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porte d’une substance à l’autre ? Est-ce au contraire une puissance contenue à l'état potentiel et qui disparaît en se dissipant après avoir été utilisée ? La théorie peu précise,
oscilla constamment de la forme chimique à la forme éner-
sctques Et elle n’adoptera franchement la forme chimique qu'après les succès de Lavoisier, lorsque les recherches concernant les équilibres physiques et chimiques laisseront place à l'étude des propriétés et des discontinuités nettement sensibles qui caractérisent chaque corps défini.
Comme la cristallographie, la chimie passa du stade
explicatif au stade descriptif ; comme la cristallographie, elle se cantonna dans son domaine. Si donc la cristallographie a pu fournir à la chimie l’idée que la fusion et la dissolution sont deux phénomènes similaires, si encore elle à pu inspirer l'analogie élégante du phlogistique ou feu principe et de l'eau de cristallisation, comme l’analogie du feu libre non combiné et de l’eau surabondante à la cristallisation, elle n’eut sur cette der-
- nière science aucune influence durable ; et aucune action
réciproque de la chimie sur la cristallographie n'est à
signaler.
Par une toute autre méthode, l’apothicaire Baumé (1), en simplifiant et en généralisant sa théorie, voulut faire de la cristallisation le modèle et le but de tous les phénomènes naturels. Pour se représenter la genèse et la structure des cristaux, il ne retient que deux points importants. Tout d’abord, dit-il à propos des sels cristallisés, « il est à présumer que la figure des molécules primitives est différente dans les différents sels, mais que les molécules de chaque sel ont constamment la même figure ». Il ne vérifie pas ce qu'il avance, car il sait que le microscope, trompant nos espérances chimériques, ne nous a
jamais fait voir les particules insécables de la matière.
Voici le second point de la théorie : ces particules hypothétiques dont la figuration est spécifique de chaque sel
MorPT72 rchimie, 1777
étant données, elles se réuniront suivant certaines lois
e Q A ? F constantes pour former des cristaux, de même quelles
s'étaient éloignées suivant des principes fixes pour se liquéfier ou pour se dissoudre ! Généralisons cette certitude ; appliquons-la à l'ensemble des corps de la nature, et nous dirons comme Baumé « qu'ils sont nécessairement composés de molécules infiniment petites dont il est difficile de déterminer la figure ; mais qu’il est à présumer que celle des molécules intégrantes varie dans les différents corps comme les éléments varient entre eux. Peut-être y a-t-il des figures élémentaires et qui servent comme d'éléments ou de principes pour donner une figure quelconque à des petits corps qu'on pourrait regarder comme des molécules intégrantes. Quoi qu'il en soit, il est certain que pour le peu qu'on examine les différents corps, on n’en trouve aucun qui ne porte plus ou moins avec lui le caractère d’arrangement symétrique qui suppose une. figure déterminée dans les mollécules primitives dontil est composé et que l'attraction a présidé à leur arrangement. Si dans beaucoup de corps nous ne pouvons pas reconnaître le même ordre, il n’y existe pas moins; les instruments nous manquent pour l’observer ; mais aussi, il y a un grand nombre d'autre corps, tels que les pierres cristallisées, les mines, les pyrites, les demi-métaux, les sels, etc., où cet arrangement symétrique est si marqué qu'il n’est pas nécessaire d'instruments pour le reconnaître ; et ce qui pourrait faire penser que le but de la nature a été de former tous Les corps par cristallisation ; et en effet, ils portent tous ce caractère avec eux ».
