‹ La genèse des instincts: étude expérimentaleChapitre 35 sur 65 · I.Vf HAi ,» !. I '..;» J.,«. |.«Jl · texte numérisé non relu

I.Vf HAi ,» !. I '..;» J.,«. |.«Jl

ÉVOLUTION DE l'oRGANE ET DE LA FONCTION 133

comme ceux des carnassiers appelés à se saisir de proies vivantes et les sujets possédant des membres rigides, des doigts soudés, prédominèrent peu à peu par sélection. C'est pourquoi nous retrouvons, dans les couches géologiques, de nombreuses formes intermédiaires, qui vont du pied à cinq doigt» à celui formé d*un seul. Les herbivores ont une conformation particulière, non pas parce qu'ils ont opté pour le régime végétarien et pour la vie errante, comme le croient les Néo-Lamarckiens, mais parce qu'ils ont subi des influences extérieures, qui ont rendu la vie impossible pour eux, en dehors de ce mode d'existence et ils n'ont commencé à errer, que parce que .leurs organes le permettaient déjà. Plus tard, organes de locomotion et instinct nomade se sont perfectionnés parallèlement.

Il y a, pour les animaux faibles, une autre manière d'échapper aux attaques des plus vigoureux et de trouver une nourriture moins disputée : c'est de vivre sur les arbres. Quand, pour la première fois, un petit vertébré primitif, poursuivi de tous côtés par un vertébré plus fort, a trouvé la tranquillité dans une forêt et s'est élancé sur une branche basse, il n'avait cependant pas élaboré un plan de fuite ; il trouvait, il est vrai, un refuge; mais il n'avait pas conscience d'agir de façon à se mettre à l'abri. Il obéissait à la poussée des autres animaux qui l'acculaient dans cette forêt. Ses doigts, en serrant la branche, en embrassaient le contour; et l'un deux, qui devait devenir un pouce, tendait à s'opposer aux autres. Il n'aurait, en effet, servi de rien à ce petit vertébré de s'élancer sur une branche, si ses pattes n'avaient pas été déjà des organes pouvant servir, jusqu'à un certain point, à la préhension. Cette faculté, devenue si utile à l'espèce, s'est peu à peu développée parce que la patte devenait de plus en plus active et que les muscles qui permettaient le jeu des doigts étaient de plus en plus exercés»

Telle est, en somme, Torigine des quadrumanes à pouce opposable.

Si Ton passait en revue les modifications des animaux, on constaterait que toutes ont été imposées par le milieu et qu'instincts et organes évoluent parallèlement.

En résulte-t-il que tout instinct doit nécessairement correspondre à une adaptation, à une forme organique particulière? Cela ne serait possible que s'il y avait autant d'organes que d'instincts ; or, nombre d'organes servent à plusieurs fins et ne peuvent être spécialement adaptés à toutes; mais il faut et il suffit que leur forme permette les divers fonctionnements dans des buts divers. C'est ce qui a fait dire que les instincts sont indépendants, jusqu'à un certain point, de la forme des organes ; mais, du moment qu'un organe fonctionne, il faut bien que sa forme permette ce fonctionnement; et, par conséquent, il y a toujours un rapport entre l'organe et la fonction, ce rapport ne devient moins intime que quand Vorgane, servant à deux ou plusieurs fins, ne peut être absolument adapté à chacune ; il en est ainsi pour le bec des oiseaux, qui paraît être un piètre outil de constructeur et est surtout une pince merveilleuse pour prendre le grain ou l'insecte. Si un organe sert à plusieurs fins, l'adaptation matérielle correspondant au premier instinct peut donc empêcher, plus ou moins, la réalisation d'une seconde adaptation correspondant au second instinct; ce dernier ne peut plus alors se perfectionner que par la régularisation, la coordination des mouvements réflexes qui le constituent.

