LevYCS, Ptoblems of life and mîncl, 3» série
que chose qui ressemble à une première expérience.
Si cette explication peut suffire pour des cas très simples, en voici d'autres où M. Ribot reconnaît qu'elle n'est guère admissible. Un malade, dit Sander, apprenant la mort d'une i;ersonnc qu'il connaissait, fut saisi d'une terreur indéfinissable, parce qu'il lui sembla qu'il avait déjà ressenti cette impression. « Je sentais que déjà auparavant, étant couché ici, dans ce même lit, X. était venu et m'avait dit : « Millier est mort » . Je répondis : « Ce MuUer est mort il y a quelque temps, il n'a pu mourir deux fois » . Le D' Arnold Pick rapporte un cas de fausse mémoire complet présenté sous une forme presque chronique. Un homme instruit, raisonnant assez bien sur sa maladie, et qui en a donné une description écrite, fut pris, vers l'âge de trente-deux ans, d'un état mental particuHer. S'il assistait à une fête, s'il visitait quelque endroit, s'il faisait quelque rencontre, cet événement, avec toutes ses circonstances, lui paraissait si familier qu'il se sentait sûr d'avoir déjà éprouvé les mêmes impressions, étant entouré précisément des mêmes personnes ou des mêmes objets, avec le même ciel, le même temps, etc. Faisait-il quelque nouveau travail, il lui sem-
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blait ravoir déjà fait et dans les mômes conditions. Ce sentiment se produisait parfois le jour même , au bout de quelques minutes ou de quelques heures, parfois le jour suivant, mais avec une parfaite clarté. La difficulté, dit M. Ribot, est de savoir pourquoi cette image qui naît une minute, une heure, un jour après Tétat réel, donne à celui-ci le caractère d'une répétition. 11 y a bien, en effet, une inversion du temps. M. Ribot propose Texplication suivante : l'image ainsi formée est très intense, de nature hallucinatoire; elle s'impose comme une réalité, parce que rien ne rectifie cette illusion. Par suite, l'impression réelle se trouve rejetée au second plan, avec le caractère effacé des souvenirs; elle est localisée dans le passé, à tort, si l'on considère les faits objectivement; avec raison, si on les considère subjectivement. Cet état hallucinatoire, en effet, quoique très vif, n'efface pas l'impression réelle; mais comme il s'en détache , comme il a été produit par elle après coup, il doit apparaître comme une seconde expérience. Il prend la place de l'impression réelle, il paraît le plus récent, et il Test en fait. Pour nous qui jugeons du dehors et d'après ce qui s'est passé extérieurement, il est faux que l'impression ait été reçue
deux fois. Pour le malade, qui juge d'après les données de sa conscience , il est vrai que l'impression a été reçue deux fois, et, dans ces limites, son affirmation est incontestable. En d'autres termes, selon M. Ribot, le mécanisme de la mémoire « fonctionne à rebours » : on prend l'image vive du souvenir pour la sensation réelle, et la sensation réelle, déjà affaiblie, pour un souvenir. Nous croyons plutôt, avec M. Fouillée \ qu'il y a là « un phénomène maladif d'écho et de répétition intérieure », analogue à celui qui a lieu dans le souvenir véritable : « Toutes les sensations nouvelles se trouvent avoir un retentissement et sont ainsi associées à des images consécutives qui les répètent ; par une sorte de mirage, ces représentations consécutives sont projetées dans le passé. C'est une diplopie dans le temps. Quand on voit double dans l'espace, c'est que les deux images ne se superposent pas; de même, quand on voit double dans le temps, c'est qu'il y a dans les centres cérébraux un manque de synergie et de simultanéité , grâce auquel les ondulations similaires ne se fondent pas entièrement; il en résulte dans la conscience une image double; l'une
1. Études sur /a mémoire publiées par la Revue des deux mondes.
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vive, l'autre ayant Taffaiblissement du souvenir; le stéréoscope intérieur se trouvant dérangé, les deux images ne se confondent plus, de manière à ne former qu'un objet. Au reste, toute explication complète est impossible dans l'état actuel de la science, mais ces cas maladifs nous font comprendre que l'apparence du familier et du connu tient à un certain sen//'ment aussi indéfinissable que l'impression du bleu ou du rouge, et qu'on peut considérer comme un sentiment de répétition ou de duplication. » M. James Sully dit qu'il possède lui-même le pouvoir, quand il considère un objet nouveau, de se le représenter comme familier. C'est sans dpute qu^il y a dans son esprit répétition, résurrection vague d'objets semblables à celui qui est actuellement perçu. Ce mécanisme même explique, selon M. Fouillée, pourquoi on peut se souvenir sans reconnaître qu'on se souvient et en éprouvant le sentiment de la nouveauté; «c'est qu'alors la duplicité normale des images est abolie et on n'en voit qu'une quand il en faudrait voir deux. C'est l'inverse des cas de fausse mémoire, oîi l'unité normale des images est abolie au profit d'une duplicité anormale. Parfois enfin le sentiment de familiarité et de reconnaissance produit par une imprcs-
sion nouvelle vient de ce que nous avons rêm des choses analogues '. »
Dernier problème. Notre représentation du temps demeure-t-elle discrète, ou devient-elle tout à tait continue? - Kant nous gratifie du premier coup de la notion du temps continu et même infini, qu'il appelle une «quantité infinie donnée ». C'est trop de ge-J^J^t^; L'esprit, dans sa représentation du temps comme dans toutes les autres et notamment dans celle de l'espace, va d'abord par bonds, sautant à cloche-pied sur les intermédiaires, quTn'aperçoit pas. Ce sont des fragments de temps comme des fragments d'espace, avec des interruptions apparentes, des lacunes, clst seulement à la fin, par la répétition des expériences, que ces lacunes vont diminuant et parviennent à un point d'évanouissement, conséquemment de fusion entre les divers Ircelx de durée perçue. On a comparé ce phénomène à ce qui se passe dans la roue de Savart, lorsque les battements d abord séparés finissent par se rejoindre avec la vitesse croissante de la roue et donnent amsi