroissante d'intensités applicables à des objets divers, comme la succession et comme la position. On en conclurait que c'est par une intuition a priori qu'on juge l'intensité d'un coup de poing.

Il y a de plus une grande obscurité et une grande incohérence dans la théorie kantienne. Le temps est d'abord une intuition pure, et ensuite il se trouve que c'est la plus constante des intuitions sensibles, toujours représentée à

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rimagination en termes « d'intuition extérieicren, et enfin, c'est une intuition du sens interne. Le temps est d'abord une intuition d* objet, puis il se trouve que cet objet n'existe pas, que c'est simplement notre manière constante de sentir dont nous avons la conscience. Bien plus, si nous apercevions les choses en elles-mêmes, Kant nous apprend (comme s'il y était allé voir) que le temps s'évanouirait; ce prétendu objet pur d'une intuition pure finit donc par êlre une ombre, une illusion de la caverne. Et cependant, le monde des choses réelles a la complaisance de venir se ranger dans ce cadre de notre sensibilité; les éclipses prédites par les astronomes arrivent à point nommé, comme si le temps était un rapport objectif des choses. Comment donc a lieu cette harmonie entre notre sensibilité et les choses réelles? Dire que nous imposons nos formes à l'Univers n'avance à rien, car rien n'oblige la matière de l'Univers à se mouler si docilement sur nos formes, ni le soleil à s'éclipser pour faire honneur aux formes de notre sensibilité, ni notre corps à mourir et à se décomposer selon les prévisions de la science, uniquement pour se conformer à notre intuition du temps.

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IIL — Les disciples contemporains de Kant, renonçante l'intuition pure, se contentent, avec plus de modestie, de poser le temps comme simple aloi de la représentation » . Ils n'en appellent pas moins l'espace etle temps, «les forteresses imprenables de l'apriorisme » , etils prétendent que les partisans de la genèse expérimentale veulent « tout ramener à l'expérience sans aucunes lois pour la régir, et dès lors sans possibilité pour la constituer elle-même et pour la comprendre *. » — Mais où voit-on que les partisans de Texpérience^ par exemple Guyau^ considèrent l'expérience comme n'étant soumise à aucune loi? Et en quoi l'existence d'une loi expérimentale prouve-t-elle l'existence d'une forme a priori?

C'est une loi que, si je regarde une croix rouge, j'éprouverai la sensation du rouge, et que, si je reporte les yeux sur du blanc, une teinte verte remplacera le rouge; en faut-il conclure que les formes du blanc, du rouge, du vert et de leurs combinaisons soient a priori, sous prétexte qu'elles tiennent à la constitution cérébrale ? Les lois qui nous font éprouver telle sensation

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