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CHAPITRE VII

ESSAIS DE FERMENTATIONS AVEC LA CHLOROPHYLLE ET LES PARENCHYMES SANS MATIÈRE VERTE.

S [. — ESSAIS DE FERMENTATIONS ALCOOLIQUES AVEC LA CHLOROPHYLLE DES PLANTES PHANÉROGAMES.

J'ai dit au chapitre [", page 12, qu'en déposant dans du jus de raisins limpide et rendu stérile une certaine quantité de la pulpe de raisins nature, je n’avais pu obtenir de fermentation. Les granulations moléculaires et les corpuscules azotés qui existent dans les cellules du parenchyme interne du grain de raisin ne peuvent donc pas évoluer en ferments dans ces circonstances, el, pour savoir si le terme de leur inertie s'arrête bien là, il faudrait répéter l'expérience en modifiant, au moins, les conditions de milieu ; je ne l'ai point fait jusqu'ici.

La chlorophylleou matière verte respiratrice des plantes

étant appelée à jouer dans la végétation un rôle de premier ordre, il m'a paru curieux de rech2rcher si cette matière vivante, substituée aux ferments, ne pourrait pas, jusqu’à un certain point, modifier sa fonction principale en s’adaptant aux nouvelles conditions qui lui seraient faites.

La solution de ce problème est entourée de difficultés d'autant plus grandes que la chlorophylle n’est pas, à proprement parler, une individualité réagissant pour son propre compte et, quelque moyen que j'aie employé, à quelque plante que je me-sois adressé, il m'a été im— possible, d’ailleurs, de l’isoler sans la modifier toujours profondément. Retirée de la cellule qui lui sert d'habitat, la matière verte des feuilles ou des autres organes dans lesquels on la rencontre, au lieu de conserver sa forme glébuleuse ou elliptique, se désagrège ou se dissout, au contraire, à la facon des masses sarcodiques, et c'en est fait alors de son individualité première. Je ne puis comparer cette propriété des grains de chlorophylle qu'à la désagrégation rapide des globules du sang des animaux, lorsqu'on les place également en dehors de leur centre d'action normale, et, pour les uns comme pour les autres, 1l semble que le moindre traumatisme soit une cause d'arrêt dans leur vitalité. Que la raison de cette diffluence soit une propriété d’osmose purement physique ou qu'elle reconnaisse pour point de départ des réactions plus intimes, ce phénomène met en garde, néanmoins, contre la pensée qu’on pourrait avoir .d’attribuer à la matière verte des plantes une vitalité propre, etc'est pour ce motif qu’en m'adressant à elle, j'ai eu

le soin de la laisser intacte dans la vésicule cellulaire dont elle reçoit la nourriture. J'ai pensé par là pouvoir respecter, pour un certain temps, au moins, ses propriétés physiologiques ; à la place d'ane matière purement organique et morte, j'ai substitué J4 cellule vivante abritant cette matière organique, et si l’activité temporaire de celle-1à peut encore paraître contestable, les expériences que je vais relater doivent être entièrement contestées.

En mettant des feuilles tout entières dans des mélanges s'isceptibles d'entrer en fermentation, comme cela a déjà été fait, il m'eût été impossible, au cas où J'aurais obtenu des résultats positifs, de savoir auxquels des principes renfermés dans ces organes attribuer la part dans là réaction, et j'aurais pu dire simplement que chaque feuille agissait alors, pour tout son tissu collectivement, à la manière d’une seule et même cellule.

Mon but, en recherchant action dé la chlorophylle, était d'agir avec les cellules renfermant presque exclusivement cette matière et, pour éviter toute cause d'erreur, pour mettre de côté principilement l’action simultanée des organismes étrangers, j'ai dû choisir des feuilles dont je pouvais facilement enlever les épidermes, me réservant de prendre immédiatement au-dessous la couchè des cellules chlorophylliennes proprement dites. Je me suis arrangé de manière à dissocier le parenchyme suffisamment pour faciliter l’ensemencement dans mes ballons, mais pas assez, loutefois, pour détrütre la vitalité en laquelle j'avais foi et que je voulais respecter.

Première expérience. — Le 5 février 1875, j'introduis

dans deux ballons renfermant du suc de groseilles un peu du parenchyme sous-épidermique d’une feuille d'echeveria metallica, cultivé en serre chaude. L'épiderme de cette feuille a été d’abord soigneusement lavé, puis les deux membranes épidermiques, supérieure et inférieure, ont été enlevées. Cette dernière opération s'exécute sur cette espèce de feuille avec la plus grande facilité, et l’on peut, avec quelque précaution, obtenir des lambeaux épidermiques aussi larges que la main; les cellules à chlorophylle, mêlées de quelques cellules à pigment rouge, renfermant des raphides, apparaissent immédiatement au-dessous, où elles forment un tissu spongieux d’une désagrégation facile; la réaction du tissu est acide. |

Les deux ballons sont maintenus à l’étuve à la température moyenne de 20° centigrades.

