Groos, Les Jeux des animaux, p
ensuite, on le lâche dans un espace plus grand, on obtient des jeux, et souvent les plus bizarres. (On a forcé l^animal à économiser des forces par la réclusion.' C'est ainsi que nous avons fait jouer un tigre avec une chèvre. Tout animal enfermé a une tendance à devenir joueur dès qu'il sort de son réduit. Jouer n'est pas folâtrer seulement, le jeu comprend tout ce qui dépasse les mouvements nécessaires à la conservation de la vie de l'individu et de l'espèce. Dès qu'un animal agit en dehors du fonctionnement ordinaire de ses organes de la nutrition, de la reproduction et de la défense, dès qu'ayant des forces inemployées, une accumulation d'énergie à dépenser, il accomplît des actes immédiatement inutiles (mais pouvant, par la suite, être utiles à l'espèce), il joue.
Gros a fait cette objection que « si le simple excès d'énergie en soi explique bien que l'individu qui se trouve dans l'état donné soit prêt à agir d'une façon quelconque^ il n'explique pas pourquoi tous les individus d'une espèce donnée se livrent à des jeux déterminés, toujours les mêmes, pour la même espèce et variant d'une espèce à l'autre». Mais le fait se comprend facilement si l'on a cette idée présente à l'esprit que les animaux jouent en employant ceux de leurs organes qui sont déjà les plus développés, les plus particularisés^.
On emploie parfois le jeu dans le dressage ; en le provoquant chez des sujets jeunes, on crée une foule de mouvements incohérents, mais parmi lesquels quelques-uns pourraient toujours être utilisés par le dresseur. Un chien, par exemple, jouant près d'un sac de toile, ne manquera pas, à un moment donné, de le prendre avec les dents. Or, si le dresseur encourage seulement les mouvements qui pourront lui être
1. Au jeu se rattachent « la curiosité instinctive », si l'on peut employer cette métaphore, « le besoin d'expérimentation », etc., toutes choses très bien étudiées par Groos.
utiles pour arriver à ses Uns, il peut constater qu'après quelques répétitions, les mouvements non encouragés sont éliminés.. Ceux auxquels est associée l'impression de la récompense dominent et, finalement, subsistent
seuls.
D. — Note inédite de H. -S. Jennincs sub sa théorie: DES Essais chez les animaux. — Nous sommes heuron» de pouvoir faire connaître aux lecteurs français idées de H.-S. Jennings <, en publiant une note iné( qu'a bien voulu nous envoyer l'illustre savant :
" Lorsqu'on parle des essais et erreurs dont cert organismes, placés dans des conditions détermin nous donnent le spectacle, il ne s'agit pas d'un tème, d'une vue de l'esprit, mais bien de faits tement caractérisés. Que l'on ait échafaudé sur faits des théories très diverses, cela importe \ chaque auteur est responsable de ce qu'il écrit i ne faut pas confondre l'observation directe ave spéculation philosophique.
Il On rencontre des « essais et erreurs « chej organismes simples aussi bien que chez les plus c plexes. Nous allons essayer de définir exaclemen en termes généraux, ces réactions. Ecartons d'al toute interprétation et contontons-nous de consid la manière d'agir d'organismes divers exécutant mouvements qui, finalement, produiront cert résultats bien définis. A ce point de vue, on pouj prendre comme exemples : 1° la sortie d'un ani d'une région chaude et sa pénétration dans région froide; 2° l'acheminement vers une source lumière; 3° ou bien encore — ce qui parait in ment plus compliqué, — l'introduction, par un ch d'un bâton à travers un trou de clôture.
r à l'Université John Ho]
198 LA GEXèSE DES INSTINCTS
« Ce qui nous frappe, tout d'abord, c'est que Tanimal cxc^cute, au début, plusieurs actes différents et que la plupart ne concourent pas k produire le résultat finaU tandis que d'autres sont de nature à l'atteindre. Poursuivant plus loin notre examen, nous remarquerons que les actes propres à déterminer un résultat négatif cessent, peu à peu, de se produire, tandis que les autres continuent d'être réalisés ; de sorte qu'en fin de compte, les mouvements de l'organisme finissent par avoir une certaine direction, une tendance délinie qu'ils n'avaient nullement au début. C'est ainsi que, sur une quantité de réactions variées, quelques-unes persistent, tandis que les autres sont supprimées.
M L'expression « Essais et Erreurs » a été originairement appliquée à cette manière d'agir observée chez les animaux supérieurs ; puis, lorsque les mêmes modes d'action eurent été rencontrés chez de plus bas organismes, le même terme fut employé pour eux. D'ailleurs une analyse pénétrante démontre qu'il s'agit, dans les deux cas, du même processus.
« Donnons, maintenant, un exemple particulier. Etudions un animal libre de se mouvoir dans un espace assez grand, relativement à ses propres dimensions. Nous supposerons, par exemple, qu'il s'agit d'un chien placé dans une vaste chambre, ou bien d'un infusoire se mouvant dans le creux de la lamelle placée sous un microscope; nous supposerons que, pour l'un comme pour l'autre, la zone d'action est chauffée d'un côté et devient progressivement de plus en plus chaude de ce même côté et qu'il n'y a qu'une voie pour passer dans la partie la plus froide.
« Après un certain laps de temps, nous pourrons constater que le chien et l'infasoire se sont enfuis de la région surchauffée. Et si nous étudions le procédé de fuite, dans l'un et l'autre cas, nous remarquerons qu'il est le même. Les animaux ne sont pas allés directement du point qu'ils occupaient d'abord vers la
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