EVOLUTION DE L ORGANE ET DE LA FONCTION
plasme initial qui, déjà, se nourrit^ respire et se reproduit. Les organismes les plus compliqués ne font qwer se nourrir, respirer, se reproduire, etc., dans des conditions de plus en plus spéciales, de plus en plus complexes. Cette spécialisation est Toeuvre du monde extérieur, qui enveloppe, qui moule les animaux. Si, par exemple, dans un organisme se composant des parties A B G D etc. jusqu'à Z, le monde extérieur fait fonctionner surtout F G I et laisse sans provocation d'activité ABC, les parties agissantes se trouvent renforcées parce qu'elles profitent de la nourriture qui n'est pas utilisée par A B C. Ce que certains Néo-Lamarckiens appellent « automorphoses » n'est donc qu'une sélection physiologique. Et cette sélection explique tout... excepté l'origine de la matière vivante, c'est-à-dire la forme originaire de tous les organes et de toutes les facultés. Le monde extérieur, en imposant des adaptations lentes et dirigées dans différents sens suivant les milieux, réalise la diversité des espèces, c'est-à-dire la diversité des organes et des fonctions en les tirant du protoplasme initial.
L'évolution est donc l'œuvre du monde extérieur et l'histoire de ses provocations. L'usage ne crée ni les organes, ni les instincts; il peut seulement développer ceux qui existent déjà, et l'usage est un effet direct des provocations d'activité du milieu ambiant^.
Il conviendrait d'étudier les transformations somatiques des animaux en montrant que (contrairement aux idées néo-lamarckiennes) ni l'intervention volontaire, ni l'action instinctive des sujets eux-mêmes, ne précèdent la réalisation des organes, si rudimentaires
1. Quand il g^agit d'animaux à organisation complexe, possédant par conséquent un système nerveux, il est bien évident que toute excitation venant du monde extérieur, traverse ce système nerveux. L'erreur néo-lamarckienne est de croire, au contraire, que l'impulsion prend naissance ^dans le système nerveux.
qu'un les suppose et que Tinstinct commence et évolue avec la vie.
Jetons, par exemple, un coup d'oeil sur révolution des mammifères. Les premiers représentants terrestres de cette classe furent sans doute omnivores. Ils avaient tous cinq doigts à chaque membre. Or, le monde extérieur fournissant des aliments plus ou moins nourrissants, les animaux les plus faibles, repoussés par les plus forts, ont dû se contenter du régime le moins substantiel, c'est-à-dire du régime végétal. De même que, réunies dans un vase, des portions de mercure, d'eau et d'huile prennent respectivement des positions déterminées par leur densité, la plus ou moins grande vigueur de chaque animal lui assignée un régime particulier*, les plus faibles espèces ne pouvant disposer que des aliments laissés par les plus fortes. Ceux des vertébrés primitifs qui ne purent s'emparer que des aliments végétaux durent forcément parcourir de longs espaces pour échapper à leurs frères mieux armés et aussi pour gagner les lieux souvent éloignés les uns des autres, où leurs vastes troupeaux pouvaient pâturer. Par conséquent, les muscles, les os, tous les organes qui servent à autre chose que la course, la recherche, l'absorption et la trituration des herbes, sont restés chez eux moins actifs que les autres ; ils ont plus ou moins dépéri et la nourriture qui, originairement, leur était distribuée, alla dès lors surtout aux muscles, aux os et aux autres organes particulièrement actifs, servant à la course et à l'alimentation végétale. Les nouveaux herbivores se sont donc modifiés physiquement en même temps que se développait un instinct de fuir et un instinct de manger de nouvelles matières. Les herbivores furent ainsi des animaux coureurs par excellence, leurs doigts cessèrent peu à peu d'être mobiles les uns sur les autres,