‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 15 sur 60 · ROSES · texte numérisé non relu

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thiste, du grenat, du saphir, de la topaze, de l'émeraude, du rubis, du diamant et des autres pierres précieuses de cette classe ne diffère point essentiellement de la formation du cristal... elles ont ceci de commun avec lui qu’elles ne se forment point aujourd'hui quoiqu'en aient dit quelques voyageurs sur les rapports des mineurs peu instruits en cette matière. » Mème raisonnement à propos des cristallisations parallélipipèdes du gypse et du tale, rhomboïdales du cristal d'Islande, qui n’ont pas besoin d'une discussion particulière, puisqu'elles ne diffèrent de celles du cristal que par la nature et la configuration de leurs particules.

Si la plupart des pierres cristallines proviennent de la création même du globe, quelques-unes d’entre elles se forment aujourd’hui à la suite d’une nouvelle trituration des particules qui les composent ; le stalactite que le « vulgaire croit être de l’eau changée en pierre » est dans ce cas, et l’on peut observer en examinant attentivement les parois de certaines cavernes-la manière dont il prend naïssance. « Je remarquai, dit Bourguet, que l’eau qui coule lentement par diverses fentes du roc, s'arrête pendant quelque temps en forme de gouttes au haut d’une espèce de voûte formée par les bancs du rocher. Là de petites molécules cristallines que l’eau entraîne en passant à travers les bancs se lient par leur côtés, pendant que la goutte demeure suspendue et y forme de petits tuyaux à mesure que l'air s'échappe par la partie inférieure de la petite bulle qu'il formait dans la goutte d’eau. Ces tuyaux s’allongent peu à peu en grossissant, par une accession çontinuelle de nouvelles matières, puis ils se remplissent, de sorte que les cylindres qui en résultent sont ordinairement arrondis vers le bout d’en bas, tandis qu’ils sont encore suspendus au rocher. Mais dès qu'ils s’unissent avec les particules cristallines, qui, tombant plus vite, forment un sédiment à plusieurs couches, au bas de la grotte, ils ressemblent alors à des arbres qui du bas s'élèvent jusqu’au comble de la voûte. »

Les citations précédentes donnent un exemple saisissant de la méthode suivant laquelle Bourguet étudiait un objet particulier. Ainsi que l’avait fait autrefois Sténon, il joint à la description de chaque cristal un historique de ce cristal; il lui semble impossible d'avoir la connaissance complète d’un corps s’il ignore dans quel milieu ce corps a pris naissance, et comment il s’en est séparé; nous devons donc reconstituer mentalement puisque l'expérience est impossible, la série des transformations naturelles qui a abouti à l'existence des « pierres angulaires ». Et en effet les lettres de Bourguet nous font assister à la formation des bancs de terres de toutes sortes dans lesquelles nous découvrons les divers cristaux.

Considéré à ce point de vue, Bourguet est un continuateur de Sténon, un adepte du mécanisme cartésien; ceci est vrai dans les grandes lignes ; mais en y regardant de près, nous démêlerons dans son œuvre les autres influences qui ont agi sur la pensée scientifique, et qui ont élargi la méthode au point de faire craquer Le cadre que Descartes avait imposé aux méditations hÜmaines ;.. influences matérielles d'abord ; la découverte du microscope et l'emploi qu'en font les savants, attire l'attention sur les particules très petites qui par leurs réunions forment les cristaux observables. Leewenhoec tente de déterminer par des observations microscopiques la figure du sel marin, du sucre, des sels, du sable et du cristal de roche. Le nombre infiniment grand de ces particules effraye l'imagination — et puis celles que nous pouvons observer sont peut-être formées d’un nombre immense de molécules plus petites encore ;: où s'arrêtera notre analyse ? Comment notre raison qui n'apertoit que « quelque apparence du milieu des choses » fera-t-elle une synthèse de cet infini insaisissable ? et pourtant la science progresse ! Pour ne pas nous perdre dans la trajectoire immensément compliquée d'un seul de ces atomes, nous raisonnerons sur un groupe de particules identiques, soumises aux mêmes lois; les individualités, si l’on peut s'exprimer ainsi, seront effacées;

nous serons de nouveau maîtres des éléments de notre pensée. Le cinétisme que nous rencontrons à chaque page de Bourguet s’allie d'ailleurs heureusement avec ce qu'il conserve de mécanisme,— il en bouche pour ainsi dire les trous, et sert plutôt à expliquer l'acte de la cristallisation: que la structure des cristaux. :

D'un autre côté lä découverte de « l'attraction universelle » fournit un modèle commode à toutes théories cinétiques. — Les molécules s’attirent comme les astres et par suite les phénomènes naturels tels que la dissolution et la cristallisation sont dus à des réactions de particules. dont l'ensemble reproduirales observations à notre échelle. Ainsi la loi des grands nombres et la loi de Newton se prêtent un mutuel appui; grâce à elles, l'existence du cristal ne présente plus d’obscurité. « Les lois générales du mouvement et la figure des molécules qui composent ces curieuses productions minérales suffisent pour expliquer mécaniquement leur formation. On pourrait réduire ces lois à la seule pesanteur qui est un effet immédiat de la construction systématique du monde. »

Une remarque d'un autre ordre s'impose. Bourguet s'appuie, nous l'avons vu, sur la formation du cristal pour expliquer sa structure, — la quille hexagonale est formée de lames plates et triangulaires qui s’empilent les unes sur les autres ; le quartz semble présenter des analogies avec le gypse biréfringent que La Hire a décrit ; quand les physiciens découvriront la double réfraction du cristal de roche, ils reconstruiront avec des modifications plus ou

moins grandes le système de Bourguet qui aura eu ainsi

une grande influence sur le développement des idées.

