‹ La genèse de l'idée de temps [microform]Chapitre 28 sur 28 · L'AVENIR · texte numérisé non relu

L'AVENIR

Un matin, je partis, seul, pour gravir un mont,

La nuit voilait encor la montagne sereine,

Mais on sentait venir le jour; pour prendre haleine,

le retournai la tête ; un gouffre si profond

Se creusa sous mes pieds, dans l'ombre plus limpide.

Qu'une angoisse me prit, et, dompté par l'effroi.

Sentant battre mon cœur au vertige du vide,

Je restais à sonder le gouffre ouvert sous moi.

Enfin, avec effort, je relevai la tête.

Partout le roc à pic pendait comme un mur noir ;

Mais là-haut, tout là-haut, lointain comme l'espoir,

Je vis dans le ciel pur monter le libre faîte.

H semblait tressaillir au soleil matinal ;

Portant à son côté son glacier de cristal,

Il se dressait rougi d'une aurore sublime.

Alors j'oubliai tout, l'âpre roc à gravir^

ISS

La faligue, la nuit, le vertige, Fabîme

Au fond duquel, dormant comme le souvenir,

Un lac vert s'allongeait environné de glace :

D'un élan, sans quitter la montagne des yeux.

Sentant revivre en moi la volonté tenace.

J'escaladai le roc, et je croyais, joyeux,

Voir ma force grandir en approchant des cieux.

Vide profond et sourd qu'en nos cœurs le temps laisse.

Abîme du passé, toi dont la vue oppresse

Et donne le vertige ï qui t'ose sonder,

Je veux, pour retrouver ma force et ma jeunesse,

Loin de toi, le front haut, marcher et regarder!

Jours sombres ou joyeux, jeunes heures fanées,

Evanouissez-vous dans l'ombre des années ;

Je ne pleurerai plus en vous voyant flétrir,

Et, laissant le passé fuir sous moi comme un rêve,

J'irai vers l'inconnu séduisant qui se lève.

Vers ce vague idéal qui point dans l'avenir.

Cime vierge et que rien d'humain n'a pu ternir.

Je suivrai mon chemin, marchant où me convie

Ma vision lointaine, erreur ou vérité :

Tout ce que l'aube éclaire encore, a la beauté;

L'avenir fait pour moi tout le prix de la vie.

Me semble-t-il si doux parce qu'il est très loin?

Et lorsque je croirai, lumineuse espérance.

Te toucher de la main, ne te verrai-je point

Tomber et tout à coup te changer en souffrance?

Je ne sais... C'est encor de quelque souvenir

DEUXIÈME APPENDICE

Que me vient cette crainte en mon cœur renaissante; Quelque déception d'autrefois m'épouvante. Et d'après mon passé je ju^ej'avenir.

Oublions et marchons. L'homme, sur cette terre. S'il n'oubliait jamais, pourrait-il espérer? J'aime à sentir sur moi cet éternel mystère, — L'avenir, — et sans peur je veux y pénétrer : Le bonheur le plus doux est celui qu'on espère.

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