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LES ILLUSIONS DU TEMPS NORMALES ET PATHOLOGIQUES

i. Voir le second appendice.

L'estimation de la durée n'étant qu'un phé-nomèned'optigue intérieure, une perspective d'images, ne peuï pas' ne pas offrir un caractère~d'essentielle relativité. Elle est relative, en effet : 1*» à Vintensité des images représentées; 2'' à rintensité des différences entre ces images ; 3** au nombre de ces images et au nombre de leurs différences ; 4° à la vitesse de succession de ces images ; 5° aux relations mutuelles entre ces images, entre leurs intensités, entre leurs ressemblances ou leurs différences, entre leurs durées diverses, et enfin entre leurs positions dans le temps; 6° au temps nécessaire pour la conception de ces

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images et de leurs rapports; 7*^ à l'intensité I de notre attention à ces images ou aux émotions de plaisir et de peine qui accompagnent ces images; 9° aux appétits, désirs ou affections, ^qui accompagnent ces images; 10^ au rapport de ces images avec notre attente, avec notre prévision.

On voit combien sont nombreux les rapports de représentation, d'émotion et de volition qui influent sur le sentiment de la durée.

Nous ne saurions donc admettre les lois trop simples qui ont été proposées et qui, selon nous, expriment seulement un des aspects de la question. Ainsi Romanes, dans ses recherches sur la conscience du temps, ditque, outre le nombre des états de conscience, le facteur additionnel qui agit pour allonger ou raccourcir le temps est « le rapport des états de conscience à leur propre succession » . Dans les expériences où il faut noter la seconde, le temps paraît relativement long ; c'est, selon Romanes, que, dans ce cas, l'attention est concentrée tout entière sur la production d'une seule et unique série de changements, telle que les battements du chronomètre; ces changements forment donc, à ce moment, le contenu total de la conscience ; dès lors, tous leurs rapports de succession sont imprimés

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neltement dans la mémoire, qu'ils remplissent. 11 résulte de ce grand nombre d'impressions nettes que la série donne l'impression d'une plus grande longueur.

Tout le monde a remarqué la déformation des objets dans le souvenir. On les voit généralement plus grands ou plus petits, plus agréables ou plus douloureux, plus beaux ou plus laids, etc. D'ordinaire, le temps est la grande estompe des choses, qui efface ou adoucit les contours. Cette déformation s'explique par la lutte pour la vie ; parmi les traces restantes, celles qui sont les plus profondes sont les plus vivaces. Aussi le caractère qui, dans un objet, nous a le plus frappé tend à effacer tous les autres : l'ombre se fait autour de lui, et lui seul apparaît dans la lumière intérieure. Quand je revois la rue où j'ai joué dans mon enfance, et qui me paraissait alors si large, si longue, je la trouve toute petite , et j'en suis étonné. C'est que, dans mon enfance, toutes mes impressions étaient intenses , étaient neuves et fraîches. L'impression causée par les dimensions de la rue était donc vive. Quand je revois plus tard la rue par le souvenir, l'intensité de mes impressions subjectives se transporte à l'objet même et se transforme en grandeur spatiale, précisément parce que, dans

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la mémoire , tout tend à prendre la forme spatiale, même la durée.

Les exemples les plus frappants d'erreurs qu'engendre la vivacité de l'image, laquelle a pour effet de détacher l'événement de la série des points de repère dont nous avons jalonné le passé, nous sont fournis, selon James Sully, par les événements publics qui dépassent le cercle étroit de notre vie personnelle et qui ne se rattachent pas, selon le cours naturel des choses, à des points localisés d'une façon bien définie dans le temps. Ces événements peuvent nous émouvoir et nous absorber sur le moment même; mais, dans bien des cas, ils quittent l'esprit aussi vite qu'ils y sont entrés. Nous n'avons aucune occasion d'y revenir; et si par hasard on nous les rappelle ensuite, on peut être à peu près sûr qu'ils nous paraîtront trop rapprochés, dans le temps, justement parce que l'intérêt qu'ils ont excité a donné à leurs images une vivacité particulière. James Sully cite un exemple curieux d'illusion de ce genre fourni, il n'y a pas longtemps, par le cas des détectives dont les journaux rappelèrent le procès et la condamnation à propos de l'expiration de leur peine (trois ans de travaux forcés). « La nouvelle que trois années entières s'étaient écoulées depuis

ce procès bien connu m'étonna beaucoup et produisit le même effet sur beaucoup de mes amis; nous fûmes tous d'avis que l'événement ne nous paraissait pas éloigné de plus d'un tiers de sa distance réelle. Plus d'un journal parla alors de cette brièveté apparente du temps écoulé, et ceci montre clairement qu'il y avait à l'œuvre une certaine cause qui produisait une illusion générale. » La distance apparente d'un événement qui n'est pas nettement localisé dans le passé varie en raison inverse de la vivacité de l'image mnémonique ; toute concentration consciente de l'esprit sur un souvenir tendra donc à le rapprocher. C'est, dit James Sully, comme lorsqu'on regarde un objet éloigné à travers une lorgnette : la brume disparaît , des détails nouveaux surgissent, jusqu'à ce que nous en venions presque à nous figurer que l'objet est

à notre portée.

Dans les cas où l'esprit, sous rinfiuence d'une disposition maladive à nourrir une passion, s'habitue à revenir sans cesse sur quelque circonstance pénible, cette illusion niomentanée peut devenir périodique et conduire à une confusion partielle des expériences lointaines et des expériences toutes voisines. Une offense dont on a longtemps entretenu le sou-

venir fait à la fin l'effet de quelque chose qm avancerait à mesure que nous avançons; elle se présente toujours à notre niémoire comme un événement tout récent. Dans les étals d'aliénation mentale amenés par quelque grande secousse, nous voyons cette tendance à ressusciter le passé enseveli se développer librement : «les événements éloignés, les circonstances lointaines viendront se confondre avec les faits présents »*.

Une autre cause d'erreur dans notre appréciation de la durée, c'est que nous sommes portés à combiner le temps exige par la représentation d'un événement avec le temps réel qu'a duré l'événement. Dans les expériences psychophysiques, si on me demande la durée de battements courts du métromone, je la fais trop grande. C'est que j'ajoute inconsciemment le temps qu'il me faut pour me représenter et apprécier le battement à la durée objective du battement môme, qui ainsi me paraît accrue. Au contraire, si les battements sont très lents, je tends à les faire plus courts qu'ils ne sont: la représentation est alors plus rapide que le battement même, et je tends à confondre la vitesse subjective avec la vitesse objective,

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