Le principe des automorphoses, Schleigher frères
tement à tous les animaux, déterminerait leur activité et, par conséquent, leur évolution. Les animaux ne subiraient pas des transformations, ils les imposeraient à la matière ; ils arriveraient, au cours des siècles, à se modeler physiquement sur leur propre pensée ; et le rè^ne animal deviendrait ainsi la réalisation du rêve des animaux eux-mêmes. Les Néo-Lamarckiens, qui ne croient point à l'intervention d'une intelligence divine et créatrice, semblent admettre que cette intelligence se trouve chez les êtres vivants et règle leur évolution en orientant leur mode d'existence et l'emploi de leurs organes, ce qui est bien discutable...
Si l'on cherche, par exemple, à comprendre, d'après cette doctrine, comment « la volonté de respirer » (Lamarck aurait écrit « le besoin ») aurait pu faire naître les poumons des vertébrés supérieurs de l'appareil respiratoire des poissons, on est amené à conclure que les vertébrés aquatiques, par le seul fait de leur volonté, sont sortis de la mer, des fleuves ou des marais et ont commencé à respirer Tair en nature avant d'avoir un organe matériel, si rudimentaire qu'on le suppose, pour respirer cet air en nature... Ce qui est un non-sens. Les Néo-Lamarckiens ne peuvent échapper à cette conclusion, et toute explication des modifications morphologiques par l'axiome « la fonction crée l'organe » aboutit au même écueil.
Il ne pourrait y avoir, disions-nous encore dans notre mémoire sur Le principe des automorphoseSj le plus petit commencement de fonctionnement, soit instinctif, soit intelligent, d'un organe avant que cet organe existe, au moins d'une façon rudimentaire; et par conséquent, la fonction ne peut jamais créer l'organe. La fonction ne peut créer l'organe puisqu'elle est l'organe fonctionnant. La cause déterminant non la création mais l'évolution des organes, est le monde extérieur. Toutes les « facultés » des animaux supérieurs se trouvent à l'état rudimentaire dans le proto-