Les descripteurs minutieux, les purs minéralogistes
étudiant avec attention les échantillons remarquables que leur rude labeur a arraché à la terre sont eux-mêmes
frappés de la régularité géométrique des pierres dites angulaires ; ils n’attachent pas à la chose une importance exagérée ; et la description des cristaux tient une place très restreinte dans les écrits indigestes, lourds, savants et touffus du célèbre naturaliste Henckel (1).
Les formes de la pyrite l’intéressent un instant pourtant ; on peut. les déduire les unes des autres et à ce propos on remarque « l'avantage que les mathématiques ont sur beaucoup d’autres sciences ». La nature suit souvent des lois géométriques dans le règne minéral : « Si l’on considère les figures et les formes des autres mines et des
1. Mort en 1744. L'édition française de ses œuvres est due au baron d’Hotbach.
pierres, qui selon toutes les apparences ont leurs causes quoiqu'’elles ne nous soient pas encore connues, et si l’on compare à celles de la pyrite, on trouvera que la nature
s'est pareillement plue à parer et à embellir ce minéral ». La cristallisation n’est donc pas une propriété essentielle des minéraux. C’est par une sorte de coquetterie qui ajoute
à leur beauté, qu’ils sont parfois doués d’une forme régulière, admirable.
Les cristaux de roche paraissent moins étonnants à Henckel et il donne une explication toute physique de leur cristallisation. « C’est un moyen par lequel les petites parties solides qui se trouvent atténuées, étendues ou dissoutes dans un fluide se réunissent en corps sec, dur, continu, et par conséquent transparent ou au moins demitransparent, qui affecte toujours une forme géométrique, étant ou cubique, ou prismatique, ou conique, ou disposé en feuillets ».
C'est le moyen que la nature emploie quand les sels se déposent de leurs solutions, ou quand le calcaire prend une figure cristalline dans les petites cavités où il se solidifie.
Ainsi même les auteurs les plus éloignés des travaux de laboratoire croient que la physique expérimentale aidera à résoudre les problèmes soulevés par les cristallisations naturelles ; pour être exact cependant, nous devons remarquer que les minéralogistes qui étudiaient les minéraux et les mines de métaux usuels tels que le fer, le cuivre et le plomb se souciaient peu de déterminer les formes régulières d'échantillons remarquables dignes d'entrer dans les collections de curiosités naturelles : cette préoccupation d’amateur n’intéresse Henckel qu'en passant, à titre de récréation ; il ne s’obstine pas à rechercher les lois de la cristallisation ; il mentionne une fois pour toutes les solides géométriques qui caractérisent les pyrites, puis décrit minutieusement les aspects physiques des corps qu'il est amené à observer. Ce ne sont pas les mineurs qui ont créé la cristallographie ; ils adopteraient
TUE plutôt une classification chimique des minéraux et ne songent pas à les ranger suivant leurs caractères extérieurs ; leur effort que nous n’avons pas à analyser ici n’a pas été négligé par les savants qui ont essayé plus tard de faire une synthèse des faits connus ; nous ne pouvons que les signaler en passant.
10. Vers le milieu du xvur siècle, il devint très à la mode d’avoir en sa possession, un cabinet d'histoire naturelle, contenant nombre de cristaux, de pierres précieuses ou de pierres rares. Beaucoup de savants publient soit dans des revues scientifiques, soit en volumes séparés, leurs idées générales concernant les minéraux ou leurs observations particulières sur un minéral défini (1) l'abbé de Sauvages Francheville, (2) Montesquieu, (3) Pott, (4) Daubenton, (5) Guettard, (6) Gontran de Robien, etc., sont des amateurs consciencieux, qui notent scrupuleusement les différents aspects des pierres cristallisées ; mais leurs travaux ne sont guère systématiques. L'abbé de Sauvages décrit quelques dendrites curieuses. Gontran de Robien note quelques appréciations sur les pyrites et sur les fossiles. Montesquieu examine les cristaux très réguliers observés près de Banière de Bigorre. Guettard étudie isolément les granits. Francheville décrit avec attention le sel marin. Pott est surtout préoccupé par la chimie; il voudrait reconstituer les minéraux les plus complexes par la seule action du feu. Il y a place pour un ou plusieurs traités généraux, et il est clair qu’un tel ouvrage aurait beaucoup de lecteurs.
Cet ouvrage manque encore en France ; le baron d’Holback s’en émeut, et traduit en notre langue, le Traité