Le premier, le deuxième et le troisième jour, on n'observe aucune apparition étrangère.

Le quatrième jour, un des deux ballons a donné naissance à deux pelites mucédinées poussées au fond du liquide ; ce ballon est laissé de côté.

Dans l’autre ballon, il ne s’est rien fait jusqu'au huiüème jour, époque à laquelle, sans que le liquide ait montré un trouble sensible, il est apparu à sa surface une petite tache mycodermique.

Le 15 février, au soir, un voile continu couvre tout le liquide ; aucun gaz ne se dégage.

Les jours suivants, en plaçant le ballon entre l'œil et la lumière, on peut voir que des lambeaux du mycoderme se détachent des parois à la moindre agitation et

relombent lentement, moitié sur la partie déclive du ballon, moitié au fond, où ils simulent un précipité jaune sale.

Petit à petit, le liquide se trouble, mais, à la fin du mois, il ne s’est dégagé encore aucune bulle gazeuse.

On met fin à l'expérience.

A l'examen microscopique, on note deux productions organisées : celle du voile superficiel formée de cellules bourgeonnantes, ovoïdes, renflées, renfermant un ou deux points nucléolaires, d'un diamètre moitié plus petit que la levûre des brasseurs, et celle du fond, qui ne semble être que les organismes supérieurs retombés plus ou moins inertes; leur contenu est granuleux, opaque, et les formes de certains articles se sont plus ou moins élirées.

A la disullation, traces seulement d'alcool neutre.

La saveur du suc est moins acide, mais sa capacité de saturation pour les bases n’a point été essayée comparativement. Son odeur est presque nulle; sa couleur est d'un rouge tirant sur le jaune. — La densité du liquide, de 1048 qu'elle était originellement, est redescendue à 1039. Le quart du sucre réducteur renfermé dans le sue primitif a disparu.

Deuxième expérience. — Le 1" mai 1876, j'ensemence dans trois ballons renfermant du jus de raisins blancs un peu du parenchyme de feuilles de sedum Seboldir, et je replace les appareils à l’étuve.

Le 4, au matin, un des ballons est porteur d’une petite touffe de mycélium ramifié, baigné dans la masse liquide; un autre, le soir du même jour, à donné lieu

à l'accroissement à sa surface d’un point lenticulaire qui, dès le lendemain, s’est couronné de fruclifications jaunes. Ces deux ballons sont mis au rebut.

Le troisième ballon, intact jusqu’au 7 maï, à midi, se revêt le soir du même jour d’une membrane diaphane. Le 9, à dix heures du matin, la membrane est continue, le liquide est clair, etil n’y a nul échappement gazeux.

Jusqu'à la fin du mois, les phénomènes observés, ae visu, sont identiques à ceux qu'on a remarqués dans la première expérience. Des cristaux gris et nacrés de tartre se sont formés sur les parois.

Deux proto-organismes sont également observés ; ceux du fond simulant les cellules sphériques superficielles, étiolées et granuleuses.

La quantité de glucose est diminuée d’un peu plus du liers ; on n’a rien noté quant à l'acidité; pas d’alcool ; pas d’acide acétique ; odeur légèrement éthérée.

L'atmosphère de l'appareil est constituée par un gaz presque entièrement absorbable par la potasse.

Les deux ballons à moisissures qu’on avait mis en dehors de l'étuve se sont également recouverts d'un voile mycodermique isomorphe avec celui du troisième ballon, et l'accroissement de cette pseudo-membrane s’y est fait indépendamment de l’évolution progressive des autres organismes.

Troisième expérience. — Le 26 mars 1878, j'ensemence dans un matras à fond plat, renfermant 350 gr. de suc de coings, une petite quantité des cellules sousépidermiques désagrégées d’une feuille d'agave americana, et Je place l'appareil à l’étuve.

Le suc de coings employé titre 13,78 pour cent {1} de glucose et 10 c. cubes de ce suc exigent pour se saturer 16,5 divisions (2) d’eau de baryte. Sa densité est égale à 1058.

Le 28, plusieurs flocons de mucédinées se sont développés au fond du matras. — N'ayant à ma disposition que ce seul appareil, et l’expérience m'ayant prouvé que ces moisissures n’engendraient pas de fermentation proprement dite dans les sucs acides qui ont bouilli, pas plus qu'elles ne donnaient naissance à la formation secondaire de membranes mycodermiques, Je laisse, néanmoins, l'expérience se poursuivre.

Le 29, il y a une tache mycodermique à la surface du liquide.

Le 2 avril, le voile superficiel s’est étendu d’une manière générale ; pas de gaz.

Le 18 avril, le voile persiste toujours ; le liquide est relativement clair. On agite le vase pour disloquer la membrane superficielle.

(1) Dans l'essai saccharimétrique des sucs végétaux acides, j’étends toujours les sucs nature de neuf volumes d’eau pour rendre la réaction plus nette et plus sensible.