8. Barrère (1), de même que Bourguet, et encore plus que ce dernier, s'éloigne du pur mécanisme ; il n’a pas de prétentions philosophiques, et s'attache simplement à décrire « les pierres, qui tant extérieurement qu'intérieurement,

1. Observations sur l’origine el la formation des pierres. Paris, 1746.

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“ont une figure régulière et déterminée » ; ces pierres telles

que le diamant, le cristal de roche, le cristal d'Islande et certains talcs sont très répandus dans la nature ; « elles sont feuilletées où formées de plusieurs feuillets ou lames très déliées suivant lesquelles elles se peuvent fendre aisément ». Les clivages eux-mêmes montrent la structure des cristaux et ont une forme géométrique, rhomboïdes, triangles, parallèlogrammes, carrés ou encore hexagones, — leur figure régulière est constamment la même dans la même espèce de pierre.

Comment ces pierres se sont-elles formées ? Leur analogie, dit « Barrère, avec les cristallisations que l’art opère est si grande que la connaissance des unes doit avec raison faire espérer celles des autres » ; la physique expérimentale et non plus la physique hypothétique et mathématique va projeter ses lumières surles questions d'histoire naturelle !

« Dans les cristallisations artificielles simples et exemptes

de tout mélange, l’on aperçoit sensiblement sur la surface de l’eau où un sel a été dissout, (après avoir cependant laissé reposer la solution), une infinité d’atomes ou petits corpuscules, lesquels observés avec une loupe, m'ont paru être des rhomboïdes dans le vitriol et dans la soude, des carrés dans le sel gemme, dans le sel marin, dans le sucre, des. triangles équilatéraux dans l’alun, des filets triangulaires dans le nitre. Plusieurs de ces petits atomes s’unissant les uns aux autres, forment des molécules sensibles ; les molécules unies avec d'autres molécules en constituant des plus grandes, se précipitent au fond du vaisseau ou se joignent successivement à d’autres molécules du même ordre ; elles forment enfin des corps plus considérables ou cristaux.

« Or un mécanisme tout semblable concourt assez probablement à former les pierres qui sont l’objet de nos recherches. En effet la formation du tale rhomboïde peut être rapportée à la cristallisation du vitriol et de la soude. Le cristal d'Islande, certains tales en parallélipipèdes peu-

vent résulter de petits carrés ou de petits eubes ainsi que . le sel gemme et le sel marin, qui ne diffèrent du tale rhomboïde ou trapézoïde qu’en ce que celui-ci a des angles obtus et aigus, au lieu que ceux du sel gemme et du sel marin sont de 90 degrés. Le cristal de roche,le diamant peuvent cadrer avec la cristallisation du nitre. Ces sortes de pierres ainsi que ce sel affectent pour l’ordinaire une figure hexagone ; or si leurs parties sont elles-mêmes hexagones, et si de plus elles s’assemblent les unes les autres obliquemént ou comme sur un plan ineliné, ainsi qu’on l’aperçoit en examinant leur structure intérieure, il doit en résulter un prisme à six faces, coupé en onglet par les bouts, lequel prisme sera quelquefois en pyramide, si les particules cristallines diminuent proportionnellement par les côtés et continuent à s'arranger dans le même Sels. à . « On ne peut donc s'empêcher de sentir que les figures régulières, constantes, qu’affectent Les pierres dont il s’agit doivent se rapporter à celles de leurs -parties insensibles régulières, comme à leur cause principale, mais que l’arrangement régulier des parties entre elles y ait aussi quelque part. En un mot la formation des pierres à figures, tant extérieurement qu'intérieurement naturelles dans laquelle tout se passe de même que dans la cristallisation artificielle des sels, c’est-à-dire que les parties cristallines nageant dans un liquide, sont déposées dans le sein de la terre, où il se fait une adhésion successive des parties régulières, d’où il résulte nécessairement à la fin un dernier tant de finesse régulière. Plus on examine l’analogie et les rapports sensibles qui règnent entre les cristallisations naturelles et celles que l’art opère, plus on est en droit de se croire jusqu'à un certain point sur la route de la vérité ; plus une manière d'agir de la nature est générale, plus elle est de son génie. Peut-être la nature prèssée par l’opiniâtreté des observations sera-t-elle forcée à découvrir entièrement son secret. »

La méthode préconisée par Barrère, pour découvrir la

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