James SuUy, Ibid
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comme je tendais, tout à l'heure, à confondre la lenteur subjective avec une lenteur objective. Le danseur à qui on veut faire suivre un rythme trop rapide est haletant et reste en arrière ; celui qu'on veut faire aller trop lentement demeure le pied en l'air, porté à presser le mouvement. L'effort, plus ou moins bref et rapide, joue donc un rôle considérable dans notre idée du temps. C'est par l'effort et le / désir que nous avons fait connaissance avec] le temps; nous gardons l'habitude d'estimer le temps selon nos désirs, nos efforts, notre volonté propre. Nous altérons sa longueur par notre impatience et notre précipitation, comme nous altérons sa rapidité par notre lent effort pour nous la représenter.
L'estimation de la durée dans le passé dépend de la durée que nous paraît avoir l'opération reproductive elle-même, l'effort pour se souvenir des divers événements. Ainsi, quand tous les événements se tiennent et se ressemblent, l'effort d'attention nécessaire — au rappel des souvenirs ^'adapte immédiatement à chacune des images successives, comme le remarque Wundt, et la série, facilement parcourue, semble moins longue; au contraire,/^' si les événements sont discontinus, sans lien,^ ^ ou très divers et dissemblables, l'effort de
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reproduction demande plus de temps et la série des événements paraît elle-même plus longue. Il en est ici comme dans le cas de deux lignes horizontales également longues, mais dont la seconde est hachée de traits verticaux qui la coupent : la seconde paraît plus longue; c'est que l'œil en la parcourant est arrêté par les divers traits et, le mouvement du regard étant ainsi ralenti, la ligne acquiert un surplus illusoire de longueur. Des phénomènes d'optique analogues se produisent pour le temps. Mais c'est là un des éléments d'explication, non le tout.
Dans les expériences psycho-physiques sur l'appréciation de la durée des battements chronométriques, on remarque que le point où l'intervalle de temps apprécié est, en moyenne, égal à l'intervalle de temps réel et le reproduit fidèlement, est autour de 0,72 de seconde ; or, c'est aussi la valeur moyenne de la durée nécessaire en général pour la reproduction par la mémoire ou représentation. Une vitesse de 3/4 de seconde environ est donc celle où les processus de reproduction et d'association s'accomplissent le plus facilement. De là Wundt conclut que, quand nous .^ avons à nous représenter des temps objectifs plus longs ou plus courts, nous essayons invo-
lontairement de les rendre égaux à cette vi- ; tesse normale de notre représentation, tout au moins à les en rapprocher. C'est une des raisons qui expliquent que nous raccourcissons les battements plus lents que trois quarts de seconde, et que nous rallongeons les battements plus courts. Là encore, c'est une raison de désir et de bien-être qui domine notre représentation du temps. Mais il y a un fait plus curieux encore, que Wundt remarque. C'est que ce même chiffre de 3/4 de seconde est aussi celui qu'emploie la jambe pour faire un pas dans une marche rapide. C'est donc, au fond, ajouterons-nous, à la durée du pas dans l'espace que nous mesurons le temps. Il est probable que c'est le pas qui a été notre première mesure pour l'espace et, par cela même, pour le temps. A Forigine, la forme la plus, générale du temps était la série d'images que l'on a quand on fait une série de mouvements de locomotion, une série de pas. On voit alors les objets se déplacer à droite et à gauche, et si on revient en arrière, on les retrouve. Les trois dimensions de l'espace et la dimension unique du temps s'organisent ainsi d'ellesmêmes dans l'imagination. Aujourd'hui encore nous rythmons sur notre pas la vitesse de notre représentation, et, par une tendance naturelle,
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nous voulons adapter le pas du temps au pas de notre pensée et au pas de nos jambes*.
Stevens a trouvé des résultats opposés à ceux de Vierord*, de Mach^, de Kollert*, d'EsteP, de Mehner^ Selon Stevens, nous raccourcissons encore les temps courts et nous rallongeons encore les temps longs. Dans les expériences de Stevens le <c point d'exactitude », c'est-à-dire de reproduction fidèle, est d'ailleurs le même que pour les autres expérimentateurs. Mais il faut remarquer que les conditions de Texpérimentation ne sont pas les mêmes. Vierord et ses successeurs faisaient une comparaison de deux intervalles de temps, et le processus était purement mental, Stevens s'attache à un intervalle de temps et fait reproduire le même intervalle. Il en résulte l'intervention d'éléments tout nouveaux et de causes perturbatrices, comme Stevens luimême le reconnaît : exercice de la volonté, impulsion motrice, transmission le long des nerfs efférents, enfin période latente de la contrac-
1. Ajoutons qu'en musique un mouvement de 0,72 constitue un bon andante qui ne va ni trop lentement ni trop vite, mais d'unQ marche naturelle.