(2) L'addition des liqueurs alcalines aux sucs de pommes ou de poires leur communiquant toujours une coloration plus ou moins foncée, j'étends la prise que je fais de ces sucs de cinq à six fois son volume d’eau distillée, et je juge du moment où doit arriver la saturation précisément à ce que la coloration jaune verdâtre qui apparaît tout d'abord, — pour ce qui concerne le suc de coings, — puis s'efface tant qu'il reste des acides libres, devient à peu près permanente. L'emploi d'un papier de tournesol trés-sensible permet, d’ailleurs, d'arriver par tâtonnement à un résultat trés-satisfaisant, à un dixième de centimètre cube prés.

Le 20, la membrane disloquée est entièrement reformée. Pendant l'intervalle, il n’y a eu‘ production d'aucun gaz.

Le 29, on débouche le matras.

On distingue trois variétés de productions organisées : celles du voile mycodermique formées exclusivement de toutes petites cellules sphériques, discontinues, d’un diamètre moyen de 0"",002, à nucléus à peine visible ; celles du fond, qui ne sont que la répétition des premières, devenues granuieuses, quelques-unes plus ou moins étirées ; celles, enfin qui proviennent de l’accroissement du mycélium des moisissures entrevues au début et sont formées de tubes ramifiés, cloisonnés, à contenu d’aspect huileux.

En bouchant le matras avec la paume de la main, et le secouant fortement, il se fait une légère poussée gazeuse.

L'odeur du suc a disparu. Sa densité est redescendue à 1045, et il ne renferme plus que 8,92 centièmes de sucre réducteur. Il faut 13,3 divisions d’eau de baryte pour en saturer 10 centimètres cubes.

Le sédiment organisé, recueilli sur un filtre laré, lavé à l’eau disüllée, et séché à 100 degrés, pèse 0 gr. 59.

— De deux tubes à expériences presque entièrement pleins du même suc et bouchés au caoutchouc que j'avais préparés en même temps que le matras, l’un est resté intact et l’autre a donné naissance à sa surface à deux louffes de penicillium à spores bleues. La quantité de sucre réducteur n’a pas varié dans le liquide de ces deux tubes.

AVEC LA CHLOROPHYLLE, ETC. 135 S [l. — Essat DE FERMENTATION LACTIQUE AVEC FA CHLOROPHYLLE D'UNE FEUILLE.

Quatrième expérience. — Fin janvier 1875, je prépare un milieu lactique artificiel à l’aide d’une dissolution de glucose au dixième, additionnée de À pour cent d'extrait aqueux de levüre de bière {1}. Le corps propre à saturer l’acide lactique est l’hydrocarbonate de zinc récemment précipité.

Le 5 février, c'est-à-dire à la date de l’épreuve n° 1, j'ensemence ce milieu avec le parenchyme de la feuille d'echeveria metallica qui m'a déjà servi, et je remets le ballon à l’étuve; température 20°.

Le 23, une seule tache mycodermique diaphane, à reflets irisés, s’est faite à la surface du liquide transparent reposant sur son dépôt.

Les jours suivants, cette tache s'étend péniblement, et, malgré qu’on ait augmenté la température de l’étuve, elle ne subit plus d’aceroissement à partir du 2? mars. Pendant tout ce temps, il ne s’est produit aucune bulle

(1) J'ai préparé cet extrait en faisant digérer à deux reprises différentes, dans l’eau distillée à 75°, de la levûre récente, filtrant le digesté et l’évaporant au bain-marie jusqu'à consistance pilulaire. Le rendement a été de 7 p. cent de levûre supposée sèche.

Cet extrait dont je me suis servi dans quelques expériences inédites se rapproche comme aspect, odeur et saveur, de l'extrait aqueux de seigle ergoté. Comme ce dernier, il fournit un abondant précipité avec l'alcool, il est trés-acide et l’ensemble de ses propriétés, en général, m'a fait penser qu'il jouirait peut-être, lui aussi, de vertus hémostatiques plus ou moins prononcées. Je crois qu'il y avrait quelque utilité à faire quelques essais thérapeutiques dans cet ordre d'idées.

136 ESSAIS DE FERMENTATIONS de gaz ; il y a eu, au contraire, un phénomène sensible d'absorption.

Vers le milieu de mars, on agite le ballon pour faire tomber le voile superficiel, et l’on ne remarque d'autre dégagement que celui qui est suscité par la chaleur de la main appliquée sur les parois du vase à fermentation. | Après comme avant la dislocation du mycoderme, le ballon est inerte, et il reste tel définitivement.

Le jour où on l’a débouché, fl avait une odeur miellée indéfinissable, sa réaction était neutre, et 1l a été impossible de retrouver sous le microscope quelque chose qui simulât un proto-organisme quelconque. Un demicentième de glucose, cependant, avait disparu, et l’on a pu entrevoir à la distillation les stries caractéristiques des liquides renfermant des traces d’alcool.

S EL — Essat DE FERMENTATION ALCOOLIQUE AVEC LE

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