Certains faits paraissent d'abord obscurcir la question; mais il suffit de les étudier un peu pour comprendre que le lien qui rattache l'organe à la fonction ne semble disparaître que dans les périodes transitoires. Un organe qui cesse de fonctionner peut durer quelque temps dans la vie de l'individu et même

ÉVOLUTION DE l'oRGANE ET DE LA FONCTION 135

dans celle de l'espèce, bien qu'il soit condamné à disparaître. Les animaux qui vivent dans robscurité depuis un certain temps perdent Tusage de. la vue et l'instinct de regarder, mais ne perdent que plus tard l'organe de la vision. Le castor du Rhône qui, dérangé par le voisinage de Thomme, ne construit plus de digues et tend à devenir absolument terrestre, est encore organisé comme le castor américain. Il n'est pas douteux cependant que, si cette espèce n'était pas destinée à une extermination certaine en France, elle finirait fatalement par perdre la queue aplatie, dent le rôle n'est pas bien éclairci, mais qui est évidemment utilisée par l'animal pour nager. Le nonfonctionnement d'un organe spécial, c'est-à-dire la disparition de l'instinct qui actionnait cet organe, amène forcément avec le temps, la disparition de ce dernier. Il est très curieux de constater qu'un instinct peut subsister quelque temps chez certains individus après l'ablation de l'organe spécial avec lequel il était en rapport. Cela tient à ce que, chez les vertébrés, les arthropodes, etc., les mouvements sont accomplis par l'intermédiaire des centres nerveux, de sorte que le souvenir de la fonction peut subsister après destruction de l'organe qui doit fonctionner. Les araignées amputées de l'extrémité de leurs pattes essaient cependant de tisser leur toile.

§ 2. — Réalisation des systèmes neryeuz.

A mesure que l'animal se développe et que ses organes se spécialisent, des mécanismes sensitivomoteurs destinés à le mener vers la substance qui nourrit, s'organisent. La sensibilité et la motilité s'interposent entre le monde inerte et le monde qui vit.

Certaines cellules subissent plus spécialement que d'autres « l'imprégnation » de l'énergie fournie par

Tassimilation à Tensemble des cellules associées: elles deviennent des accumulateurs de cette énergie. Désormais, des décharges partielles de neurine, sous l'influence des excitations du monde extérieur, deviennent possibles et ces décharges créent des mouvements, <le8 réactions musculaires tendant de nouveau vers la substance (\m nourrit ou servant de dérivatif à un surplus de force somatique.

Herbert Spencer a donné, de la formation des systèmes nerveux, une explication imagée, n'ayant, bien entendu, que la valeur d'une hypothèse, mais qui satisfait l'esprit autant, croyons-nous, qu'il peut l'être en ces matières dans l'état actuel de la science. La voici, résumée par Romanes :

« Do môme (jue l'eau élargit et rend toujours plus jirofond le lit dans lequel elle coule, de même les ondes moléculaires tendent toujours plus, en s'écoulant toujours par les mêmes lignes anatomiques, à se i'rvar d(;s lif^nes de passage fonctionnellement différenciées. Quand une telle ligne de passage s'est comjjlèleinoiit développée, elle constitue une fibre nerveuse susceptible d'être reconnue comme telle par riiislologiste; mais avant d'en venir à cette phase ultime, avant de constituer un tissu distinct, M. Spencer rai)pelle llg7ie de décharge, »

La tliéorie de H. Spencer donne une idée de la (lill'éreiiciation des cellules en organes nerveux centraux et péri[)liériques. Toutefois, il n'y est question que (le rexcîilation extérieure s'animalisant en impression, en sensation dans sa traversée du protoplasme et venant déclancher l'énergie somatique accumulée dans les centres nerveux; l'auteur ne dit rien de l'accumulation même de la force extérieure fournie par l'assimilalion. 11 y a là une inconnue qui demeurera longtemps encore dans l'équation biologique... On constate le fait de l'imprégnation de la matière vivante par l'énergie nerveuse, on ne l'explique pas.

Page 1