‹ La Genèse de la Science des CristauxChapitre 14 sur 60 · SEA NES · texte numérisé non relu

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leur procura la condensation des lits mêmes » ; elles sont -donc contemporaines des couches de terre dans lesquelles nous Les découvrons aujourd'hui ; comment se sontelles formées ? « L'eau mêlée d'air qui avait été le véhicule des lits de pierres, s'exprimant de tous côtés à mesure que ses couches prenaient la place qu'elles occupent présentement, et qu'elles achevaient de se condenser, amena une grande quantité de molécules cristallines dont les moins dissoutes se réunirent en traversant les couches et y formèrent des veines; les autres suivirent l’eau et s’introduisirent dans les vides qui se formaient au milieu des - couches mêmes par la variété des efforts environnants. Et c'est dans ces vides que les particules ont fait ces belles cristallisalions attachées en tout sens aux cavernes qui les renferment comme le tartre dans les tonneaux.

« D’autres particules mêlées avec ure quantité de sable extrêment menu, ou de terre fort fine se sont liées autrement et ont formé des cristallisations solitaires qui n’adhèrent nulle part; mais l’agitation du fluide et celle de ces molécules n'étant pas assez déterminée, ni par le mouvement général du fluide, ni par le mouvement particulier des molécules, les productions qui en sont les effets, même les plus parfaites, n’ont pu manquer de porter des marques évidentes de l'irrégqularité de leur origine; et c’est la raison pour laquelle de tous Les cristaux qu'il y ait au monde, il n’y en peut être pas un seul dont les côtés soient

parfaitement égaux quoique leur forme soit toujours l'hexagone. »

Le eristal de roche est tellement répandu dans la nature que c'est en partant de l'étude de ce corps que Bourguet tentera de fixer son opinion particulière sur la forme des particules et le structure des cristaux en général ; il n'aura plus qu'à confronter sa théorie avec l'observation des cristallisations salines pour voir qu'elle peut s'appliquer à tous les cas particuliers !

« Le sentiment général, dit-il, est que les petites particules du cristal de roche ont la même figure que le cris-

tal lui-même. Leewenhoek a prétendu le montrer par ses admirables recherches au microscope ; cependant il s’est trompé, car ces prismes hexagones viennent d’une infinité de triangles équilatéraux d’une petitesse extrême; J'en appelle à tous les curieux... ils verront s’ils veulent s'en donner la peine, à l’œil nu ou avec une loupe, ces petits triangles qui paraissent plus ou moins nettement sur les six côtés du sommet pyramidal des cristaux, et qui, réunis en nombre suffisant, forment les grands triangles dont les bases — que le liquide environnant contraint de s'approcher en rond, produisent l'hexagone même. »

Si une observation superficielle nous montre que le cristal est sans aucun doute l’un des plus admirables fossiles à cause de la régularité ordinaire de sa figure hexagonale, l’examen attentif de sa structure nous surprendra d'avantage; ces petits triangles que nous apercevons sans instrument sont composés d’autres triangles, encore beaucoup plus petits, visibles seulement au microscope.

Cependant à ce point de vue les cristaux sont éminemment variables ; dans quelques spécimens l’on découvre les triangles à l'œil nu, dans d’autres l’on ne discerne rien, même avec une très bonne loupe; ces différences doivent provenir des matières étrangères entrainées entre les molécules du cristal qui mettent parfois son mode de formation en évidence ; au contraire, « la matière du cristal a pu être si pure, les triangles se sont unis avec tant de régularité qu'ils ont formé une belle glace dont la surface est absolument lisse ».

L'auteur n’a pu faire sa découverte et les lecteurs ne pourront donc vérifier ses idées sur la structure générale des cristaux qu'en regardant quelques échantillons particuliers comme ceux que l’on a conservés à la bibliothèque de Genève, où l’on voit sur les morceaux exposés « des tables triangulaires qui se succèdent, l'une à l’autre séparées par une espèce de terre ou de poussière d’un jaune pâle ».

Bourguet tire de sa découverte deux conséquences du même ordre:

« 1° L'origine du cristal n’est pas différente de celle de toutes, les cristallisations sans exception, soit naturelles, soit artificielles.

« 2 L’explication des phénomènes que l’on remarque dans le cristal de roche, conviendra également à tous les corps cristallisés sans aucune exception.

« Ces phénomènes sont au nombre de trois :

« 1° La grosseur de chaque quille est aussi uniforme

que possible depuis la base jusque là où commencent les faces triangulaires.

« 2° Les pièces de cristal sont souvent inférées et quelquefois entrelacées les unes dans les autres.