Or pour connaître un phénomène aussi constant, les théories quelques générales qu’elles soient, sont insuffisantes et incomplètes; afin d’être maîtres de nos principes il faut que nous les voyions manœuvrer dans un cas particulier choisi au hasard; ils faut qu'ils soient adaptés à l'expérience, qu'ils l’expliquent, qu’ils nous la fassent prévoir; examinons, pour prendre un exemple, la formation des cristaux salins se déposant au sein d’une solution
aqueuse ; nous savons que ces cristaux réguliers sont dus à l'agglomération symétrique de particules très petites et régulières ; il s'agit pour nous uniquement de connaître les lois qui régissent le rapprochement puis le rassemblement des particules. Quelles sont ces lois? Se réduisent-elles comme le veut Baumé à l'attraction et à la répulsion que les molécules exercent les unes sur les autres? Les auteurs (1) ont jusqu’à présent uniquement tenu compte de la force attractive et leurs théories se sont mon- trées insuffisantes ? pourquoi la force répulsive n’existeraitclle pas au même titre ? « Elle doit commencer là où la force attractive cesse » ; elle est opposée à La force attractive comme le signe algébrique moins est opposé au signe plus; — elle nous rendrait peut-être raison des particularités de la naissance des cristaux; — en tous cas les expériences de Baumé semblent préciser son rôle.
« IE a constaté par plusieurs expériences qu’à la faveur de ces deux propriétés, on peut forcer un sel à cristalliser à volonté dans un des côtés du vase. Alors il ne se forme point de cristaux dans les autres côtés de ce même vase. Voici une des expériences que Baumé a faite. Ce chimiste a mis dans une cucurbite de verre une dissolution de sel de Glauber au point de cristallisation, et il à placé à un des côtés du vaisseau une bouteille remplie de sel de Glauber identique ; il a remarqué que quand rien d'étranger ne.s’opnose aux effets qui arrivent, le sel de Glauber de la bouteille agit même au travers du verre sur celui qui est en ,dissolution, il l’attire et loblige à cristalliser de son côté. Cette attraction est si bien marquée qu'il ne se forme que peu ou point de cristaux dans les côtes opposés. M. Baumé a fait les mêmes observations sur plusieurs autres sels ; mais il n’a pu encore faute de temps rassembler un nombre suffisant d'expériences pour constater tous les phénomènes sur lesquels cette décou-
1. Newton dans la question 31 de son optique a le premier parlé de la force répulsive.
verte peut nous éclairer et pour connaitre quels sont Les sels qui ont la propriété de s’attirer et quels sont ceux qui ont celle de se repousser.
Ces expériences, dit le Journal physique, A à être répétées attentivement ; il faudrait en instituer d’autres sur des sels susceptibles de se repousser; peut-être seraient-elles favorables au système de la répulsion, et nous apprendraient-elles à mieux connaître la marche de la cristallisation des sels ; peut-être encore pourraient- elles répondre à une question très importante que Baumé a oublié de poser : « À quelles distances les actions moléculaires se manifestent-elles ? »
Avant que de nouvelles recherches aient pu s'engager dans la voie ouverte par Baumé, le vigoureux bon sens de Lavoisier (1) vint détruire ce système aussi fragile qu'ingénieux ! D'abord le grand chimiste constate que les expériences de Baumé sont exactes; il ne conteste que leur interprétation, à son avis hypothétique et sans valeur. L’attraction et la répulsion sont pour lui des mots vides de sens: il refuse d’expliquer un effet physique constant par ces qualités hypothétiques et inaccessibles à l’expérience. Îl y à un moyen plus simple d'expliquer les faits observés.
Le sel de Glauber cristallisé, affirme Lavoisier, n’attire pas les molécules de sel de Glauber dissous et ne les force pas à cristalliser par sa seule présence au voisinage du cristallisoir ; il n’a d’autre action que de refroidir brusquement le verre avec lequel il est en contact, de refroidir la solution au contact de ce verre et par là de provoquer la cristallisation du sel; la preuve en est que si l’on sait, en prenant différentes précautions, éviter les différences de températures, le sel de Glauber extérieur n’exerce aucune action sur le contenu des bocaux.
Ce résultat acquis, Lavoisier, pour le confirmer, va tenter de garantir un des côtés du vase contre le refroidissement