Les minéraux, vol. I
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cette cristallisation en rhombes comme de toutes les autres ; aucune ne Sera jamais un caractère spécifique parce que toutes varient pour ainsi dire à l'infini, et que non seulement il n’y a guère de formes de cristallisation qui ne - soient communes à plusieurs substances de natures différentes, mais que réciproquement il y a peu de substances de même nature qui n’offrent différentes formes de cristallisation : témoin la prodigieuse variété de forme de spaths calcaires eux-mêmes,en sorte qu'il serait plus que précaire d'établir des différences ou des ressemblances réelles et essentielles par ce caractère variable et presque accidentel. »
Ce dédain pour la science des cristaux a peut-être des raisons expérimentales ; il fallait être audacieux,en l’absence de toute théorie géométrique définitive, pour prétendre comme Romé de l'Isle que les figurations variées d'un même corps se ramènent les unes aux autres, et peuvent se déduire les unes des autres. Ce sont des conclusions qui semblent dépasser étrangement les observations actuelles. Nous pouvons les croire erronées... mâis ne nous y trompons pas; l'attitude hostile de Buffon à l'égard de la cristallographie est une conséquence directe de ces vues générales sur la formation de la matière. I] s'intéresse à la cristallisation du spath, ou du quartz, comme à un phénomène dynamique dont il faut connaître les différentes phases. La morphologie est peu digne d'être étudiée pour elle-même; si elle jette un jour cependant sur l’histoire de la formation des cristaux, elle vaut la peine pourtant d'être prise en considération ? Comment ont donc pris naissance les calcaires cristallisés, que nous trouvons en si grand nombre? Observons tout d’abord qu'ils ont presque toujours une double ou multiple réfraction particulièrement remarquable (1). Les
1. Sous le titre « Une théorie curieuse de la double réfraction chez Buffon » j'ai essayé de montrer comment ce savant expliquait chimiquement les propriétés optiques des cristaux (Bulletin de la sociélé minéralogique, juin 1914".
rayons lumineux, cela est plus curieux encore, sont déviés plus ou moins selon la direction suivant laquelle ils traversent le cristal. Beccaria, qui a fourni de ces faits une étude très approfondie, en a conclu que les cristaux sont formés de lames superposées présentant à la lumière des discontinuités sensibles. Buffon, qui se souvient de Bourguet, se contente d'établir une théorie lamellaire des eristallisations rendant compte des phénomènes optiques.
Les cristaux ne sont pas homogènes, ils sont formés par une superposition de couches plus ou moins déliées, plus ou moins denses, ayant chacune sa réfraction ; les rayons lumineux s’écartent donc, et cela d'autant plus qu'il existe plus de différences entre les lames successives ! Mais si le cristal est constitué par plusieurs matières chimiques différentes, il ne s’est pas formé en une fois; le spath calcaire, par exemple, est dû à la « stillation de l’eau » qui dépose peu à peu la pierre qu’elle contenait en dissolution ; il se forme, cela est évident, des dépôts variés et successifs. Dans ces conditions nous comprenons que la forme du cristal produit ne puisse pas être constante ; sa composition n'étant pas fixe, le milieu cristallogène étant lui-même variable, le résultat ne saurait s'exprimer par une loi simple.
Tels sont les motifs logiques de l'opposition de Buffon. L'indignation de Romé de l'Isle, qui voit contredire ses: travaux, va être poussée à son comble ! « La partie brillante du Pline français, dit-il, n’est pas la minéralogie. » Que peut-on répondre à Buffon, qui dix ans après l'apparition de l'essai de cristallographie ose encore nier non seulement la science des cristaux, mais même sa possibilité théorique ? Rien évidemment. La vérité ignorant les sarcasmes et la contradiction finit toujours par s'imposer. Aussi le soin de réfuter les arguments judicieux, mais sans portée de Buffon, est-il laissé à l’œuvre de Romé de l'Isle elle-même ! Inutile de perdre son temps à discuter une question que l’observation seule doit résoudre ; chacun publie son œuvre et le public prendra partie pour qui
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il voudra ; ce sera lui seul qui en 1 définitive décidera pour Fun ou pour l'autre,
13. Pendant que ces discussions se poursuivent autour ‘d’un principe, pendant que les savants se voient obligés de prendre un parti, favorable ou opposé à l'égalité des angles dièdres, les minéralogistes s'efforcent de faire progresser leur science, dans toutes les directions à la fois. De Lassone (1) observe patiemment les grès cristallisés de Fontainebleau ; il essaye de préciser leur composition chimique, leur forme, et les rapports entre la composition chimique et la forme cristalline ; « il a remarqué que les cristaux naissent au milieu ie sable très fin, sans qu ils aient contracté aucune adhérence avec le grain de ce sable. » Sans faire de méthodologie, sans étaler de théorie, de Lassone a compris qu'il était impossible d’établir les lois de la cristallisation sans se préoccuper des conditions de la cristallisation ; et avant de décrire les pierres qu'il étudie, il juge nécessaire de donner une idée du terrain dans lequel il les a trouvés.
« Maintenant examinons de plus près les cristaux de grès, nous remarquons que la cristallisation commence toujours par la forme rhomboïdale ; mais il est assez rare que cette forme se conserve bien régulièrement. Parmi les échantillons entièrement isolés que j'ai recueillis, il s’est trouvé quelques rhombes d'une perfection surprenante ; l’art aurait de la peine à rien faire de plus exact. Dans les autres qui le sont moins, on observe que deux, trois et quelquefois quatre rhombes se sont pour ainsi dire pénétrés et confondus et que plusieurs autres ont commencé à s'y réunir. En général la plupart de ces derniers cristaux, dont je parle, offrent dans leurs formes respectives ou dans l’aggrégation des rhombes qui les composent, une sorte de similitude frappante, ou d'arrangement semblable que l'œil aperçoit distinctement mais qu'il est difficile de bien décrire. »