« 3° Les faces ou tables des pyramides changent leurs côtés avec tant de variété qu'il est rare d’en trouver dont les grands triangles soient égaux. »

Voyons maintenant dans sor ensemble le mécanisme de la formation du quartz; « il nous faut remarquer tout d’abord que les triangles qui composent, ainsi que nous venons de le constater, Le cristal et les autres corps cristallisés peuvent s’unir ou se lier par leurs bases ou par leurs côtés, sans quoi il serait absolument impossible qu'ils puissent jamais composer des masses régulières ». Les obstacles qui s’opposeront au rapprochement des particules empêcheront donc la cristallisation géométrique de se produire ; la place pourra leur manquer et elles ne se mouvront pas librement ; ou encore le liquide cristallosène sera agité violemment et les molécules ne pourront se réunir en masses régulières.

La raison de la variété de grosseur des quilles du cristal attaché au roc provient de la manière dont les petites pyramides qui se sont trouvées séparées en forme de pointes de diamant, hors du rocher, ont rencontré les pointes pyramidales d’autres particules et se sont liées avec elles ; elles ont formé ensemble des prismes dont

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le diamètre est constant dans chaque échantillon particulier ; c'est donc des divers diamètres des pyramides qui servent de base que dépend celui des longues quilles hexagonales.

« Les cristaux terminés par deux pointes sont dus à ce que plusieurs petits triangles se sont réunis par la base opposée ; ils se sont formés dans le liquide avant de tomber au fond ; la quantité de terre ou de sable mêlée à l'eau a aidé à les soutenir pendant le temps de leur formation... ceux qui sont en/relacés en divers sens ont eu leurs bases qui se sont trouvées tournées par celles des pyramides environnantes, et les petits triangles qui sont ensuite survenus ont nécessairement suivi ces différentes directions. »

« La variété que présentent les côtés des pyramides n’est ordinairement sensible que vers l'endroit où finit le cylindre bexagone même ; tandis que les molécules cristallines sont en assez grande abondance, le cylindre se forme avec une régularité à de petites différences près ; mais lorsque là quantité de matière cristalline vient à diminuer, les plans qui ont le plus de largeur en retiennent par cela d'avantage ; et Les triangles se formant là empiètent alors ou sur les deux côtés opposés ou sur un seul ; celui-ci empiète à son tour sur son voisin et ainsi de suite ; cette alternative est quelquefois poussée jusqu'à ce que l’un des triangles disparaisse pour laisser la place aux autres. » IL faut pourtant remarquer que la forme des grands et admirables cristaux n’est presque. Jamais altérée par les circonstances de la cristallisation ; observons de très près.

« Si les particules qui composent le cristal ne s’attachent point aux côtés quelquefois fort unis, bien qu’ordinairement rayés de l'hexagone; si au contraire, elles s’attachent toujours aux plans des triangles des pyramides, c'est que l’eau, l’air, et une matière encore plus subtile qui donne le mouvement aux particules de l’eau passant entre les plans de ses triangles, produit à leur égard les

mêmes effets que le frottement sur la superficie polie des corps électriques ; elle met en mouvement leurs particules et celles de la matière liquide qui les environne ; et ainsi elle les presse, les unit fortement ensemble par une espèce de tourbillons qui fait proprement ce qu'on appelle l'attraction dans ie sentiment de Newton ; les mouvements conspirants chez Leibniz et la pression ou

l'équilibre dans le père Malebranche. »

Ici Bourguet sort de l’histoire naturelle pour entrer dans le domaine des sciences physiques ; il applique aux sels chimiques la théorie que l'observation des cristaux de roche lui a suggérée, et son système a d’autant plus de force que les constatations les plus diverses fournissent des arguments en sa faveur. Il ne faut pas, dit-il, attacher d'importance aux irrégularités accidentelles qui nous empêchent parfois d’apercevoir le plan qu'emploie la nature dans les cristallisations. « Il nous arrive à cet égard ce qui arriverait à un homme qui regarderait une armée du haut d’une montagne ; il verrait en gros un amas plus ou moins régulier, maïs il n’observerait pas les soldats qui la composent ni l’ordre qui y est observé; les corpuscules invisibles et impalpables sont comme dans un éloignement infini pour notre imagination. Cependant dès que leur activité les met dans un certain point, alors, nous pouvons les imaginer, les voir ensuite avec un microscope, et enfin les apercevoir par la simple vue. »

D'autres pierres d’origine ancienne sont analogues au cristal et se forment de la même manière ; ce qui ajoute encore un intérêt à l'explication que fournit Bourguet du phénomène si répandu dans la nature qu'est la cristallisation: « tout ce qu'il a dit jusqu'ici du cristal de roche, convient si fort à toutes Les autres pierres plus ou moins dures, qu’on peut appeler cristallisées, par rapport à leurs figures angulaires et à leur plus ou moins de transparence, et l'application en est si facile qu'ilne paraît pas nécessaire de s’y arrêter. Car la formation de l’hyacinte, de l'amé-

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